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REVUE
DES
ÉTUDES JUIVES
. RSAILLES — IMPRIMERIES CERF, 59, RUE DUPLE8
DES
ÉTUDES JUIVES
PUBLICATION TRIMESTRIELLE
DE LA SOCIÉTÉ DES ÉTUDES JUIVES
TOME QUARANTE-HUITIÈME
PARIS
A LA LIBRAIRIE A. DURLACHER ^(o
83 bis , RUE LAFAYETTE l\*^^l>tp
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DOCUMENTS
SUR LES
MARRANES D'ESPAGNE ET DE PORTUGAL
SOUS' PHILIPPE IV
Les documents qu'on lira plus loin, acquis récemment à Madrid,
proviennent des archives du Conseil de l'Inquisition d'Espagne.
Ils forment un recueil de 103 feuillets, dont plusieurs portent le
paraphe de Philippe IV d'Espagne. Avant de les étudier nous les
analyserons aussi succinctement que possible. Disons, pour
orienter quelque peu le lecteur, qu'en 1G21, date de l'avènement
de Philippe IV, le Portugal appartenait à l'Espagne. Beaucoup de
néo-chrétiens portugais avaient passé en Espagne, déjà sous
le règne de Philippe III, pour échappera l'Inquisition de Portugal.
Beaucoup allaient d'Espagne en Flandres, en Italie, en France et
en Angleterre. En 1622, plus de 4,000 prisonniers de l'Inquisition
partirent pour l'étranger et reprirent la profession du judaïsme.
Mais un sacrilège commis dans une église de Lisbonne et attribué
aux néo-chrétiens devait leur être funeste. Philippe III reçut une
pétition des Juifs demandant le pardon pour ce crime, dont ils
étaient inuocents, et offrant de grandes sommes pour pouvoir
rester en Espagne et au Portugal. Parmi les chrétiens, quelques-
uns vou'aient les expulser d'Espagne, les autres voulaient les
garder et même essayer de ramener dans le pays les Juifs qui
s'étaient réfugiés à Tétrangers.
I. — Un personnage, qui est probablement l'agent des négociants
juifs portugais, adresse à une autre personne, sans doute le
confesseur du Roi, fray Antonio de Sotomayor, l'exposé des
requêtes de ses clients et ce qu'ils offrent au Roi.
T. XLVIÎI, n° 93. 1
2 REVUE DES ÉTUDES JUIVES
Les négociants se proposenl de verser au trésor une somme très
considérable et demandent en échange qu'on leur rende .justice.
Us se plaignent des criantes injustices dont ils sont victimes et
qui tournent au préjudice du royaume, et ils sollicitent une mesure
puissante et efficace.
[ls supplient le Roi de remettre leur requête à l'Inquisiteur
généra] de Portugal pour que celui-ci puisse se convaincre de la
justesse de leurs plaintes et y remédier.
[ls demandent à sa Majesté de donne!- l'ordre d'en finir avec les
causes pendantes dans l'espace d'un an et de désigner lui-môme
ou de charger l'Inquisiteur général de désigner dans ce lait îles
personnes graves, doctes et âgées, et ils demandent que ces causes
soient jugées d'après les lois de Castille. Que ceux, déjà prison-
niers, qui auraient souffert sans avoir commis de faute, soient
relâchés et que les coupables soient châtiés. Comme ils veulent
donner toute satisfaction à la religion, non seulement ils deman-
dent le châtiment des coupables, mais encore leur expulsion de
tous les domaines de la Couronne, et la peine de mort pour ceux
qui y reviendraient. Ils font valoir que, puisque tous les dommages
qu'ils ont soufferts ont pour cause la rapacité des ministres portu-
gais, ils ont l'intention d'offrir au Roi une grande somme d'argent,
dont le chiffre n'est pas fixé. Ils destinent les intérêts de cette
somme aux honoraires des Inquisiteurs et des membres du Saint-
Office de Portugal et l'excédent au fisc.
Les négociants demandent qu'on fasse examiner ces proposi-
tions par des théologiens pour être certains qu'elles ne vont pas à
rencontre de la religion chrétienne. Ils disent qu'ils ont choisi ce
moyen à cause des extorsions dont ils sont victimes au Portugal
et des persécutions dirigées contre eux, si bien qu'un grand nombre
de leurs coreligionnaires s'en vont en Hollande, en France et
ailleurs, en emportant leurs biens, et qu'il en résulte un consi-
dérable appauvrissement du royaume et une complète stagnation
des affaires ; que cependant les absents désirent rentrer dans leur
patrie, où le commerce est plus facile; qu'en y revenant, ils appau-
vrissent les Hollandais, dont le commerce a augmenté par suite
•de l'apport de leurs richesses.
Ils font remarquer que les finances du royaume diminuent par
l'absence de ces commerçants, car, lorsqu'il sort pour mille ducats
de marchandises du royaume à destination des Indes, elles doivent
acquitter un droit de sortie de mille ducats, tandis que les mar-
chandises venant des Indes payi nt un <lr<»it de 145 %•
IN t'ont ressortir la difficulté qu'ils éprouvent à assurer leurs
marchandises à di s compagnies d'assurances étrangères et du
LES MARRANES D'ESPAGNE ET DE PORTUGAL SOUS PHILIPPE IV 3
péril que leurs navires courent, puisqu'ils sont obligés de déclarer
à ces compagnies le nom de ces bâtiments, le lieu où ils se ren-
dent, la nature de leur fret et le jour de leur départ, si bien que
les ennemis du Roi en profitent pour envoyer des navires de
guerre afin de s'en emparer ; pour remédier à tous ces maux, il
faut faire en sorte que les commerçants absents puissent revenir
dans leur patrie avec leurs richesses sans crainte d'y être mal-
traités sans motif.
Ils demandent, enfin, que personne ne puisse faire d'assurances
en dehors des places de l'Espagne et cela sous peine de mort et de
confiscation des biens au profit du fisc royal et qu'aucune lettre
ne puisse être expédiée en Flandre, en Italie ou en France sans
être copiée sur un livre spécial déposé au lieu d'expédition de
manière que chacun puisse s'assurer de son contenu.
II. — Les Juifs de Portugal, constamment en butte à des vexa-
tions sans nombre, s'adressent au Roi pour lui faire connaître
leurs griefs et demander justice.
Ils lui représentent que depuis qu'il a abrogé l'ordonnance qui
leur défendait de sortir du royaume, en vendant leurs biens fon-
ciers, le peuple portugais, irrité de les voir libres, cherche à les
ruiner complètement en prenant pour motif le vol d'un ciboire
contenant des hosties consacrées. Bien qu'à leur dire, il n'y ait
aucun indice les accusant de ce sacrilège, la voix publique le leur
impute avec d'autant plus de force que les prédicateurs engagent
les fidèles du haut de la chaire à tremper leurs'mains dans le sang
des Juifs, à les arrêter et à les condamner, même sans preuve,
pour le seul fait d'être Juifs.
La persécution les suit partout ; à Coïmbre, les étudiants les
chassent des écoles, et à Lisbonne, les habitants en armes les
tuent, les blessent et le carnage est à son comble. Et cependant
pas une personne n'est arrêtée ni condamnée pour le crime de
sacrilège, et c'est une preuve qu'on ne pourrait appuyer cette
accusation d'aucune certitude ou présomption.
Le peuple déchaîné les poursuit jusque dans leurs maisons, et
les Juifs qui cherchent à quitter le royaume sont poursuivis et
tués sur les routes.
Ils supplient Philippe IV d'apporter un remède à leurs maux en
donnant ordre de vérifiera qui incombe la responsabilité du crime
et qu'ensuite, lorsqu'on aura prouvé qu'ils ne sont pas coupables,
on leur rende leur réputation par une manifestation publique.
III. — Le confesseur du Roi adresse à son royal pénitent les
REVUE DES ÉTUDES JUIVES
observations que le nonce «lu Pape l'a chargé de lui faire. Le
nonce, ayant appris que les Juifs sollicitaient un pardon général,
supplie le Roi de fermer l'oreille à leurs supplications, parce que
l'expérience a montré que les pardons accordés par les Souverains
Pontifes Clément III", Paul III et Clément VIII n'ont produit aucun
bon effet et ont facilité plutôt l'expansion de La secte judaïque,
car la perfidie de celle-ci est bien connue.
De plus, il supplie le Hoi de lui remettre toute l'affaire, s'il en
arrivait a examiner L'opportunité de ce pardon, pour que le Siège
Apostolique soit la seule autorité qui prenne une décision à cet
égard et il invoque à ce sujet l'exemple des aïeux du Roi.
IV. — L'auteur de ce document est l'Inquisiteur général de
Portugal ou un théologien. L'auteur est consulté pour savoir s'il
est permis. d'accorder un pardon général aux Juifs de Portugal,
qui ont commis des délits contre la foi chrétienne, et si l'on peut
recevoir d'eux une somme d'argent.
L'auteur de ce document, tronqué et non si^né, est entièrement
opposé au pardon général et il s'appuie sur de nombreuses
raisons, toutes fondées sur des textes latins tirés des Saintes
Écritures ou des Pères de l'Église.
1° Il n'est pas permis d'accorder ce pardon, parce que ce serait
faire une sorte d'alliance et d'amitié avec les ennemis de Dieu, et,
comme preuve, l'auteur cite l'histoire d'Achab, roi d'Israël, qui,
ayant demandé secours à Josaphat, roi de Juda, fut tué par une
flèche, tandis que s©n allié recevait des reproches de Jéhu. Il cite
encore d'autres preuves tirées de l'Écriture. Gisulphe, roi des
Lombards, pour avoir accueilli les Ariens dans son royaume, fut
tué et ses sujets vendus comme esclaves.
2° On ne peut accorder ce pardon pour de l'argent.
L'Empereur Charles-Quint, au moment où beaucoup de princes
allemands embrassaient la réforme luthérienne, répondait à ceux
qui craignaient pour lui la perte de plusieurs provinces : « N'en
tenons aucun compte, car si nous ne manquons pas à Dieu, Lui
ne manquera pas. »
Lorsque les Rois catholiques expulsèrent les Juifs d'Espagne, ni
les prières, ni tous les trésors du monde ne purent les faire
changer de résolution. Il en fut de même lors de l'expulsion des
Maures, et bien des personnes disent que, l'Espagne ayant le
glorieux privilège de posséder l'Églis; apostolique de Saint-
Jacques et ayant un si grand Apôtre pour patron, tons ses habi-
tants doivent appartenir à la même confession.
D'ailleurs, si l'on accordait un tel par<l in, il en résulterait des
LES MARRANES D'ESPAGNE ET DE PORTUGAL SOUS PHILIPPE IV 5
maux très graves et l'Espagne perdrait sa bonne renommée, tous
les étrangers se scandaliseraient et diraient que les Espagnols et
leurs Rois vendent le pardon, car ils pardonnent l'hérésie et
l'apostasie pour de l'argent, c'est-à- dire qu'ils vendent la justice et
la grâce de Dieu et Jésus-Christ lui-même.
La reine dona Isabelle la Catholique avait l'intention d'accorder
un pardon. Son confesseur Thomas de Torquemada chercha à l'en
dissuader et, n'y pouvant parvenir, il lui jeta sur sa robe un cru-
cifix en lui disant : « Que votre Majesté le prenne pour le vendre
de nouveau, comme de nouveau les Juifs le crucifieront ! »
Les nouveaux chrétiens, voyant que, moyennant finance, les
relaps sont pardonnes, en prendront occasion pour se rattacher à
leur ancienne religion. Et ce pardon sera une cause de ruine et de
naufrage pour la foi. Ce pardon causerait à l'Inquisition un pré-
judice considérable, car elle serait vaincue et les apostats triom-
pheraient.
La troisième raison, et la plus importante, est qu'il n'est pas licite
d'accorder le pardon à celui qui, non seulement commet un crime
contre l'État, mais encore est décidé à le commettre aussi souvent
qu'il le pourra. Donc il n'est pas permis d'accorder le pardon aux
Juifs, car l'expérience a montré qu'ils ne savent pas conserver la
foi, ni garder leur parole.
D'ailleurs, aucun pouvoir séculier ne peut juger le crime d'hé-
résie, qui appartient à la seule juridiction ecclésiastique, et cela
est prouvé par leLévitique, qui n'attribue qu'aux prêtres le devoir
de soigner la lèpre, et la lèpre est le symbole de l'hérésie. Le Pape
seul peut prendre une détermination sur ce qui concerne la foi et,
si un juge séculier condamne un hérétique, il ne peut le faire qu'en
vertu de l'autorité qui lui a été déléguée par les pouvoirs ecclé-
siastiques. Mais, par contre, il est permis d'admettre les héré-
tiques et les apostats à la communion de l'Eglise, lorsque ceux-ci
prouvent leur sincère repentir, car, d'après saint Jean, le Christ a
dit : « Je ne repousserai pas celui qui viendra à moi. » Et le bon
Pasteur va lui-même chercher la brebis égarée.
Au moment de la réconciliation des hérétiques et des apostats,
il est permis de leur infliger des peines pécuniaires, en dehors des
châtiments ordinaires, et l'Inquisition emploie souvent ce moyen
de correction, car ce n'est pas vendre la réconciliation. De même
que celui qui paye deux réaux pour obtenir la bulle ne paye pas
la grâce divine qui y est attachée, mais participe aux frais de
l'Eglise, de même le réconcilié, au moyen de la confiscation de ses
biens ou de l'amende qui lui est imposée, ne paye pas son pardon,
mais fait une aumône en réparation de ses fautes. Le confesseur
REVUE DES ETUDES JUIVES
peut, suivant la gravité des fautes, obliger son pénitent à édifier
des églises, à faire des aumônes, à constituer des dots pour marier
des jeunes Biles, à fonder des couvents ou des chapelaineries ; par
conséquent, on peut obliger le pénitent k verser une somme
d'argenl plus ou moins considérable, sans pour cela qu'il paye sa
réintégration dans le sein de l'Eglise,
si ce pardon général doit être accordé, je suis d'avis qu'il ue
doit pas l'être avant que le Souverain Pontife ait été consulté
h ail donné son consentement, car il est d'usage dans l'Eglise
qu'aucun hérétique ne peut être absous s'il ne s'adresse à Rome au
chef de l'Eglise; quoique le Pape ait délégué son autorité à rin-
quisition, celle-ci outre passerait ses droits, si elle accordait le
pardon sans l'assentiment de sa Sainteté.
Mais ici se présente une très grande difficulté, car, si l'on doit
accorder le pardon à ceux qui se repentent vraiment, on doit le
refuser à ceux dont le repentir est douteux et même les châtier;
or, il est bien difficile de vérifier la sincérité de ce repentir. On
peut le considérer comme vrai chez les Juifs qui sollicitent le
pardon, quoique habitant des pays où on ne les empêche pas de
vivre selon leur loi, tels que Livourne et les îles de Vénétie. De
même on peut l'admettre chez ceux qui, habitant le Portugal, ne
désirent rien plus ardemment que de s'allier par mariages avec
des familles de vieux chrétiens, et cela en donnant à leurs enfants
des dots considérables et en s'imposant des sacrifices, tandis qu'en
se mariant entre eux une dot modique aurait suffi. C'est encore
un indice en faveur des Juifs que le fait de pousser leurs enfants
à se faire prêtres, moines ou religieuses. Les réconciliés prouvent
également leur repentir en allant au bûcher, embrassant le cru-
cifix, récitant le Credo, confessant le Christ et mourant comme de
vrais chrétiens. Et ceux qu'on brûle en effigie donnent une preuve
flagrante de leur repentir en continuant à pratiquer la religion
chrétienne, quoique vivant avec des infidèles qui les persécutent
pour cette raison. Enfin, on ne peut douter du repentir de ces Juifs
qui offrent de grosses sommes d'argent en rémission de leurs
péchés, car ils sont si avides qu'ils donneraient leur vie pour con-
server leurs biens.
Mais à tout ce qui précède peuvent être opposées de graves
raisons. La première est la gravit»'' de la faute, car les Juifs sont
les ennemis de la religion chrétienne, et ils ont commis le plus
grand crime qui se soit fait au monde, le crucifiement du vrai
Dieu. Et ce crime ne peut être imputé à un seul, mais à la race
tout entière et s'étend dans toutes les parties du monde habitées
par les Juifs. Et alors comment pourrait-on pardonner aux Juifs
LES MARRANES D'ESPAGNE ET DE PORTUGAL SOUS PHILIPPE IV 7
portugais, qui sont considérés par tous les Hébreux comme les
principaux d'entre eux. comme la tribu la plus élevée? Et com-
ment pourrait-on espérer la conversion de personnes si attachées
à leur culte et qui professent tant d'horreur et de haine pour la
religion chrétienne? D'ailleurs, si quelques uns d'entre eux de-
mandaient le pardon, ils ne sont pas les fondés de pouvoir delà ma-
jorité des Juifs, et si on admettait la possibilité de recevoir d'eux
une somme d'argent, ils obligeraient à payer leur quotité des per-
sonnes réellement converties et n'ayant commis aucune faute.
Puis, si, une fois confessé et réintégré au sein de l'Eglise, le Juif
réconcilié continuait à fréquenter ses anciens coreligionnaires, on
devrait juger que son repentir n'est pas sincère. Enfin, ceux qui
ne sollicitent pas le pardon sont indignes de le recevoir. Le père
Ribadeneira dit que les saints martyrs Alexandre et Caïus, ayant
été condamnés à mort et devant mourir avec des hérétiques, de-
mandèrent au bourreau de les exécuter à part, de manière que
leur sang ne se mêlât pas à celui de ces infidèles. Les Juifs ont
toujours été les ennemis acharnés du Christ et commettent sans
cesse des sacrilèges. Pineda raconte qu'ayant volé une hostie con-
sacrée, ils la réduisirent en une poudre qu'ils pétrirent avec un
cœur humain et jetèrent le tout dans des fontaines pour empoi-
sonner et tuer tous les fidèles. A un autre moment, ils volèrent un
enfant et, après lui avoir infligé tous les supplices que le Christ
souffrit pendant sa Passion, ils lui arrachèrent le cœur et le mê-
lèrent à une hostie consacrée, puis jetèrent tout cela dans les eaux
d'une ville, cherchant à tuer les inquisiteurs et les fidèles. L'An-
gleterre les chassa, à cause des grands maux qu'ils lui attiraient.
Tout le monde connaît l'histoire de cette hostie consacrée qu'ils
avaient volée. Ils voulurent la jeter dans un chaudron de lessive,
mais l'hostie résistant voltigeait dans les airs. Un Juif furieux lui
porta un coup de poignard et le sang coula. Cette hostie se trouve
aujourd'hui au couvent des dominicains à Avila. A Coïmbre, en
1569, un jeudi, saint, ils volèrent un enfant pour lui faire subir, le
vendredi saint, toutes les tortures de la Passion. En Hongrie, du
temps du roi Vladislas, les Juifs, à certain jour, lavaient leurs
corps avec du sang humain. Dans la ville de Trente, ils cruci-
fièrent le saint enfant Simon. Tous ces crimes sont commis sur
l'ordre formel de leur Talmud, qui les oblige à tuer et à ruiner
tous les chrétiens qu'ils peuvent atteindre. Si loin va leur haine
pour les chrétiens que l'empereur Julien l'apostat, qui fit tant de
mal à l'Eglise, n'imagina pas de plus horrible tourment que celui
de livrer les chrétiens aux Juifs, qui assouvirent sur eux leur soif
sanguinaire.
REVUE DES ETUDES JUIVES
On ne peut donc pas exposer la vie des chrétiens à leur haine et,
pour cela, il faut leur interdire toutes les professions de médecins,
chirurgiens, barbiers, juges criminels, curés ei maîtres d'école et
ne leur permettre que les métiers serviles : charpentiers, orfè^ pes,
crieurs publics, serruriers, chapeliers, etc.. a l'exception de celui
de cuisiniers, pâtissiers, boulangers, et tout autre touchant à l'ali-
mentation.
Malgré le serment qu'il avait t'ait d'expulser les Juifs de sou
royaume et de n'en employer aucun à son service, le roi Henri III
prit un médecin hébreu. L'archevêque «le St-Paul lui recommanda
de ne pas avoir confiance en ce médecin; mais le Roi ne fit aucun
cas de cet avertissement. Le châtiment ne se fit pas attendre; en
lui faisant prendre un médicament, le Juif l'empoisonna et fut si
fier de son crime qu'il ne l'ut pas nécessaire de lui appliquer la
question ordinaire et extraordinaire pour le lui faire avouer. Le
roi Philippe II connaissait Lien l'esprit pernicieux de cette race,
aussi la chassa-t-il du duché de Milan, et il écrivit à son neveu, le
roi don Sébastien de Portugal, pour l'engager à les expulser de
son royaume.
Du temps de l'empereur Charles-Quint, un Juif fameux, nommé
Diego de las Casas, se trouvait dans les prisons du Saint-Office à
Séville. Comme il était riche et puissant, il fit agir ses amis, qui
obtinrent du Pape un ordre enlevant à l'archevêque de Tortose,
cardinal, Inquisiteur général, et plus tard Pape, le pouvoir de
juger ce Juif, pour le remettre entre les mains d'autres juges. A.
ce moment, il existait certaines difficultés entre l'Inquisition et
les Cortès de Saragosse. Les Cortès trouvaient que les pri\i-
lèges de l'Inquisition étaient trop grands et portaient préjudice à
leurs droits. Sous la présidence de l'Empereur, les Cortès prirent
des résolutions conformes aux désirs du Saint - Office ; mais
les vaincus mécontents séduisirent le secrétaire de l'assemblée,
nommé Jean Prat, et lui firent envoyer au Pape de fausses dépê-
ches signées de lui, pour les faire approuver par sa Sainteté.
L'inquisiteur général,, archevêque de Saragosse, qui était le fils
bâtard du roi Ferdinand, arrêta etemprisonna Jean Prat et voulut
l'emmener à Barcelone, où se trouvaient la Cour et l'Inquisition.
Cela révolutionna tout le royaume. L'Empereur envoya alors un
ambassadeur spécial à Rome, écrivit au Pape, aux cardinaux
pour les avertir de la fausseté des dépêches qu'ils allaient recevoir
et suppliant sa Sainteté de les révoquer et de décider que Diego
de las Casas serait jugé par l'Inquisition. Et il en fut ainsi. Le
roi Goth Reccarède ayant signé une ordonnance contre les Juifs,
ceux-ci lui offrirent une grosse somme d'or pour la l'apporter ;
LES MAR .iANES D'ESPAGNE ET DE PORTUGAL. SOIS PHILIPPE IV 9
mais le Roi repoussa leurs offres, préférant remplir son devoir
plutôt que de recevoir des dons des Juifs.
A cet endroit du document suit une longue citation latine,
extraite des lettres de saint Grégoire à l'impératrice Constance;
il parle contre certains usages criminels en pratique dans la
Corse, la ^ardaigne et la Sicile.
La sixième raison invoquée est que le pardon ne peut être
accordé pour une somme d'argent : c'est là la répétition d'un
précédent exposé.
La septième consiste à faire ressortir le grand discrédit qui en
résulterait pour le Roi, ses ministres et l'Inquisition, car on dirait
dans les pays étrangers que l'Inquisition n'a pas été établie pour
la sauvegarde de la foi chrétienne, mais comme moyen d'arracher
leurs richesses à ses malheureuses victimes.
Enfin, la huitième et dernière est que tel a été l'usage dans
1 Église depuis le temps des apôtres, de n'accorder le pardon qu'à
ceux qui se repentent et confessent leurs fautes et de considérer les
relaps comme incorrigibles et de les livrer alors au bras séculier.
Ce document est incomplet, son auteur inconnu et il n'est pas
daté. Cependant d'après la conclusion, l'auteur est absolument
hostile à tout pardon général.
V. — Dans ce document, non signé et non daté, l'auteur fait
ressortir tous les maux qui viendraient assaillir le Portugal, si l'on
accordait le pardon sollicité par les relaps du royaume et cite les
exemples suivants:
Le Père Suarez, invité à accepter l'avis favorable au pardon
donné par quelques théologiens de Castille, répondit que, s'il
n'avait pas fréquenté les Juifs, il pourrait l'admettre, mais qu'il
les connaissait trop pour l'approuver et que les juges et les
théologiens « qui étaient d'un avis contraire au sien » n'avaient
pas été voir comment les choses se passaient en Portugal, sans
cela ils n'approuveraient pas une telle miséricorde.
Le roi don Sébastien de Portugal voulut faire la remise aux
Juifs nouvellement convertis de certains droits contre une somme
d'argent destinée à sa campagne d'Afrique: mais le roi don
Philippe II d'Espagne chercha à l'en dissuader et lui envoya une
lettre par l'entremise de son ambassadeur don Juan de Selva.
Ce document combat le projet de pardon et invoque les raisons
citées dans le document précédent ; mais il fait aussi ressortir que
les Juifs se trouvaient à ce moment dans un tel état de pénurie
qu'ils ne pourraient pas remplir leurs engagements pécuniaires,
lors mémo qu'ils s'y engageraient formellement.
lu REVUE DES l il DES JU1\ KS
[1 signale aussi les souffrances que supporteraient, en perdant
leurs emplois, les ministres du St-Offlce, qui remplissenl des
devoirs de propreté et de pureté morale.
11 rappelle la perte des galions chargés d'argent, qui, sous les
ordres de don Louis de Cordoba, arrivaienl des Indes Occiden-
tales. La date de la perte de ces galions coïncide avec celle du
pardon accordé aux .Juifs contre une somme considérable.
Vient ensuite la lettre que don Jean do Silva, comte de Porta-
. écrivait au confesseur du Roi :
Don .Jean de Silva est entièrement opposé au pardon et pour les
raisons déjà citées.
La lettre du cardinal Quiroga, évêque de Cuenca et inquisiteur
généra] d'Espagne, est conçue dans les mêmes termes. Cependant
le Cardinal ajoute que pardonner aux relaps, c'est les inviter à
apostasier de nouveau et permettre aux autres de les Imiter, car
le principal motif de leurs funestes conversions est la crainte de
perdre leurs biens ; mais ce n'est pas une raison pour qu'un
prince vende son pardon. Puis si l'on accorde cette preuve
d'indulgence, tous les Juifs accourront des royaumes étrangers
pour en profiter et jouir de leurs richesses en sûreté.
La copie du billet de don Cristobal de Haras, marquis de Castel
Rico, adressé au Roi, l'invite à suivre l'exemple de son père, qui
ne voulut pas l'accorder et se refusa à permettre que les fautes
commises contre Dieu fussent rachetées par de l'argent.
VI. — 14 mai 1621. — Le confesseur du Roi écrit à Sa Majesté
pour lui faire connaître qu'il a lu le mémoire du Nonce du Pape,
dans lequel il est question du pardon général sollicité par les
Juifs de Portugal. Le confesseur supplie le Roi d'agir comme ses
aïeux.
Le Nonce vint voir le Confesseur, lui adressa les mômes obser-
vations qu'au Roi et lui demanda de l'avertir si son mémoire
arrivait au Roi, ce que le confesseur lui promit en l'avertissant
qu'il n'en avait pas entendu parler.
Le confesseur reconnaît avoir reçu du roi l'ordre de réunir
dans sa cellule plusieurs ministres pour prendre connaissance des
mémoires présentés par les Juifs de Portugal, et pour lesquels
ceux-ci ne demandent pas un pardon général, mais qu'on porte
remède à leurs maux, car les inquisiteurs de Portugal et l'évêque
Coimbre sont très opposés à l'indulgence. Suit une formule
d'obéissance.
VII. — 5 septembre 1622. — Avis du Conseil de la Sainte-
LES MARRANES D'ESPAGNE ET DE PORTUGAL SOUS PHILIPPE IV 1 1
Inquisition de Portugal consulté pour savoir s'il convient ou non
d'expulser tous ceux qui sont convaincus de judaïsme ou con-
damnés comme véhémentement suspects, si l'on peut lever la
défense faite aux Juifs de quitter le royaume et quels sont les
préjudices qui pourraient en résulter pour la foi catholique.
Au premier abord, l'expulsion des Juifs paraît être une bonne
mesure; mais, si ce royaume était purgé des hérétiques, les pays
voisins en seraient infestés. Cette mesure est, d'ailleurs, trop
rigoureuse et devient impossible, car, si on l'appliquait, beaucoup
d'innocents en seraient victimes.
Le royaume étant déjà infecté par le judaïsme, ce ne sont pas
les rares réconciliés libérés après les auto-da-fé qui pourront le cor-
rompre davantage, d'autant plus que la crainte des peines dont ils
sont menacés les oblige à se montrer bons chrétiens.
Les Juifs endurcis, qui croient que la loi de Moïse est la véri-
table, ne se convertiront pas parce qu'ils verront qu'on exile les
réconciliés ; au contraire, ils n'en seront que plus endurcis. Les
jeunes Juifs seuls se convertiront par peur de l'expulsion.
On n'obtiendrai aucun bon résultat de la part des expulsés au
point de vue de leur conversion, car ils s'en iraient, heureux
d'échapper aux peines infligées aux relaps, et continueraient à
pratiquer la religion judaïque, comme on le voit dans les syna-
gogues de Hollande. Déjà plus de 4.000 prisonniers du St-Office
sont partis pour l'étranger, proclamant la loi mosaïque, sans
compter ceux qui ont échappé à l'Inquisition et se sont enfuis.
L'exil n'apporte aucun remède aux maux causés par les Juifs
en Portugal, car, une fois en pays étrangers, ils peuvent faire
beaucoup plus de mal au royaume et à toute la chrétienté, grâce
à leurs capitaux.
Le Saint-Office emploie comme un moyen très puissant les
dépositions des complices ; si ceux-ci sont exilés, l'Inquisition ne
pourra plus se servir de leurs témoignages, et les coupables ne
voudront pas plus confesser leurs fautes qu'ils ne consentiront à
dénoncer leurs femmes, leurs enfants, leurs parents ou leurs
amis.
Les Juifs se confessent facilement de leurs fautes, quand le
St-Office leur promet d'user de miséricorde envers ceux qui se
montrent sincèrement repentants, parce qu'ils espèrent retourner
vivre dans leur patrie avec leur famille ; mais si on les menace
de les expulser, cet espoir leur manque et ils n'avouent plus rien
ni ne dénoncent plus leurs complices.
Il ressort de tout ce qui précède que cette expulsion a été
inventée par les Juifs eux-mêmes, parce que leur but est de ne
12 KKVUK DKS ETUDES JUIVES
pas être emprisonnés par le Saint-Office et ils demandent qu'on
les exile.
C'est pour la même raison qu'ils sollicitent un pardon général
et la divulgation des témoins, disanl que tous ceux qui confes-
Beraienl leurs fautes doivent être condamnés comme relaps. Et
ils l'ont cela dans le but d'empêcher les aveux et pour être ex-
pulsés, de manière à pouvoir vivre selon leur loi. Ils promettent
un million en or pour le pardon général ; mais ils en donneraient
deux pour l'expulsion. De sorte que leur exil serait un préjudice
porté au bien de leurs âmes et à l'Inquisition elle-même.
Le Conseil est donc d'avis qu'on ne doit pas prendre une telle
mesure, car l'Inquisition ne pourrait plus punir les Juifs faute de
preuves, et celui qui les exilerait n'échapperait pas à 1 excommu-
nication infligée à ceux qui protègent les hérétiques.
La peine, d'ailleurs, paraît trop rigoureuse à l'Église, qui use de
tant de miséricorde envers ceux qui en sont dignes et qui quittent
la loi judaïque pour embrasser la loi chrétienne. La peine la plus
grave infligée par l'Église fut d'abord l'excommunication; mais,
voyant qu'elle était insuffisante, le Souverain-Pontife et l'Em-
pereur infligèrent des châtiments plus grands, la peine de mort,
la confiscation des biens, la privation des emplois et des places,
la prison perpétuelle et bien d'autres.
On doit donc suivre strictement les statuts du Saint-Office, qui
ont été approuvés pour toute l'Église catholique par les Papes et
établis dans les royaumes d'Espagne et d'Italie, et ce serait con-
traire à ces statuts et à la miséricorde de l'Église d'expulser les
Juifs.
Le Conseil est d'avis que les meilleures mesures à prendre sont
les suivantes : Tous les nouveaux chrétiens ayant apostasie de-
vront être condamnés aux galères, en mesurant cette peine sui-
vant la gravité de la faute et d'après l'avis des inquisiteurs. Les
nouveaux chrétiens condamnés devront accomplir leur peine
dans leur propre pays, revêtus de l'habit infamant. Les relaxés
recevront cet habit dans leurs paroisses, devant tous les fidèles,
de manière que leurs parents les voient et en prennent peur.
Enfin, le Conseil demande que le Roi donne l'ordre à tous les ma-
gistrats de faire exécuter les peines prononcées par le Saint--
Office et qu'on empêche les coupables d'occuper des emplois pu-
blics ou des bénéfices, ou d'exercer les professions d'avoués, de
pharmaciens, de médecins, de chirurgiens, d'épiciers, de négo-
ciants en matières d'or et d'argent, en perles, en soieries, en armes,
et qu'on leur défende de monter à cheval.
Quant à leur permettre de quitter le royaume, le Conseil sup-
LES MARRANES D'ESPAGNE ET DE PORTUGAL SOUS PH'LIPPE IV 13
plie Sa Majesté de s'en tenir à la mesure du Roi son père, qui le
leur défendit, parce qu'ils auraient emporté tout l'argent du
royaume pour aller enrichir la Hollande et la Zélande et aider les
hérétiques à ruiner les Indes orientales et à faire la guerre aux
chrétiens.
Tel est l'avis du Conseil, conforme aux saints Canons, aux Con-
ciles, aux usages de l'Église catholique et du Saint-Office.
Lisbonne, 5 septembre 1622.
Suivent les signatures.
VIII. — 30 mars 1622-26 décembre 1622. — Les sept documents
suivants sont des ordres donnés par le Roi à son confesseur frai
Antonio de Sotomayor.
Le 30 mars 1622, il le charge de prendre connaissance, avec
don Mendo de Mota, des mémoires de Manuel Ruiz d'Elvas et de
Duarte Fernandez et de lui donner son avis.
Le 17 juin, ordre de lire les documents présentés par les Juifs
portugais.
Le 22 août, ordre identique.
Le 14 octobre, ordre de dire au Roi ce que le confesseur pense
au sujet des délibérations du Conseil de Portugal touchant un
mémoire de Melchior Gomez d'Elvas, de Ruiz Diaz et de leurs
parents.
Le 18 novembre, ordre de former une Junte dans la maison du
Président du Conseil de Portugal, de- discuter ce qui a rapport aux
Juifs de ce royaume et de transmettre la délibération au Roi.
Le 27 novembre ordre absolument semblable, mais pressant le
confesseur d'en finir avec la question des Juifs portugais.
Le 26 décembre 1622, ordre de délibérer au sujet de l'emprunt
de 150,000 ducats que les hommes d'affaires de Portugal souscri-
virent, et de discuter les conditions de cet emprunt et défense
de rien conclure sans avoir consulté le Roi.
IX. — Ordre donné par don Louis de Silva, conseiller d'État et
intendant des Finances pour le Portugal, tendant à empêcher les
Juifs de sortir du Portugal en emportant leurs biens (avril et
mai 1630).
Ce document doit être joint à la supplique que les Juifs portu-
gais présentèrent au Roi. C'est la preuve apportée par eux des
vexations auxquelles ils étaient en butte et de l'empêchement que
les autorités du Portugal mettaient à leur départ de ce royaume.
Le but en est facile à comprendre. Le Roi avait concédé aux Juifs
la permission de sortir du royaume en emportant leurj biens
| \ HKVUK DKS KTUDES JUIVKS
meubles, or, argeni et autres matières précieuses; mais les auto-
rités cherchaient à s'opposer â l'exode de ces richesses et à s'en
emparer. En effet, don Louis de Silva dit qu'il faul s'y opposer
par tous les moyens possibles, en les obligeant, dans les ports «le
mer, à se faire inscrire à la douane sur un registre particulier, en
indiquant le lieu d'où ils viennent, celui OÙ ils se renient, le nom
du navire sur lequel ils doivent s'embarquer, les noms de leurs
pères, mères, enfants, parents et domestiques, le montant de la
somme qu'ils emportent et sous quelle forme. De plus, don Louis
de Silva bur assigne un chemin dont ils ne doivent pas s'écarter.
Cet ordre montre une extrême rigueur, tant envers les .Juifs
qu'envers les magistrats et les officiers chargés de l'exécuter. Il
est en contradiction flagrante avec l'autorisation accordée par le
Roi, et c'est pourquoi les Juifs ont pris copie de ce document sur
la proclamation originale de don Louis de Silva et l'ont présentée
au Roi à l'appui de leur supplique.
Le second document est absolument identique au premier.
X. — Les Juifs de Portugal présentent au Roi une supplique,
lui disant que, malgré des temps biens durs, ils ont acheté pour
240.000 ducats de rente royale en reconnaissance de l'abrogation
de l'ordonnance qui leur défendait de sortir du royaume et de
vendre leurs biens fonciers. Mais l'abrogation prononcée par le
Roi n'a été de nul effet, car le Conseil d'Etat de Portugal, voyant
qu'ils avaient la faculté d'emporter de l'or, de l'argent et d'autres
matières précieuses, met empêchement à leur départ, défendant
de leur donner des passeports si ce n'est avec l'intervention de
certain ministre, préposé à cet effet, les obligeant à inscrire sur un
registre particulier leurs noms et ceux de leurs parents, le lieu
d'où ils partent et celui où ils se rendent. Partout les représentants
de la justice leur font subir des vexations injurieuses ; les préposés
aux douanes, pour peu qu'ils aient une goutte de sang juif dans
les veines, sont révoqués. La proclamation de don Louis de Silva
les empêche donc absolument de profiter du bienfait du Roi.
De plus, Tordre du gouverneur, tout en enfreignant la volonté
du Roi, les empêche de se livrer au commerce, en défendant au
Consulat de leur délivrer les pièces qui leur sont nécessaires. Cette
mesure est préjudiciable aux intérêts des finances, puisqu'elle
prive le Roi des droits que les marchandises payent à l'entrée,
pendanl le transit intérieur et à la sortie.
Les Juifs demandent donc à Sa Majesté de les délivrer d'une
telle oppression en ordonnant l'application intégrale de son décret
royal et que la loi sur la sortie du royaume des matières d'or et
LES MARRANES D'ESPAGNE ET DE PORTUGAL SOUS PHILIPPE IV 15
d'argent soit rigoureusement mise à exécution envers toute per-
sonne, sans distinction.
XL — Les frères Fernandez présentent au Roi une supplique
pour recevoir une somme de 53,000 reis, qui leur est due sur la
succession de Dona Maria de Portugal.
Ils se. plaignent que jugement ait été rendu sans qu'ils aient été
entendus et qu'ayant appris que le Roi avait formé une Junte
composée du Père Confesseur, du duc de Villahermosa et de
Mendo de Mata, ils lui adressèrent un mémoire; mais déjà la
résolution avait été prise.
Ils supplient Sa Majesté de révoquer la sentence, en raison de la
loi qui défend de condamner une personne sans l'avoir entendue
et sans lui avoir permis de présenter sa défense.
XII. — 30 juin 1630. — La première partie de ce document est
écrite par le confesseur du Roi. Il lui dit qu'il a pris connaissance
des mémoires des Juifs portugais, qu'il a entendu ceux qui ont pu
lui donner des renseignements sur cette affaire, et enfin, qu'il a
communiqué le tout au duc de Villahermosa.
La seconde partie est un ordre du Roi de réunir une Junte
pour délibérer au sujet de la résolution prise par le Conseil de
Portugal.
Cet ordre est daté du 30 juin 1630.
XIII. — 24 juillet 1630. — Dans cette pièce, le confesseur re-
connaît avoir reçu, le 20 juin 1630, l'ordre du Roi de prendre con-
naissance des mémoires présentés par les Juifs de Portugal et de
les examiner en compagnie du duc de Villahermosa.
Cinq de ces Portugais vinrent le voir, dit-il, et lui racontèrent
ce qui leur plut, et il transmit leurs plaintes au duc.
Dans le premier document présenté au Roi, les Juifs se plai-
gnent des persécutions auxquelles ils sont en butte ; quoiqu'ils
aient souscrit pour 240,000 ducats de rente royale, le conseil des
finances de Portugal met des entraves à leur sortie du royaume,
sous prétexte qu'ils emportent cle l'or et de l!argent, et cela est en
opposition avec l'ordonnance du Roi qui les autorise à partir
librement. On leur impose des conditions insultantes pour eux.
Ils font valoir que le principal but de cette ordonnance était d'em-
pêcher toute distinction de traitement entre juifs et chrétiens, et
l'opposition que mettent les autorités portugaises à leur sortie rend
inefficace cette ordonnance; ils ajoutent que le gouvernement lui-
même a donné l'ordre de ne leur délivrer aucun document propre
16 IlEVUK DES ÉTUDES JUIVES
a l'expédition de leurs biens à l'étranger, privant ainsi le trésor
royal des droits qui lui reviennent. [ls supplient le Roi de les pro-
téger, de révoquer les ordonnances du gouvernement portugais
et d'ordonner que ses ordres el décrets soient respectés et exé-
cuté!
Le second document représente au Roi la persécution dont ils
sont victimes, causée par la colère du peuple de les voir rendus
libres par l'ordonnance royale et aussi par le vol d'un ciboire
rempli d'hosties consacrées, sacrilège commis dans l'église parois,
siale de Sainte-Eugracia et qu'on les accuse d'avoir commis, cela
sans aucune preuve, ni indice. Les prédicateurs excitent le peuple
contre les Juifs et causent de grands troubles dans les villes. A
Coïmbre, les étudiants chassent (\c^ écoles ceux qui ont la moindre
goutte de sang juif dans les veines, et pour un peu il se produirait
un carnage universel. Ils supplient Sa Majesté de les secourir, en
ordonnant une enquête au sujet de ce sacrilège, afin que les cou-
pables soient châtiés et eux rassurés.
Le confesseur dit que ces mémoires offrent plus de verbiage
que de véracité et il en a été informé. D'ailleurs, ils ne sont ni
signés, ni datés, et dans des cas semblables de pareils documents
doivent l'être. Il est vrai que les délégués juifs lui ont dit tout ce
que contiennent ces documents. Fray Antonio est d'avis qu'il ne
faut pas irriter ces gens, parce que Sa Majesté en a besoin et
parce que, en réalité, on les persécute en Portugal plus qu'il n'est
juste et plus que la charité chrétienne ne le permet, étant donnés
les temps présents; Fray Antonio croit qu'il serait bon de les
éloigner.
Ils se plaignent qu'on les empêche de sortir du royaume. Ce
n'est pas tout à fait cela. On entrave un peu leur départ parce que
le Roi, en signant l'ordonnance, n'a pas eu l'intention de leur per-
mettre de partir tous, ce qui dépeuplerait le royaume, et les me-
sures qu'on prend contre eux ont été appliquées au confesseur
lui-même, lorsqu'il allait de Rome à Turin ; on l'obligea à loger
en une certaine hôtellerie, sans pouvoir changer de demeure, on
prit son nom et on lui demanda où il habitait d'ordinaire et où il
se rendait. Les Juifs ne peuvent donc pas se plaindre s'ils sont
traités de la même façon.
Quant au sacrilège, il existe des indices probants que ce sont
des Juifs qui l'ont commis ; cependant il n'est pas prouvé que pour
cela ils aient été frappés, ni insultés. Ce sont eux. au contraire,
qui, dans un village aux environs de Coïmbre, ont attaqué un reli-
gieux de Saint-François et l'auraient lue sans le <i'cowv< apporté
au moine par les habitants. A. l'artalegre, ils ont jeté un chien
LES MARRANES D'ESPAGNE ET DE PORTUGAL SOUS PHILIPPE IV 17
crevé sur un crucifix et l'ont souillé du sang du chien. Et les
preuves étaient si flagrantes que le Conseil de Portugal a répri-
mandé les juges du royaume, qui n'ont pas apporté assez de dili-
gence à vérifier et à punir ces sacrilèges.
Le confesseur est donc d'avis de faire remettre les documents
des Juifs au Conseil de Portugal, pour que celui-ci donne son avis
au Roi et que Sa Majesté prenne les mesures qu'elle croira utiles
à son service.
XIV. — 17 septembre 1630. — Après avoir donné la liste des
personnages composant la Junte, le confesseur fait part au Roi des
délibérations auxquelles ont donné lieu les plaintes des Juifs por-
tugais.
L'évêque de Malaga dit que, puisque les ministres du Conseil de
Portugal sont présents à cette Junte, on demandera aux autres
ministres du royaume des informations au sujet du contenu des
deux mémoires présentés par les Juifs.
Le comte de Castrillo dit qu'il est bon de prendre des mesures
convenables au sujet de l'empêchement que les autorités mettent
à l'exécution de l'ordonnance du Roi permettant aux Juifs de
sortir librement du royaume, car ceux-ci ont souscrit pour 240,-000
ducats de rente royale, et il n'est pas juste, après un tel service,
qu'on les empêche de partir,' sous prétexte qu'ils emportent de
l'or et de l'argent. Quant aux autres plaintes dit le comte, elles
sont peu fondées.
Le comte n'est pas d'avis qu'on remette ces documents au
Conseil de Portugal, puisque le Roi a d^jà pris une résolution à
leur égard, en nommant membres de cette Junte le Ministre des
Finances et celui de l'Intérieur. Il est seulement nécessaire de
consulter ceux-ci pour savoir ce qui s'est passé, afin d'y porter
remède, et, s'il n'y a pas de raisons supérieures, faire exécuter
les ordres de Sa Majesté.
Suivent les signatures.
Le Roi ordonne d'exé3uter ce qu'a proposé le comte de Cas-
trillo.
XV. — Les hommes d'affaires de Portugal résidant en Espagne
représentent au Roi que plusieurs fois déjà ils lui ont adressé des
suppliques pour lui signaler les persécutions auxquelles ils sont
en butte de la part du Saint-Office, persécutions poussées à un
tel point que c'est à peine si dans tout le royaume il existe une
ville ou un village qui ne soit dépeuplé par le massacre. Il faut
remarquer que l'emprisonnement d'un seul homme entraine soa-
T. XLVIII n° 93. 2
REVUE DES ÉTUDES JUIVES
L celui a' populati atièreet,ue, g rejaillit jus,ue
-" n b ' r n fsl e MÏtd-apporterremWeàtantdema U r,car
lh BuppUenl ba aaaj< i 1 homme, même
ayant la conscience pure, est exposé à se tr v de
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des hommes d'affaires et le ' «^^ ^^^«ne at
M»£3^«^ï™^ ,du
Portugal. pvwe pour exemple. Dans
duc de Florence. _ les m èmes moyens
Ils demandent au Ro 1 d'enn.loyeenve ls eux les m J ^
que ceux dont ^s Souv = P ont ^ - 1 à
S5S^£S ï PoClÏ d'apporter un prompt ren.de
à leurs maux.
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liers. Déjà en lbOb, poui omei • d'argent » et pour
«, les Juifs offi -irent un cer ne s mm I ^ ,,,
cela flrent le relevé de eurs mens, ng dfi
[,,800,000 cruzado?.
LES MARRANES D'ESPAGNE ET DE PORTUGAL SOUS PHILIPPE IV 19
commerce avec tout leur armement, l'autre consacrée au com-
merce d'outre-mer.
Les frets des navires serviraient à payer les officiers, matelots
et soldats, et le surplus rentrerait dans la première caisse pour
en augmenter le capital et pour assurer à l'avenir la solde des
équipages.
Les bénéfices produits par le commerce d'outre-mer, après avoir
payé les droits, resteraient acquis aux Juifs.
Chaque fois qu'un navire ennemi sortirait pour faire le com-
merce, on les obligerait à en construire deux.
Comme il faut que chaque Juif paye au prorata de sa fortune,
de même les bénéfices réalisés lui reviendraient au prorata de sa
mise de fonds et ainsi le capital resterait intact. Mais avant de
faire la répartition des bénéfices, on en prélèverait le cinquième,
pour assurer l'intégrité de ce capital.
Et, voyant que l'État possède un si grand nombre de navires et
des caisses si bien remplies, les Juifs cesseraient le commerce avec
les nations ennemies et ce serait tout profit pour l'Espagne.
Les équipages ne devront être composés que de vieux chrétiens
et, pour que leur recrutement soit plus facile, on leur décernera
des honneurs, selon leur rang et leurs services.
Don Pedro fait remarquer au Roi qu'il sera bon d'établir ces
caisses dans des porls de mer habités sutout par de vieux chré-
tiens et qu'on devra choisir les surintendants de ces caisses parmi
les vieux chrétiens de toute confiance. Ceux-ci tiendront les
livres pour assurer les comptes tant pour les droits du Roi que
pour les bénéfices à répartir entre les intéressés.
Ainsi les ports d'Espagne seront remplis de navires et le com-
merce sera florissant. Les douanes produiront également bien
davantage.
Peut-être les Juifs demanderont-ils un certain délai pour traiter
la chose entre eux. Il sera bon de ne leur en accorder qu'un assez
court pour qu'ils ne puissent s'écrire; dans le cas où ils refuse-
raient d'accepter cette proposition, il faudrait les y obliger et ainsi
le Roi les aurait à sa merci, tout en augmentant ses forces ma-
ritimes et en affaiblissant celles de ses ennemis.
XVII. — 27 septembre 1630. — Le confesseur du Roi dit que les
Juifs de Portugal ont présenté un mémoire dans lequel ils se
plaignent de la persécution dirigée contre eux parle Saint-Office et
de ce que, malgré les ordres du Roi, aucune amélioration n'a été
apportée à leur sort. C'est la ruine des négociants; aussi un grand
nombre d'entre eux passent à l'étranger avec tout ce qu'ils
2 REVUE DES ÉTI DES JUIVES
peuvent emporter et ruinenl ainsi le royaume, autrefois si floris-
sant grâce à leurs capitaux. Us auraient pu, en restanl en Por-
tugal, augmentera richesse delà nation, en envoyant de nom-
breux navires dans toutes les parties du monde; le trésor royal se
serait enrichi des droits perçus sur les marchandises à leur en-
trée à leur sortie et pendanl le transit dans le royaume. Les Juifs
vivent librement en France, en Hollande, à Venise, à Florence et
dans d'autres pays et enrichissent ces contrées.
Ceux qui sont conTertis sont de bons chrétiens et le prouvenl
par leurs œuvres, car ils fondent des monastères et des chapel-
laineries, ils fréquentent les sacrements, poussent leurs enfants à
... faire prêtres, moines ou religieuses, n le Roi n'a pas de servi-
teurs plus fidèles et plus loyaux.
Ils désirent continuer leur négoce, tant continental que mari-
time et par là enrichir non seulement le royaume, mais encore la
monarchie, et ils demandent au Roi d'employer les procédés dont
ont fait usage à leur égard les Souverains Pontifes et les Rois
ses prédécesseurs. Ils demandent, en outre, que ce mémoire soit
remis à l'Inquisiteur général de Portugal, pour que celui-ci
consulte les personnes les plus pieuses et les plus doctes des
royaumes sur les mesures à prendre.
Le confesseur attribue toutes les souffrances des Juifs à la haine
que les chrétiens leur portent et qui a pour cause le crime qu'ont
commis leurs ancêtres, dont ils sont tous responsables. Ils ont
péché dès le sein de leur mère, dit le psaume lvii, et saint Au-
gustin leur applique ce verset. Jérémie a prophétisé contre eux.
Cette faute est si enracinée en eux que quelqu'un a «ht qu'elle
ressemble à une-maladie de leur sang. Et c'est vrai, car si quelque
Juif se convertit sincèrement, à la troisième ou quatrième généra-
tion le judaïsme renaît dans leurs descendants. Par suite, comme
les iidèles ne peuvent leur pardonner ce crime de lèse majesté
divine, ils poursuivent et persécutent les Juifs et ceux-ci de-
mandent aide et protection au Roi. Le confesseur pensait que les
.Juifs demandaient un pardon général et il questionna les délègues
-, ce sujet; mais ceux-ci répondirent qu'ils n'en désiraient pas un
comme le dernier, qui leur avait apporté plus de maux que de
biens; mais, qu'ils en accepteraient un semblable au premier. Le
confesseur y est entièrement opposé et, à ce sujet, il cite le décret
du 15 e concile de Tolède qui anoblissait les Juifs convertis; mais
bientôt le roi Goth Egica rapporta ce décret, sur l'avis du Concile
lui-même, parce qu'il fut prouvé que ces mêmes Juifs avaienl
conspiré avec leurs coreligionnaires d'Afrique dans le but de
livrer l'Espagne aux Maures. Le Roi ordonna, de plus, qu'a partir
LES MARRANES D'ESPAGNE ET DE PORTUGAL SOUS PHILIPPE IV 21
de l'âge de sept ans, leurs enfants leur seraient enlevés et confiés
à de "vieux chrétiens pour être instruits dans la religion catho-
lique. Tous les pardons qu'on leur a concédés n'ont été d'aucun
profit pour le bien de leurs âmes; aussi le confesseur est-il d'avis
de ne pas leur en concéder un nouveau.
Fray Antonio se demande quel bien pourrait résulter pour les
Juifs de la remise de leur mémoire à l'Inquisiteur général de Por-
tugal; il questionna les délégués à ce sujet; mais ceux-ci ne vou-
lurent répondre rien d'autre, si ce n'est que leur intention était de
remettre aux mains de leurs ennemis leur propre cause parce
qu'ils la croient si bonne que ceux-ci devront eux-mêmes y ap-
porter remède. L'un de ces délégués demanda qu'on leur imposât
un tribut, comme autrefois on le fit pour les Maures d'Aragon et
de Valence, afin qu'on ne leur confisquât pas leurs biens, car cette
peine est la seule qui les touche vraiment. Le confesseur est opposé
à cette mesure, parce que, une fois sûrs de pouvoir jouir sans
crainte de leurs richesses, les Juifs ne se gêneraient plus pour
pécher, et bientôt le royaume serait rempli d'hérétiques. Le châti-
ment de Dieu ne tarderait pas à descendre sur ce pays.
Il est fort possible que les négociants portugais aient parlé de
cette affaire à l'Inquisiteur général de Portugal et c'est pour cela
qu'ils désirent tant qu'on remette leur mémoire entre ses mains.
Le confesseur admet cette mesure, mais sous la condition qu'on
ne parlera pas à l'Inquisiteur général de l'offre d'un tribut, de ma-
nière à avoir son avis sur tout ce que contient ce document.
XVIII. — 4 octobre 1630. — Le confesseur dit, au nom de la
Junte, que la proposition de don Pedro Fernandez, de Figueroa,
a été examinée, mais qu'elle paraît inexécutable. Le seul moyen
propre à attirer les Juifs et à les engager à abandonner le com-
merce qu'ils font avec la Hollande, serait de leur garantir la tran-
quille possession des capitaux qu'ils placeraient dans les caisses
proposées par don Pedro de Figueroa, et encore faudrait-il exa-
miner si cela n'est pas préjudiciable à la religion.
XIX. — 24 novembre 1630. — Ordre du Roi à son confesseur de
former une nouvelle Junte pour examiner l'avis donné par fray
Antonio de Sotomayor, l'évêque de Malaga, et don Francisco de
Melo sur les propositions de don Pedro Fernandez de Figueroa,
puis de transmettre les délibérations à Sa Majesté.
XX. — Madrid, 19 novembre 16[30]. — Fray Antonio de Soto-
major accuse réception de l'ordre que lui a donné le Roi d'exa-
REVUE DES ETUDES JUIVES
min. M* les documents remis par les Juifs de Portugal, par lesquels
ils demandent qu'on en donne d'abord connaissance au Conseil
royal de Portugal, ensuite que fa Junte les examine et consulte le
roi par l'entremise de son confesseur,
Celui-ci est d'avis qu'il ne <loit pas être question de ce qui touche
aux. salaires, car Sa Majesté a déjà pris une résolution à ce Bujet-
Quant au reste, on ne doit pas prendre des mesures au sujet des
événements futurs et il n'est pas nécessaire d'en occuper le Conseil
de Portugal.
Le Roi ordonne qu'il en soit ainsi.
XXI. — 24 novembre 1630. — Délibération sur le mémoire de
Duarte Fernandez et Fernan Lopez.
La Junte est d'avis d'entendre les deux frères au sujet des
53,000 reis qui leur sont dus ci mme salaires et les cinq années de
pentes qu'ils disent n'avoir pas touchées Quant au reste, il faut
s'en tenir à la résolution que le Roi a prise au sujet de la succes-
sion de doua Maria de Portugal. La Junte insiste pour qu'on l'a
le plus promptement possible les démarches nécessaires à la con-
naissance de cette affaire et à son jugement.
Approbation du Roi.
KXII. — Avis de 1 Inquisiteur général.
L'Inquisiteur général, consulté au sujet de l'expulsion du Por-
tugal des nouveaux chrétiens soupçonnés ou convaincus de Ju -
d ii'sme, répond qu'il est juste d'expulser les apostats et les judaï-
sa nts, lors môme qu'ils seraient réconciliés avec l'Église, etil s'ap-
puie sur quatre raisons :
1° Il est prudent de séparer les coupables de ceux à qui ils
pourraient inoculer leur corruption;
2° L'Église s est toujours comportée de la sorte envers les héré-
tiques et les apostats ;
3° Les Souverains Pontifes prirent toujours cette mesure, et
l'Inquisiteur général cite un texte extrait des Actes du sixième
Concile de Tolède, par lequel les Pères du Concile décident qu'au-
cun prince ne pourra être mis en possession du sceptre, ni rece-
voir l'investiture royale s'il ne prend rengagement d'expulser de
son royaume tous ceux qui ne seraient pas catholiques;
4° Tous les empereurs romains et les États gouvernés par les
principes du droit commun ont constamment suivi l'exemple de
l'Église, a 11 est vrai, dit l'Inquisiteur général, que quelques doctes
personnages n'admettent pas complètement cette raison, disant
que les nouveaux chrétiens ayant apostasie peuvent se repentir,
LES MARRANES D'ESPAGNE ET DE PORTUGAL SOUS PHILIPPE IV 23
confesser leurs fautes et se réconcilier avec l'Église. Cette réponse
n'est pas juste, car il est certain que les Juifs convaincus restent
toujours hérétiques et apostats ; que, s'ils feignent de se convertir,
c'est seulement pour éviter la mort et le feu; que ceux qui s'exi-
lent d'eux-mêmes se déclarent Juifs dans les autres pays et que,
s'il en reste quelques-uns au Portugal, c'est à cause de leurs
familles et de leurs biens et aussi parce qu'ils craignent le sort que
leur réserve l'exil ;
50 Parmi les nouveaux chrétiens, il y a un si grand nombre de
judaïsants et d'apostats qu'on peut dire qu'ils le sont tous et que,
pour ce motif, il est nécessaire d'employer le remède radical de
l'expulsion totale, pour éviter les continuels sacrilèges commis
par eux;
6° Parce que l'expérience montre que les nouveaux chrétiens
ne s'amendent pas par les pardons qui leur sont accordés, car ce
n'est pas par la douceur qu'on peut les ramener, mais par la ri-
gueur; on devrait les condamner pour crime de lèse-majesté,
c'est-à-dire à mort.
L'Inquisiteur général ajoute qu'on peut, il est vrai, opposer a
ces raisons ces observations :
1° Que parmi les nouveaux chrétiens il peut y en avoir qui se
convertissent et que la charité chrétienne demande de ne pas les
exiler, parce qu'ils pourraient se corrompre davantage au contact
de leurs coreligionnaires dans les pays où ils peuvent pratiquer
librement la loi de Moïse; que ce fut toujours un acte de miséri-
corde de châtier les coupables ;
2° Que l'Église s'est toujours contentée de l'abjuration, de la
confiscation des biens et de la peine ordinaire et que l'exil serait
une aggravation de peine.
Mais ces arguments n'ont pas de valeur, parce que l'Eglise ne
défend pas d'augmenter les peines; puis parce qu'on a lieu de
croire que ces convertis continuent à pratiquer en secret la reli-
gion judaïque. De toute façon, l'exil pourrait empêcher la confes-
sion de ces nouveaux chrétiens relaps et on est certain que ceux-
ci cachent leurs complices, arrêtant ainsi l'action du Saint-Office,
et l'exil, au lieu de les affliger, les réjouit.
Dans la deuxième partie de son argumentation, l'Inquisiteur
général soutient qu'il convient de les exiler, et cela pour trois
raisons :
1° Parce que. du moment qu'ils ont été jugés et condamnes,
l'État a le droit de les tenir pour suspects et de se défendre d'eux;
2° Parce que les condamnés n'ont pu l'être sans qu'il existe
quelque preuve contre eux et, lors même que celle-ci ne serait pas
REVUE DES ÉTUDES JUIVES
absolue, elle doil être considérée comme telle, car ils sont sus-
pects :
3° Parce que beaucoup de personnes prudentes, doctes et crai-
gnant Dieu sonl d'avis de les expulser, attendu que la plupart
d'entre eux sonl infectés de Judaïsme.
A cela on peut opposer que l'exil est une peine trop rigoureuse
envers de simples suspects, étant donnée la pitié donl l'Église fait
preuve envers les condamnés. Mais cette observation est facile-
ment réfutée, d'abord, parce que l'Église n'a pitié que de ceux qui
montrent leur repentir, au moins extérieurement, et tous ceux
qui montent sur les échafauds ont été jugés sur leur propre
témoignage, les autres ont été condamnés comme impénitents,
parce qu'ils ne confessaient pas leurs fautes. D'ailleurs, l'expulsion
de ces suspects doit être considérée comme une mesure de salu-
brité morale pour le Portugal.
XXIII. — 5 mars 1631. — Examen contradictoire des quatorze
points qui résultent de la délibération des prélats portugais réunis
en Junte dans le couvent de la ville de Tomar, sur l'ordre de Sa
Majesté, pour prendre connaissance des documents présentés par
les Juifs portugais.
1 er point. S'il est permis d'expulser tous les Juifs et tous ceux
qui auraient une goutte de sang juif dans les veines.
2 e point. S'il faut se borner à expulser ceux dont on ne peut
pas attendre la conversion et qui sont les chefs du Judaïsme.
3 6 point. Si, comme souverain seigneur, le Roi aie droit d'ex-
pulser les nouveaux chrétiens de pur sang juif en confisquant leurs
biens, et en exceptant seulement ceux dont une longue ascendance
n'a jamais été entachée de la réputation de judaïsants.
Pour le 1 er point, la Junte répond qu'il n'est pas permis de les
expulser en totalité, parce que la majeure partie d'entre eux ont
reçu le baptême volontairement et doivent être considérés comme
chrétiens ; ils ont tous été confirmés et ont reçu la force pour
persévérer dans la foi. A l'appui de ceci, la Junte cite beaucoup
d'exemples des temps passés.
Pour le 2 U point, la Junte déclare que le soupçon d'hérésie ne
suffit pas à justifier l'expulsion ; qu'il faut encore prouver que les
suspects sont incorrigibles.
Le 3° point n'est pas conforme à la justice, car si le droit per-
met de punir toute une communauté de personnes, lors même qu'il
y en aurait d'innocentes, on ne peut pas dire que les nouveaux
chrétiens en forment une, car ils habitent de nombreuses villes,
dont le Roi est la tête, e1 dans ce cas ou ne peut punir tout le peuple
LES MARIIANES D'ESPAGNE ET DE PORTUGAL SOUS PH. LIPPE IV 25
j uif, malgré ses crimes, à cause du grand nombre d'innocents qu'il
comprend.
4 e point. L'Eglise seule peut être juge en cette cause, car le
crime a été dirigé contre la religion. L'expulsion générale affaibli-
rait le royaume et fortifierait ses ennemis, comme cela arriva lors
de l'expulsion des Maures On ne peut donc expulser les nouveaux
chrétiens ayant un peu de sang juif dans les veines, car on doit
espérer que le bon sang qu'ils possèdent les poussera à conserver
la foi; mais le Roi peut et doit promulguer une loi, ordonnant d'ex-
pulser ceux qui désormais apostasieraient, ainsi que leurs femmes
et leurs enfants. Mais les nouveaux convertis ont besoin d'autant
de soin que les plantes nouvellement écloses, et ce n'est pas en
adoptant les mesures précédemment proposées par les prélats
qu'on réussirait à les maintenir dans la bonne voie.
5 e point. Doivent être expulsés les hommes ou les femmes vieux
chrétiens sans mélange qui abjureraient, et non celui qui aurait
déjà abjuré, lors même que sa mère l'aurait fait et serait exilée.
La Junte est d'avis que ce point est une répétition du précé-
dent.
6 e point. L'expulsion doit être soumise à l'arbitre de l'Inquisi-
tion, qui jugera si elle doit ou non infliger cette peine et à quels
coupables. Cela est inadmissible, car l'Inquisition admet un Juif
à la réconciliation , elle ne peut le condamner en même temps à une
peine si dure.
*7 e point. Cette peine doit être appliquée aux suspects ayant
abjuré au Saint-Office, ainsi qu'à leurs femmes et à leurs enfants.
Pour la même raison que celle du 6 e point on ne peut appliquer
cette peine aux nouveaux réconciliés qui ont purgé leur condam-
nation par l'abjuration et la pénitence publique; elle ne pourrait
être infligée que si, de, nouveau, le réconcilié apostasiait Quant à
l'expulsion des femmes et des enfants, ce serait une chose mons-
trueuse de voir châtier les membres de la famille de celui qui n'a
pas même commis de délit et a seulement été soupçonné.
8 e point. Doivent être expulsés les femmes, enfants et petits-
enfants de ceux qui auraient été ou pourraient être livrés au bras
séculier. Si ceux qui ont été livrés au bras séculier sont morts en
chrétiens, leurs femmes et leurs descendants ne peuvent être
punis pour une faute dont ils ne sont pas coupables.
9 e point. Qu'aucune pénitence ou châtiment ne puisse exempter
ces personnes de la peine d'expulsion.
Ce point est en contradiction flagrante avec le droit qui dit
qu'on ne peut punir deux fois pour le même fait : Non bis in idem.
10 e point. Que Sa Majesté daigne ordonner que, dans l'espace
,,-, REVUE DES ÉTUDES IU1VES
d'un an, les Juifs pourront sortir du royaume, après avoir vendu
leurs biens, mais sans emporter de matières «Toi- et d'argent, en
transformanl le prix de pes ventes en marchandises, et il sera
Nécessaire d'employer une grande surveillance pour que le fisc
POya i ne soit pas frustré de ses droits. De plus, Le Roi devra
décider qu'aucun drs expulsés ne pourra revenir dans le royaume
et qu'en enfreignant cette prohibition, ils s'exposent à être condam-
nés aux galères.
Pourquoi leur donner la liberté de sortir pendant un an seule-
ment et enlever cette faculté à roux qui n'en profiteraient pas
pendant ce laps de temps? Ce sont deux contradictions, et
deux moyens sont peu ronronnes à la raison. Personne ne niera
que les réconciliés ne soient les sujets du Roi et comme tels,
obligés à défendre l'Etat aussi bien que les autres vassaux; ils
doivent donc participer aux mêmes droits, aux mêmes libertés,
aux mêmes privilèges.
11° point. Pour arrêter la propagation du judaïsme qui, par i\r>
mariages avec de vieux chrétiens, infecte le bon sang du sang des
apostats et des hérétiques, Sa Majesté doit et peut promulguer une
loi défendant aux Juifs de donner à leurs enfants, se mariant avec
des vieux chrétiens, une dot supérieure à 2.000 cruzadps, disant
que l'excédent de cette dot sera partagé par moitié entre le fisc
royal et le dénonciateur. De plus, aucun vieux chrétien marié à
une nouvelle chrétienne ne pourra obtenir de charges ni de privi-
lèges dans le palais royal, pas plus que des honneurs et des emplois
publics.
Ce point est une infraction au droit, qui prescrit la liberté
complète pour contracter mariage. Le pouvoir paternel a été si
grand à un moment que le père possédait le droit de vie ou de
mort sur ses entants ; mais jamais il n'eut le droit d'empêcher un
iils ou une fille de contracter mariage à son gré. Une pareille loi
est opposée à la propagation du genre humain, qui est le but du
mariage.
Ti" point. Que Sa Majesté prie le Souverain Pontife de déclarer
que toute personne ayant des ascendants juifs sera, jusqu'à et y
compris la dixième génération, incapable d'être pourvue de
dignités, ni de canonicats dans les église, métropolitaines, cathé-
drales et collégiales, ni de bénéfices ecclésiastiques d'aucune sorte,
qu'elle ne puisse recevoir même les ordres mineurs afin d'éviter
les sacrilèges.
Le confesseur «lit, au nom de la Junte, qu'il n'arrive pas à com-
prendre pourquoi l'assemblée des prélats a réuni dans ce point
tant de défenses et d'incapacités. TI suffisait de défendre l'orlina-
LES MARRANES D'ESPAGNE ET DE PORTUGAL SOUS PHILIPPE IV 27
tion des nouveaux chrétiens, ayant des ascendants juifs, jusqu'à
la dixième génération, puisque personne ne peut recevoir de
dignités, places ou bénéfices ecclésiastiques sans avoir été
ordonné prêtre. Ce point était bien inutile, car lorsque des can-
didats sollicitent l'ordination, les évoques ont soin de s'informer
de leur généalogie et de repousser ceux qui sont indignes.
13 e point. Que le Roi les déclare incapables de recevoir des
dignités ou des charges séculières dans l'Etat, car ils sont infidèles
au Roi et aux hommes, puisqu'ils le sont envers Dieu.
Cette résolution est contraire au droit, à la justice et â l'usage,
car les Romains, dont on admire le gouvernement, attiraient les
vaincus dans leur capitale et leur conféraient des dignités et des
charges, afin de les bien disposer en leur faveur.
Si on avait cherché à propager et à conserver le Judaïsme, on
n'aurait pu trouver un moyen plus propre à ce but. Au contraire,
qu'on facilite les mariages entre vieux et nouveaux chrétiens et
qu'on leur donne des emplois et des honneurs; ainsi le sang pur
aura bientôt triomphé du mauvais.
14 e point. Pour les mêmes raisons, qu'ils soient exclus de toute
communication et de tout commerce avec les vieux chrétiens,
excepté en ce qui concerne les rentes royales, car cette résolution,
si elle était appliquée intégralement, serait trop préjudiciable au
trésor royal.
•Tout ce quia trait à ce point se rapporte au gouvernement poli-
tique; par conséquent, le Roi et ses ministres sont seuls aptes à
juger de l'opportunité des précautions à prendre ; les prélats, en
traitant cette question, outrepassaient leurs pouvoirs et il n'est
pas nécessaire de discuter ce sujet.
La Junte est donc unanime à repousser la proposition d'expul-
sion générale.
XXIV. — 26 février 1631. — Le confesseur dit qu'il a écrit au
grand inquisiteur de Portugal, sur l'ordre du Roi, pour lui dire de
ne pas retarder sa réponse au sujet de la plainte des Juifs. Aussi-
tôt que fray Antonio aura cette réponse, il s'engage à la commu-
niquer promptement au Roi.
XXV. — 26 mars 1631. — Ordre du Roi à son confesseur de
former une Junte pour examiner la proposition des Juifs, qui
offrent de verser une somme considérable.
XXVI. — 27 mars 1631. — Fray Antonio de Sotomayor propose
au Roi de nommer membres de la Junte un inquisiteur et un théo-
REVUE DES in DES Jl'l\ ES
logien, qui se trou yen 1 à la cour, plutôt que d'en faire venir de
Portugal, ce qui retarderait l'examen des questions juives.
SXVTI. — 14 mai 1631. — Le confesseur donne connaissance au
Roi d'un mémoire du nonce, dans lequel celui-ci «lit que, s'il est
question d'un pardon général, cette affaire doit être remise au
Souverain Pontife; mais que, pour sa part, il y est opposé.
\ \ VIII. — '2r> mais 1632. — Le Roi, écrivant à son confesseur,
dit que le mémoire des Juifs de Portugal contient trois points fort
importants pour la religion, la justice et L'État et qu'il ne paraît
pas possible de Leur refuser satisfaction, d'autant plus qu'il a déjà
accordé un pardon dans des temps très durs et qu'il ue peut con-
damner comme injuste ce qu'ont fait tant de rois pieux et justes et
dans des circonstances moins mauvaises ; et quoiqu'il ait refusé
plusieurs fois de concéder ce pardon, il est presque décidé à le
faire, parce qu'il lui est impossible de porter remède aux misères
publiques. Le Roi donne donc l'ordre à son confesseur de réunir
une Junte composée des personnes dont il donne la liste pour juger
quel est le meilleur parti à prendre parmi les deux proposés, celui
de l'Inquisition de Portugal ou celui du Conseil de Castille. Il faut
examiner quelle est la meilleure manière de ramener en Espagne
et en Portugal les Juifs qui se sont réfugiés en pays étrangers.
•
XXIX. — 1 er janvier 1633. — Ce document est absolument sem-
blable à celui qui est daté du 5 mars 1631. Le confesseur du Roi y
étudie les 14 points présentés par la Junte des Prélats et discutés
ensuite par une autre Junte nommée par le Roi. Le confesseur
discute ces points, présente les mêmes raisons, mais combat ces
points au moyen d'une argumentation plus étendue, basée sur
les Écritures Saintes, sur la théologie catholique et sur le droit
commun. Il est opposé à l'expulsion générale, et critique les pré-
lats qui se sont occupés de choses en dehors de leur caractère et
qui incombent seulement aux ministres du Roi.
Dans le manuscrit, il existe encore quatre documents fort tron-
qués, non signés ni datés. Ils se trouvent aux pages 38, 43, 44
et 45. Ils traitent des mêmes questions et dans les mômes termes.
El.KAN N. Adlbr.
(.4 suivre).
CONTRIBUTIONS
A LA GÉOGRAPHIE DE LA PALESTINE
ET DES PAYS VOISINS
(suite *)
VII
LES TRIBUS ISMAÉLITES.
La Genèse nous fournit deux récits de la fuite d'Agar, laMiçrite.
Suivant l'un (chap. xvi), Agar, victime de la jalousie de Sara,
aurait gagné le désert ; l'ange de Iahvé lui serait apparu près de
la source sur le chemin de Chour et lui aurait prédit la naissance
d'un fils qui habiterait à l'orient de tous ses frères. D'après l'autre
tradition (chap. xxi), Ismaël était déjà adolescent quand Abraham
renvoya Agar; il erra d'abord avec sa mère dans le désert de
Berschéba, devint un habile archer et se 'maria au désert de
Paran avec une Miçrite. Les deux textes s'accordent, d'ailleurs,
à faire de la steppe située au sud de la Palestine le berceau des
Ismaélites.
Ismaël eut une nombreuse postérité : « L'aîné d'Ismaël fut
Nebayoth, puis Qédar, Abdeël, Mibsam, Michma, Douma, Massa,
Iladad, Thêma, Ietour, Naphich et Kedma 2 . Ils demeurèrent de
Havila jusqu'à Chour, situé à l'est de Miçraïm, et sur la route
d'Achour. A l'est de ses frères il s'installa 3 . »
1 Voir Bévue, t. XXXV, p. 185; t. XLIII, p. 161; t. XLIV, p. 29; t. XLV,
p. 165; t. XLVI, p. 184 et t. XLVII, p. 23.
4 Josèphe [Ant. Jud,, I, 12, 4) donne la liste suivante : Naëaicôôï]:, Kyjôapo^,
'AêÔ£Y)>,o:, MasaàjAa;, 'Iôo-jjja;, Màtfjxaç, Matra^;, Xooaoo:, 0i(xavo;, 'Istou^o;, Nàçat-
ao;, K£Ô[j.a; .
3 Gen.. xxv, 12.
30 RKVI i: DES ÉTUDES JUIVES
Ce texte amalgame également deux traditions différentes, l'une
assignanl aux tsmaélites comme territoire une contrée au sud de
la Palestine, contrée ailleurs 1 attribuée aux Amaléci tes, l'autre,
conforme à la prédiction de l'ange de [ahvé, établissant les [smaé-
lites du côté il.' l'Orient, Pour les concilier, il faut admettre une
migration des Ismaélites après un assez long séjour dans la steppe.
si la cause de ce1 exode nous échappe, il paraît difficile de con-
tester l'installation définitive des tsmaélites dans les régions
orientales « Les enfants d'Ismaëi; dit Josèphe, occupèrent la
contrée qui s'étend de l ? Euphrate à la mer Rouge, et qu'ils appe-
lèrent Nabatène, et ils constituèrent le peuple arabe 1 . »
Nous allons, du moins, établir que quatre des douze tribus
Ismaélites se fixèrent à l'est de la Palestine.
Le I or Livre des Chroniques, v, 18-22, rapporte que les Rubé-
nites et la demi-tribu de Manassé, au nombre de 44,760, entre-
prirent une expédition contre les Agriïtes ('ÂyapTivoQ, les gens de
letour, deNaphich et de Nodab, et qu'ils les défirent complètement:
ils en tuèrent un grand nombre, tirent 100,000 captifs et se sai-
sirent de 50,000 chameaux, 250,000 tètes de menu bétail et
2,000 ânes, et s'installèrent à leur place jusqu'à la déportation.
Où se déroula cette lutte, et à quelle époque ?
Le I or Livre des Chroniques, v, 10, répond à la première ques-
tion en rappelant qu'aux jours de Saùl les Rubénites furent en
guerre avec les Agriïtes et s'installèrent dans les tentes des vain-
cus sur le bord oriental de Guilead.
Il est moins facile de résoudre la question de temps.
Le I er Livre des Chroniques fait bien précéder le compte rendu
de l'expédition des tribus de Ruben et de Manassé d'une énumé-
ration de certains chefs de la tribu de Gad, qui se termine par ces
mots : « Tous avaient été inscrits aux jours de Jotham, roi de
Juda, et en ceux de Jéroboam, roi d'Israël » (v, 17). Mais il serait
téméraire d'appliquer cette donnée chronologique à l'expédition
elle-même. La seule chose certaine est que l'expédition est anté-
rieure à la déportation (I Chr., v, 26; II, Rois, xv, 24), c'est-à-
dire a Tannée 124.
Remontant le cours de l'histoire, on voit d'abord les bandes
assyriennes de Tiglat Piléser appelées en Galilée et en Gui-
lead par le roi de Juda, Aeliax II Rois, xvi, 7-8), à la suite de
sa défaite par Recin, roi de Damas, et Péqah ben Rèmalyahou,
roi d'Israël (Isaïe, vu et vin; 11 Chr., xxviu, 5-6). Péqah ben
1 I Sam., xv, 7.
» J'jsèj'he, Ant Jud., I, 12, 4.
CONTRIBUTIONS A LA GEOGRAPHIE DE LA PALESTINE !i
Remalyahou est, d'ailleurs, le dernier d'une série de personnages
portés par des insurrections sur le trône d'Israël.
Zacharie venait, en effet, de succéder à son père Jéroboam,
lorsqu'il fut assassiné par Salloum, fils de Yabéch (II Rois, xv, 10).
Un mois après, le meurtrier tombait sous les coups de Menahem
ben Gadi, de Tliirsa (II Rois, xv, 14), lequel, pour affermir son
autorité , versa un fort tribut à ïiglat Piléser. Il réussit à
léguer son trône à son fils Pékaya, mais celui-ci fut à son
tour égorgé par Péqah ben Remalyahou, assisté de cinquante
Guileadites (II Rois, xv, 25). Ce détail assigne à l'assassinat de
Pékaya le caractère de représailles exercées à l'occasion du
meurtre de Salloum, natif de Yabech, ville de Guilead (Juges,
xxi, 9; I Sam., xxxi, 21). La révolution qui enleva à la famille de
Jéhu le trône d'Israël apparaît dès lors comme l'œuvre des gens
de Guilead, ambitieux du pouvoir. D'autre part, le roi de Damas,
l'allié de Péqah ben Remalyahou, devait marcher d'accord avec le
parti qui renversa Zacharie; Zacharie n'était-il pas le fils de ce
• Jéroboam qui avait humilié Damas (Il Rois, xiv, 28) ? Cette époque
fut donc caractérisée par une entente parfaite entre les gens de
Guilead et le roi de Damas.
Mais lorsqu'on veut en fixer la chronologie, l'on reconnaît la né-
cessité de rectifier les données bibliques sur la durée de quelques
règnes : le texte indique dix ans pour Menahem (II Rois, xv, 17),
vingt ans pour Péqah ben Remalyahou (II Rois, xv, 27); mais les
inscriptions assyriennes établissent que Menahem prêta hommage
à Tiglat Piléser en même temps que Recin de Damas, soit en 738,
soit dans la période 742-740.
On est ainsi amené à faire remonter à l'année 750 l'origine de
l'ère troublée dans laquelle on trouve sans cesse la main de
Guilead.; nul doute, d'ailleurs, sur les causes de l'influence tout à
coup exercée par la ïransjordane dans les affaires intérieures
d'Israël : lustre donné aux tribus de Ruben et de Manassé par
leurs victoires sur les Agriïtes, les gens de Ietour, de Naphich et
de Nodab, et prestige résultant de la force de leurs milices. Dès
lors, il faudrait placer entre 760 et 750 l'expédition des tribus de
Ruben et de Manassé.
Il faut aussi noter que Jotham, roi de Juda (754-735), fit la
guerre au roi des Benê-Ammon, le défit et lui imposa un lourd tri-
but, qui fut payé au moins trois années (II Chr., xxvn, 5); peut-
être ne faut-il voir dans cette guerre qu'une tentative d'un vassal
pour secouer le joug de Jotham, au moment où celui-ci prenait le
pouvoir. La guerre chez les Benê-Ammon et l'expédition contre
les Agriïtes se seraient donc déroulées parallèlement, et il y au-
32 REVUE DES ÉTUDES JUIVES
rait eu une certaine entente entre les tribus de la Trànsjordane
et Juda. La liste assyrienne des Eponymes Indiquant pourl'an-
oée 755 une campagne contre Khatarika et pour l'année '54 une
campagne contre Arpad, la non-intervention du roi de Damas
s'expliquerait; ses contingents sans doute auraient été engagés
de ce côté.
11 est moins facile de rattacher à ces faits les deux prophéties
d'Amos poutre Damas et contre les Benê-Ammon :
Pour trois crimes de I ><<mas
el pour quatre, c'est irrévocable :
parce qu'ils ont broyé avec des herses de 1er les monts de Guilead,
je lancerai le feu sur la maison de Ilazaël,
et il dévorera les palais de Ben Iladad.
A Qïr ' sera déporté le peuple d'Aram,
dit lahvé. (i, 3-5 )
Pour trois crimes des Benê-Ammon
et pour quatre, c'est irrévocable :
parce qu'ils ont éventré les femmes enceintes de Guilead
pour étendre leur territoire,
je mettrai le feu aux murs de Rabba,
et il dévorera ses palais.
Et Melchom sera emmené captif
ses prêtres et ses chefs avec lui,
dit lahvé. (i, 13-15.)
Ainsi d'après Amos, Guilead aurait été attaqué simultanément
au Nord par les soldats d'Hazaél de Damas, et au Sud par les
Benê-Ammon : faut— il croire que les Agriïtes, cédant aux sollici-
tations des agresseurs d'Israël, se joignirent à eux? La campagne
de Ruben et de Manassé contre les Agriïtes aurait alors été une
campagne de représailles. On s'explique toutefois difficilement le
relèvement rapide d(^ tribus de la Trànsjordane après un écra-
sement tel que celui qu'indique le prophète; aussi semble-t-il
absolument nécessaire de l'aire remonter au moins à la période
lliï-HSO la prédiction d'Amos.
Les circonstances qui amenèrent les tribus de Ruben et de Ma-
nassé à marcher contre les nomades qui habitaient les steppes
désertiques voisines de leurs territoires étant maintenant con-
nues, le moment est venu de rechercher quels étaient ces no-
mades. Immédiatement on découvre dans leurs rangs deux des
tribus ismaélites, letour et Naphich.
1 Le l'ait est confirmé par 11 Ko. s, xvi, 9. Ou peut k'ûlouncr que le prophète a;t
déftijrné d'avance le heu d'exil.
CONTRIBUTIONS A LA GEOGRAPHIE DE LA PALESTINE 33
Le pays de Ietour, a-t-on dit, c'est l'Iturée, mais comme ce nom
semble avoir un peu flotté dans l'espace, il est essentiel de bien
préciser la position de la contrée.
Ce pays est associé â la Trachonitide : nous connaissons par
1 evangéliste Luc (ni, 1) Philippe, tétrarque de l'Iturée et de la
Trachonitide.
On possède, d'ailleurs, sur la Trachonitide d'assez nombreux
renseignements. D'après les Onomaslica *', c'est la région qui
confine au désert voisin de Bosra d'Arabie; Kanatha, aujourd'hui
El Qanawat, était en Trachonitide -. Ptolémée 3 place au pied du
mont Alsadamus, aujourd'hui Djebel Druz, l'habitat des Arabes
Trachonites. Une inscription de Mismié 4 , qui renferme le pas-
sage $aivYi<yfoiç |À7 1 Tpoxto[j.''a xov Tpà^wvoç, achève de nous édifier sur
l'étendue de la contrée vers le Nord. La Trachonitide englobait le
Ledja et le Djebel Haouran. On s'explique, dès lors, le texte de
Josèphe 5 opposant la Trachonitide à la Galilée, en intercalant le
canton OùX'àôa — district al Hûlah des Arabes, près du lac Houleh
— et le canton ncmàç, — district de Banias.
Au surplus, les descriptions du pays que nous ont laissées
Josèphe et Strabon sont absolument confirmées par les récits des
voyageurs. D'après Josèphe 6 , la Trachonitide était au temps de
Zénodore habitée par des gens de sac et de corde qui exploitaient
la plaine de Damas ; ils vivaient dans des cavernes dont l'entrée
était difficile à découvrir sans guide, et dont les vastes salles
intérieures pouvaient abriter bêtes et gens avec tous leurs ap-
provisionnements. Strabon, plus concis, n'en est pas moins ex-
plicite : « Damas est dominé par les deux Trachones. Puis vers
les régions des Arabes et des Ituréens, sont des montagnes
presque impraticables, contenant de profondes cavernes : l'une
d'elles pouvait enfermer 4,000 hommes lors des expéditions
contre les gens de Damas. Souvent ces barbares détroussaient
les caravanes des marchands de P Arabie Heureuse. Ces brigan-
dages ont diminué depuis la disparition de Zénodore le voleur,
en raison de la justice des Romains et de leurs postes en
Syrie 7 . »
Enfin, un édit du roi Agrippa, perpétué par une inscription de
1 P. de Lac:arde, Onomastica sacra, p. 135 et 268.
2 Id., p. 109 et 269.
3 Ptol., Geogr., V, 15, 26.
4 Le Bas et Waddington, Voyage archéologique, III, p. 573, inscription n° 2524.
s Josèphe, Ant. Jud., XV, 10, 3.
6 ld. t XV, 10,1.
7 Strabon, Geogr., XVI, p. 576.
T. XLVIII, N° 93. 3
UKVIK DBS ÉTUDES lUlVfcS
Qanawat', reprochait au* indigènes d'avoif vécu jusqu'alors
comme des bêtes fauves dans leurs tanières»
M. Wetztein a retrouvé de tels souterrains m divers points du
Ilaouran et de8 districts voisins, notamment à El Adjeila et à
Schibiké sur le vérsàttl oriental du Djebel Fîaduràn, ainsi qu'à
Der'at, l'antique Adraa. M. Waddington en a \ isité plusieurs dans
le Djebel Ilaouran et dans le Ledja, notamment à Dama (vaste
caverne); « Les Druseâ, écrivait-il^ m'ont souvent assuré qu'il en
existait de tous cotés, mais qu'en général ils ne sont connus que
i\r± Arabes du Ledja, pillards invétérés qtii conservent précieuse-
ment les ti'aditions de leurs ancêtres du temps de Zénodore : ils
leur servent de magasins et de citernes. »
Tp&£t0v désigne en grec un terrain rocailleux, plein d'aspérités.
Ce nom, à lui seul, dépeint bien les vastes étendues couvertes de
laves brisées du Ledja et du Djebel Ilaouran. Il traduit en grec le
nom indigène qui caractérisait ces contrées : Ilurœœ montanœ
syram est*, nous dit YOnomasticon; et d'ailleurs pour Eusèbe
l'Iturée ne faisait qu'un avec la Tracbonitide : 'ÏToupaia \ x«l Tsa-
/(ovrr'.ç 3 , Tcaywvrrt; yo'>pa y\ xal 'Ixoupafa 4 .
On pourrait, sans doute, admettre que plusieurs cantons ha-
bités par des populations parlant le même idiome ont jadis porté
le nom d'Iturée, mais on ne saurait mettre en doute l'existence
d'un pays de ce nom dans la zone d'activité de la tribu ismaélite
de Ietour, comme ne pas lui rattacher le Djedour, voisin du
Ledja.
Le souvenir de la tribu de Naphich paraît également nous avoir
été conservé sous la forme Ard el Chanafis, nom d'un district au
nord du Ledja.
On trouve dans la région d'autres localités dont les noms rap-
pellent des enfants d'Ismaël : sur le territoire de l'ancienne Bata-
née, Douma et Teima 5 ;'dans le Ledja, Mismié ' et Hadar 7 , mais
on ne saurait insister sur ces homonymies.
Aux cotés des Ituréens et des Naphichéens, nous avons vu se
ranger les gens de Nodab, ou Nadab, et les Agriïtes. Quelles
étaient ces populations ? On ne le sait guère.
Sur les premières, on ne possède qu'un renseignement d'Eupo-
1 Le Bas et Waddington, Voyage archéologique, III, p. 533, inscription n° 2329.
1 P. de La^arde, Onomastica sacra, p. 64.
3 ld.. p. 268.
* ld., p. 298.
5 Le lias et Waddiugton, Voyage archéologique , III, p. 512.
« IL, p. 573.
; ld., p. 577.
CONTRIBUTIONS A LA GÉOGRAPHIE DE LA PALESTINE 35
lème (contemporain de Juda Macchabée), transmis par Alexandre
Polyhistor 1 . Ce paraît, d'ailleurs, n'être qu'un écho infidèle de
II Sam., vin, 12. Eupolème y parle des guerres de David S7il 'Ioou-
[xociouç xai 'A[j.pLavcraç xal Mtoaêixaç xal 'Iroupaiouç xal Naêaraiouç xal
Na68atouç. Cette liste se différencie de celle des adversaires de
Ruben qui figure dans I Car., V, 10, par l'omission des Agriïtes et
par la substitution des Nabatéens aux Naphichéens, c'est-à-dire
d'une tribu ismaélite à une autre tribu ismaélite. Ce qui conduit
à se demander si les Nabdéens ne correspondraient pas eux-
mêmes à la tribu ismaélite de NaêonrjX.
Les Agriïtes ont été parfois rapprochés des 'Afpàtiot d'Eratos-
thène, Scrabon 8 , Ptolémée 3 et Etienne de Byzance, 'Afpïe* de
Denis le Périégète 4 et Nicéphore 5 , Agrsei de Pline G , Agreni
d'Avienus \ Agrées de Priscien s . Mais tous visent un peuple ha-
bitant une contrée voisine de la Babylonie et du golfe Per-
sique. Comme, d'après une inscription de Tiglat Piléser III, il
existait dans ces parages une tribu araméenne des Khagaranu 9 ,
il faut croire qu'aucune révolution ethnique ne s'était produite
entre le vm e et le n e siècle, où vivait Eratosthène. Les Agriïtes,
qui vers 750 luttaient contre Ruben et Manassé, n'avaient donc
aucune parenté avec les Khagaranu araméens.
D'autres 10 ont entendu faire dériver le nom de Hagar, la mère
d'Ismaël, de celui de la tribu de di^art 'Ay^un; l'inverse paraîtrait
plus naturel : Agrite devenant synonyme d'Ismaélite. Mais cette
pensée doit être écartée, les Agriïtes étant nommés à côté des
Ismaélites dans le Psaume lxxxiii : « Oui, ils projettent d'un
esprit unanime et font pacte ensemble contre toi, les tentes
d'Edom et les Ismaélites, Moab et les Agriïtes, Guébal, Ammon et
Amalec, la Philistie et les gens de Çor. Aussi Achour s'est lié
avec eux, il est venu à l'aide des Benê-Lot. »
Avant d'aller plus loin, il faut étudier de près ce texte, envi-
sager successivement les divers peuples mis en scène et enfin
assigner une date au tableau historique.
Le Psalmiste rapproche les tentes d'Edom des Ismaélites, Moab
I Muller, Fragmenta historicorum qrœcorum, III, p. 225.
» Strabon, Geogr., XVI, p. 167.
3 Ptol., Geogr., V, 19.
* Muller, Geographi Grœci Minores, II, p. 163.
5 Id., II, p. 466.
6 Pline, Hist. Nat., VI, 32, 11, 16, 18.
7 Muller, Geographi Grœci Minores, II, p. 187.
8 2d., II, p. 198.
9 Rost, Die Keilschriften Tiglat Pilesers, p. 56 : tablette d'argile, 8.
II Dillmann, Genesis t 2o, 15 ; Winckler, Altotientalische Forschungen, I, p. 29,
36 REVUE DES KTUDES JUIVES
des Abrites, accusant ainsi sans doute des relations de voisinage;
ce qui conduirait à attribuer aux Agrites un territoire au nord de
celui des Ismaélites.
Guébal n'est évidemment pas la Byblos phénicienne, mais le
district d'Edom dont parle Obadia(6) ; c'est la roSoXtTtç dévolue aux
enfants d'Esaù', la Gebalite de VOnomasticon*, qui devait être
proche de Petra. Gabalite, d'après Etienne de Byzance, est l'eth-
nique de Gabala, Gebalenus l'ethnique de Gebala : la Gebalène
serait, d'après YOnomasticon 3 , le nom du pays entourant Petra :
Gebalène et Gebalite seraient donc identiques.
Josèphe forme le territoire des enfants d'Esaù de la roêoXïtiç et
de la 'AixaXT.xrrtç * ; dans un autre passage, il nous montre Ama-
sias C798-790) se décidant à faire la guerre aux nations des Ama-
lécites, des Iduméens et des Gabalites, toïç 'AfxaX-rjxtTûv Sôvecn *at
'Iooujxaûov xaî FaSaXirûv 5 ; dans les passages parallèles (II Chr.,
xxv, 23) Amasias combattit les Benê Séir et les Édomites (II Rois,
xiv, 7), il guerroya contre Édom. Amalec, d'après Gen., xxxvi.
12 = I Chr., r, 36, est un fils d'Éliphaz, fils d'Ésaiï.
Ces différents textes rattachent nettement Guebel et Amalec à
Édom. Ammon, qui est intercalé, est-il le peuple de Benê-Ammon 6 ,
ou bien faut-il songer au passage d'Etienne de Byzance : re6«Xy>^
ts xai Aï.aavîTtç : r { tSv 'ISoupatcov y/ôsa [X£Tiovo{xà(T6Tf| ? Cette dernière
solution grouperait mieux les adversaires de Juda.
L'on s'est enfin demandé si l'Achour du Psalmiste était l'Assyrie
ou la région citée par la Genèse (xxv, 18), et nommée dans la
prophétie de Balaam (Nombres, xxiv, 22) ; d'autres ont même
voulu lire Gueschour. Dans la première hypothèse, on devrait
s'appuyer sur les données assyriennes pour déterminer la date de
composition du Psaume lxxxiii ; dans les autres cas envisagés,
il suffit de tenir compte des annales de Juda. D'ailleurs, il paraît
difficile de faire remonter la rédaction du Psaume au delà de la
prise de Samarie (722): comment autrement interpréter la phrase
du même Psaume : « Ils disent : venez que nous les détruisions
comme peuple, et qu'on ne mentionne plus le nom d'Israël » ?
Abstraction faite de Cor, la liste des ennemis ne comprend
que des populations du sud de la Palestine : le territoire me-
1 Josèphe, Ant. Jud., II, 1, 2.
1 P. de Lagarde, Onomastica sacra, p. 155, 260, 299.
1 U. % p. 131,137,264, 277.
* Josèphe, A nt. Jud., II, 1,2.
5 7rf., IX, 9, 1.
« Les Benê-Lot comprenant Ammon et Moab, il s'agirait surtout d'après le Psal-
miste d'une concentration de* eflbrts des deux pays, et, par conséquent, cette pre-
mière conjecture serait la plus vraisemblable.
CONTRIBUTIONS A LA GÉOGRAPHIE DE LA PALESTINE 37
nacé est, par suite, Juda ; au temps des deux royaumes israé-
lites, rabaissement de Juda n'aurait pu avoir pour conséquence
l'effacement du nom d'Israël. Que l'on ne s'étonne pas, d'ail-
leurs, de cette sorte de revendication du nom d'Israël par des
gens de Juda : après la déportation de 734, il n'est plus fait
emploi pour désigner le royaume du Nord que du nom d'Ephraïm
ou de la maison de Jacob. Bien plus, l'un des rois de Juda,
Achaz, reçoit le titre de roi d'Israël ; le texte mérite d'être repro-
duit intégralement : « En ce temps le roi Achaz envoya vers les
rois d'Achour pour en obtenir de l'aide. En outre, les Edomites
étaient venus, frappant ceux de Juda et leur emmenant des
captifs. Les Philistins s'étaient répandus dans les villes de la
Schephéla et du Nedjeb de Juda et avaient mis la main sur Beth-
Schémesch, Ayyalon, Guéderoth, Soko et ses filles, Thimna et
ses filles, Guimzo et ses filles, lieux où ils s'installèrent. Ainsi
Iahvé humilia Juda à cause de Achaz, roi d'Israël, parce qu'il
avait tout relâché en Juda et s'était révolté contre Iahvé. Tiglat
Piléser marcha contre lui et le pressa, loin de le secourir »
(II Chr., xxviii, 16-20).
Achaz régna de 735 à 720. Il se trouva aux prises avec Edom,
la Philistie et l'Assyrie, c'est-à-dire dans la situation dépeinte
par le Psalmiste.
Ce ne fut certainement pas la dernière coalition contre laquelle
Juda eut à lutter. Plus tard, aux jours de Nabuchodonosor, sous
le règne de Joïachim (607-597), « Iahvé envoya contre lui les
bandes des Kasdim et les bandes d'Edom et les bandes de Moab
et les bandes des Benê-Ammon, les lançant contre Juda pour
le perdre » (II Rois, xxiv, 2). Mais cette fois la Philistie n'est
plus enjeu. Cette remarque est décisive, car si nous connaissons
mal l'histoire d'Edom, nous sommes mieux renseignés sur les
événements de la Philistie par les documents assyriens. Et dès
lors on peut rechercher à quels moments les Philistins ont été en
mesure d'attaquer Juda.
En 734, Tiglat Piléser dépêche des troupes contre les Philistins
et met en fuite Hannon, roi de Gaza. En 720, Sargon marche
contre ce roi et le fait prisonnier à Raphia. En 713-711, soulève-
ment d'Asdod, avec l'adhésion de Juda, Edom et Moab, et répres-
sion de la révolte par le tartan de Sargon; presque à la même époque
Ezéchias bat les Philistins jusqu'à Gaza. En 702, Sennachérib,
après avoir reçu le tribut des rois d'Ammon, de Moab, d'Edom et
d'Asdod, marche contre Zédékias d'Ascalon et Ezéchias de Juda
et défait une armée égyptienne à Altaqou: il conquiert une partie
de Juda et distribue des lambeaux du territoire conquis aux rois
REVUE DES ÉTUDES JUIVES
de Gaza, d'Asdod el d'Eqroh. Ceux-ci Qe sont plus dèa lors et
pendant longtemps que les soldats de PAssyrie.
Ani^i l'étal de la Palestine et des pays circonvoisins se rapproche
plus à la lin <lu règne d'Achaz que sons Joïachim ou à tout autre
inoniciit de •••'lui que dépeint le Psalmiste. On peut, par suite,
dater si n œuvre de la période qui va de 135 à 720. Quarante ans
bout au plus s'étaient; écoulés depuis l'installation des tribus de
Ruben et «le Manassé dans les campements des Agriïtes; ceux qui
avaient survécu à la défaite avaient donc dressé leurs tentes sur
les confins voisins de Moab et n'avaient pas émigré sous d'autres
ci.'ux. Conséqueriimènt le Psaume lxxxiii ne nous apprend rien
de nouveau sur lés Agriïtes; la question d'origine reste intacte.
La tribu des Agriïtes tirait-elle son nom d'une ville antique du
Ledja "ÂYpcHva, ou d'une localité réputée du désert? Cette dernière
conjecture, malgré certaines objections sérieuses, est digne d'at-
tention. Que l'on se souvienne de la signification du mot arabe
Khadjar, pierre, rocher, de l'antique importance de El Khegr, "E^pa
de Ptolémée, du passage d'Isaïe : « Que le désert et ses bourgs
élèvent la voix, et b-s enclos où réside Qédar, qu'ils jettent des cla-
meurs joyeuses les gens de Séla } » (xlii, 11), ou encore du texte
de Jérémie : « Pour Qédar et la reine de Khaçor que frappa Ne-
boukadnezar, roi de Babel » (xlix, 28), et l'on sera tenté de
penser que la tribu des Agriïtes, associée à des tribus ismaélites,
pourrait bien être une tribu ou un groupe de tribus ismaélites
ayant pour centre une localité portant le nom caractéristique
pierre, roche, et pour territoire celui qu'occupait la tribu de
Qédar au temps d'Assurbanipal.
D'après les inscriptions connues, le monarque assyrien, ayant
franchi le Tigre et l'Euphrate, parvint au pays de Mach, «une
contrée de la soif et de la faim » à cent kachbou qaqqar de
Ninive; il s'avançait contre Ouaitê, roi d'Aribi, et Abijatê, chef
du contingent Nabatéen (na-ba-ai-ta-ai).
De Kha-<la-at-taa je partis; à La-ri-ib-da, temple à enceinte de pierre
[bit-dûri sa kunuké), près des citernes (ina èli gubbani sa me) je campai. Une
fois mon armée ravitaillée en eau, je poursuivis ma route à travers le pays
de la soif, la contrée de la faim, jusqu'à Kliurarina entre Jaarki et Azaalla
dans le pays de Mach, pays lointain où ne vient pas la bêle fauve, où
l'oiseau ne fait pas son nid Je défis les Isaammê, serviteurs d'Atarsamaïn,
et les Nabato'ens, prenant jrens. fines, chameaux, moutons, un butin innom-
brable. Mon année poursuivit les vaincus 8 kachbou qaqqar et revint à
1 Séla signifie inerre.
CONTRIBUTIONS A LA GÉOGRAPHIE DE LA PALESTINE 39
Azaalla, où elle pnt étancher sa soif. D'Azaalla elle marcha 6 Itaclibou qaq-
qar jusqu'à Qurasiti, à travers un pays de soif et de faim. Les serviteurs
et les Qédréens de Ouaitê, roi d'Aribi, j'assiégeai. Ses dieux, sa mère, sa
famille, tous les habitants du pays de Qédar. ânes, chameaux, menu bétail,
grâce à l'aide d'Assour et d'istar, mes seigneurs, tombèrent entre mes
mains. Je les conduisis à pied à Damas l .
Le point initial de la campagne est Khadaattaa sur la rive droite
de l'Euphrate. Ce nom rappelle une localité placée par Ptolémée 2 ,
précisément sur cette rive, AùBaTÔa, en face de Zetôa, dont le nom
lui-même se rattache à la campagne de l'empereur Julien en 363 3 .
D'après le récit d'Ammien Marcellin, l'armée romaine se rendit en
deux jours des rives du Khahour à Dura et défila en ce lieu au
pied du tumulus élevé à la mémoire de l'empereur Gordien, tué en
244 par l'Arahe Philippe. Ce monument se voyait de Zeit.a, qui, dès
lors, était proche de Dura. Mais Dura figure parmi les Mansiones
Parthicœ ; sa position sur la carte de l'Euphrate peut donc être
précisée grâce aux données du géographe antique : en face du
village de Salahieh, à hauteur des ruines de Kankallah.
Le rapprochement ainsi établi entre le Khadaatta d'Assurbani-
pal et 'Auoàxôa de Ptolémée se justifie a posteriori par l'existence
d'une route menant de Salahieh dans l'intérieur du pays, ainsi
qu'en témoigne la note suivante de l'ingénieur Cernik :
De Salahieh il serait possible, d'après les soldats du poste turc établi
en ce lieu, de gagner Tedmur ; le premier relai se trouve à Dehenah, situe'
dans la montagne à une distance de 16 kilomètres. Il est difficile de mettre
en doute ce renseignement Si cette route de caravane conserve la direc-
tion initiale, elle traverse le grand bassin intérieur du Wady Ali, puis la
ligne de faîte qui borde le Dau el Kebir, à la lisière Nord duquel on trouve
Tadmur et les ruines de Palmyre. Si sur cette route se trouvait au delà de
la source Dehenah un puits où l'on pût s'abreuver, il y aurait lieu de la
pre'férer pour se rendre de Tadmur à Bagdad à celle par Deir parcourue par
la brigade d'ingénieurs autrichiens \
C'est précisément cette route plus courte que suivit Assurba-
nipal.
Iaarki, que mentionne le bulletin de campagne, est l'Erek de
Cernik, la Yarica des marchands d'Alep qui, en 1691, découvrirent
les ruines de Palmyre, Arak ou Urak de Yacout et de Marâsid 5 ,
1 Samuel Alden Smith, Die Keilschrifttexte Assurbanipols, annales d'après le
cylindre R»l, VIII, 100 — IX, 9.
* Ptol., Geogr., V, 19.
3 Zozimus, III, 14; Ammian., XXIII, 5-7.
4 Cernik, Technische Studien-Expedition, dans le Ergânzungsheft, n° 44, tu Peter-
mann's Geographische Mittheiiungen, p. 18.
5 Le Strange, Palestine/, under the Moslems, p. 395.
'"' REVUE DES ÉTUDES JUIVES
la station Harac de la carte de Peutingerâ \l\ m. de Palmyre
sur la route de L'Euphrate.
Laribda pourrait correspondre à Oruha de la carte de Peutin-
ger, à XXII M. de Harac, dont le site semble pouvoir être retrouvé
dans le bassin du Chadr et Tair, qui possède des étangs d'eau
saumâtre.
Azalla offrait d'importantes ressources en eau, puisque l'armée
assyrienne put s'y désaltérer à son aise. Or, c'est précisément la
caractéristique de Karyatein, l'ancienne Nezala de Palmyrène.
Khurarina, situé entre laarki et Azalla, rappelle le mot hébreu
Kharerim, désignant le Kharra, plaine ondulée recouverte de
laves brisées à arêtes vives ; correspond-il à Qasr el Kher, ruines
à 1 h. 1/2 de Karyatein ? On ne saurait le dire, mais il semble per-
mis d'affirmer que le site de Palmyre était au temps d'Assurbani-
pal inhabité ou, du moins, un centre sans importance.
D'Azalla à Qurasiti, l'armée assyrienne eut à traverser un second
désert ; de Karyatein à Djeiroud, l'antique Geroda, on compte
onze à douze heures de marche sans eau ; on répugne néanmoins
à rapprocher Djeiroud de Qurasiti, ce nom rappelant plutôt celui
de Kharestat porté par deux villages de la banlieue de Damas.
Le bulletin de campagne se poursuit :
Je partis de Damas, 6 kachbou qaqqar pendant toute la nuit je marchai
et arrivai à Chulchula. Dans Khukkurina, une montagne impraticable je
pris les serviteurs d'Abijatê, fils de Teôri, les Qédréens je les défis, pris du
butin. Abijatê et Aimmou fils de Teêri, sur l'ordre d'Assour et d'Istar
mes seigneurs, tombèrent vivants entre mes mains. Je leur mis des fers
aux pieds et aux mains et les emmenai avec le butin en Assyrie. Les
fuyards qui échappèrent, saisis de crainle,se réfugièrent dans le Khukkuran,
montagne impraticable, à Mankhatti, Apparu, Tenukuri, Sa'uran, Markana
badatein, Enzikarme (Belzikarmé), Ta'na, Irrâna, toutes les sources d'eau
existantes, je plaçai des gardes et l'eau vive de leur vie je coupai. Je rendis
rare la boisson. Ils moururent de soif et de faim. Les autres tuèrent leurs
chameaux pour etancher leur soif en buvant leur sang et leur eau. De ceux
qui montèrent sur les montagnes chercher un refuge, aucun ne se sauva
aucun n échappa à mes mains. Leurs repaires tombèrent en mes mains '.
En regard de ce bulletin, il faut placer le compte rendu de l'in-
vasion égyptienne en 1840. Les Druses se jetèrent dans le Ledja
véritable forteresse naturelle, immense piateau de laves. Long-
temps ils y tinrent tête aux bataillons égyptiens et leur infligèrent
de grandes pertes.
Ibrahim et Soliman se décidèrent alors à adopter un plan tout diffé-
l^| S ix"lfN?0 th ' Di6 Keihchnftl(xU ^urhwipah, annales, d'après le cylindre
CONTRIBUTIONS A LA GÉOGUAPIIIE DE LA PALESTINE 41
rent de celui qui avait été suivi jusqu'alors et dont l'exécution, quoique
longue et pénible, devait nécessairement amener un résultat certain.
Comme pendant l'été, le Ledja ne possède que des sources trop peu abon-
dantes pour suffire à une population entière, et que tous les réservoirs
d'eau, qui pendant les chaleurs servent à abreuver les troupeaux, sont à la
périphérie, il suffisait, pour forcer les insurgés à sortir de leurs repaires
de combler ces réservoirs. Le plan fut mis à exécution, et du 20 mohar-
ran au 26 rabi-el-haouch plus de vingt combats furent livrés. Les Druses
furent toujours repoussés des positions qu'ils occupaient et les réservoirs
qu'ils défendaient furent comblés. Quelques-uns cependant furent con-
servés pour servir aux colonnes mobiles : ceux de Hayat, Mousmieh,
Tebne, Kerata, Bousr el Ilariri et Nedjran. Un ou deux bataillons furent
placés sur chacun de ces points pour empêcher l'ennemi de venir prendre
de l'eau ; le reste des troupes fut formé en colonnes mobiles, qui, comman-
dées par Ibrahim ou par Soliman Pacha, étaient continuellement en mou-
vement, soit pour combler des réservoirs, soit pour se porter sur les points
attaqués par les Druses et les rejeter dans l'intérieur. Saouara, Bourak,
Rimeh, Madouna, etc., etc. furent ainsi occupés momentanément ; mais
vers la fin des opérations, leurs birkets furent aussi supprimés. Les autres
réservoirs, au nombre d'une vingtaine, furent entièrement détruits, après
des combats plus ou moins acharnés, dont les principaux furent celui de
Laitré au commencement de l'expédition et celui de Risin el Ratel à la fin.
Ce fut après ce dernier combat, qui dura plus de douze heures, que les
Druses manquant d'eau, cernés de tous côtés, ayant inutilement tenté de
reprendre l'endroit cerné par les troupes , ne pouvant se montrer sur
un point de la périphérie du Ledja sans voir Ibrahim ou Soliman arriver
et les rejeter dans l'intérieur, après des combats qui leur coûtèrent beau-
coup de monde, les Druses, dis-je, perdirent courage et désespérant de te-
nir plus longtemps, se décidèrent à transporter le théâtre de la guerre dans
le Djebel-Cheikh entre Hasbeya et Racheya *.
A vingt- cinq siècles de distance, la même tactique appliquée sur
le même terrain fut couronnée du même succès.
Comment maintenant pourrait-on contester l'identification pro-
posée par Delitzsch 2 de Chulchula avec le village de Khoulkhoulé
à la lisière du Ledja ?
Aimmou, l'un des chefs Qédréens, porte bien un nom du
terroir ; c'est l'Aùu,ou des inscriptions de la Trachonite et de
TAuranite 3 .
Les Nabatéens interviennent dans la première partie de la cam-
pagne : c'est donc qu'ils habitaient une région du désert plus voi-
sine du point de passage de l'Euphrate que le pays des Qédréens.
1 Rey, Voyage dans le Haouran, p. 28 et 29. #
1 Delitzsch, Wo lag das Paradies, p. 299.
3 Le Bas et Waddington, Voyage archéologique, III, inscriptions n ' 2392-2395,
2441, 2455, 2456.
•2 KKVUK DKS ETUDES JUIVES
Pn gsf ainsi amené A les placer en Palmyrène \ et à attribuer aux
Qédréens les régions au nord-est et au sud de Damas.
Uette conclusion semble méconnaître et les renseignements que
les Inscriptions d'ÀsgurbanfoaP accollent au nom de Natnu, roi
des Nabatéens, « dont le pays est éjqjgn{5 », « qui n'avait jamais
envoyé de messagers aux rois mes pères », et les relations déjà
anciennes des Qédrôens avec l'Assyrie. Mais tout s'explique si
l'on remarque que Damas servit de base d'opérations dans les
précédentes campagnes contre les Arabes, tandis que dans celle-
ci les Assyriens partirent de l'Euphrate.
Les Qédréens, d'ailleurs, étaient des Arabes : Ouaï'tè, lils
d'Ila/.aiil, le plus souvent qualifié roi d'Aribi, est donné par un
texte 3 comme roi de Qiidri.
La campagne que nous venons d'étudier avait eu pour prologue
des razzias d'une certaine importance: c'est laouta, lils d'IIazaël,
roi de Qiidri, qui, après avoir fait acte d'hommage à Assurbanipal,
et obtenu de lui le rapatriement de l'idole Atarsamaïn, jadis
emportée par le roi Asarhaddon, secoue le joug, entraîne dans sa
défection les Arabes, pille les pays de l'Ouest mât Akàarri, et
voit se dresser contre lui les contingents assyriens de ces pays 4 ;
c'est Ammuladi, roi de Qiidri, qui entre en lutte avec les rois de
l'Ouest mât Ahharri, est défait et fait prisonnier \ Ces rois de
d'Ouest étaient sous Sennachérib Puduili de Beth-Ammon,
Kammusunadab de Moab, Malikrammu d'Edom 6 . Un texte même
attribue à Kam[ma?]-as-khal-ta-a , roi de Moab, la capture
d'Ammuladi 7 ; les Qédréens habitaient donc à l'est de ces régions.
L'énumération des contrées où les révoltés furent battus par
les contingents assyriens :
Ina (G?)gira (makhâzu) Azarilu (ou Azaran) (makhâzu) Khirata-
qaza, ina (makhâzu) Udumi, ina nirib (makhâzu) Iabrudu, ina
(makhâzu) Bit Ammani, ina nagii cha (makhâzu) Khaurina, ina
(makhâzu) Mu'aba, ina (makhâzu) Sa'arri, ina (makhâzu) Khargii,
ina nagii cha (makhâzu) Tsubiti 8 ,
1 On s'explique dès lors l'importance de l'élément nabatéen dans la population de
Palmyre signalée par Clermont-Ganneau, Recueil d'archéologie orientale, II, p. 215.
1 Keilinschriftliche Bibliothck, II, p. 219: annales d'Assurbanipal, cylindre. VIII,
56-65*.
3 Cylindre B d'Assurbanipal, VII, 87.
* ld., II, p. 215 : mêmes annales, cylindre B, VII, 87.
5 /rf., II, p. 217 : mêmes annales, cylindre C, VIII, 15-29.
6 Jd., II, p. ( J1 : inscription du prisme, II, H2-55.
7 G. Smith, History of Assurbanipal, p. 288.
• Keilinschriftliche Bibliothek, II, p. 217 : annales d'Assurbanipal, cylindre C, VII,
108-114.
CONTRIBUTIONS A LA GEOGRAPHIE DE LA PALESTINE 43
confirme cette déduction ; on reconnaît sans peine dans Udumi x
BU Ammani, Miitiba, Edom, Bet Ammon, Moab. D'autres noms
s'identifient assez aisément : ainsi Nagii cha Tsoubiti avec les
cantons de Zoba, nagii cha Khaurina avec les cantons de la
Hauranitide ; mais certains ne se laissent pas reconnaître ; Sa'ar,
Kargêj Iabrud, qui n'est certainement pas 'IàêpouBade Laodicène'.
Les mots via girçt Azaran Khirataqaza ont soulevé des discus-
sions non encore closes ; Khirataqaza a été rapproché par Win-
ckler 2 de l'araméen-arabe Hirâ, qui a le même sens que Khazor,
nom de la capitale des Qédréens d'après Jérémie (xlix, 28) ; l'on
s^est encore demandé si Gira était un nom propre ou un nom
commun, et, dans ce cas, quelle pouvait en être la signification,
quelle relation existait entre Gira et l'arabe Khôr, oued ; l'on a
songé au passage cje II Chr., xxvi, 7 3 ; « ftlohim l'aida contre les
Philistins, contre les Arabes installés à Gour et les Méonites », et
à la version des LXX : iid touç àXXocpuXouç xaï iià touç "ApaSa; touç
xaTO'.xouvxaç iià ttç Trérpaç xal £7Ù touç Mivatouç.
Malgré toutes ces obscurités, il apparaît que les Qédréens
occupaient un territoire sur le flanc d'Edom, de Bnt Ammon et de
Moab, et dès (ors on doit songer au long couloir de l'oued Sirhan
que l'on suit en se rendant du Djebel Haouran au Djof. Les routes
du désert sont moins nombreuses qu'on le suppose ; les chemins
qui s'y réduisent, à vrai dire, à des directions de marche, ont été
tracés, non d'après les formes du terrain, non d'après les herbages
nécessaires aux chameaux, mais d'après l'existence de points
d'eau, sources, puits, citernes.
Au premier tiers de la route de Bosra au Djof, on atteint
l'oasis de Kâf au pied d'un pain de sucre d'une centaine de mètres
de relief, couronné par les vieilles fortifications du Qasr $a'îdi.
Cette localité est reliée à Ma'ân et à Palmype par des lignes de
points d'eau 4 .
Kahf signifie la caverne ; on se rappelle la caverne des sept
donnants que les Arabes rattachent à $r Rakim (la pierre) 5 . Kef
a le sens de rocher comme Séla.
Il est curieux, d'autre part, de lire dans le Voyage de l'AraUe
Centrale, de Huber, la description des alentours de Kâf.
Bien que marchant sur un terrain uni, nous sommes pourtant dans
1 Ptol., Geogr., V, 15, 20.
* Winckler, Altorientalische Forschungen, II, p. 248, note f.
3 Winckler, Oeschichte hraels, I, p. 46, note 1.
*■ Euting, Tagebuch einer Reise in Innerarabien, p. 91-92.
5 Clermont -Ganneau, Recueil d'archéologie orientale, ILI, p. 293.
RKVUK DES ETUDES JUIVES
mie région montagneuse, mais d'une forme toute particulière. C'est un
immense plateau pierreux du ^ol duquel sont sortis une quantité de sou-
lèvements en forme d'ellipses, de cônes, de pitons entièrement isolés les
uns des autres, sans aucune liaison et dont les sommets sont géne'rals-
ment en tables. Au surplus aucune unité de direction ne règne entre eux ;
ils courent du Nord au Sud comme de l'Est à l'Ouest et leur hauteur varie
de ÎO a 100 mètres.
Il est curieux de constater que tous ces soulèvements sont faits d'un
calcaire blanc qui produit un très beau sable de môme couleur et sur le-
quel on dirait qu'il soit tombé une pluie de gros moellons noirs tout cal-
cinés. C'est du reste le môme terrain que celui que j'ai déjà rencontré une
journée avant d'arriver à Kaf. Toutes ces collines caractéristiques surtout
entre Etsrah, Kaf et le ouâdy SirhQn proprement dit, portent le nom géné-
rique de El Qedeir ou Oueraïk 1 .
Un rapprochement entre ce nom de El Qedeir et le peuple de
Qédar, que nous sommes amenés par d'autres considérations à
considérer comme depuis longtemps fixés dans la contrée, ne
s'impose-t-il pas ? Ne serait-ce pas là le berceau de la tribu arabe?
On ne peut pas, en tout cas, ne pas y voir l'un des centres princi-
paux des Qédréens.
On se gardera, d'ailleurs, de placer â Kâfle centre commercial
innommé signalé par Pline dans ces parages : « Nabatœis Thi-
maneos junxerunt Veteres : nunc sunt Taveni, Suelleni, Arraceni,
Areni; oppidum in quoomnisnegotiatio convenit. Hemuatœ, Ana-
litœ: oppida, Domatha, Egra. Thamudeni, oppidum Badanatha 2 ».
Le Djof, point de réunion des caravanes parties du littoral du
golfe Persique ou de l'intérieur de l'Arabie, semble mieux dé-
signé, mais il faut alors renoncer à l'idée d'y chercher la Domatha
de Pline.
Les documents assyriens permettent, au surplus, d'établir net-
tement que les Qédréens n'étaient pas des nouveaux venus dans
la région qu'ils occupaient au temps d'Assurbanipal.
En 738, Tiglat Piléser guerroya dans la Syrie moyenne; il reçut,
entre autres tributs, ceux des rois de Tyr, de Ilamah, de Samarie
et de Damas et celui de la reine Zabibi d'Aribi 3 ; il n'est fait men-
tion ni de Beth Ammon, ni de Moab, ni d'Edom. La reine d'Aribi
gravitait alors dans l'orbite du roi de Damas. Tiglat Piléser opéra
en 734 dans les régions palestiniennes, en 733 et 732 à Damas 4 .
Les Annales*, après avoir raconté la dévastation du pays de
l Bulletin de la Société' de géographie, 1884, p. 312.
* Plin., Hist. Nat., VI, 32, 14.
5 Rost, Die Kexhchrifttexte Tiglat Pilesers III, p. 27 : annales.l. 150-154.
* Keilin&chriftliche Bibliothek, I, p. 213.
* Rost, p. 35-37.
CONTRIBUTIONS A LA GÉOGRAPHIE DE LA PALESTINE 45
Damas, mettent en scène Samsi, reine d'Aribi : son pays fut
soumis, un gouverneur assyrien y fut installé. Une petite inscrip-
tion 1 fait le récit de cette campagne après celui de l'installation
dOsée sur le trône d'Israël, et passe sous silence les opérations
contre Damas. Les Annales, donnant une relation plus circons-
tanciée des événements, doivent être tenues pour exactes : il faut
donc admettre que Tiglat Piléser gagna de Damas les steppes
d'Arabie.
Cette expédition eut, d'après l'une et l'autre inscriptions, pour
suite la soumission des Biréens (ou Zab'éens ou Lich'éens), des
villes de Maas'a et de Teima des Sabéens, des villes Khaiappa,
Badana et Khattia des Idibaëlens, « à la limite des pays lointains
de l'Ouest», et l'installation d'un gouverneur du Musri. Les
rois de Bet-Ammon, de Moab, d'Edom, de Juda, d'Ascalon et de
Gaza figurent cette fois sur la liste des hommages reçus par Tiglat
Piléser. La direction générale de la marche de la conquête fut
donc du Nord au Sud.
Des trois lectures possibles, Bir'éens, Zab'éens, Lich'éens, la
dernière mérite la préférence comme rappelant les Lechieni de
Pline 2 , AaixTjvoc de Ptolémée, les Lihjân dont les inscriptions ont
été retrouvées par Euting à El-Œla.
Ptolémée place en Arabie déserte Aou k ae6a tJ Aoup.ai6a, en Arabie
heureuse ©o»[/.a dans le voisinage de *Eypa. Ces deux dernières
localités ont été retrouvées 3 à Teima et au Qel'a de El Heger
(Medaïn Salekh) : leur rapprochement justifie le groupement de
Ptolémée et démontre que dans le texte précité Pline fait une
confusion entre Domatha et Teima. Cette correction faite, tout
s'explique: l'oppidum, point de convergence des caravanes du
désert, c'est Domatha, c'est le Djof, appelé par les géographes,
historiens et poètes arabes Dùmat el-dschândal, c'est-à-dire
« Dumah du rocher » 4 ; Teima et El Heger sont les centres des
Hemuates et des Analites, ou mieux Aualites (près de El Heger la
carte de Huber porte Helouet el Alia, El Ala). Enfin, Badana des
Idibaëlens se confond avec le Badanata des Thamudeni de Pline.
Dès lors les Lechieni auraient à l'époque de Tiglat Piléser occupé
le Djof 5 .
* Rost, p. 81.
» Glaser, dans Skkze der Geschichte und Géographie Arabiens, II, p. 101 et suiv.,
consacre à ce peuple, dont il fait une branche des Tamudéens, une étude inté-
ressante tendant à ramener leurs inscriptions aux premiers siècles de l'ère chrétienne.
* Huber, Voyage dans l'Arabie centrale, dans le Bulletin de la Société de géogra-
phie, 1884, p. 511 et 516.
* Euting, Tagbuch einer Reise in Innerarabien, p. 124.
8 Les Lihjân étaient des adorateurs de Wadd. Abulfeda (Historia anteislamica ,
,.; RKVUK DBS ETUDKS JUIVES
Enfin. Saba et Khaiappa de l'inscription de* Annales corres-
pondent à Scheba et à Epha d'Isaïe* i-x, r>.
Apres la victoire de Raphia (7à0) et la capture du roi de Gazai
Sargoo reçut les tributs du roi du Musri, de Samsi reine d'Aribi
el d'Itamar le Sal)éen '. Une colonne de son armée dut pénétrer en
Arabie en partant cette Ibis du sud de la Palestine, et infligea
une défaite aux tribus Tamud, Ibàdidi, alarsimani, Khaiapaadu
pays lointain des Arbai, inconnu des lettrés et n'ayant jamais payé
tribut à un roi ». Une partie des vaincus lurent emmenés et
installés en Samarie.
Tamud est, sans contredit, le peuple des 9&{*u87|vot, que Ptolé-
mée place au nord de l'Arabie Heureuse, les Thamudeni de Pline.
Ibàdidi, qui se trouve rapproché de Tamud, comme plus liant les
Idibaelens l'ont été des Thamudéens, pourrait fort bien corres-
pondre aux 'Attoctouoi que Ptolémée nomme aussitôt après les
Haa'joY,vo{, et Marsimani aux Mat9ai(iavcîc voisins des SB^wS^vof.
Khaiapa figure dans les inscriptions de Tiglat Piléser rappelées
plus haut.
Sennachérib (704-681) s'empara d'Adumu, forteresse d'Aribi,
imposa un tribut au pays et emmena à Ninive ses dieux 2 . Cet
événement a pu se produire au cours de la troisième campagne,
après la réception des tributs de Bet Ammon, de Moab et d'Edom
et la bataille d'Altaqu, ou vers 682 3 , si l'on veut renvoyer à la fin
du règne la catastrophe signalée par Hérodote (II, 141) et par II
Rois, xix, 35-36. En tout cas, la colonne assyrienne dirigée contre
les Arabes partit de la Palestine.
Où chercher Adumu ? La remarque précédente fait écarter l'i-
dentification d'Adumu, soit avec Edom 4 ou Petra 5 , soit avec une
localité voisine de Iabroud de Damascène 6 . On se rallierait plutôt
à l'opinion de Winckler 7 , qui place la forteresse arabe dans le Djof.
La campagne d'Asarhaddon en Arabie se déroula sur un théâtre
situé plus à l'Est ; les relations du pays d'Aribi avec le monarque
p. 181) nous apprend que les Kelbites, adorateurs de Wadd, habitaient Dumath el
Djaudal. Ainsi ils auraient succédé aux Lihjân. De même, le Nahr el Kelb de la côte
phénicienne s'était jadis appelé Lycus. Cette double transformation de nom ne saurait
être le l'ait du hasard.
1 Winckler, Die Keilschriftteccte Sargons, p. 21, annales, 1. 94-97, et p. 101, fastes,
1. 27.
* Keilinschriftliche Bibliothek, II, p. 1 3 i : prisme A d'Assarhaddon, II, 35-111, I.
* Winckler, Geschichte Babyloniens und Assyriens, p. 254.
4 Norris, Assyrian Dictionary, p. 19; Tiele, Babyloitische-assyrische Geschichte,
p. 348.
1 Hornmel, Geschichte Babyloniens und Assyriens, p. 708.
6 Ilalévy, Essai sur les inscriptions du Sa/a, p. 121.
1 Wiuckler Geschichte Babyloniens und Assyriens, p. 267.
CONTRIBUTIONS A LA GÉOGRAPHIE DE LA PALESTINE 47
assyrien paraissent s'être bornées à une démarche d'Hazaël, roi
d'Aribi, auprès d'Asarhaddon pour lui verser son tribut et implo-
rer sa grâce; moyennant un supplément de contributions, le roi
put ramener ses dieux dans son pays, et il obtint la main de
Tabua. Hazaël mort, son fils Ouaitê fit à son tour acte d'hommage
et consentit un plus fort tribut * ; les Assyriens l'aidèrent, par
contre, à se débarrasser d'un compétiteur fort entreprenant et
gênant, Ouahab 2 . Si l'on tient compte de la remarque précédem-
ment faite sur l'équivalence des titres roi de Qiidri et roi d'Aribi,
on doit, après cet exposé, reconnaître que les Qédréens occupaient
sous Assurbanipal les mêmes steppes qu'au temps de Tiglat
Piléser.
G. Marmier.
(A suivre.)
1 Keilinschriftliche Bibliothek, II, p. 131 : prisme A (TAssarhaddon, III, 2-24.
D'après la tablette K, 8544 (Winckler, Altorientalische Forschungen, t. I, p. 532),
Tabua aurait été une princesse ou une reine d'Aribi, emmenée en captivité avec les
dieux du pays.
a Winckler, Altorientalische Forschungen, t. I, p. 527.
DOCUMENTS RELATIFS AUX JUIFS D'ARLES
(suite
III.
1423, 19 août. — Payement fait par Samulet de Barri à Abraam Du-
rant Avigdor tt Scereta,sa sœur, bailleurs emphytéotiques, du droit
de lods et tente pour l'achat d'une maison sise dans la juirerie
d'Arles.
Étude de M e Martin-Raget, Reg. B. Pangonis, 1423, fol. 96 v° et 97.)
I.audemium hospicii pro Samuleto de Barrio Judeo et recognitio
feudi pro Abraam Duranti Avigdor et Scereta, ejus sorore, filiis et
heredibus magistri Duranti Avigdor, condam Judei phizici de Are-
late.
Anno quo supra I4:M et die XIX mensis Augusli. Noverint uni-
versi ele , quod cum Samuletus de Barrio, Judeus de Arelate, hiis
annis non longe effluxis, emerit a Regina, relicta Astrugii Bondie
Davini de Bellicadro, Judei coudam de Arelate, quoddam bospitium
situm Arelate in magna carreria juzatarie, in parroohia Sancti Mar-
tini et in carreria vulgariter nuneupata del Valat*, confrontans ab
una parte cum balûeis Judeorum et ab alia parte cum bospitio no-
bilis Hooorati de Monte... et carreria publica et cum aiiis suis con-
frontationibus, etc., precio CLX ilorenorum auri, constante de ipsa
emptione predicti hospitii nota, ut asseritur, sumpta per discretum
virum magistrum Antbonium Olivarii, notarii publici de Arelate, sub
anno Domini millesimo CCCG decirno septimo et die XVI mensis
decembris ; quod quidem bospitium dicta Regina sibi vendidit cum
1 Voir Revue, XLVII, p. 221.
1 Probablement la rue du fossé (de valialo) aujourd'hui rue de la République, éta-
blie sur l'emplacement d'un ancien canal romain, qui avait été comblé. Voy. E. Fas-
sin, Le Vieil Arles, la porte Saint-Etienne, dius le Musée, Revue arlésicnne, 1 873 -
1874, p. 51.
DOCUMENTS RELATIFS AUX JUIFS D'ARLES 49
ccdsu annuo quatuor denariorum corooatorum dempta picta l auno
quolibet solvendorum in festo Natalis Domini nobilibus Alziasso
Porcelleti et heredibus sive liberis nobilis Johannis Porcelleti con-
daiu, verum cum fuerit repertum ipsum hospitium teneri sub majori
domiuio et senhoria, pro quar a parte et pro indiviso, ad censum
et serviiium predictum heredum magistri Abraam Boneti Avigdor
coudam, Judei, per ipsum magistrum Abram, dum erat in huma-
nis, emptum a baylouis communitalis Judeorum Arelatensis, cons-
tante de eniptione dicti census per dictum condam magistrum Abram
Boneti facta instrumenlo publico in notam sumpto per magistrum
Guillelmi Agreni 2 condam notarii publicum (sic) de Arelate sub
anno Domini M CGC LXXX V, die quartà mensis madii ; et prop-
terea quia idem Samuletus a die sibi facte venditionis citra dictum
hospitium possèdent et in eo habitaverit ac de eo possessionem cor-
porulem acceperit, nulla facta requisitione per prius, ut tenebatur,
heredibus dicti condam magistri Abram Boneti Avigdor seu illis
quibus pertinebatde sibi laudando et trezenando, ob quod pretende-
batur per Abram Duranti Avigdor et Sceretam ejus sororem, uxorem
magistri Vitalis Asirugii de Carcassouna, Judei phizici, filios et he-
redes magistri Duranti Avigdor condam, Judei phizici de Arelate, filii
Dei gratia magistri Abram Boneti, fuisse et esse comissum et pre-
textu comisse ad eos debere pervenire.
Hinc tandem fuit et est quod constitutus dictus Samuletus de
Barrio, Judeus, in presentia dictorum Abram et Scerele fratrum, au-
dito et diligenter, ut dixit, percepto tenore instrumenti emptiunis
census predicli supra designato, per quod apparet evidenter dictum
magistrum Abram, dum vivebat, émisse a baylonis communitalis
Judeorum de Arelate dictum censum in et super dicto hospitio seu
quarta> parte et pro indiviso, et predictum hospitium teneri sub ejus-
dsm magistri Abram Boneti Avigdor et suorum heredum et succes-
sorum majori dominio et senhoria, requisivit ideo instrumentum
dictus Samuletus de Barrio predictos Abram et Sceretam fratrem et
sororem ibidem présentes quatinus, intuitu pietatis et atlento quod
fraus nec dolus, si qui sint, non provenerunt ex eo, sed a dicta Re-
gina que sibi vendidit, ut omne jus comissi eis spectans in et super
eodem hospitio sibi remittere vellint et eamdem venditionem de
dicto hospitio sibi factam quantum eos tangit laudare diguentur, ofïe-
rens se paratum eis realiter trezenum solvere et recognoscere, ut
quilibet emptor emphiteota facere tenetur et débet. El dicti Abram et
Scereta frater et soror, filii et heredes predicli condam magistri Du-
ranti, dicta vero Scereta cum licentia dicti magistri Vitalis marili sui
ibidem presentis etc., ambo simul et quilibet ipsorum gratis, sponte,
eorum bona fide et sine dolo pro se et suis etc., audita requisitione
predicta, certi et ad plénum certifficati, ut dixerunt, de venditione
1 La picta, pite ou pougeoise est une très petite monnaie valant 1/2 obole ou 1/4 de
denier. Le cens est donc de 4 deniers coronats moins 1 pite, soit 3 deniers 3/4.
* Guillaume Ag-rène, notaire à Arles, 1371-1402 (ej. Le AJitsée, lievue artésienne,
4« série, 1878, p. 70).
T. XLVJ1I, N° 95. 4
;,i) UKVl l. DES ETUDES JUIVES
predicti nospitii facta eidem Samuletô, eamdem venditionem, quan-
t m m eos taogit et concernit eorum iniijus dominium, dicto Sumuleto
presenti, stipulant! et BOllempniter recipienti pro se et suis etc. lau-
daverunt , approbaverunt et confirmaverunt dicto Samuletô pre-
seuti, etc., conti tentes .^e a dicto Samuletô habuisse et realiter
récépissé trezenum Beu partem ejusdem trezeui ipsos tangentem de
qua se contentos etc., pactum etc., concedendo eidem Samuletô quod
a modo posait corporalem possessionem predicti hospitii apprehen-
dere et retinere appreheusam inducendo ipsum per tactum manum,
ut est moris.
Et ulterius dicti Àbram et Scereta ambo simui et quilibet ipsorum
iu so'idum gratis, sponte, eorum bona fide et sine dolo pro se et suis,
etc., de beuignitate et gratia speciali, et ad preces sive requisitionem
dicti Samuleti et nonnullorum amicorum suorum, et attenta ignos-
centia et simplicitate ejusdem Samuleti iu premissis non vicio facto,
cesserunt, remiserunt et penitus desamparaverunt eidem Samuletô
presenti etc., omnia omnino jura omnesque rationes et actiones
quascumque quas et que babeut et visi sunt habere in eodem bospitio
pretextu dicti comissi, salvo eis semper et suis censu et majori do-
minio predictis de quibus omnibus realiter se prorsus divestiverunt
et dictum Samuletum investiverunt per tactum manum, ut est moris,
ipsumque dominum (?) verum feceruut etc. Ita etc. Et nichilominus
pro tutiori cauthela et securitate dicti Samuleti eidem promberunt
ambo simul dicti Abram et Scereta, et quilibet in solidum, pro se et
suis, quod si iu futurum ipsi Samuletô vel suis lis. questio, pelitio
vel demanda in et super censu et majori domiuio et senhoria predic-
tis ac super eodem bospitio pretextu comissi fieret, moveretur aut
suscitaretur per beredes Régine Bonete condam, eorum avie paterne,
onus defTectionis dicte litis slve questionis in se assumere et prosse-
qui utiliter et directe eorum propriis sumplibus et expensis usque
in finem litis et ipsum Samuletum et suos totaliter lacère quittum et
inmunem et penitus servare indempnem.
Pro quibus omnibus attendendis et pro omnibus expensis dampnis
et interesse per ipsum Samuletum vel suos faciendis premissorum
pretextu etc, obligaverunt dicti Abram et Scereta, cum licentia ma-
ritali qua supra, pro se et suis, omnia bona sua presentia et futura
sub vicibus curiarum spiritualis et temporalis Arelatis, Gamere ratio-
num Aquensis et omnium aliarum curiarum spirilualium et tempo-
ralium comitatus Provincie et Forcalquerii constitutarum. Reuuntia-
verunt cum debitis renuncinationibus etc. Juraverunt etc. De quibus
dictus Samuletus petiit instrumentum etc.
Et ibidem idem Samuletus de Barrio, gratis, sua bona fide et sine
dolo pro se et suis, etc. confessus fuit et recognovit dictis Abram et
Scerete presenti bus, stipulautibus et recipientibus pro se et suis,
etc. se ab iude inantea et per inperpetuum babere, tenere et possi-
dere sub majori dominio et senhoria eorumdem et suorum in pos-
leium hère lum el suejessorum q îorumcumque , viielicet dictum
DOCUMENTS RELATIFS AUX JUIFS D'ARLES 51
hospitium supra confrontatum ad censum et servitium quatuor
deDarorium coronatorum dempta picta et pro quarta parte et pro
indiviso annis singulis solvendorum in festo Natalis Doraini; quod-
quidem hospitium promisit idem Samuletus pro se et suis manute-
nere, melliorare, etc., sub obligatione feudi, etc. Et ita sua boua fide
promisit, etc.
De quibus, etc.
Actum Arelate in hospitio dictorum Abram et Scerete, testibus
presentibus Petro Fulconis, corraterio, Johanneto Egidii, repayrerio
de Arelate, et me dicto notario, etc. *.
IV. •
142î, 1 er septembre. — Nomination d'un maître pour Vécole publique
de Talmud.
(Étude de M e Martin-Raget. Reg. Pangonis, 1423, fol. 102v°.)
Electio et creatio magistri scolarum pro communitate Judeorum de
Arelate.
Anno quo supra [1423] et die prima mensis septembris. Noverint
universi, etc., quod cum commuuitas Judeorum de Arelate, pro
instructione pauperum Judeorum dicte communitatis, ad honorem
et reverenciam Dei et iutuitu caritatis, pietatis et misericordie, ordi-
navit, conclusit et disposuit perpetuo tenere et manutenere stabiles
atque flrmas perpetuo tenere (sic) scolas pro eruditione pauperum
Judeorum civitatis predicte, pro quibusquidem scolis regendis et
gubernandis et tenendis duo habentur magistri pueros pauperos
Judeos exercentes et eisdem magistris annuatim et inperpetuum de
bonis et facullatibus universitalis prelibate quinquaginta floreni
auri. . . in anno causa stipendiorum suorum sive mercedis traderentur
et solverentur, ita ut quod major magister haberet majora et minor
magister minora stipendia, cuiquidem helimosyne pro manutentione
ejusdem magister Helyas de Arelate, Judeus phisicus Valentinenis,
pro ejus dotatioue de bonis suis ordinaverit, duxerit et concesserit
mille ftorenos et hoc sub certis capituiis, reteutionibus, ordinatio-
nibus et couditiouibus contentis et declaratis in quodam inslrumento
sumplo, subscripto et sigoato, ut iu eo legitur. manu et siguo magis-
tri Anthonii Olivarii, notarii publici de Arelate sub anno Domini mil-
lesimo CCCC septimo et die xxiij mensis decembris; et inler cetera
in eo contenta capitula, ipse magister Helyas ordinaverit singulis
annis eligi et ordinari duos magistros, unum pro docendo librum
vocatum lo Talmut et alium quinque libris (sic) Moysi, et hoc prima
die mensis febroarii vocati ebrayce Asdar, et demum ulterius ordi-
naverit et elegerit ad eligendum, creandum, loaandum et nominan-
dum eosdem magistros singulis annis per inperpetuum, scilicet
1 Voy. pour celte pièce Bévue, XLV1I, p. 233-234.
REVUE DES ÉTUDES JUIVES
relezeoos buos, filios nliorura Biiorum, magistrum Bonsenhor Asday
el pjus liberos, magistrum Crescam Salamias, phizicum, item Regi-
nain Booete et (jus liberos, Judeos de Arelate, hinc ïamiem fuit et
esl quod iu presentia mei notai ii public! et testium infrascriptorura,
magister Abram de Carcassona, Judeus, ph'zicus, ut maritus et con-
juncta persona Blauquete uxoris sue, filie dicli quondam magistri
Bousenhor, Musse Bouseulior Asday, Qlius etiam dieti quoudam ma-
gistri Bonsenhor et magister Yitalis Astrugii de Carcassona, Judeus,
phizicus, ut maritus Scerete, uxoris sue, filie magistri Duranti
Avigdor quondam Judei, phi z ici, de Arelate, et Abram Duranti
Avigdor etiam filius dieti quoudam magistri Duranti, iïlii dicte quon-
dam Régine, omnes simul et quilibet ipsorum gratis, sponte, eorum
boua fide et sine dolo, juxta potestatem eis in dicto attributam ins-
trumento et juxta modum et formam iu dicto instrumento contentos,
et proevidenti ulilitate pauperum puerorum Judeorum et pro eorum
institutione, elegerunt et ereaverunt iu magistrum pro docendo
dictum librum vocatum lo Talmut pauperibus pueris Judeis , ut
supra dictum est, videlicet Issacum Astrugii Dellunis(?j. Judeum de
Arelate, ad hoc, ut dixerunt, expertum et sufficientem, vidilicet bine
ad mensem febroarii proxime futurum et ab inde in unum aunum
continuum et completum in antea eomputaudum et sequendum.
De quibus coucesserunt iustrumentum, etc.
Actum Arelate in hospitio mei notarii, teslibus presentibus Ros-
tagno Stephani alias Régla, Guillelmo Moreyroni, Trasserii de Are-
late, et me dicto notario, etc. 1 .
V.
1423, 8 novembre. — Acte d'association entre Antoine de B ,
marchand, et Samuel Bon Senkor, doucher.
(Élude de M e Martiu-Raget. Reg. B. Pangonis, 1423, fol. 143 v°.)
Conventiones et pacla habita inter Authonium de Brandrato (?)
mercatorem ex una parte et Samuletum Bon Seuhor de Fossis,
Judeum, macellarium ex parte altéra.
Auno quo supra [1423] et die oclava mensis novembris. Noverint
universi, etc., quod discrelus Anthonius de Brandrato (?), mercator
civis et habilator de Arelate, et Samuletus Bon Senlior de Fossis,
Judeus, macellarius de Arelate, ambo simul gratis et sponte, eorum
bona fide et sine dolo, pacta infrascripta et conventiones habuerunt
et fecerunt in modum qui sequitur infra scriptum.
Et primo fuit inter dictos Anthonium ex una parte et Samuletum
Judeum ex parte alia et est in pactum deductum, etc., quod dictus
S.imuletus teneatur et debeat hinc ad annum unum continuum et
complendum ab hodie eomputaudum macellare ei macellum facere
1 Voyez pour '.-et acte Revue, XL Vil, p. 232-233.
DOCUMENTS RELATIFS AUX JUIFS D'ARLES 83
et tenere in carreria jusatarie Arelatensis beslias quascumque prout
sint mutones, oves, agni, eduli, câpre, yrci et bestie bovine et ibidem
suis propriis sumptibus et expensis locare domum in qua faciat
appothecam ac eciam tabulam.
Item fuit actum et conventum inter easdem partes et in pactum
deductum, etc., qaod dictus Antbonius teneatur et debeat, in singulis
diebus et horis quibus dictus Judeus voluerit emere bestias quascum-
que pro ibidem macellando, tradere illico pecunias sibi necessarias
pro solvehdo pretium illarum il li seu illum a quibus pro tune emerit.
Item fuit actum et conventum inter predictas partes et in pactum
deductum, etc , quod in qualibet septimana dictus Judeus teneatur
et debeat ipsi Anthonio reddere compotum de hiis que macellaverit
et vendiderit et tradere illico ipso Anthonio omnes pecunias quas
receperit de animalibus protunc venditis, saltem quantitatem pecu-
niarum quam dictus Anthonius ipsi Judeo pro tune tradiderit, si tôt
vendiderit; et si in septimana illa idem Judeus tôt non vendiderit
sive receperit, quod in subsequenti septimana dictus Judeus de
pecuniis recipiendis protunc macellando eidem Anthonio tradere et
supplere debeat usque ad quantitatem protunc sibi debitam et per
eumdem Judeum ab ipso Anthonio protunc habitam.
Item fuit actum et conventum inter dictas partes et in pactum
deductum, etc., quod dictus Samuletus teneatur et debeat artem
ipsam macellandi continuatim et continue facere et tenere anno pre-
dicto perdurante et aliam artem non exercere.
Item fuit actum et conventum inter dictas partes et in pactum
deductum, etc., quod de omnibus animalibus, mutonnis, ovinis,
agninis, edulinis omnes pelles sint penitus dicti Anthonii et illas
idem Judeus singulis diebus dum maeellabuntur per eum seu ejus
nomine eidem Anthonio seu alicui ejus noraine intervenienti dare et
tradere debeat sine custu, et de omnibus capris, yrcis per dictum
Judeum macellaudis seu alium vel alios ejus nomine in una aut
pluribus tabuliis dictus Anthouius habeat médium pellium et dictus
Judeus alium médium.
Item fuit actum et conventum inter jamdictas partes et in pactum
deductum, etc., quod si contingeret dictum Judeum macellare boves,
vaccas, avogles sive vitulos et coreum quodlibet cujuslibet bovis
venderetur precio duorum francorum, quod de illis duobus franchis,
idem Anthonius habere debeat xvj. grossos et dictus Judeus xnij.
grossos, et similiter de aliis coreis si plus aut minus venderentur.
Item fuit ut supra actum et conventum inter predictas partes et in
pactum deductum, etc., quod si idem Judeus emeret vel venire
faceret de extra presentem civitatem Arelatis et ejus territorio bes-
tias quascumque pro macellando, quod donec fuerint macellate
dictus Anthonius suis propriis expensis habere debeat herbagia
necessaria pro depastendo et unum hominem qui illas custodiat et
eidem homini solvere loquerium de suo ipso.
Que quidem pacta dictus Anthonius gratis, sua bona ride et sine
S REVUE DES ÉTUDES JUIVES
• pro Be el suis, etc, Bltendere, complere, quantum ipsum lan-
gunt, etc. Si difficere, etc., obligat omoia bons sua preseutia et
future sub vicibus curiarum sfurittialis et temporalis Arelatis,
Camere rationum Aquensis et omnium aliarum curiarum in Pro-
viucia constitularum. Heuuutiavit, etc. Juravit. etc. Ktiam dictus
Samilonus gratis, sua bona (ide et siue dolo ])ro se et suis, etc., pro-
misit eidem Authouio preseuti, etc., pacta predicta ipsum Judeum
coneerneutia et tangentia atteudere, complere et observare, etc. Si
defficeret, etc., obligavit dictus Judeus se et omuia boua sua pré-
senta et futura realiter et persoualiter sub vicibus curiarum supra-
dictarum et polissime parvi sigelli Moutispessulaui. . ., etc. Hos-
liaga tenere, etc. Renuntiavit, etc. Juravit, etc. De quibus, etc.
Actum Arelate iu hospitio mei notarii, testibus preseutibus magis-
tro Bernardo de Castellari Roderio Mosterio Rastabona, Brusserio de
Arelate, et me dicto notario, etc. *.
VI.
1428. 16 décembre. — Ordonnance des bayions, auditeurs des comptes et
conseillers de la communauté juive a' Arles pour le règlement des dettes
de la communauté.
(Etude de M Martin Raget. Reg. B. Paogonis 1428, fol. 140-141.)
Ordinationes facte per baylonos, auditores compotorum et consi-
liarios commuuitatis Judeorum de Arelate.
Anno quo supra [1428] et die xvj. mensis decembris. Noverint uni-
versi, etc., quod coogregati iu presentia nobilis viri Alziassii de
Littera, locum teueutis uobilis viri Andrée de Paire (?), viguerii
regii arelalensis in regia curia arelatensi in focanea terrenha, vide-
licet Gresques Orgerii, Meyr Vitalis et Ysacus Pacati, Judei et bay-
loni, magister Beudich de Borriano, phizicus, Ysacus Nathani, Vi-
talis Gatbi et Massipetus de Pertusio, Vitalis Astrugii, Aron de
Nemauso, Durautonus Dieulosal de Bellicadro, Astnigius Samiellis
de Largentiera, cousiliarii, et Bondionus de Sancto Paulo, Bouastru-
gius Jacob et Samiletus Mosse, Judei, auditores compotorum commu-
nitatis Judeorum de Arelate, omnes insimul dicti combayloni, consi-
liarii et auditores compotorum, gratis et sponte, pro utilitate dicte
eorum commuuitatis, ut dixerunt, et pro oneribus ejusdem, in quibus
est oppressa et obligata, et debitis suis exsolvendis, nemine ipsorum
discrepante et coutradiceute, sequentes fecerunt ordinationes in mo-
dum qui sequitur insfrascriptum.
Et primo quod, cum commuuitas Judeorum prelibata sit pluribus
et diversis creditonbus obligata et de die in diem a suis creditoribus
vel eorum saniori [>arte vexetur et molestetur, ob quod multas pati-
tur expensas atque dampna in cjus grande dampnum et prejudicium
1 Voyez pour cet acte Revue, XL VII, p. 234.
DOCUMENTS RELATIFS AUX JUIFS D'ARLES 55
non modicum, volentes et cupientes ipsi combayloni, coasiliarii et
auditores compotorum indempnitati dicte communitatis providere,
ordinaverunt quod pro utilitate ejusdem communitatis fiât, exiguatur
et ordinetur quedam lallia octo florinorum pro ... l quam exnunc
ordinaverunt et juxta taxam bonorum noviter et ibidem factam; et
quod bayloni, ut citius potuerunt, cum periculum sit in mora,
illam vendant et vendere debeant vel eam in solutum dare et consi-
gnai creditoribus dicte communitatis aut alteri eorumdem, prout
eis videbitur, et quod tallia ipsa exbiguatur et levetur infra terminos
ordinandos per eosdem baylonos.
Item ordinaverunt dicti combayloni, auditores compotorum etcon-
siliarii quod, cum tempore transacto quilibet Judeus dicte commu-
nitatis fuerit taxatus et averatus de hiis que possidebat, et causante
carestia que viguit et deffectu fructuum et lucrorum et etiam cau-
santibus talliis, capagiis et oneribus communitatis, pro negociis
ejusdem communitatis, diminuerant de eorum bonis, rébus et juri-
bus, ob quod nonnulli se conquerunt et dicunt fore valde onerati,
ordinaverunt quod per totum mensem aprilis proxime futurum, una
die eligendo per dictos combaylonos, auditores compotorum et consi-
liarios vel saniorem partem eorumdem, quilibet Judeus dicte com-
munitatis convocetur in scola Judeorum ad audiendum excommuni-
cationem profferri de faciendo de novo bonum et légale manifestum
de hiis que habent, tenent et possident juxta ordinationes contenta
(sic) in libro dels mispatim et sex vel septem annis citra vel circa
ordinatas, ad hoc ut quilibet de hiis que possidet solvere et contri-
buere valeat in oneribus et talliis dicte communitatis, nisi intérim
aliquales ordinationes régie intervenirent vigore litigii quod pros-
sequitur coram régis cousilio inter dictam communitatem et commu-
niâtes Judeorum Provincie.
Item, cum juxta articulos contentos en los mispatims quilibet con-
sueverit solvere in oneribus, capagiis et talliis dicte communitatis
de bonis suis immobilibus, mercantiis, jocalibus et... is argenti ac
sine debitis et non de aliis suis bonis mobilibus que possidet, fuit or-
dinatum per eosdem baylonos, auditores compotorum et consiliarios
quod, cum de die in diem onera et débita ejusdem communitatis
crescant et augmententur, quod quilibet Judeus in excommunica-
tione quam audiet revelare teneatur et debeat omnia bona sua mo-
bilia, res et utensilia domus, prout sicut libri, mappe, longerie, linea-
menta,flassiate, traylissie(?), chaloni et cetera alia de quibus non fuit
consuetum solvere et ea in scriptis dare et de illis solvere et rontri-
buere in oneribus et talliis dicte communitatis prout ordinabitur per
dictos baylonos, auditores compotorum et consiliarios vel deppu-
tandos ab eis aut eorum majorem partem.
1 II serait intéressant de connaître soit le montant de cette taille, soit le taux suivant
lequel elle a été 6xée. Une difficulté de lecture empêche de répondre à cette question.
Il semble qu'on doive lire ici un mot comme centenali. Ce mot indique-t-il une pro-
portion à la façon dont nous disons : 8 pour cent?
REVUE DKS ÉTUDES JUIVES
Item ordinaverunt memorati combayloni, auditores compotorum et
cousiliarii quod quilibet contribuet in oneiïbus ejusdem communi-
tatis et solvet de lucro quocumque per eum fiendo et hoc de illo lucro
ordinando per dictos baylooos, consiliarios et auditores compotorum
vel majorem partem eorumdem vel depputandos ab eis, prout eis
videbitur ordinandum fore.
Item ordinaverunt ad hec, ut premissa eorum sortiantur effectuai,
quod quilibet ipsorum combaylouorum, cousiliariorum et audilo-
rum compotorum predictas ordinationes inconlioenti ratiliicabit et
confirmabit, et pariter ceteri de carriera illas coufirmabunt, cum pro-
missione de non contra veniendo et hoc sub pena quiuquageota tlo-
renorum domino nostro régi applicauda et ad hoc reuuntiantes et
contradicentes possunt cogi et compelli per dictos baylonos seu dep-
putandos ab eis in judicio et extra.
Quibusquidem ordinatiouibus, sicut premittitur, factis et per me
notarium infrascriptis in romantio, in presentia dicti domini locum-
tenenlis domini vicarii recitatis et lectis, pretactus magistér Bendich
de Borriano prémisse tallie ordinate consentit, aliis vero ordinatio-
uibus non consentiit petens tempora eorum cum termino ad venien-
dum consultus ad lune proximas.
Dictus vero Aron de Nemauso premissis omnibus ordinationibus
consentiit, dum tamen nullo modo possunt prejudicare liti pendente
in magna regia curia in facto mispatim de quo solempniter protes-
tatur, et in quantum prejudicaretur eidem liti et cause, eis non con-
sentiit.
Et dictus dominus locum tenens nomme regio fuit protestatus
contra dictos magistrum Bendich de Borriano et Aron de Nemauso
de omnibus dampnis intéresse et expensis que dominus noster rex
substinere et habere posset occasione impedimentorum per eos supra
factos contra ordinationes predictos.
Ceteri vero combayloni, auditores compotorum et cousiliarii omnes
insimul et quilibet ipsorum gratis, sponte, eorum bona fide et sine
dolo, predictas ordinationes et quamlibet ipsarum ratas, gratas et
francas habuerunt easque approbaverunt, emologaverunt, ratiffica-
verunt et valide confirmaverunt et contra eas nullo modo venire pro-
miserunt. Pro quibus attendendis, obligaverunt omnia eorum bona
presentia et futura, sub vicibus curiarum spiritualis et temporalis
Arelatis, camere rationum aquensis et omnium aliarum curiarum in
comitatibus Provincie et Forcalquieri constitutarum. Renuutiave-
runt etc. Juraverunt, etc.
De quibus dicti bayloni petierunt instrumentum, etc.
Actum Arelate in dicta regia curia, dicto domino locumtenente pré-
sente in focauea terrenha, testibus Alziassio de Granis alias Boys-
sier, Rostagno Celestis, pistauribus de Arelate, et me Bernardo
Pangonis notario, etc.
Subsequenti vero die lune que fuit vicesimo dicti mensis decem-
bris, hora vesperarum, dictus megister Bendich de Borriano michi
DOCUMENTS RELATIFS AUX JUIFS D'ARLFS 57
notario publico supra et infrascripto porlavit et tradidit quamdara
papiri cedulam scriptam cujus ténor inferius est insertus, respon-
dendo premissis ordinationibus et ut in eadem cedula continetur :
Hieu Bendich de Borrian, phizissian d'Arle, de totz los capitols fachs
e adhordenatz per los senhors bayions e conselhiers del comun de la
universitat dels Juzieus d 1 Arle consente a totz aquels, exeptat a
aquel que es fach descoutar lez erem ' segons los mispatims fachs de
vij ans a passât o t?) en cort salvat mays o mens car a aquel jeu nou
entende a consentir tro tant que sie adordenat ne a quel peraquels a
qui se parten de conoysse : car sus aquel peut plach e non est per
conoycensa termenat mays proteste sollempnamens contra tots
aquels que vendran contra la causa, que poyrie prejudicar al nostre
subeyran senhor que Dieus per la sieua gracia mantegna edone bona
vida e longa, ne a la comunitat de la universitat subredicha, non
consentent a las penas per los dichs senhors empausadas contra totz
aquels que vendrien contra las ordonansas per els fâchas per las ra-
zons subredichas : et d'àysso demande instrument a mi far a l'uie
a temps quant lo requerray \
VIL
4431. 7 avril. — Constitution de dot de Reine, fille de feu Salomon
Vivas, Juif de Courthézon 3 .
(Etude de M° Martin-Raget. Reg. Pangonis, 4 431, fol. 5 v°.)
Orpheline, Reine, apporte en dota Abram, fils de Samuel de Barri, 50 florins d'or
de 16s., dont 27 florins 1/2 en bijoux et trousseau, à l'estimation d'amis communs,
12 florins 1/2 à elle donnés par sou futur beau-père et 10 florins reconnus en augment
par son fiancé. Samuel donne quittance de cette somme et s'engage en cas de res-
titution de dot à faire avoir à Reine ou à ses héritiers les 27 florins 1/2 du trous-
seau et les 12 florins 1/2 dont il l'avantage.
Constitutio dotis Régine fi lie Salamonis Vivas Judei condam de
Cortesono.
Anno quo supra [1431] et die septima mensis aprilis. Noverint
uuiversi quod, cum tractatum sit de matrimonio more judayco
coiitrahendo per et inter Abram filium Samuleti de Barrio, Judei de
Arelate, ex una parte, et Regiuam, filiam Salamonis Vivas, Judei
quondam de Cortesono, ex parte altéra, hinc fuit, etc. Et primo dicta
Regina gratis et spoute, sua bona fide, promisit dictum Abram
ducere in maritum legitimum, ut est moris inter Judeos, ad primam
etc. Et ut facilius, etc., dicta Regina gratis, spoute, sua bona fide et
sine dolo, per se et suos eidem Abram, marito suo, predictoque
1 lièrent, excommunication juive.
* Voy. pour cet acte Revue, XLVII, p. 230.
3 Courthézon, canton Bédarrides, arr. Avignon (Vaucluse).
REVUE DES ÉTUDES JUIVES
Samuleto de Barri o, patri buo, presentibus etc. dédit, conatituit in
dotem, pro dote. Domine et ei causa dotis sue, videlicet quinquaginta
Qorenoa bonoa valoria quemlibel xvj aolidorum, naonete hodie in
Arelate publiée currabilia, inclusia videlicet vi gin tl aeptem ûorenis
cum dimidio iu vestibus et jocalibus suis appreciatis per amicos
communes, dundecim florenis cum dimidio per dietum Samuletum
de Barrio, patrem dicti Abram, sibi donalis juxta legem Moysi et
decem tlorenis etiam per eumdem Samuletum de Barrio ipse Régine
iu augmentum dicte sue dotis donatis, et sic sunt in summa uni-
versali quinquaginta floreni; et generaliter omnia bona sua mobilia,
immobilia, reaet jura presentia et futura, sibi competentia et com-
petiiura, ubicumque sint, qualiacumque, quantacumque et quam-
quidem dotem dicta Regina promisit ipsis patri et filio facere babere ;
et pro quibus attenendis, obligavit omnia bona sua presentia et fu-
tura, sub vicibus curiarum spiritualis et temporalis Arelatis, camere
rationum aquensis et omnium aliarum curiarum in comitatibus
Provincie et Forcalquerii et alias ubilibet constitutarum. Renuntiavit,
etc. juravit etc. Quosquidem quinquaginta florenos idem Samuletus
de Barrio a dicto Résina nura sua confessus fuit se habuisse et re
vera récépissé modo et forma premissis, prout sit aliter aut latius in
quadam caria judayca in pergameno descripta per Astrugium Duranti,
Judeum de Arelate, vocata ebrayce quessuba que in sui secuuda linea
ineipitc^r^ quod est in romancio que nos, et finit bessula • quod
interprétatif in romancio verges o donzella et iu sua ultima linea
incipit Abram quod interpretatur in romancio Abram et finit be %
quod siguicatur en el. Omni exceptioni. etc.
De quibus se contentum tenuit, etc.
Pactum, etc.
Et luit de pacto quod, in omni loco restitutionis dictorum quinqua-
ginta floreuorum, dictus Samuletus de Barrio teneatur et debeat
suique teneantur et debeant, eo casu quo dictus Abram vel dicta
Regina décédèrent aut aller ipsorum decederet sine proie légitima
ex suo corpore et de legitimo malrimonio procreata, eo casu adve-
niente, reddere et restituere ipsi Régine et suis de dictis quinqua-
ginta florenis quadraginta florenos, videlicet illos xxvij florenos et
médium pro vestibus et jocalibus suis habitis et duodecim florenos
cum dimidio dalos ipsi Régine per dietum Samuletum de Barrio
juxta mandatum legis Moysi; et reliquis vero deeem floreni ipsi
Samuleto et suis perpetuo remanere debeant et ad illos solvendos
minime cogi possit.
Item fuit de pacto quod dictus Samuletus de Barrio leneatur et de-
beat ipsi Régine nure sue recognoscere in débita forma omne id quod
deinde recipiet de bonis, rébus et juribus dicte Régine datis sibi et
in futurum dandis pro quibusquidem quinquaginta florenis eidem
Régine et suis fore salvis solvendis reddendis et restituendis in
omni loco restitutionis sive repetitionis eorumdem, quod Deus
DOCUMENTS RELATIFS AUX JUIFS D'ARLUS 59
advcrlat. Et pro omnibus expensis, etc. ac aliis omnibus altendendis
premissis obligavit dictus Samuletus de Barrio per se et suos, et
pariter dictus Abram, ejus filius, cum ejus licertia, ambo insimul et
quilibet ipsorum in solidum omnia bona sua presentia et futura,
sub vicibus curiarum spiritualis et temporalis Arelatis, camere ra-
tionum aquensis et omnium aliarum curiarum in comitatu Pro-
vincie et Forcalquierii constitutarum et cujuslibet ipsarum.
Renuntiaverunt, etc.
Juraverunt etc.
De quibus etc.
Actum Arelate in hospitio dicti Samuleti de Barrio, testibus pre-
sentibus Guillelmo Pangonis, Jheronimo Boetii, Johanneto Bessoni,
Trasseriis de Arelate, et me dicto notario, etc.
(En note) Dictatum est alibi ad plénum *.
VIII.
1431 . 23 octobre. — Constitution de dot de Dulcie, fille de Cregut
de Gart, Juif d'Or g on.
(Etude de M e Martin-Raget, Reg. B. Pangonis, 1431, fol. 80 v<> et 81.)
Dulcie, fille de Cregut de Gart, épouse Bon Ysac Bondie de Saint-Paul, fils de Bon-
dion de Saint-Paul. Astruc Cregut de Gart, fils de Cregut de Gart, en vertu d'une
procuratiou datée du 10 octobre 1431, constitue à sa sœur une dot de 350 florins
d'or de 16 soup, y compris un trousseau de 50 florins. Les 300 florins seront versés,
200 florins par le père, 100 florius par le frère de la fiancée. Ils sont payables,
200 florins à la première réquisition du fiancé, les 100 autres dans un délai fixé par deux
amis désignés. De son côté Bondion de Saint- Paul, père du futur, s'engage à nourrir
et entretenir dix ans duraut sou fils, sa bru et leurs enfants. Le jour où le fils cessera
cette vie en commun, Bondion do Saint-Paul sera tenu de lui rembourser la dot de
Dulcie et d'autre part de lui fournir une dotation de 300 florins. La femme de Bondion de
Saint- Pau!, mère du futur, renonce à tout privilège tant sur cette dotation de son fils
que sur la dot de sa bru. En tout cas de restitution de dot, le père du futur s'engage
personnellement à la restituer dans les mêmes délais qu'il l'aura reçue. Au cas où
Dulcie décéderait sans enfant, la dot reviendraità sa famille. Cette restitution faite par
Bondie se monterait à une somme de 250 florins, dont 100 en argent et 150 en bijoux
et trousseau.
Gonstitutio dotis Dulcie, filie Creguti de Gart, Judei, habitatoris
caslri de Urgone.
Anno quo supra [1431] et die xxuj, mensis octobris. Noverint
universi etc. quod, cum tractatum sit de matrimonio contrahendo,
ut moris est inter Judeos , inter Bon Ysacum Bondie de Sancto
Paulo, Judeum, filiuin Bondie de Sancto Paulo, Judei de Arelate, ex
una parte et Dulciam filiam Creguti de Gart Judei habitatoris de
Castro Urgone, ex parte altéra, hinc fuit etc. Et primo Astrugius
Creguti de Gart, Judeus, habitator castri de Sallone, filius et procu-
rator et nomine procuratorio dicti Creguti de Gart, patris sui, qui
1 Pour cet acte, voy. Revue, XLVII, p. 235-238,
60 REVUE DES ETUDES JUIVES
ipsum Astrugium filiura suum ad actum hujusmodi profieieudum et
complendum procuratorem suum fecit et coustituit, causante ejus
seueclute constante de ipsa procuratioue, instrumento publico in
uotam sumpto, subscripto etsignato, ut in eo legitur, manu et signo
magistri Monachi Alphanti, noturii, habitatoris de Sallone, regia
auctoritate notarii, sub anno incarnationis Domini millésime- GGGC
tricesimo primo el die décima nona menais octobris, habeus dictus
Astrugius a diclo Creguto, paire suo, potestalem largam et sulti-
cientem ad hujusmodi actum, gratis et sponte, sua bona fide et Bine
dolo promisit dictoBondie deSancto Paulo, patri et legitimo adminis-
tralori dicii Bon Ysaqui, ibidem presenti, etc, se dictam Dulciam
sororem suam eidem Bon Ysaco dare in uxorem, ut est moris inter
Judeos, de die in diem ad ipsius Bondie de Saucto Paulo dictique sui
filii et suorum amicorum solam et simplicem requisitionem sibi
facieûdam. Et viceversa dictus Bondia de Sancto Paulo, gratis et
sponte, sua bona fide et sine dolo, promisit dicto Astrugio Creguti
de Gart, procuratorio nomine quo supra, miebique notario publico
infrascripto ut communi et publice persone stipulanti, etc, se dictum
Bon Ysacum iilium suum eidem Dulcie dare in maritum, ut est
Judeorum moris, de die in diem ad ipsius Greguti Gart, patris dicte
Dulcie, dictique Astrugii Greguti, fratris sui, primam requisitionem.
Et ut facilius dictus Bondia et Bon Ysac pater et filius onera pré-
sentis matrimonii valeant supportare, dictus Astrugius Greguti
gratis et sponte, sua bona fide et sine dolo, per se et suos, nomine
suo proprio et procuratorio nomine quo supra, juxta potestalem sibi
per dictum palrem suum attribulam in dicto procuratorio instru-
mento, eidem Bondie de Sancto Paulo patri dicti Bon Ysaqui ibidem
presenti. dédit, coustituit et assignavit in dotem, pro dote, nomine
et ex causa dotis dicte Dulcie sororis sue videlicet trecentos et quiu-
quagiula floreuos bonos, boni ponderis, valoris quemlibet xvj.
solidorum monele hodie in Arelate publice currabilis, scilicet centum
florenos de bonis suis propriis et duceutos et quinquaginta floreuos
de bonis ejusdem Creguti Gart patris sui, videlicet trecentos florenos
in pecunia et quinquaginta florenos in vestibus, jocalibus et arnesiis
dicte Dulcie, solveudos per solutiones sequeutes, videlicet ducentos
florenos in pecunia de die in diem ad ipsius Bondie primam requisi-
tionem, videlicet centum florenos per eum de bonis suis promissos
et centum florenos de illis ducentis quinquaginta florenis tangeutibus
ad solveudum dicto Creguto patri suo, et reliquos quinquaginta in
vestibus et jocalibus appreciandis per amicos communes ; et reliquos
centum floreuos per solutiones ordinaudas per Salves Garacausa de
Sallone, Judcum, et magi^trum Salaniouem de Luuello, phizicum,
Judeum de Avinione, ad id per dictas partes electos, vel alium aut
alios per eos eligendos et nominandos, Mis... paclis inter dictas
paries babilis, inhitis et convenus sollempni et valida stipulatione
firmatis.
Et primo fuit de pacto inter dictum Astrugium Greguti de Gart,
DOCUMENTS RELATIFS AUX JUIFS D'ARLES 61
procuratorio nomine quo supra, ex una parle, et dictum Boudia de
Sancto Paulo, ex altéra, et in pactum deductum solempni et valida
stipulatione firmatum, quod dictus Bondia de Sancto Paulo tenpatur
et debeat suis ipsis sumptibus et expensis eosdem Bon Ysacum filium
suum et Dulciam ejus uxorem futuram tenere in domo sua ambos
insimul, nutrire sanos et infirmos, providereque eis et eorum cuiii-
bet vesUbus, caligis, solularibus, potalibus et aliis quibuseumque eis
necessariis per decem annos continuos et completos a die habende
cérémonie matrimonii in antea computandos et sequendos.
Item fuit de pacto inter dictas partes quod quoscienscumque
dictus Bon Ysac voluerit se separare a dicto Bondia, pâtre suo, et
nollet cum eo plus habilare et stare, quod extunc dictus Bondia
teneatur et debeat ipsi Bon Ysac filio suo incontinenti de die in diem
ad ipsius .Bon Ysac filii sui primam requisitionem faciendam dare in
pace et sine liligio trecentos tlorenos valoris predicte et ultra boc id
quod de dote dicte Dulcie habeat et receperit protunc.
Item fuit de pacto inter easdem partes quodSles, uxor dicti Bondia,
teneatur et debeat incontinenti, pro majori securitate dicte Dulcie,
permitlere quod, in omni causa et eventu restitutionis sive repeti-
tionis dotis dicte Dulcie, ipsa permittet prius amovere dotem ejus-
dem Dulcie in bonis dicti Bondie, sui mariti, quam dotem suam, et
pariter dictos trecentos florenos per dictum Bondiam eidem filio suo
supra dare promissos, et nullomodo per se vel per alium contradicet
quin dicta dos predicte Dulcie et supradicti trecenti tloreni prius
amoveantur et leventur in bonis ejusdem Bondie sui mariti quam
dicta dos sua; et ad hoc idem Bondia eidem sue uxori licenciam
suam maritalem et auctoritatem incontinenti dare et prebere debeat.
Item fuit de pacto inter easdem partes quod in omni loco et eventu
restitutionis dicte dotis, dictus Bondia teneatur et debeat dotem
predicte Dulcie seu id quod de ea habuerit reddere et restituere per
similes solutiones et per tôt temporis intervalla per quos ipsam
dotem habuerit et receperit.
Item fuit de pacto inter supra dictas partes quod si dicta Dulcia
decedtret (quod Deus advertat) sine proie légitima ex suo corpore et
de legitimo matrimonio procreata, etc, quod dos supra constituta
revertatur et reverti debeat illi et illis a quo seu quibus dos predicta
provenerit et suis.
Item fuit de pacto inter easdem partes, quod in omni loco restitu-
tionis dicte dotis, dictus Bondia de Sancto Paulo teneatur et debeat
de dote predicta reddere et restituere centum tlorenos iu pecunia,
centum et quinquaginta tlorenos in vestibus, jocalibus et arnesiis et
restituere in pecun'a numerata per illas solutiones per quas dictus
Bondia eos receperit.
Quam quidem dotem supra constitutam dictus Astrugius Creguti,
procuratorio nomine quo supra, promisit dicto Bondie de Sancto
Paulo. ibidem presenti facere habere paciffice et quiète solvere,
tradere et expcdire in modum supradictum. Si dihiceret, etc. Pro
«j RBYUE DES ÉTUDES JUIVES
quibus omnibus aclis et pro omnibus expeusis elc, obligavit dictus
Astrugius Creguti Gart, procuratorio nomine quo supra, per se et
suos omnia bona sua propria et omnia bona dieli Creguti de Gart
patris sui presentia et futura sub vicibus curiariutn spiritualis et
temporalis Arelatis, camere rationum Aquensis, curiarum tem-
poralifl et spiritualis caslri de Sallone , curiarum spiritualis et
temporalis civitatis Avinionis, camere domini noslri pape ejusque
auditoris et domini vicegereotis iu Avinione et omnium aliarum
curiarum in comitatu Proviucie et Forcalquerii constitutarum et
cuilibet ipsarum.
Renuntiaverunt, etc.
Juraveruut, etc.
Dictus vero Bondia de Sancto Paulo, gratis et sponte, bona ride
et sine dolo, promisit et sollempniter conveuii dicto Astrugio Creguti
de Gart, procuratorio nomine quo supra, michique noturio publico
infrascripto ut communi et publiée persone stipulanlibus sollem-
pniter et reeipientibus pro dicto Creguto de Gart et suis diclaque
Dulcia fîlia sua quod de hiis que de dote predicla recipiet recogni-
tionem seu recognitiones faciet, singulis vicibus, de receptis per
eum ; et nichilominus pacta predicla quantum ipsum tangentia
tenore servare, attendere, complere et observare cum eifectu.
Pro quibus omnibus attendendis et pro predicla dole sic reddenda
et restituenda in omni loco restitutionis sive repetitionis ejusdem
(quod Deus advertat), obligavit dictus Bondia de Sancto Paulo per se
et suos omnia bona sua presentia et futura sub vicibus omnium
curiarium supra designalarum et cujuslibet ipsarum.
Renuntiavit, etc.
Juravit, elc.
Quibus itaque pactis illico et eodem contextu ibidem existens et
constitua personaliter Sies, uxor dicti Bondia de Sancto Paulo, que
cum aucloritate et licencia dicti Bondia de Sancto Paulo mariti sui
ibidem presenlis, auctorilatem suam marilalem eidem Sies, uxori
sue, ad infrascripta peragenda dantis, prebentis et concedeutis, quod
etc. gratis et sponte, sua bona fide et sine dolo, non cohacta, decepia,
subornata, minata, ut dixit, seu aliquo malo iugenio circumducta,
sed sua bona, franca et spontanea voluntate ac molu, per se et suos,
cupiens et afïectans, ut dixit, hujusmodi matrimonium ad efTeclum
perduci et pactum promissum supra per dictum Bondiam maritum
suum suum sortiri effeclum, promisit et sollempniter couveuit dicto
Astrugio Creguti de Gart, procuratorio nomine quo supra, michique
notario publico supra et infra scripto, ut communi et publiée
persone, stipulantibus sollempniter et reeipientibus prout supra,
quod in omni loco et eventu restitutionis sive repetitionis dolis
ejusdem Dulcie nure sue future, quod ipsa per se nec per aliam perso-
nam interpositam seu iuterponendam de jure nec de facto, aliqua
arte seu iugenio, aliqua ratione, occasione seu causa, seu alias quovis-
modo oppositiouem, contradielionem, questionem, pelicionem seu
DOCUMENTS RELATIFS AUX JUIFS D'ARLES 6j
demandam aliquam faciet pro dote sua seu alio quocumque jure iu
bonis dicti Bondia mariti sui, donec el quousque ipsi Dulcie et suis
de dote sua predicta eidemque Bon Ysac fiiio suo de predictis trecenlis
florenis sibi supra per dictum Boudia patrem suum promissis fuerit
intègre solutum et satisfactum ac si essent priores tempore poste-
riores tamen jure, ymo permittet paciffice et quiète exequtionem fieri
ad inslanciam dictorum sui filii et Dulcie pro premissis. Et si oppo-
situm per eam vel suos fieret etc.
Pro quibus omnibus attendendis et pro omnibus expensis dampnis
et interesse etc., obligavit dicta Stes cum licencia dicti sui mariti
per se et suos omnia bona sua presentia et futura sub vicibus curia-
rum omnium supradictarum et cujuslibet ipsarum.
Renuntiavit, etc.
De quibus, etc.
Actum Arelate in hospitio dicti Bondie de Sancto Paulo, testibus
presentibus Anthonio Romei Liberatore, Petro dels Eyssars alias
Garesma, repayreris, civibus et babitatoribus de Arelate, et me
Bernardo Pangonis notario etc. '.
IX.
1434. 19 novembre. — • Constitution de dot de Belestre, fille de maître
Salomon de Carcassonne, médecin à Aix.
(Etude de M e Martin-Raget. Reg. B. Pangonis, 1431, fol. 98 v° et 99.)
Un premier. contrat signé à Orgon entre Isaac Natan, père de Cret cas Isaac Natan,
d'une part, et d'autre part, Mordecays Salomon de Carcassoune etson fils Salomon
de Carcassonne, grand-père et père de Belestre, fiancée audit Crescas Isaac Natan
est annulé d'un commun accord, et une nouvelle constitution de dot est rédigée. Le
grand-père et le père de la future luiconstituent en dot 500 florins, dont 260 en argent
et 240 en trousseau et joyaux. Au cas où la future mourrait sans enfant, Isaac Natan,
père du futur, s'engage à restituer cette dot, soit à Mordecays 250 florins et à Salo-
mon 10 florins en argent et 240 en trousseau.
Gonstitutio dotis Belestre filie magistri Salamonis de Garcassona,
Judei phizici deAquis.
Anno quo supra [1431] et die xix mensis novembris. Noverint uni-
versi etc. quod cum tempore traclati matrimonii inter Grescam Isaqui
Nathani, filium Isaqui Nathani \ Judei de Arelate, ex una parte et
Belestre, filiam magistri Salamonis de Carcassona, Judei phizici de
Aquis, parte ex altéra, magister Mordecays Salamonis de Garcassona
Judeus phizicus, avus palernus dicte Belestre, et magister Salamon
1 Voy. pour cet acte Revue XLVII, p. 235-238.
* S'agirait-il de Isaac Nathan ben Kalonymos ben Juda beu Salomon, qui rédigea
une Concordance de la Bible vers 1437-1445? (Gross, G 'allia juda /ca, p. 89.) Ce
Crescas habite Marseille en 1446. (Voy. ci-dessous, p. 70,1a pièce, n° X, où il
est signalé comme payant une taxe de 20 fl. par an.)
64 REVUE DES ETUDES JUIVES
de Careassona. filins dicli magistri Mordecays, pater dicte Belestre,
iiinlio in simul eidem Belestre dederint,con8tituerint et assignaverint
certain dote m tam in pecunia quam iu vestibus et jocalibus constan-
lem, ut apparitur de eadem dotjs constitutioue instrumente) publico
iu notam, ut dicitur, sumpto et reeepto peralterum ex uoturiis castri
de Urgone sub anno et die in eo contenus, hinc igitur luit et est quod
iu presenlia mei uolarii publici et testium intiascriptorum, dicli
magister Mordecays Salamonis de Careassona et magister Salamon,
ejus lilius, et antedicius Ysacus Natbani, paler dicli Cresque, omnes
iusimul et quilibet ipsorutn gratis et sponte, eorum bona fide et sine
dolo, per se et suos, ex certis causis eorum animum, ut dixeruut,
juste moventibus, diciam dotis constitutiouem et promissiouem per
eosdem magistros Mordecays et Salamonem patrem et filium, predicte
Belestre eorum fi lie f'actam in prediclo loco de Urgone et omnia uni-
versa et singuia in ea contenta, tenore preseutis publici iusirumenti
firmiter vallituri, cassarunt, irritarunt,revocarunt et penitus perpetuo
anullarunt illamque et omnia universa et singuia in ea contenta et
expressata habuerunt et babere voluerunt ab inde pro cassa, irrita
abolita et penitus uulla et de ea nullo uuquam tempore gaudere pro-
mherunt. Et nicbilominus tenore bujus publiai iusirumenti perpetuo
valituri, memorati magister Mordecays Salamonis et magister Sala-
mou, ejus fiîius, cuin licentia et auctoritate paternali, etc. ambo iusi-
mul, gratis et sponte, eorum bona fide et sine dolo, per se et suos,
eidem Belestre, ipsius magislri Mordecays felezeue et dicti magistri
Salamonis fî lie et suis liberis legitimis ex ea et de legitimo matrimo-
nio procreandiset nasciluris, renuntiando propterea legi dicenti « dos
a pâtre profecia ad patrem reddire débet 1 < specialiter et expresse,
dederunt, constituerunt et assigoaverunt iu dotera, pro dote, nomine
et ex causa dotis ejusdem Belestre et per eam dicto Ysaco Natbani,
patri dicli (Jresque, marili ejusdem Belestre, videlicet quiugentos
tlorenos bonos valoris quemlibet xvj solidorum monetehodie in Are-
late publiée currabilis, solvendos inconliuenti, scilicet ducenlos et
sexaginta floreuos in pecunia uunciata et duceclos quadragiuta tlo-
renos in veslibus et jocalibus argenti dicte Belestre jam appreciatis
per amicos communes inter eos electos.
Et fuit de pacto inter dictos magistrum Mordecays et magistrum
Salamonem patrem et filium, ex una parte, et preflatum Ysacura
Nathani, patrem Gresque, parte altéra, actum, conventum et in pac-
tum deductum sollemni et valida stipulatione vallatum quod,
in omni loco et eveutu restitutionis dicte dotis quo contingeret dic-
lam Belestre mori sine liberis (quod Deus advertat). dictus Ysacus
Natbani teueatur et debeat reddere, solvere, tradere, expedire, et del-
liberare ac restituere iu pace et in bona pecunia numerata dicto
magistro Mordecays de predictis ducentis et sexajîiuta floreuis in
pecunia solutis ducentos et quinquaginla tlorenos et rcliquos duceu-
1 Voy. Revue, XLV1I, p. 2.0.
DOCUMENTS RELATIFS AUX JUIFS D^RLES 05
tos et quinquaginta florenos ipsi magistro Salamoni,scilicet ducentos
et quadraginta florenos in vestibus et jocalibus argenti et decera flore-
nos in pecuuia. Hanc autem dotis promissionem et omnia et singula
supra dicta promiserunt dicti pater et fllius atnbo insimul et quilibet
ipsorum per se et suos ratam, gratam et francham habere et contra
nullo modo venire, sub obligatione et ypotheca omnium bonorum
suorum presentium et futurorum. Renuntiantes etc. Juraverunt ad
sanctam legem Moysi etc.
Et illico ibidem et eodem contextu antedictusYsacus Nathani, pater
et legitimus administrator dicti Cresque, gratis et sponte, sua bona
ride et sine dolo, per se et suos, confessus fuit et in veritate publiée
recognovit supranominatis magistro Mordecays et magistro Sala-
moni patri et fiiio ibidem presentibus, etc. se ab eis habuisse et re
vera récépissé dictos quingentos florenos supra in dote ipsi Belestre
constitutos, modo et forma premissis, et alias prout et quem ad mo-
dum continetur in quadam carta judayca litteris ebraycis scripta vocata
quessuba que in sui prima linea incipil bussent bassaba 1 , quod inter-
pretalur lo se g on jour de la semahd et finit bttichim' 1 quod interpreta-
tur no)iagmia,ei in sui penultima linea incipit Calonimos, quod inier-
pretatur Crescas gêner dicti m.agistri Salamonis, et finit in ea hunfaras*,
quod interpretatur déclarât ; omni vero exceptioni dictorum quingen-
torum florenorum a dictis pâtre et filio habitorum etc. De quibusqui-
dem quingentis florenis dotalibus dictus Ysa-us per se et suos a pre-
fatis magistro Mordecays et magistro Salamone pâtre et filio ib dem
presentibus, etc. contentum et bene pacatum tenuit et reputavit et sic
contentus de ipsis quingentis florenis eosdem magistros Mordecays et
Salamonem patrem et filium et quemlibei ipsorum ibidem présentes,
etc. quittavït etc., cum pacto de non ullerius petendo, etc. Pro qui-
busquidem quingentis florenis eidern Belestre vel -suis liberis legiti-
mis ex ea procreandis et de legitimo matrimouio et pariter ipsis ma-
gistro Mordecays et magistro Salamoni patri et filio et suis, modo et
forma in predicto pacto contentis fore salvis, solvendis, reddendis et
restituendis, in omni loco restitutionis sive repetitionis eorum et pro
omnibus expensis dampnis et interesse, etc. obligavit dictus Ysocus
Nathani perse et suos omnia bona sua presentia et futura sub vici-
bus curiarum spiritualis et temporalis Arelatis et civitatis Avi-
nionis, camere rationum aquensis et omnium aliarum curiarum
spintalium et temporalium in comitatu Provincie et Forcalquerii ac
Venayssini constitutarum et cujuslibat ipsarum. Renuntiavit, etc.
Juravit, etc.
De quibus quelibet pars petiit instrumentum et quod possit dic-
tari etc.
Actum Arelate in hospitio dicti Ysaqui Nathani, testibus presenti-
T. XLVIII, n° 9S. 5
HEVUK hKS I IVKS
bus Juhano Domini, mercatore, Moriono (?) Magislri, burgense de
A relaie el me çUclo do ta ri o.
[Bn note : Dictatum est alibi ad plénum in plenario ejusdem notarii
Cave quam dictus magister Salomou habuit copiam présent is note
tabelliouatam ad plénum 1 .
X.
Iii6, 26 décembre. — Fixation de Vassiette des contributions payées
par les communautés j aires de Provence.
(Etude de M 1 Marlin-Raget. Reg. G. Raymundi. 4446, fol. 23 v°-26 v°.)
Transbactio pro universitatibus Judeorum Provincie et Forcal-
querii et terrarum eis adacentium (sic)-
In nomine Domini amen. Anno incarnacionis ejusdem millesimo
quadnngentesimo quadragesimo sexto et die lune intitulata vice-
sima sexta mensis dee.embris, régnante serenissimo principe et do-
mino nostro domino Renato, Dei gratia regnorum Jherusalem et
Sicilie rege, ducatuum Andegavie, Barri et Lothorongie duce, comi-
tatuumque Provincicet Forcalquerii ac Pedemontis comité et urbis
Arelatis domino existente, Noverint universi présentes pariter
quam futuri quod, cum, ut dieitur, ad causam contributiouis freude
per Judeos sive universitates Judeorum dictorum comitatuum Pro-
vincie et Forcalquerii et terrarum eis adjacentium de et super one-
ribus ordinariis et extraordinariis dictis universitatibus Judeorum
incombentibus, a die vicesima octava mensis novembris proxime
preteriti citra, qua die, ut fertur, quedam transhactio et couventio
inter ipsos Judeos sive per Judeos destiuatos ad hoc per dictas om-
nes universitates Judeorum in loco de Urgone facta super dicta con-
tributione ad quatuor anuos inspirata extitit, destinati fuerunt ad
presentem civitatem Arelatis ad videndum jurare et anatema (quod
Judei appellant herem asulran*) per Judeos Arelatenses utriusque
sexus de bene et fideliter bona sua revelando et notifficando et sua
manifesta de eorum bonis omnibus, dolo et fraude cessantibus, fa-
ciendo prout acthenus in similibus siut assueti, et in vim sententie
late per dicluni dominum nostrum regem ad causam ipsius coutri-
butionis in civitate Massilie et executorie ipsius sententie ex inde
sequte, pro universitate Judeorum aquensium, Durantus Cohen,
Astrugius de Latis et Vitalis Avicdor, Judei dicie civitatis aquensis,
pro universitate Judeorum castrorum Provincie et Forcalquerii,
Bonjuhes Passapayre, Judeus de Pertusio, et magister Astrugius
Abraam, Judeus medicus phisicus de Saucto Maximiiio, pro univer-
sitate Judeorum Massilie, magister Bonjuhes Cohen, Judeus phisicus
1 Vov. pour cet acte Rente, XLVII, p. 235-23S.
1 yâm ûin.
DOCUMENTS RELATIFS AUX JUIFS D'ARLES 67
medicus, et pro universitate Judeorum ville Tharasconis, magister
Thauros Natan, Judeus medicus dicte ville Tharasconis, sic et taliter
quod, presentibus ipsis Judeis ad hoc mandatis per ipsas uuiversi-
tates Judeorum Proviucie et Forcalquerii, Judei omues preseutis ci-
vitatis Arelatis utriusque sexus de bene et fideliter bona sua reve-
landoet notifficando juraverunt et dictum auatema excultaverunt ut
ferlur. Unde, cum ad causam premissam quam plura jurgia et ver-
balia débita atque lites inter ipsos Judeos, ut dixerunt, orta et orte
fuerunt dubitatique majores et majora oriri et suscitari considèrent
Judei ipsi quod si ad actum ipsum per dictas universitates Judeorum
Provincie et Forcalquerii et terrarum eis adjacentium procederetur
quod quam plures'%xpensas, in examinari faciendo manifesla ipsa,
universitates ipse incurrerint, quibus totis eorum conatibus oviare
volunt et inteudunt , prout Judei supranorninati et infrascripti
ibidem dixerunt et affirmant verum fore in presentia mei notarii et
testium subscriptorum. Hinc igitur fuit et est quod anno, die et
régnante supra in presentis publici instrumenti exordio annotatis
et descriptis, congregatis in unum pro actu hujusmodi Arelate in.
domo scole sive sinagoge Judeorum Arelatensium, Isaac Bendicb,
Mosse Orgerii combaylonis, Isaac Nataûi, magistro Vidas Ferrerii
medico phisico, Bonjuhes Garcassonii, Grescas Galii et Astrugio de
Mairuelis, Judeis consiliariis universitatis Judeorum Arelatensium,
Duranto Gohen et Astrugio de Latis, Judeis Aquensibus, pro univer-
sitate Judeorum dicte civitatis Aquensis, Astrugio Abraam de Sancto
Maximino, pro universitate Judeorum castrorum Provincie et Forcal-
querii mandatis, et magistro Tauros Natani pro universitate Judeo-
rum ville Tharasconis destinato et magistro Bonjuhes Gohen, Judeo
phisico, pro universitate Judeorum Massilie pariter ad actum hujus-
modi maudato, diceutibus omnibus dictis Judeis sic pro hujusmodi
actu faciendo ad presentem civilatem Arelatis destinatis per dictas
eorum universitates habere potestatem legitimam a prefatis eorum
universitatibus ad infrascripta peragenda ; et sic ipsi, inquam, Duran-
tus Gohen, Astrugius de Latis, Judei de Aquis, Bonjuhes Passapayre
et magister Astrugius Abraam, magister Tauros Natan et magister
Bonjuhes Gohen, omnes simul nominibus eorum propriis ac vice et
nomine dictarum suarum universitatum Judeorum, prout ad unam-
quamque spectare potest et poterit, per quas universitates prout ad
eam quamiibet spectat et spectare poterit promiserunt de rato et
presentem coutractum ratifficari et approbari in débita forma fa-
ciendo hinc et per totum mensem januarii proxime futurum et in
casu denegationis de ratifficando fiende per dictas eorum universi-
tates promiserunt dicti supranorninati Durantus Gohen, Astrugius
de Latis, Bonjuhes Passapayre, magister Astrugius Abraam, ma-
gister Tauros Natan et magister Bonjuhes Gohen prout ad unam-
quamque universilatem predictarum Judeorum spectare potest at-
que tangit et tangere poterit, porciones pecuniarum de quibus infra
tiet mentio et omnia alia infra deliberanda et specifficanda quantum
REVUE DES ETUDES JUIVES
quamlibet ipsarum universitatum concernit et eoneeruere poterit, de
eorum proprio solvere et de oniuibus dam pois, sumptibus intéresse
et ex peu si a quas et que culpa uuivetsitatis seu universitatum que
actura hujusinodi ralifÛcare el omnia in eo contenta adimplere et
observare recusaret sive recusarenl per aliquain aliarum universi-
tatum pati et incurreri (sic) posset jure stare et eas seu ea reddere
et restituere.
Et sic omnes dicti Judei Arelateuses et alii supra nominati sub no-
miuibus eorum propriis ac vice et nomine dict.arum universitatum
Judeorum et siugularium personarura ejusdem [sic), volentes ut
dixerunt expensas quas et que ineurrereut sive substinerent aut in-
curri et substiuere possent in complendo et adimplendo actum per
eos jam inceptum in preseuti civitate Arelatis et iu examiuari fa-
cieudo manifesta ipsa, quod minime fieri posset sine magnis sutrïp-
tibus et expensis.obviare et jurgia atque debata et lites que premis-
sorum pretextu inter eos suscitari et oriri possent totaliter sopire et
dirimere, ut dixerunt, pro bono et utilitate universitatum ipsarum,
de et super contributione per dictas universitates Judeorum Provin-
cie et Forcalquerii ac terrarum eis adjacentium in omnibus oneribus
ordinariis et extraordinariis, que eisdem universitatibus supervenire
poterunt a die vicesima octava mensis novembris proxime lapsi, qua
die, prout supra prenarratur, transhactio et convencio inter easdem
universitates Judeorum inhita atque facta in loco de Urgoue extitit,
ad quatuor aunes inspirata fuit [sic), in duos annos ab ipsa die vice-
sima octava dicti mensis novembris proxime preteriti in antea compu-
tandos, et non ultra, ac lilibus et debalis que ad causam premissam
oriri et suscitari passent inter dictas universitates, Judei memorati
omnes quibus supra nominibus, gratis, scienter, eorum bona fide
omnibusque vi, dolo, metu et fraude cessantibus et penitus rejectis
ac procul pulsis per se et suos heredes et successores quoscumque
per mutuam et validam stipulatiouem inter eos intervenientem
transbigeruût, pepigerunt et convenerunt ac pacta et conventiones
infra scriptas et infrascripta fecerunt in modum et formam inferius
descriptas.
Primo namque transhigerunt et convenerunt dicti Judei omnes
supra nominati quibus supia nominibus, per mutuam et validam
stipulatiouem inter eos intervenientem, quod quelibet universita-
tum Judeorum Provincieet Forcalquerii ac lerrarum eis adjacentium
in pencionibus quas universitates singule ipse singulis anuis solvere
sunt assuete in festo sancti Johannis Baptiste dicto serenissimo do-
mino nostro régi et domino Judeorum conservatori pro suis gagiis,
dictis duobus annis durantibus inceptis jam dicta vicesima octava
meusis novembris proxime lapsi, quolibet anno solvat ac contribuât
ac solvere et contribuere tenebitur in hune qui sequitur modum :
Primo universitas Judeorum aquensis solvet et contribuet sive
solvere et contribuere lencbitur quolibet anno ipsis duobus anuis
durantibus in dicta pencioue regia sexcentos et quiudeeim tlorenos
DOCUMENTS RELATIFS AUX JUIFS D^ARLFS 69
currentes in presenli patria Proviucie et Forcalquerii, inclusis cen-
tuui florenis quos ipsa universitas Judeorum aquensis solvere est as-
sueta domiuabusmoQialibus civitatis Massilie,et in pencione domini
conservatoris Judeorum centum et viginti quinque florenos.
Item Judei castrorum Provincie et Forcalquerii solvent sive contri-
buent ac solvere et contribuere tenebuntur quolibet anno ipsis duobus
annis durantibus in peucione regia sexcentos quinquaginta quinque
florenos prefate monete et in pencione dicti eorum domini conserva-
toris centum et viginti quinque florenos; et sic sunt in universo
septingenti et octoginta floreni.
Item Judei Arelaiis solvent sive contribuent ac solvere et contri-
buere tenebuntur quolibet anno, durante dictorum annorum duorum
tempore, in dicta pencione regia quadringenta septuaginta florenos
prefate monete et in pencione domini eorum conservatoris centum
florenos : et sic sunt in universo quingenti et septuaginta floreni.
Item Judei dicte ville Tharasconis solvent sive contribuent ac sol-
vere et contribuere tenebuntur quolibet anno, ipsis duobus annis
durantibus, in pencione predicta regia ducentos et septuaginta flo-
renos prefate monete et in pencione domini eorum conservatoris
quinquaginta florenos: et sic sunt tricenti et viginti floreni.
Item Judei Massilie solvent sive contribuent ac solvere et contri-
buée tenebuntur quolibet anno, ipsis duobus annis durantibus, in
dicta pencione regia centum florenos predicto monete et in pencione
domini eorum conservatoris quinquaginta florenos, et sic sunt in
universo centum et quinquaginta floreni. Et magister Grescas Natani,
filius dicii Isaac Natani, qui denuo se habilavit in dicta civitate Mas-
silie, solvet sive contribuer, ac solvere et contribuere tenebitur in
dicta pencione regia quolibet anno dictorum duorum annorum vi-
genti florenos prefate monete.
Item et Judei ville Sallonis, arelatensis diocesis, solvent sive con-
tribuent ac solvere et contribuere tenebuntur quolibet anno dictorum
duorum annorum in dicta pencione regia centum et triginta quinque
florenos et in pencione dicti domini conservatoris quinquaginta flore-
nos: et sic sunt in universo centum et octuaginta quinque floreni.
Item plus transhigerunt, pepigerunt et convenerunt dicte partes
quibus supra nominibus inter se vicissim stipulantes quod omnia
onera regia extraordinaria que darentur dicto domino nostro régi
sive supportarentur infra dictorum duorum annorum tempus per
Judeos dictarum universitatum de consensu et beneplacilo ac volun-
tate omnium dictarum universitatum Judeorum solvantur et contri-
buantur per omnes dictas universitates juxta ratas et porciones
quibus solvuntur onera ordinaria sive penciones regia et domini
eorumdem conservatoris superius declarate.
Item plus transhigerunt et convenerunt dicte partes, quibus supra
nominibus vicissim stipulantes, quod, finitis dictis duobus annis
quibus presens convencio durare habet, omnia manifesta omnium
Judeorum Provincie et Forcalquerii et terrarum eis adjacentium
70 REVUE DIS l NJDES JUIVES
utriusque sexus renovenlur juxta modum et formam contentos iu
dicta senteutia per dictum domioum nostrum regem in ciYitate Mas-
silie ad causam ipsarum contributionem lata et Inexeçutoria ipsius
sentenlie exind« per dictum dominum nostrum regem super hujus-
modi aegocio concessa et fleri ordinata.
Et iu casu in quem quodJudei ipsi ad hoc faciendum coutradice-
renl eut alias debata aliqûa in hoc faciendo inter eos orirentur ob
quod D«gotiiim Ipsum, sive revocatio ipsorum manifestorum non
sortirètur sùum debitum effectum, sive alias in hoc faciendo essent
Judeiipsi négligentes seu remissi, quod penciones re^ia et domiui
eoruindeni Judeorum couservatoris et alia quecumque onera, douée
manifesta ipaa sive revocatio ipsorum facta fuerint et suum debitum
soriiverint effectum, solvantur et contribuanlur per omnes universi-
tates Judeorum predictorum juxta modum et formam qu.bus solve-
bautur et contnbuebantur per ipsas universitates Judeorum in vi
transhactionis inhite et facte inter eos iu dicto loco de Urgone, ad-
juncta tamen uuiversituti Judeorum caslrorum Provincie et Forcal-
querii porcione in qua protunc fuerat taxatus magister Abraam
Salamonis, Judeus medicusde Saucto Maximino.
Item plus transhigerunl et convenerunt dicte parles quibus supra
nominibus inter se vicissim stipulantes quod omnes- expeuse et
ambaxiate que fièrent infra dictum duorum annorum terminum, ad
causam onerum universalium que occurri poterunl dictis universi-
tatibus Judeorum infra dictum terminum duorum annorum, man-
dato dicti domiui nostri régis seu maudamento senescalli aut domini
ipsorum Judeorum couservatoris sive magne régie Provincie curie
solvantur inter omnes dictas universitates Judeorum et .îontribuantur
sive supporlentur juxta porciones superius declaratas et distinctas.
Item plus transhigerunl et convenerunt dicte parles quibus supra
nomiuibus inter se vicissim stipulantes quod, non obstante qua-
cumque dimunicione sive augmente-, que seu quod eveniret seu
eveniri posset dictis universi ta tibus Judeorum aut alicui ipsarum ex
quavïs racione seu causa, dicta contribucio inter ipsas universitates
liât et iieri debeat ipsis duobus annis durantibus juxta modum et for-
mam supra déclarâtes, ita et taliter quod nullo modo possit contra-
venire quavis racione seu causa, sed penitus contribucio ipsa obser-
vetur et hoc sub pena centum marcharum argenti fini pro medielate
applicanda dicto domino nostro régi et alia medietate aliis universi-
tatibus que contra dictam contribucionem minime venient, sed eam
observare et adimplere contetabuntur atque observabunt et adimple-
bunt : cui quidem pêne prefati Judei omnes quibus supra nomiuibus
gratis et sponle se et dictas universitates submiserunt, cujus pêne
medietatem aplicari voluerunt dicto serenissimo domino reçi et aliam
medietatem parti obedienti et non contra dictum ultimum pactum
venienti, meque notario inferius nominato ut commuai et publica
persona stipulante et solutionem recipienle pro dicto domino nostro
régi et omnibus aliis quorum interest et interesse poterit infuturum.
DOCUMENTS RELATIFS AUX JUIFS D'ARLES 71
Qua peua semel et pluries commissa et exacta, nichilominus tamea
voluerunt et concesserunt dicte partes quibus supra nominibus diclum
supra ultimum pactum in ej us robore, efficacilate (?) et virtate, ipsis
duobus annis durantibus, restare et permanere, et penam ipsam,
quotiens commissa extiterit, exigi et levare posse more fiscalium
debitorum.
Quibus omnibus et singulis supra dictis pactis et conventis, pre-
fate partes quibus supra nominibus habuerunt omnia et singula
supra et infra scripta rata et grata: et ea omnia universa et singula,
quantum ipsarum quamlibet dictarum universitatum tangit et con-
cernit ac tangere et concernere poterit, ratiffieaverunt, approbave-
runt et confirmaverunt sibi adinvicem stipulantes et solemniter reci-
pientes; et porciones superius declaratas et distinctas promiserunt
et solemniter convenerunt dicte partes, quibus supra nominibus,
quanto ad ipsarum quamlibet dictarum universitatum spectat et
spectare poterit, solvere, tradere et deliberare in pace et sine ques-
tione et de porcione ipsarum quamlibet universitatum Judeorum
tangente et concernente tam de dictis oneribus ordinariis et extraor-
dinàriis et omnibus superius distinctis et declaratis, una aliam et e
converso preservare et custodire penitus et omnino indempnem et
singulas personas earumdum universitatem et bona sua presencia et
futura indempnes et indempna.
Quodque si contiugeret alteram ipsarum universitatum sive perso-
nas singulares earumdem deffectu, culpa et negligencia aliarum uni-
versitatum seu alterius earumdem in non adimplendo, complendo et
observando omnia superius declarata, specifficata et distincta,
dampna aliqua disturbia interesse et expensas pâli, incurrere et
substinere eundo, reddeundo in judicio sive extra judicium stando,
nuncium seu nuncios mictendo, notariis advocatis et procuratoribus
scripturas et patrocinia solvendo, illas omnes expensas atque sump-
tus et omnia illa darr.pna, disturbia et interesse reddere et per
integrum restituere et rassarare promiserunt dicti omues Judei,
quibus supra nominibus sibi adinvicem stipulantes et recipientes,
super illis dampnis, sumptibus, disturbiis interesse et expensis
stare, parère, credere etobedire soli verbo simplici illius seu illarum
universitatis seu universitatum que culpa alterius earumdem
dampna ipsa interesse, disturbia etexpensa pateretur, substineret et
incurreret sive paterentur, substinerent et incurrerent, seu persona-
rum singularum ejusdem seu earumdem, absque juramento aiiquo,
testium probacione aut judicio seu prêtons alicujus taxacione, qui-
bus specialiter et expresse in hac parte eedem partes quibus supra
nominibus renunciaverunt, quod verbum simplex pro vera et légi-
tima probacione ac sententia diffinitiva que in rem transiverit
judicatam, nulla appellacione suspensa, hic babere voluerunt partes
prefate quibus supra nominibus pariter et tenere.
Pro quibus omnibus universis et singulis supra et infra scriptis
tenendis, servaûdis, attendendis et complendis ac inviolabiliter cum
-■2 REVUE DES KTi HES JUIVES
effectu et sine delTectu observandis et adimplendis, et pro omni et
intégra restitucione omnium dampnorum disturbiorum interesse
sumptorum et expensarum, dicti omnes Judei tam de Arelate quam
alii supra nominali aliarum uuiversitatum, quibus supra nominibus,
persouas suas proprias et singularum personarum earumdem uuiver-
sitatum eorumque et cujuslibet ipsorum propria dictarumque uni-
versitatum et siugularum personarum earumdem et cujuslibet earum
bona omnia mobilia et immobilia, jura et nomina preseucia pariter et
futura, quantum ipsorum quemlibet coucernit et eoncernere poterit
in futurum, sibi adinvicem stipulantes, obligaverunt, yppotecaverunt
et submiserunt sub vicibus, carceribus, detencionibus, compulso-
ribus et cohercicionibus ac meris examinibus et ceusuris curiarum
spiritualis et temporalis Arelatis, camere racionum Aquensis, parvi
sigilli Monspelliensis, couventionum regiarum Nemausensis, curie
camere domini nostri pape, ejus auditoriset vice-auditoris et romane
curie marescalli novi et autiqui statutorum Massilie, curie Castelleti
Parisius (sic) et omnium aliarum curiarum spiritualium et tempora-
lium ubilibet constitutarum in qua seu quibus et coram quo seu
quibus hoc presens publicum instrumentum pro parte alicujus
dictarum uuiversitatum seu singularum personarum earumdem
exhiberi seu etiam produci contingent per quasquidem curias et
quamlibet ipsarum ac dominos vicarios, judices présidentes bajulos
et ministerios earumdem et cujuslibet earumdem voluerunt et
concesserunt dicti omnes Judei quibus supra nominibus prout ad
uuamquamque dictarum universitatum spectare pot j st et poterat
usque ad efncacem observanciam omnium universorum et singulo-
rum supra et infra scriptorum et in hoc presentipublico instrumento
contentorum se ipsos dictasque universitates et persouas singulas
esrumdemsuosque heredes et successores et bona, res et jura suas
et sua posse et debere moneri, citari, arrestari, capi, detineri
incarcerari et per quecumque alia juris remédia realiter et persona-
liter conveniri, non obstantibus quibuscumque litteris, privilegiis,
graciis, cedulis seu rescriptis eisdem universitatibus aut earumdem
alteri concessis et concedendis, impetratisque aut impetrandis sub
quacumque gracia prerogativa ac verborum spe sive forma quibus
litteris, graciis, cedulis seu rescriptis et earum efficacie seu vigori
renunciaverunt per expressum dicti Judei quibus supra nominibus,
ita videlicet quod una electa curia seu suo electo, judice et processu
incohato seu execucione jam fieri cepta, nichilominus tamen eis
missis (?) ad aliam curiam seu alium judicem liceat et licitum sit
dictis universitatibus et earum cuilibet pro observacione omnium
contentorum in hoc presenti publico instrumento habere regressum
pro libito voluntatis nullum sibi aut suis propler electionem hujus-
modi prejudicium generandum.
Et renuntiaverunt dicti Judei'
1 Suit la série des clauses ordinaires de renonciation.
DOCUMENTS RELATIFS AUX JUIFS D'ARLES 73
Et ita vera esse eaque omnia universa et singula, quantum ipsa-
rum quamlibet universitatem tangit et concernit ac lange^e et
concernere poterit in futurum tenere, servare, attendere etcomplere
contraque non facere, dicere aut venire promiserunt dicti Judei omnes
quibus supra nominibus sibi adinvicera stipulantes, et promittendo
ad et super sanctam legein Moysi, t?ictis scripturis ebraycis eorum
raanibus dextris, gratis et sponte dicti Judei quibus supra nominibus
juraveruut et ipsorum quilibet juravit. De quibus omnibus et
singulis premissis prenominati Judei omnes quibus supra nominibus
petierunt sibi et dictis eorum universitatibus ac sibi adinvicem
concesserunt unum et plura publicum et publica per me infrascrip-
tum notarium instrumentum et instrumenta fieri dictandum et dic-
tauda consilio et dictamine unius seu plurium in jure sapientium
facti tamen substancia in aliquo non mutata.
Acla fuere hec Arelate ubi supra, videlicet infra domum scole sive
sinagoge Judeorum Arelatensium, presentibus ibidem providis viris
magistro Johanne Fabri, notario, cive Arelatense, Petro Arpilhe,
mercatore, nobili Authonio Ayguirandi et Johanne Gondardi, can-
delerio Arelatense, testibus ad premissa vocatis specialiter et rogatis
et me Guillelmo Raymundi de Arelate, notario, publico regia aucto-
ritate constituto, qui premissa requisitus in notam sumpsi, etc.
(En note:) Extractum est instrumentum pro parte dicti Bonjuhes
Passapayre.
Extractum est iterato instrumentum pro dicto Passapayre vigore
precepti michi facti per curiam regiam Arelatensem anno M II II e XL1X
et de mense maii pênes magistrum Johannem M. . . *.
XI.
1446. 26 décembre. — Quittance donnée par Durant Cohen, Juif d'Aix,
à maUre Abraham Salamon, de sa contribution à la taxe générale
des Juifs de Provence.
(Elude de M Martin-Raget. Reg. G. Raymundi, 1446, fol. 26 v° 27 v°)
Licencia et auctoritas cancellandi quamdam notam pro magistro
Abraham Salamonis, medico de Sancto Maximino.
In nomine Domini amen. Anno incarnacionis ejusdem millesimo
quadringentesimo quadragesimo sexto et die vicesima sexta mensis
decembris, régnante etc., noverint universti présentes pariter quam
futuri, quod cum, ut dicitur, ai causam contributionis, quam
ma^ister Abraham Salamonis, judeus medicus physicus de Sancto
Maximino, facit et facere teneatur pro quatuor annis finitis die
vicisima octava mensis novembris proximi preteriti in pencionibus
1 Voyez pour cet acte Revue, XLVII, p. 230-232.
M REVUE DES KïThKS jqiVES
quasJudei omnes Provincje el Forealquerii el terrarum eis adjacen-
ti u m so v.-fv el servire singulis annis in festo Bancti Johannta Baptiste
,l;,-: " sereniss mo domino nostro régi el domino eorumdem Judeorum
consenratorl sunt assueti, ipse magister Abraham Salamonis soWere
et contribuera promiserit pro porlione eum concernente de dictis
pencionibus regia el domini eorum eonservàlorls quolibet anuo ipsis
quatuor annis durantibus et convtuerit dare aliis uuiversitaiibus
Judeorum Provincie et Porealquerii summam videlicet ducentorum
trigintû quiaque norenonnn monete currentis in preseute patria
Provincie et ad ilosducentos trigenta quinque Qorènos ipsis quatuo*
annis durantibus quolibet anuo solvendum, tradendum et deliberan-
dum se obligaverit el submiserit, quod adraodum de premissis dicitur
conptare instrumenta publico in notamsumpto per nobilem virum ma-
gistrum Michielem Mataroni, regium secretarium civitatis Aquensis,
sub anuo et die in eodein contentis, hiuc igitur fait et est quod anno,
die et régnante supra in presentis publiée instrument exordio anno-
tatis et descriptis, Isaac Natani, Judeus Arelatensis, pro uuiversitale
Judeorum ipsius civitatis Arelalis, Bonjuhes Passapayre, Judeus
de Pertusio, pro universitate Judeorum eastrorum Provincie et
Forcalquerii, Astrugius de Latis et Vitalis Avicdor, Judei Aqueu-
ses, pro universitate Judeorum Aquensium, magister Bonjuhes
Cohen, Judeus medicus de Massilie, pro universitate Judeorum
Massilie, Abraham Bonafï'os de Lilla et Melos Dieulosal, Judei
ville Sallonis, Arelatensis diocesis, pro universitate Judeorum
Sallonis et magister Tauros Natani,' Judeus medicus ville Tharas-
conis, pro universitate Judeorum Tharasconis, et sic omnes dicti .
Judei sub nomine et vice dictarum uuiversitatum gratis, scienter,
eorum bona fide, omnibusque vi, dolo ; metu et fraude cessantibus et
penitus rejectis, quantum ipsarum quamlibet uuiversitatum tangit
et concernit ac tangere, conernere poterit in iuturum, dederunt,
atribueruut et concesserunt licentiam et auctoritatem ac plénum et
legitimum posse specialeque et générale mandatum Duranto Cohen,
Judeo dicte civitatis aquensis ibidem presenti ac ipsum ad infra-
scnpta peragenda conslituerunt eorum et dictarum universitatum
procuratorem, actorem, taclorem et negociorum de quibus infra fiet
mensio gestorem, quod ipse Durantus vice et nomine dictarum
universitatum, et prout ad unamquamque ipsarum universitatum
spectat et spectare poterit, possit et valeat, constante tamen légitime
sibi dicto Duranto quod ipse magister Abraham Salamonis aut aller
ejus nomine exsolverit et deliberaverit domino Proviucie jzenerali
thesaurario aut alteri seu aliis ad quem seu quos peitiuet et spectat,
quolibet anno dictorum quatuor anuorum conleutorum in supra
meusionata nota sumpta per dictum magistrum Michielem Mataroni,
vice et nomine dictarum universitatum ducentos et triginta quinque
florenos ad cuusam premissam, ipsum magistrum Abraam Salamonis
et suos ac sua et suorum bona presentia et futura de coutento in
eadem nota, recuperalis tamen prius per eum cauthelis per eumdem
DOCUMENTS RELATIFS AUX JUIFS D'ARLES 75
magistrum Abraam ad causam solucionis prémisse obteotis et sibi
concessis, quittare, liberare ac penitus absolvere eum paeto sibi
faciendo reali et personali de aliqnid ulterius ratioue eontentorum in
eadem nota quantum concernit dictam eontributionem pro dictis
quatuor annis non petendo ipsamque notam seu instrumentum ex
ea in publicum redactum, si quod reddactum extitit, constante de
premissa solutione et habitis et recuperatis premissis cautlielis»
cancellari et aboleri, ipsarum universitatum nomine consentire et
fieri facere, earumdem universitatum aut alterius ipsarum absencia
in aliquo non obstante, promittentes dicti omnes Judei quibus supra
nomiuibus omnia universa et singula que per dictum Durantum in
premissis facta fuerunt habere rata et grata et ea ex nunc pro tune
et e converso ratifricaverunt et approbaverunt, ac pro quittato, can-
cellato et abotito habere voluerunt pariter et mandaverunt prout si
per omnes dictas universitates factum, quittatum, cancellatum et
abolitum extitisset et contra ea aut aliquid de contentis in eisdem
et in presenti publico instrumente declaratis et speciificatis nullo
unquam tempore venire promiserunt dicti omnes Judei, quibus,
supra nominibus, dicto magistro Abraam licet absenti, michique
notario publico infra scripto ut communi et publiée persone stipu-
lanti et solvi recipienli pro eodem magistro Abraam et suis here-
dibus et successoribus quibuscumque in fulurum, sub obligatione
omnium bonorum diciarum universitatum presentium etfuturorum,
cum et sub omni et qualicumque juris et facti renunciatione ad hec
necessana pariter et eau thele. De quibus omnibus et singulis premissis
dicti omnes supra nominati Judei petierunt et voluerunt et concesse-
runt prefato magistro Abraham licet absenti per me infrascriptum
notarium presens fieri instrumentum.
Actum fuit hoc Arelate in studio dicti Isaac Nathani, presentibus
ibidem Petro Jaquini, ripayrerio, et Petro Raymundi, iaboratore,
civibus Arelatensibus, testibus ad premissa vocatis specialiter et
rogatis et me Guilhelmo Raymundi de Arelate notario publico, etc. 1 .
XII.
4451-1452. 31 janvier. — Vente faite par Astruge et Blanquette, fille et
petite- fille de feu maître Cressent Tefillos, à Duranton Dieulosal
de Beaucaire, Juif d'Arles, de trois places situées dans la synagogue.
(Etude de M 6 Martin-Raget. Reg. B. Pangonis, 1451, fol. 4 46 v°)
Emptio trium locorum in scola Judeorum Arelatensium scitua-
torum pro Durantono Dieulosal de Bellicadro.
Anno quo supra [1451] et die ultima mensis januario. Noverint
1 Voyez pour cet acte Revue, XLVII, p. 232.
' ChateaurenaH-Provence, chef-lieu de canton; arr. d'Arles.
REVUE DES lïTDKS JUIVES
universi. etc., quod Astrugia filia magislri Creyssentis Teffitlos, .lu ici
qucndam phiZici etcyrurgici, babitatorisCastn Havnardi 8 .tam nomine
ï^iio proprio quam tutorio nomine liberorum suorum et Bonmaqueli
Cresque B >nfiili. Judei olim sui mariti condam, qui Bonmaquetus
Quper ad (idem catholicam se convertit et uunc vocalur Robertus
Francise!, per quos liberos suos promisit dicta Astrugia hujusmodi
contractum facere ratifticare quando erunt etatis légitime, neenon et
Blanqueta ejus filia, ambe insimul gratis et sponte, cum bona iide et
sine dolo, per se et suos etc., vendiderunt etc. Durantono Dieulosal
de Bellicadro, Judeo de Arelate, ibidem preseuti ementi pro se et suis,
videlicet tria loca que ipse, ut dixerunt, babueruut infra scolam
Judeorum de Arelate, videlicet duo in scola hominum desuper et
unam desublus in scola Judearum, que fuerunt Astrugii de Belli-
cadro condam Judei ; quorum duorum locorum qui surit in scola
Judeorum desuper unus ex ipsis locis confrontatur cum loco lumi-
uarie dicte scole et cum loco heredum Bonjues Carcassoni condam,
uno pilariot?) fuste in medio, alius locus est subtus predicaturium
ipsius scole vocatum ebrayee scacalh * et conïroutatur cum loco Boui
Senhor de la Voûta et cum loco beredum As'rugii de Marvejulis;
alius locus tercius qui est de subtus in scola Judearum confrontatur
cum loco Beudich de Pertusio Judei et cum loco Ysaqui Nathani.
Vendiderunt supradiete mater et filia, Judée, dicto Durantono pre-
seuti, etc. dicta tria earum loca precio uovem florenorum cum dimidio,
monete currentis in Arelate, quos a dicto Durantono confesserunt se
habuisse et realiter récépissé in sculis auri, parpalholis et liartis,
omni exceptioni etc. De quibus se contentas tenuerunt et quitta-
verunt etc. Pacta, etc. Si vero plus valent aut valere possent etc. De
quibus tribus locis dicte mater et filia nominibus predictis se devesti-
verunt et dictum Durantonum iuvestiverunt per tactum manum.
Promiserunt ambe simul et quelibetipsarum insolidum per se et suos
facere habere perpetuo, paciffice possidere, etc. et pro evictione etc.
Pro quibus attenendis etc., obligaverunt dicte mater et filia et
quelibet earum insolidum per se et suos omnia earum bona pre-
sentia et futura et aliorum liberorum ejusdem Astrugie; vicibus
curiarum régie et spiritualis arelatensium, Gamere compotorum
aqueusis et omnium aliarum curiarum in Provincia constituta-
rum et cuilibet ipsarum. Renuntiaverunt, etc. Juraverunt, etc. De
quibus, etc.
Actum Arelate in hospitio Mosse de Vilhanova, Judei, testibus
presentibus domino Pelro Liadose, presbitero, magistro Peronneto
Morelli, borrellerio, civibus et habitatoribus de Arelate, et me Ber-
uardo Paugonis notario, etc. 2 .
1 Ou seacaUi ; serait-ce b^î"l, héchal?
* Voyez pour cet acte Revue, XLV1I, p. 233, où il est indiqué par erreur comme
pièce n° VII.
DOCUMENTS RELATIFS AUX JUIFS D'AHLES
XIII.
1453-1454. 6 février. — Convention à l'occasion du mariage de Reine,
/itle de Durant Bonjuif de Beaucaire, et de Sullam, Maman, fils de
de Mosse Maruan d'Api.
(Etude de M<= Martin-Raget. Reg. Raymundi, 1453, fol. 120.)
Gonventio pro Duranto Dieulosal de Bellicadro, Judeo Arelatensi,
et Sullam filium magistri Mosse Maruaa Judei. la nomine Domini
amen. Anno incarnationis ejusdem millesimo quadringeutesimo
quinquagesimo tertio et die sexta mensis februarii, régnante, etc.
Noveriut uuiversi présentes pariter et futuri quod, cum dicitur in
instrumento dotis constitutionis per Bonjuhes Duranti de Belli-
cadro, Judeum Arelatensem, condam, filium Duranti Dieulosal de
Bellicadro, Judei Arelatensis, tempore inbiti (?) contracti matrimonii
inter Sullam Maruan filium magistri Mosse Maruan, Judei, medici
sirurgici, habitatoris civitatis de Apta ex una, et Reginam, filiam
dicti Bonjuhes de Bellicadro ex alia partibus, inter cetera contenta
in eodem instrumento in notam sumpto, ut in eo legitur, per ma-
gistrum Guillelmum Laurenlii notarium dicte civitatis de Apta sub
anno a nativitate Domini millesimo quadringentesimo quinquage-
simo secundo et die vicisima octava meusis martii conventum et de
paclo eiliterit inter ipsum Bonjuhes ex una et dictum Sullam ex alia
partibus, quod prefatus Bonjuhes tenebatur ipsos futuros conjuges
spatio decem annorum alimeutare in domo sua, super quo paclo et
diversis allis contentis in eodem instrumento verbalis aliercatio, ut
dicitur, et majo... sperabitur inter dictum Sullam ex una dicentem
et asserentem quod per illud verbum « alimentare » dictus Durantus
Dieulosal, pater prefati quondam Bonjuhes, et ad quem omnia
bona dicti Bonjuhes pertinent et pleno jure spectant, lenetur ipso
decem annorum tempore per Durantum ipsos fuluros conjuges nu-
trire cibo et potu ac vestire et calciare et eis providere in omnibus
eis necessariis, et ad quod faciendum petebat ipsum Durantum vigore
et efficacitale pacti predicti debere compelli; et dictum Durantum,
ex alia partibus, diceutentem et opponentem non teneri ad petila per
ipsum, ex eo quia intentio dicti sui filii condam non fuit illa, nec
intendebat teneri ad illud, nisi tamen et dumtaxat ad nutrimen-
tum eorum et puerperia supportanda, prout ipso vivente ita de-
claravit; dictoque Sullam ex adverso replicante ipsos Bonjuhes et
ipsum fuisse et esse intentionis, dum eorum contractum matrimo-
nium fecerunt, quod ipse Bonjuhes tenebatur ipsos conjuges alimen-
tare plenarie, prout lenetur in eodem instrumento; super quibus
inter partes predictas dubitabatur majores altercationes suscitari et
moveri, prout ibidem dicti Sullam et Durantus in presentia mei
> REVUE DES ÉTUDES JUIVES
Dotarii et testium subscriptorum ita dixerunt et asseruerunt verum
fore, hi ne i^iiur fuit et est quod, an no et die premissis, dicti Du-
raotua Dieulosal ex una et Sullam ex alla parlibus, volentes etaflec-
tantes de ei super hujusmo ii verbalibus altercationibus se pacifficare
et ad paeem et tranquilitatem devenire, habilaque considéra tio ne per
dictum Sullam, utdixit,ad mortem dicti sui soceri et ad facultatem
boQorum suorum que, prout veridice est in forma tua, pauea est, pro
maxime considéra tis etia m per eum oueribus carrerie judayee pré-
sentis civitatis Arelatis, omuibusque illis et diversis aliis conside-
ratis per eum de et super dictis verbalibus altercationibus, ac
deppendentiis, pendeutibus, cunjungendis (?) et counexibus ex
eisdem, dicte partes, ipse vero iuquam Sullam, eum licentia et
auctoritate prefati magistri Mosse ejus patris ibidem preseutis et
suas iiceuliam et auctoritatem paternales quoad omnia infrascripta
peragenda sibi dantis, prebeutis et coDcedentis, quod idem magister
Mosse ita dixit et asseruit ibidem in presentia mei nolarii et testium
infrascriptorum certum (?) et verum fore, et sic partes ipse, videlicet
dictus Durantus ex una, et preuominati conjuges, partibus ex altéra,
gratis... eorum et cujuslibet ipsorum boua fide, per se et suos
heredes et imposterum successores quoscumque, per mutuam stipu-
lationem inter eos interveuientem, dictum veibum « alimentare »
contentum et declaratum in superius mentionato instrumento penilus
anullaudo et cassando super il lo noviter convenerunt, accordaverunt
et pacti sunt in hune qui sequitur modum.
Et primo transhigerunt, convenerunt, accordaverunt et pacti sunt
dicti Durantus et Sulla inter se vicissim et adinvicem stipulantes
quod dictus Durantus Dieulosal tenebitur prout per se et suos quos-
cumque facere promisit et solvi convenit, dictos Sullam et Reginam
futuros conjuges suis dicti Duranti et suorum propriis sumptibus
et expensis, spatio decem annorum a die qua celebrabitur dictum
matrimonium juxta ritum Judeorum in autea computandorum et
sequentium in presenti civitate Arelatis et in domo sua quantum se
b:ne gerebunt, simul-sanos et iufirmos, cibo et potu alere atque
nutrire et puerperia sive jassinas ', si que in ipso tempore eis super-
veniant, suis dicti Duranti suorum sumptibus et expensis facere et
substinere.
Item plus fuit de pacto inter dictas partes habito et couvento,
valida et mutua stipulatione inter eos interveniente, quod si dicti
iuluri conjuges non se bene gérèrent eum dicto Duranto et aliis
personis de domo ipsius Duranti, Durantus prefatus in presenti
civitate Arelatis tenebituret sui teuebuutur, usque ad supplementum
temporis ipsorum decem annorum quod protunedefuerit, dictis Sulla-
nam et Régine providere de una domo vietuque atque potu in sauitate
et infirmiiate et eis prov.dere de frodio 1 et utensilibus domus et
» = Gésine.
* = « Supellex quidquid in re doiûestica necesfarium est - Du Cu: ..
DOCUMENTS RELATIFS AUX JUIFS D'ARLtS 79
jassinas facere, ad dictum et cugoitionem duorum amicorum a par-
tibus ipsis tune eligendorum; que frodium et utensilia inventari-
sentur et inventariseri iater eos debeaut, et in fine dictorum decem
annorum, prefatus Sullam tenebitur, prout et facere promisit, frodium
et utensilia predicta, modo et forma quibus protunc fuerunt, ipsi
Duranto sive suis reddere et restituere sine diffîcultate et conlradic-
tione quacumque.
Item ulterius fuit de pacto expresso habito et convento inter easdem,
valida et mutua stipulatione inter eos interveniente, quod si dictus
Sullam cum sua uxore, infra dictum terminum^, decem annorum,
extra presentem civitatem Arelatis recederet et slaret in loco in quo
se personaliter se cum dicta sua uxore transferet ultra unum annum
et expost vellet ad presentem civitatem Arelatis cum sua uxore
revenire promoram faciendo, Durantus prefatus non tenebitur neque
sui tenebuntur ad nutrimentum predictum : quin ymo adveniente
dicto casu, ipse Sullam sibi ipsi et sue uxori de viciuaiibus et aliis
sibi necessariis provideat et providere debeat; verum solum si non
staret per unum annum ex tune, Durantus prefatus et sui tenebitur
et tenebuntur, prout supra, usque ad complementum dictorum decem
annorum, dictis conjugibus providere in victu et potu, frodio et
utensilibus modo ei forma predeclaratis.
Item plus fuit de pacto inter partes prefatas, valida et mutua sti-
pulatione inter eos interveniente, quod omnia lucra que ipsi conjuges
quoquo modo facient infra dictum decem annorum tempus pertineant
et spectent ac pleno jure pertinere et spectare debeant ad eumdem
Sullam, et quod dictus Sullam teneatur et debeat, prout et facere pro-
misit et solvere convenit, omnia onera que tam ad causam certe sue
dotis, quam ad causam horum que conjuges ipsi lucrabuntur, dicto
durante tempore deberi etsolvi potuerint et debebunt carrerie judayee
presentis civitatis Arelatis, solvere et deliberare et de oneribus ipsis
dictum Durantum et suos quittos tenere.
Item ulterius fuit de pacto expresso babito et convento inter dictas
partes, valida et mutua stipulatione inter eos interveniente, quod
dictus Sullam restitutionem nutrimenii predicti fiendi per eumdem .
Durantum sive suos, ipso durante decem annorum tempore, minime
ullo unquam tempore teneatur, nec sui teneantur.
Item fuit aotum et in pactum deductum, valida et mutua stipulatione
inter eos interveniente, corroboratum et conrlrmatum quod dicta
Regina, donec fuerit etatis viginti annorum, minime compelli possit
aut valeat per dictum Sullam aut aliam quamvis personam, ejusdem
Sullam seu suorum nomine, ad disponendum etordinandum testando
vel aliter disponendo de dote sua predicta sine scitu, beneplacito et
voluntate dicti Duranti seu suorum.
Quibus sic pactis et in eorum robore, viribuset virtute permansu-
ris, prefate partes, videlicet dictus Durantus ex una et Sullam ex alia
partibus, quathenus ad ipsarum quamlibet spectat et spectare potest
et poterit in futurum, habuerunt et habere voluerunt omnia supe-
80 HE VUE DES ETUDES JU1\ ES
rius declarata, specifficata et disticta, rata, grata et firme et contra ea
aut aliquid de eontento in eisdem nullo uuquam teinpore venire,
dicere, proponere aut allegare sive dici, proponi aul allegari faceie
per se aut per aliquam aliam interpositem seu interpouemiam perso-
nem diiécte vel indirecte, quavis ratione seu causa, ex cogitata vel
ex cogiiende, scita vel iguorata, promiserunt parles ipse, qualhinus
ipsarum quamlibet coucernit et concernera pote rit infuturum, sibi
adinvicem stipulantes prout supra. Quod si lacèrent, seu altéra
ipsarum faceret, aut sui faeerent, et propterea aliqua diclarum par-
tium, culpa et de{£ectu alterius ipsorum seu suorum, iu judicio vel
extra, dampna aliqua, sumptus intéresse et expensa paterenlur et
substinereni, sive eoium aller pateretur et substineret, omnia i lia
dampna et omnes illas expensas sumptus et intéresse sibi adinvicem
reddere et reslituere pi omiserunt et solvere couveneruut ; et super iis
siare et tradere soli verbo simplici cujuslibet dictorum contiaheu-
tium seu suorum, absque jurameuto aliquo, testium probatioue, ju-
dicisque seu preioris taxatione et alia quavis probatioue remota,
quibus specialiter et expresse renunliaverunl dicte partes ; quod
verbum siraplex pro vera et légitima probatioue ac senlenlia det'fiui-
ti va que in rem transiverit judicalam, nulla appellatione suspensa,
hic babere voluerunl pariler et leneri.
Pru quibus omnibus universis et singulis supra et iufrascriptis
tenendis, servandis, attendeudis et complendis ac inviolabiliter ad
efleclum et sine delleclu perpeluo observaudis, prout ad unam-
quamque partium predictarum coucernit et concernere poterit infu-
turum, et pro omni et intégra restitutione omnium dampnorum,
intéresse et expensarum prefate parles sibi ad invieem stipulantes,
prout supra, omnia bona sua eorum et cujuslibet ipsorum preseulia
et l'unira, uua pênes altcram et altéra pênes aliam, stipulatione valida
ci mulua iuterveniente, obligaverunt.yppothecaverunt.supposueruut
et submiseiunt sub vicibus et compulsoribus curiarum spirilualis et
lemporalis presentis civitatis Arelatis, camere rationum civilatis
Aquensis et omnium aliarum curiarum ubibbet constitutarum, in
qua seu quibus hoc preseus pubicum iustiumentum exhiberi seu
etiam produci contingent, et in qua seu quibus una pars alteram,
pro observaiione omnium universorum et siugulorum in boc presenti
puidico instrumento contentorum, in bonis requireri (ïj et compelli
maluent ; ita videlicet quod una electa curia seu uno eleclo judice, et
processu inchoato aut exequtione jam fîeri ceita liteque contestata,
nichilominus. . . tanlum eis omissis liceat et licitum sit utrainque
diclarum partium usque ad efficassem observantiam omnium et siu-
gulorum in presenti publico instrumento contenloium, prout quam-
libet ipsarum partium contrahentium coucernit et concernere poterit,
habere regressum pro libito voluutalis nullumque sibi aut suis prop-
ter eleclionem hujusmodi prejudicia generando.
Et renuntiaverunl parles eedem in et super ptemissis omnibus,
certe, ut dixerunt, de juribus et renunciationibus infrascriptis,
DOCUMENTS RELATIFS AUX JUIFS D'ARLES 81
ornai exceptioni doli, mali, vis, metus et in factum, actioni et condi-
tion! indebiti sive eam ob causa m et ex injusta causa, petitioni et
oblatioui libelli transcripto hujus publici instrumenti et ejus note,
juris et facti iguorantie, omnibusque provocationis, appeilationis,
recursus remediis et auxiliis quibuscumque, exceptionique presentis
contracius nou sic celebraii et facti, et aliter fuisse quam dictum
scripium, t'eriis messium et venderniarium et omui alio feriaio tem-
pori, decera viginti dierum 1 et quatuor mensiutn, induciis et dilatio-
nibus alîis quibuscumque et juri dicenti quod ubi ceptum est judi-
cium ibidem fiuem recipere débet et quod una electa curia seu uno
eiecio judice ad aliam curiam seu alium judicem non posse habere
regressum, et non conventum coram suo judice competenti posse
forum declinare et ante litem coutestatam pendere, jurique dicenti
non posse propter rei vel persoue privilegium, et frangere quod est
aclum, et cunciis generaliter aliis juris, rationis et facti auxiliis. . .
et ista vera esse omnia, uuiversa et siugula lenere. . . coutraque non
facere, dicere vidération, ce qu'il doit en être de notre temps.
De la Madone d'Atoca et de ses trésors, il est dit que les Espagnols
ont compté qu'elle avait un million de ducats placé dans la Compa-
gnie des Indes.
Tel est le texte de ce fragment. On voit que Jona Râpa était
bien renseigné et qu'il nous donne du culte de la Vierge tout un
tableau dont n'avaient pas idée les savants auteurs chrétiens qui
écrivirent une douzaine d'ouvrages intitulés : Atlas de Marie
pour rendre compte de la grande diffusion du culte de Marie. Nous
allons maintenant traiter de chacune des statues de la Vierge dans
l'ordre où elles ont été citées par notre auteur :
1. a^prjtf est la célèbre église Nuesta Sefiora de Atocha à
Madrid, fondée en 1523, détruite en 1808 par les Français, re-
construite par Ferdinand VII. Elle doit sa sainteté à une jolie
légende 3 . 11 est important de noter que J. Râpa parle d'une statue
de la Vierge qui ne date que de 1523.
2. Almeida en Portugal est une forteresse célèbre faisant face à
TEspagne. Au sujet de la statue de la Vierge qui s'y trouve, je n'ai
pu rien découvrir dans les sources que j'ai à ma disposition. Ce-
pendant J. Râpa mérite pleine créance.
3. pTTJ doit se lire Tournon. On serait tenté, en raison du
contexte, d'adopter la leçon de la variante qui indiquerait Tar-
1 Râpa veut sans doute dire qu'on ne s'en sert point pour les ordalies.
a Les femmes chrétiennes ?
3 Publiée par H. Scherer, Atlas Marianus, Munich, 1672 (en latin, avec des cartes
géographiques et la reproduction des stalues de la Vierge en question), p. 18. Un
ouvrage plus ancien, celui de Gumpenberg, Atlas Marianus, Munich, 1672, ne m'a
pas été accessible, D'ailleurs, M. Scherer en a lait de bons extraits.
REVUE DES ÉTUDES JUIVES
ragona. Mai», outre qu'au rvi - siècle et en [talie, il n'\ avait pas
lieu de transcrire ainsi ce nom, la mention de la Bourgogne s'op-
pose à cette identification : pourquoi seraient-ce les Bourguignons
qui adoreraient la Madone de Tarragone? Il faut donc, supposer
(Hic fauteur a abandonné un instant la péninsule ibérique pour
passer en France. Il y a justement en ce pays plusieurs localités
du nom de Tournon. L'une d'elles, dans l'Ardèche, possédai! au
xvii siècle une statue de la Viorne célèbre. Malheureusement
Tournon, qui n'est pas loin de la Bourgogne, n'avait appartenu à
celte province que dans le haut moyen âge. Eu l'ace de ces dif-
ficultés, pour le moment insolubles, le mieux est de s'abstenir de
toute hypothèse.
4. Vich est une ville de la Catalogne. Elle est le siège d'un
év^ché et a une belle cathédrale. Sa statue de la Madone ne m'est
pas connue par d'autres documents.
5. Le palatinatde Sandomir. Il y avait des palatinatsen Pologne
comme en Hongrie; on désignait par là la plus haute dignité après
celle du Roi, tandis que notre auteur entend par le mot italien pa-
latinato une expression géographique, sans doute dans le sens
du mot slave voïwodie, car Sandomir est la capitale de la voï-
wodie de ce nom. On sait que maintenant le pays est sous la domi-
nation russe et que le district s'appelle gouvernement 1 . On ne
trouve aucune autre mention de la Madone de Sandomir, mais
nous pouvons croire, sur l'autorité de J. Râpa, qu'elle a existé de
son temps. Une autre statue célèbre en Pologne^ est celle de la
Vierge de la montagne de Jasnagora à Czenstochau 2 , qui, selon la
légende, a été peinte par saint Luc, honneur qui est partagé par
beaucoup de statues de Marie.
6. Immédiatement après la Pologne, notre auteur cite la Plon-
grie. Il savait donc bien que les deux pays étaient, en quelque
sorte, réunis en un seul ; à l'époque des Jagellons, où vivait notre
auteur, l'unité politique existait aussi entre ces deux contrées. En
Hongrie, il cite la ville qui depuis l'introduction du christianisme
jusqu'à nos jours est sous le rapport ecclésiastique la capitale de
la Hongrie et où le primat de Hongrie a sa résidence : la ville
1 La ville est située dans le gouvernement de Radom. Ritter, Geographisch-sta-
tistisrhes Lexicon, 1895, y place une Congrégation. La ville a donc, en tout cas, un
grand couvent.
* C'est une Madone noire, comme il en existe encore seulement une à Alt-Œtting.
Cette Madone est décrite chez Scherer, p. 116 et s. Un ouvrage splendidement
imprimé en langue hongroise et en français (A. Nyari, Le fournit des ermites dé
Saint- Paul à Czenstochova et ses monuments d'art hour/rds, Budapest, 1901 nous
renseigne très exactement sur le lieu de pèlerinoge de Czpnstochau. On sait qu'en
1902 d y eut a Czenstocheu des troubles anti-juils.
UN ATLAS JUIF DES STATUES DE LA VIERGE MARIE 89-
ÏÏ Esztergom, en latin du moyen âge Sirigonimn, Strigonia, en
allemand Gran. Le mot hébreu naâl», dont notre auteur se sert,
correspond plutôt au latin Hnngarus qu'à l'italien Ungherese.
Quant à la statue en question, il ne la place pas à Esztergom
même, mais dans la région de cette ville, ce qui rend difficile
l'identification de la statue dont il veut parler. Le fait qu'il y eut à
Esztergom un culte de la Vierge peut être confirmé par cet indice
que la grandiose basilique de cette ville est encore aujourd'hui
dédiée à la Vierge Marie et à saint Adaibert. Il y avait une cha-
pelle de Marie à Esztergom depuis l'an 1396; en 1512, le cardinal
Bakâcs, archevêque d'E>ztergom, fit bâtir Ja célèbre chapelle de
la Vierge qui porte son nom et qui depuis est devenue un lieu de
pèlerinage très fréquenté 1 . Notre auteur peut avoir très bien
voulu parler de cette chapelle. Mais si on interprète dans leur
sens strict ses paroles « dans le territoire de Strigonia », on peut
penser à une des nombreuses statues de la Vierge des environs
d'Esztergom, par exemple à la statue miraculeuse appelée rosa
mystica, qui était auparavant à Pecsenyéd (comitat de Sopron) et
qui depuis 1697 est conservée dans la cathédrale de Saint Etienne
à Vienne; ou bien on peut songer à la statue du lac de Ferto, qui
est connue depuis l'an 1233 et qui a été restaurée en 1661; enfin, à
celle de Marienthal, près Pre>bourg, qui est connue depuis l'an
1330. D'ailleurs, il est évident qu'en Hongrie, le R> gnum Maria-
num, les statues de la Vierge Marie n'ont pas manqué.
7. Caravaogio, dans la principauté (mwn) de Milan 2 . Le
culte de la Madone de Caravaggio commença précisément au
xvi e siècle 3 , c'est-à-dire à l'époque de notre auteur.
8. La Madone de Caravaggio commença à être en vogue,
lorsque celle de Voral fut ou endommagée ou rendue inaccessible
pour une raison quelconque aux habitants du Milanais. L'auteur
fait allusion à un événement contemporain qui fut cause que les
Milanais ne pouvaient plus se rendre en pèlerinage à Voral. Cela
montre que Jona Râpa utilise dans sa polémique les événements
les plus récents. Ce Voral pourrait être la province actuelle du
Vorarlberg en Autriche 4 , qui est voisine du Piémont et qui était
1 Chez Scherer, p. 109. Il existe aussi un Atlas de Marie en langue hongroise
composé par le prince-primat de Hongrie P. Esteras (paru en 1690), clans lequel la
plupart des statues de la Madone citées par J. Râpa sont, citées. Au sujet frEsz-
terr/om, voir encore Jordanszky, Gnadenbilder. . . im Kœnigreich Ungarn, 2 e édit.
Pesth, 1863, p. 17.
s Milan était alors un duché ; depuis 1450 les Sforza y régnaient.
3 KirchenUxicon de Wetzer-Welte, 2 e édit., Fribourg-en-Br., 1893, VIII, 856.
Caravagyio est au^si cité par Esteras, p. 47; Milan chez Scherer, p. 37.
k Voir Die Œ st erreich-un'gariache Monarchie in Wort und Bild : Vorarlberg.
«jii RE\ l '!■: DES ÉTUDlîS JUIVES
bien connue de notre auteur, autrefois le Vorarlberg avait, d'ail-
leurs, un caractère plus italien qu'aujourd'hui. Je ne puis déter-
miner de quelle Madone l'auteur a voulu parler^ cardans le Vo-
rarlberg, comme dans tout le Tyrol, il y a beaucoup de statuts
miraculeuses de la Vierge ! .
9. « Maintenant les Piémontais ont voué un culte à cette Ma-
done (celle du VofCtt), qui leur est échue connue lot. » C'est encore
une allusion à un fait local particulier dont je ne trouve pas
d'autre mention. Peut-être veut-il parler de la Madoaa délia con-
& laid de Turin.
10. « Il en existe encore une en Piémont. » L'auteur la décrit
comme étant très importante et célèbre. Elle parait être celle qui
est désignée connue la Madone tYOropa. Oropa est, en effet, voi-
sine de la ville de Biella, située dans la Haute Italie, comme l'au-
teur l'indiqué (Ffcarab ï-mnpi). Cette Madone d'Oropa est aussi
dépeinte comme une statue célèbre dans le répertoire catholique
que j'ai consulté 2 .
11. La Madone de Laghette 3 , dans le comté de Nice. Le comté
de Nice appartenait depuis 1362 à la Savoie , c'est-à-dire à
la patrie de l'auteur. Depuis 1859, Nice et ses environs appar-
tiennent à la France. Outre le Nice français, qui est souvent nommé
dans la littérature juive du moyen âge, on cite aussi dans la litté-
rature juive la ville italienne de Nizza délia Paglia 4 . Toutefois
J. Râpa n'entend parler que de la ville de Nice en France.
12. La Madone de Mondovi 5 , dans l'ancien royaume de Sar-
daigne, non loin de Nice. — L'auteur dit qu'elle n'était pas à
Mondovi même, mais dans un des faubourgs ou dans les envi-
rons. L'endroit doit être peu important et il est difïicile pour un
étranger de déterminer de quelle Madone l'auteur a voulu parler.
Un Juif de Marseille a copié à Mondovi un ouvrage de médecine
en 14;4 et un autre ouvrage en 14o6 6 ; il y avait donc, à l'époque
de notre auteur, des Juifs à Mondovi.
1 Voir la carte de Marie chez Scherer, ibidem, p. 79 et p. On y trouve, entre
autres, la slatue de la Madone près ae Trente (Tridenluin), dont il existait une légende
disant qu'un Juif lui avait fait cinq blessures avec un poignard; les miracles qui
eurent lieu a la suite de cet événement donnèrent à cette Madoue une très grande
vogue.
* KtrchenlexiciiH de Weizer-YVelte, ibid.
3 Une localité située sur la Riviera de l'Ouest, dans le voisinage de Monaco. Je
dois cette identification à M. Maigolies de Flwrence.
k Gross, Gallia jndaica, Paris, 1897, p. 39-î.
3 Dans le manuscrit Kauluianu, le premier passage porte l*nMfc, le second a le
nom plus exact de "nTnST/S. *
6 Gross, ibid., p. I5S3. Ici le mot est orthographié "i5nN"3ï73 et lirait S 172.
UN ATLAS JUIF DES STATUES DE LA VIERGE MARIE 91
13. La troisième Madone du Piémont est celle de Monferrat »,
située sur la montagne ri^-ip. Quoique le nom de la montagne
soit vocalisé, je ne puis pourtant identifier celle-ci. Ce n'est que
dans une vieille édition du Lexique statistique et géographique
de Ritter, de l'année 1855, que je trouve le nom de Créa, qui pa-
raît être une montagne proche de Moncalvo, ville située au nord
d'Alexandrie.
14. Loreto ou Loretto, célèbre lieu de pèlerinage dans le voi-
sinage d'Ancône, qui prétend posséder la Casa santa. L'endroit
est célèbre depuis 1295. L'église a commencé â être construite en
1464; la construction en fut terminée en 1513. C'était, par suite,
un des faits les plus récents que notre auteur ait pu connaître.
Cette église l'intéressait, d'ailleurs, aussi au point de vue du
judaïsme, car elle a de nombreuses statues des prophètes. On y
trouve les statues des prophètes Ezéchiel, Jérémie, Malachie et
de David. Son trésor est célèbre 2 . Ce que notre auteur raconte
de ses richesses fabuleuses doit être généralement fondé sur la
réalité. L'auteur parle aussi de l'importance du trésor à'Atocha.
Le fait que l'église d'Atocha avait déposé un capital d'un mil-
lion à la Compagnie des Indes offre un certain intérêt historique.
Quanta l'épisode que notre auteur rapporte au sujet de Lorette,
savoir qu'il avait fallu mettre les richesses de la Madone de Lo-
rette à l'abri des déprédations des pirates barbaresques, le nom de
Barberousse 3 et celui de son chef d'armée Kaïs \ prouvent qu'il
est entièrement historique; mais les sources que j'ai pu consulter
ne m'ont pas permis de contrôler le fait. 11 y a deux invasions
de pirates auxquelles on peut croire que l'auteur a voulu faire
allusion : en 1539, Chaireddin Barberousse surprit la forteresse
de Castelnuovo près Raguse ; en 1543, il s'empara même de Nice
en Provence 5 . Lors d'une de ces incursions, le monde catholique
éprouva, dit-on, une terreur telle que le pape dut ordonner qu'on
mît les trésors de Lorette en lieu sûr.
1 Le ~r>m complet est Casale-Monferrato. Si notre hypothèse exposée ci-dessus
est exacte, il s'agit ici du lieu de résidence de J. Râpa. Notre auteur pourrait donc
avoir connu de visu le culte rendu à la Madone. La Madone de ce lieu s'appelle Beata
Virgo de Angelis (Scherer, ibid., p. 32).
* Voir ReaUncyclopâdie fur prpt. Théologie, 3 e éd., XI. 647. — Un autre ouvrage
polémique, celui de Josué Segre (cf. mon article dans Hebr. Bibliogr.^ VUL 20) l'ait
de celte Madoue la mention suivante : b*tZ3 TW& rOJir.a [niaïKn] "D^ &bl
Y'û^Tlb (ms. du Monteûore-Co lege, c. 19, p. 30 b).
3 Des deux frères Horuck et Chaireddin, qui portèrent le nom de Barberousse,
l'auteur veut désigner sûrement le plus célèbre, Gnaireddin, qui en 1520 tut nommé
pacba d'Alger par le sultan Séiim.
* Plusieurs princes arabes portèrent ce nom de Kaïs. Je ne saurais dire duquel
l'auteur veut parler ici.
s D'Herbelot, Bibliothèque orientale, Paris, 16.97, s. v. Gezair.
RFVUE DES ÉTUDES JUIVES
La mention de Chaireddin Barberousse nous permet de déter-
miner sûrement l'époque de Jona Râpa : il en résulte que cet au-
teur a dû écrire son ouvrage vers L550 1 . Un fait qui concorde
avec cette opinion, c'est que d'autres événements dont il a parlé
doivent aussi se placer à peu près à cette époque, comme, par
exemple, la fondation de l'église d'Atocha et d'Esztergom en
Hongrie. Un autre événement qui eut lieu à l'époque de L'auteur
fut le début du culte de la Madone de Caravaggio, après que la
Madone de Voral eut perdu sa vogue -.
Notre petit Atlas juif du culte de la Vierge Mari.' nous per-
met non seulement de déterminer l'époque d'un auteur juif qui
a\ait été négligé jusqu'à présent sans motif, mais il offre encore
quelque intérêt au point de vue de l'histoire de la civilisation.
Qu'il nous soit permis aussi de dire à ce propos qu'on devrait ces-
ser de mettre sous verrou dans les bibliothèques les ouvrai
juifs de polémique, car souvent on pourrait en tirer des rensei-
gnements précieux.
Budapest.
S. Krauss.
6 nais bm tzp\NH •■[w] y-ia "»pmaa 4 n^D 3 in ï-n»Nîi ï-nt
ta© b? napia 7, c^72 s-raïai \wb^ îrx^ai rw*ia baai ta^aa
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"la^aNbNeaa rrONb w D*nnn©a /'M^aibMttttpa icm arn 12 p^i pa^aœ
r-nsan bà d?d i-baiNn "pnnai /'«"«aibion mabaa ba 1G twhmwi
T3« toéct net la^ban jet'ya "mparia , 19 mwnaa bwa nos
ïirc^pn nnan "bfcnKnaia nrns non ^hisn nn» T"AKifinttpa
1 L'auteur vivait donc à l'époque de la Réforme et peut-être fut-ce l'apparition du
protestantisme qui le rendit si agressif à l'égard du culte de la Madone.
2 La date de 1450, que nous avons trouvée plus haut, a peut-être été empruntée
par Joua Râpa à un ouvrage plus ancien.
:t M pan, Br;7i. I0 B6mab«a îtokït I6 M iT^çlispn, B ';n.
* m nssn. " b st iiamaa. » m rrtrônaicn, b &to.
5 m Si b. i» m r si îp-n. 18 m St D^aannan.
8 Snao. 13 m n^anbaspatt). 19 m rnr» , ': , umoo, * l
7 m. »* b st DToaa. rrvwnjo.
8 st DUsb. 15 b "laNraNbaao, St 2n b st moiana.
» m b st nn;n. lowwwDaiD. S1 m b st bfirvna©.
UN ATLAS JUIF DES STATUES DE LA VIERGE MARIE 93
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nwcm rmsa in s: — r-»ii:-ia?a7a '«a Mba wn "^mv^n xb
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innapi irpsab "jn* inboi mpbn m-ian rmaa ï-ran b? *a-a^ aboi
■jn^bs pmp» 13 [ïrama] ûtn aiiT: û"»03N i«a abioi ■jmba "ina pTsci
■p^rox 173a t**bçj !i7j ^mmbinaaiD mbi-wn ^ww^ bazN nabn -ions
s^sbia ^jD72 D'an irm-nanb iiasa jrpiDfin by u m«ôn nncaan ■jït»^ ba
■jrp*pa an ïi3n hiDfcna ^a "jmaaa dt maava asotti mafcna aDO?a las'aa
laaaa xb pnt baai pb wia an- ■jbïai "jrmaia bia iaa7j'a Mba
t-imati m an t-nan rmvxn ba» nvisn r-nabin pito^ rmnbia
nn« aa'Dp ,s -iaa"mba s-imn ba aina M£tt"H ,mnso vn Mb *a
***big û^btfaïa^nTa ,6 o"^p estas Ta -pabtî ^b?a ndh Manaa wa
taba û^n-na vm D"ôm ùwn D^ian ba -prs Diana ïrpba» nby»
ta^bai ann tpa ûa73 "icrsnm -iTs , 'Dsn îmxi ûibasi -13*373 *nab
Taan s-™» D^anbôô û"<a-i.û , nun a^aan rvaba ""sa ûïrmpo i-ïb«i
i-naa ïTnawrp n^am rr?ai 17 V'pi b"»abN tjbs» ^nwS ba t]oa s^iai
n^N by\ i r;7aai r;7aa nn« ba nin pra r:7jpi nw-n baiiï msa
m-nan ^i^a nb ©•*© inaa û^ma&n ïrriTnsnN bai 1173» M^piaa
...mNiai ïiNW anT M^-ia-'^rr nma
» B Si '>o^aa"i7a^an. 7 M in», " St;KB d""aNio.
* B st r Da w- * M B-ÙNbT. u K B n"n.
3 M Nsim». 9 b St Tiitaaipa. I5 b st ramba.
*MnbwS"»ab,stnbn^ab. ,0 b st ïrn^atnja. ,6 k d^? Ba^n a^p.
5 m pb ûttï. "MB ^anaiTa. 17 =n?3im bpi.
6 M ^nan. 12 b st iaN-i- , aai7aau5.
Ms. Kaufmann (== K) ; Montefiore- Collège (= M); Breslau (— B); Steinschneider
(= St).
ÉLÉGIE D'UN POÈTE JUDÉO-PERSAN
CONTEMPORAIN DE LA PERSÉCUTION DE SCHA1I ABBAS II
Grâce à ta narration poétique de Babaï, publiée par M. Selig-
aohn ', nons connaissons les circonstances dans lesquelles, sous le
règne de Schah Abbas II (1641-1666), l»s Juifs d'Ispahan furent
contraints de devenir infidèles à leur foi et de professer 1 isla-
La poésie dont nous publions ici le texte et la tr. 1 lotion
iette quelques lumières sur l'état d'âme des Juifs persans forces
d'apostasier. Elle se trouve dans un recueil de manuscrits taisant
partie de la précieuse collection Elkan N. Adler (il porte, le
n°341. et n'a pas encore été mentionné au nombre des manus-
crits décrits par le possesseur lui-même), et qu'il a achetés à le-
héran et à Bokhara. Notre poésie figure deux lois dans le ma-
nuscrit : p. 1536-1546, et (d'une autre main) p. 16Ja-164a. a
première l'ois sans titre, la seconde fois sous ce titre : a WW
' on voit par les strophes 38 et 39 que l'auteur s'appelait en
effet Hizkia. Le titre lui attribue la qualité de « Molla » ( a -
tfrm) et l'épithète OîiK, ce qui ne peut évidemment être autre
chose que =,:,, le mot qui désigne aussi les Marranes espagnols .
Dans la deuxième copie manquent les dix donnera strophes
ainsi que les strophes 18 et 19. Que cette élégie ait pour auteur
„,, me mbre de la communauté d'Ispahan contrainte d embrasser
L'islamisme sous Abbas II, c'est ce que je conclus de la strophe sa
ou il est brièvement raconté de quelle façon les Juifs, au nom
desquels le poète se lamente, devinrent des Mabometans : « Ils
nous ont chassés de la ville » ; c'est littéralement ce qui est rap-
porté dans le poème de Babaï [Berne, XLlV,244et smv ), sur la
; iimli( ,, t , perfide dont les Juifs d'Ispahan turent convertis. « Ils
nous ont recueillis avec violence » est également un résume de
■ Revue ,les Éludes juives, t. XL1V, 244-2K9.
ÉLÉGIE D'UN POÈTE JUDÉO-PERSAN 95
ce que Babaï raconte sur les circonstances dans lesquelles on
contraignit les Juifs d'Ispahan expulsés à se soumettre au vizir
tyrannique.
Mais si même l'élégie de Molla Hizkiya ne se rapporte pas
aux Juifs d'Ispahan contraints d'apostasier, elle nous ouvre un
jour particulièrement saisissant sur le lamentable état d'âme dans
lequel se trouvaient les Juifs persans, comme ceux d'Ispahan,
qu'atteignait une semblable destinée. Le poète Hizkia, que la
persécution religieuse devait frapper deux fois en sa qualité d'an-
cien Molla, c'est-à-dire de docteur de la loi, n'épancha pas seule-
ment sa propre douleur, mais encore celle de ses compagnons
d'infortune dans son poème sans prétention, mais si impression-
nant malgré sa monotonie.
Les quarante strophes de ce poème ont toutes, contrairement
aux règles, le même mot comme rime finale, et ce mot sert au
poète à désigner l'état religieux intolérable dans lequel il se
trouve ainsi que ses compagnons d'infortune. C'est le mot \-n
"^Nums [dîa pareschânî) « perturbation de la foi », qui caracté-
rise très nettement le conflit entre la religion imposée par la con-
trainte et celle qui est toujours fidèlement conservée dans les
cœurs. Au surplus, il prononçait et écrivait ce mot, conformé-
ment à la particularité bien connue du judéo-persan, avec la syl-
labe finale « uni », au lieu de « ânî ». A la place de 'pn (dîri), il em-
ploie quelquefois l'autre mot qui signifie religion : rrô (schar 1 ).
Dans les dernières" strophes le mot faisant rime est souvent rem-
placé par le mot ^attaboB {musulmânî), ou plutôt, d'après la pro-
nonciation que nous venons de signaler : ■rçittbs» (musulmûnî),
qui signifie : islamisme, mahométanisme, et avec lequel rime, dans
dans la dernière strophe, le nom du judaïsme (^swnïT 1 )'.
Le rythme des strophes , dans lesquelles les trois premiers
hémistiches riment entre eux, est fort simple : sept syllabes à
chaque hémistiche, sans mètre particulier.
Quant au contenu de cette élégie, elle n'a à proprement parler
qu'un sujet, qui est exprimé dès la première strophe : l'intolé-
rable pression exercée sur les âmes par la persécution religieuse,
et le désir ardent et impatient d'en être délivré. Mais le poète ne
s'est pas entièrement défait des formes traditionnelles de la poé-
tique persane : il entre en matière par une invocation à Dieu
(strophes 1-3) et termine par l'indication de son nom (str. 38-
39), mais il ajoute, à la fin de son poème, une strophe (40) qui sort
de ce cadre et où il résume à nouveau le thème principal. L'in-
vocation est suivie de celle au Prophète (str. 4-6), à la manière
musulmane, mais c'est le prophète Moïse, dont les héros de
96 REVUE DES ÉTUDES JUIVES
l'élégie idéclarenl la nation. Les plaintes sur la persécution re-
ligieuse déjà sensibles dans les strophes d'introduction, éclatent
violemment à partir de la strophe t. C'est aussi bien la perte des
bienfaits delà roi, dont les . nouveaux croyants», ainsi qu on
appe l di , aussi en Perse ceux qui étaient contraints d abjurer e
judaïsme, devaient se passer, que le désespoir provoque par la
lamentable situation on se trouvaient ces malheureux, qui
,,,,„,,. i „ expression dans cette élégie. Us n'ont plus la rora,
le Sabbat les fêtes, la paix (désignée par son nom hébreu) ni
école, ni maître, ni Jour de l'An, ni le Jour du Pardon m chet,
„i guide; ils sentent qu'ils sont de véritables) ireanta. U aut
.,,;;„,. ,'ils entendent leurs nouveaux coreligionnaires leur
reprocher qu'ils n'apprendront jamais la foi musulmane str. i- .
Us sont devenus semblables aux Guèbres si méprises'; en pre-
nant ie tt om de Musulmans, ils ont perdu le fondement en nu
temps que le câract re de leur propre foi (str. 16). Comme Us
vont Mahométans extérieurement, mais Juifs au fond du cœur,
ils trafiquent de la religion (str. '21 . et ils trouvent mauvais
d'avoir acheté la vie au prix de la contrainte religieuse str. 1-.
11 est grand temps que Dieu les délivre de cette situation (str 25);
Us songent eux-mêmes aux moyens suprêmes et Wettolsheim,
vint habiter Horbourg. Il épousa Edel, fille d'Isaac Jarob de Hor-
bourg, qui avait épousé en premières noces Joseph Weill, cité plus
haut. Il signe "prjK nn w4».
2ô° Le 24 novembre 1787 la nommée Johanna Bollack, fille de
Ilauscher Bollack (le manuscrit, a deux fois Cola au lieu de Bol-
laçk) et de Jùdel Heckert, demanda à demeurer pour quelque
temps chez ses parents, son mari, Nathan Braunschweig de
Zillisheim, étant en voyage. Elle rejoindra le domicile conjugal
au retour de son mari.
Elle signe TO« nn rwfl
27° Le 26 octobre 1788 une demande datée de Colmar fut faite
par Lazare Abraham* dentiste ambulant. Il dit qu'il loge actuel-
ment à Colmar avec femme et enfants et veut s'établir pour
LES JUIFS DE HORBOURG H3
quelque temps à Horbourg, à cause de la grossesse de sa femme.
Il ne peut pas rester à Colmar, dont le séjour est interdit aux
Juifs.
L'on pourrait croire que le droit de résidence impliquait celui
d'acheter une maison au moins pour s'y loger. Or, il n'en fut pas
ainsi, du moins à Horbourg. Il fallait pour cela obtenir une permis-
sion spéciale et ensuite payer une taxe, qui variait selon les cir-
constances et selon le bon plaisir du conseil de Régence.
Le premier Juif de Horbourg qui eut le droit de posséder une
maison fut le tapissier Salomon Israël. D'après les documents
conservés aux Archives Nationales, il acheta sa maison vers 1*749.
Deux ans après, le 17 février 1751, ce fut Paul Bickert qui fit une
semblable requête au prince de Wurtemberg. Il fit valoir que son
loyer était trop élevé et qu'il avait avantage à acquérir une mai-
son. Sa demande est signée rmrr na bas-i et tmv na yra. La
permission lui fut accordée, mais le receveur Flachsland ne devait
lui permettre d'ouvrir une boucherie qu'après l'engagement écrit
de payer exactement ses droits de boucherie pour les bêtes qu'il
avait tuées et qu'il tuerait.
En 1761 la même demande fut adressée par deux autres Juifs
de Horbourg, Marem Kahn et Lehmann Braunschweig. Le pre-
mier dit, dans sa pétition, qu'il habite Horbourg depuis plus de
vingt ans. 11 reçut la permission sous la condition qu'il quitterait
la seigneurie de Horbourg toutes les fois qu'il plairait au seigneur
dudit lieu de l'ordonner. En 1764 il refusa de payer le droit de
consentement, ayant acheté sa maison d'un Juif de Biesheim,
nommé Léopold Salomon.
Lehmann Braunschweig habitait le village depuis dix-huit ans.
Sa demande fut appuyée par un membre du Conseil de Colmar ;
c'est qu'il exerçait le métier de « médecin pour les chevaux». Il
s'était acquis la confiance du public et on l'employait dans les
grandes maisons de Colmar.
Le 31 juillet 1774 Alexandre Joseph, qui avait d'abord demeuré
à Riedwihr et qui était à Horbourg depuis trois ans, reçut égale-
ment la permission d'acheter une maison. C'est le nommé Bar-
tholdi de Colmar, sans doute un des ancêtres du fameux sculpteur,
qui la lui vendit.
Dix ans après les deux frères Joseph et Isaac Bickert achetèrent
des maisons sans demander d'autorisation, se basant, sans doute,
sur le nouveau règlement du gouvernement français qui permettait
aux Juifs d'acquérir des maisons. Le receveur Rosé et le contrô-
leur Sandherr, ne sachant pas si ce règlement devait s'appliquer
aussi aux Juifs de Horbourg, demandèrent une consultation au
T. XLVIII, N° 95. 8
IU.-VII DES I TU1IKS JUIVKS
Conseil souverain. La question tatmlse en délibéré à Colmar, le
Sï s ?mSl'avoc;tReichstetterendressaunprocès.yerbal.
oui se trouve encore aux archivesdep.de Colmar'.
Ilyest di1 que la loi publique, en Al ait toujour ac-
cordé aux Juifs la faculté d'acquérir des maisons] r Leurloj
„„, aux chrétiens, à cet, aie diffère près que
Ssau'uT Juif acquiert une maison, le chrétien est en droit de
SX la préférence et le Juif est tenu de s'en désister et de
îecevoi "du chrétien le remboursement de, iauraé té payé par
uil - Si les Juifs de Horbourg ont payé jusqu'à présen un
droit pour l'autorisation d'acquérir des maisons, cela ne constitue
Srin précédent; au entraire, ces exemples seraient envisagés
Tist ce comme aes exactions et des contraventions a la loi du
SuvaTn, Puisque les Seigneurs ne sont autorisés à prélever sur
K Juifs eue le droit de protection. Puisque le nouveau règlement
Ïmè aux Juif d'Alsace d'acquérir des maisons, les Seigneurs
neTeuvèS pas leur demander le payement d'une somme quel-
ronouè sans quoi la permission du Souverain resterait sans effet.
iTvraîque" es Juifs ne peuvent acquérir qu'une maison pou
s'il ne se présente pas d'acquéreur. m
No», .von, vu plu, tout le, droit. q»e ueoa.nn aç<,uUteJ
te Jute, p»,,r VélaWI. • à Hortn». Les tel», n.tnnlo» . « «
s^beïrpir^rwssr^ ;
Jneurie annuellement pour droit de pr otec Uon 161. ^ ^
1 ,. pour une oie grasse. » «*£^^£ÏÏ Jamson
lin (Lehmann Braunschvrag), moiwi 1 1S1S!=11
1 Pièces just., IX.
» Voir Pfister, ï. 0.| P- 65.
LÈS JUIFS DE HORBOURG 115
Meyer), t^am (Wolf Moyse) et Mahrem Kahn, Jude zu Horburg.
Elle fut rejetée le 29 novembre 1770.
Néanmoins, dans la suite, différentes requêtes individuelles pour
diminution d'impôt adressées à la seigneurie eurent plus de suc-
cès. Le 11 juillet 1771 c'est Wolf Moyse (ïittitt *d SjbtfY)), gendre du
tapissier Salomon Israël, qui demanda cette faveur, parce qu'il
était indigent. Son droit fut réduit de 36 1. à 181. Le 12 avril 1778,
il fut même déchargé de toute taxe pour cause d'indigence et de
maladie.
La même demande fut faite en 1787 par le nommé Libmann
Lévy. Très pauvre, il demandait la remise de la moitié de sa taxe
de protection pour l'année 1786, ce qui lui fut accordé le
27 avril 1787. L'année suivante il présenta un certificat de maladie
signé par btfDi m tpr* (Joseph Bickart), w *n basi, Simon Drey-
fus et Leib Khan, et il fut déchargé du droit de protection, le
18 septembre 1788.
Considérons maintenant les affaires intérieures de la commu-
nauté israélite de Horbourg. Là, comme ailleurs, une des pre-
mières préoccupations des Juifs fut d'avoir un lieu pour prier en
commun. Déjà le 21 novembre 1752 Israël Salomon demandait à
acquérir un terrain pour y construire une maison. Le receveur
Flachsland consentit à la cession du terrain, mais conseilla de
débouter Israël de la seconde partie delà demande. Il dit que Sa-
lomon Israël est « un mauvais sujet et chicaneur fieffé ». Finale-
ment, le 29 juin 1753, il est débouté de sa demande '.
Il va sans dire que les Juifs se réunirent avant comme après
cette démarche. Cela ressort clairement de la lettre adressée à la
seigneurie par le receveur Rosé, le 19 novembre 1767. Il y est dit
qu'il y avait à cette époque sept familles juives à Horbourg, parmi
lesquelles se produisent de temps en temps des désordres, même
jusqu^à se battre dans leurs assemblées judaïques. Le rabbin de
Ribeauvillé avait déjà voulu leur donner un préposé, comme cela
se faisait dans toutes les communautés, mais lui l'en avait empê-
ché, parce que c'était là un droit seigneurial. Pour ce motif, il pro-
pose de nommer à cette charge Marum Kahn qui est le plus âgé,
le plus tranquille et le plus capable. Il ajoute, en même temps, un
formulaire d'instructions, qui ressemble presque entièrement à
celui qui était en vigueur dans la seigneurie de Ribeauvillé 2 .
Le 21 novembre 1767, les conseillers d'Etat, le Président, le
Vice-Président et les Conseillers de Régence à Montbéliard noti-
1 Arch. Nat. K 2362.
2 Pièces just., X.
116 REVUE DES ÉTUDES JUIVES
fièrent à M. Freillinger réception de la lettre du receveur Rosé.
Freillinger fut d'avis qu'on pouvait nommer un préposé sans
lettres patentes,e( le 1" décembre 1767, en effet, un décret nomma
Marum Kahn préposé des Juifs avec spécification de ses droits e(
de ses devoirs ■ .
Le 10 novembre Marum Kahn prêta serment devant le juge de
Horbourg dans les mains du commis-rabbin Salomon Wahl de
Herrlisheim. Mais il ne garda ses fonctions que pendant six ans.
Le 15 juillet 1773 il demanda à être déchargé des impôts en même
temps qu'à être relevé de ses fonctions de préposé, étant malade
et incapable de commercer. Son (ils Léopold le nourrit et l'entre-
tient. Cinq jours après un décret du vice- président au conseil de
Montbéliard nomma Joseph Bickart aux fonctions de préposé et
déchargea Marum Kahn de ses taxes de seigneurie *.
La même année une autre demande de la communauté de Hor-
bourg l'ut accueillie, celle de construire une synagogue. La requête
en avait d'abord été adressée au procureur général au Conseil
souverain d'Alsace et celui-ci avait donné la permission par un
décret spécial. Puis l'on s'adressa au Conseil de régence à Mont-
béliard, qui, paraît-il, donna également son consentement. Mais il
fallait encore se procurer les fonds nécessaires pour les frais de
construction. Une collecte semble avoir été faite parmi des core-
ligionnaires de la province. Nous voyons, en effet, par une lettre
adressée au Conseil de régence, que les Juifs de Horbourg
demandent le renvoi de leur requête adressée au procureur, au
bas de laquelle était joint le décret de permission. Ils disent qu'ils
ont besoin de ces documents pour obtenir de leur Rabbin la per-
mission de quêter dans la province pour subvenir aux frais de la
construction de leur synagogue 3 .
Pour l'inhumation de leurs morts les Juifs de Horbourg se ser-
vaient, entre autres, du cimetière de Jungholtz. Dans le plus
ancien registre des archives de cette localité, qui a été commencé
en 1779, je trouve sous la rubrique Horbourg (rmann) les noms des
personnes suivantes ayant acquis le droit de propriété:
— .rp-p Va — .V'an 'pria p yzz^b — .^ab^T - .îtivr na Jna
— .-p-n nn p£*N— .apn -m 'i*»ia - .nrpna'n v '3 drna» — .^na
— .^w^ na basn — .b"ao "p-a nn w»ba - .* ïiobajm iata»w px«
— -n"a tjov — .iTJba 'a cn:73 — .barau: na bat-pn — -yr\n na baon
.i"a y^n — - v '3 yititt — - v 'a bîOttŒ
1 Pièces just., XI.
1 Arch. Nat., K 2362.
3 Pièces just., XII.
'* C'est-à-dire : Ilzig du château de Wutolsheim.
LES JUIFS DE HORBOURG 117
Au commencement du siècle dernier la communauté de Hor-
bourg s'associa avec celle de Wintzenheim pour fonder un cime-
tière dans ce dernier lieu, et plus tard elle enterra ses morts dans
la nécropole de Colmar.
Le dénombrement général prescrit par lettres patentes de 1784
pour tous les Juifs qui étaient tolérés en la province d'Alsace fut
exécuté à Horbourg le 30 novembre de cette année. Il y avait à
cette époque 18 familles comptant 92 individus, dont voici les
noms:
1. Borach Bickert. Schônen Meyer; fils : Joseph.
2. Joseph Bickert, préposé. Sara Rothenburger ; servante : Besile.
3. Isaac Bickert, le vieux. Odille Rothenburger;
fils : Raphaël, Hirtz, Lehmanu,
fille : Zerlen.
valet : Elie Wurmser.
servante : Jùttel Jacob.
4. Alexandre Joseph. Hanna Schwob.
fils : David, Marx.
filles : Bohlen, KÔhlen, Mùndel, Sara.
5. Lépold Kahn. Môrlen Levy ; fils : Joseph, Marum, Môngen.
filles : Blûmlen, Ellen,
servante : Deichen Meyer.
6. Isaac Bickert, le jeune. Zerlen Levy ; fille : Feylen.
servante : Reisslen Moyses.
7. Lippmann Bickert. Blùemel Wahl ;
fils : Raphaël, Isaac.
filles : Fradel, Kôhlen, Madel.
valet : Beyer Levy-
8. Isaac Jacob ; fils : Mathias, filles : Vôgelin, Lea, Jeudel.
servante : Jachet Wahl.
9. Joseph Weyl. Edel Jacob ; fils : Samuel : mère : Schoaen Israël ;
frère : Hirtz Weyl.
10. Lippmann Levy. Schonen Levy;
fils : Lehmann.
filles : Jendel, Roslen, Bônnleu.
11. Abraham Feiss ; fils : Kôrrendel Abraham ;
filles : Kôllen et Hàndel ) n .
[ Feiss.
sœur : Hanna )
12. Seeligmann Moyses. Blùmel Levy; servante: Rachel Abraham.
13. Nathan Brunschwig. Kônendel Hallen ;
• fils : Lehmann, Moyses.
fille : Bohlen.
valet : Gerson Dreyfus,
servante : Hanna Bollacli.
14. Raphaëi Bickert. Kayen Wurmser.
118 REVUE DES ETUDES JUIVES
15. Simou Dreyfus. Guttel Levy ; iille : Rachel.
valet : Lazarus Levy.
16. Wolfï Moyses. Yutlel Levy ; filles : Miinckel, Mùlken, Raehel;
valet : Ileymann Wurmser.
i7. Jùttel Borach, pauvre ) R ,, ,
filles : Schunle, Guttel ) 150ilack -
18. Benjamin Mohnheimer, chantre. Morlen Dreyfus;
valet : Emauuel Libermann.
Au mois d'août H89, les Juifs de Horbourg furent inquiétés sé-
rieusement par les protestants: on craignait un massacre, et
Louis XVI dut énergiqueraent intervenir ' .
Lorsque, pendant la Terreur, on réclama partout des dons
patriotiques, la synagogue de Horbourg fut également visitée par
le maire et les employés municipaux. On y trouva 13 1/8 demi-
onces d'argent pur, 3 "7/8 demi-onces de dentelles blanches et
jaunes et 18 1/8 d'argent brodé blanc et jaune. Procès -verbal de
cette visite fut dressé le 11 frimaire an II (1 er décembre 1793) i .
Dans le courant du xix e siècle la communauté juive de Horbourg
augmenta considérablement, mais depuis la guerre franco-alle-
mande elle partage le sort de presque toutes les communautés des
villages alsaciens : il y a eu une forte diminution par suite de
l'émigration à l'étranger et dans les grandes villes. Ainsi, l'on
comptait en 1875 à Horbourg encore 299 âmes juives, en 1890
il n'y en avait plus que 244 et en 1895 que 206, de sorte qu'il
est fort probable que dans un temps relativement prochain il n'y
aura plus de communauté Israélite à Horbourg.
M. GlNSBURGER.
Soultz (Haute-Alsace), 7 novembre 1903.
PIÈGES JUSTIFICATIVES
r.
Von Gottes Gnaden wir Anna Herlzogin zu Wurtemberg und Teck,
princessin zu Mumpelgard und Heidenheim, Herschaft des Dorfs Alt-
weyer und Ostheim.
Wir befehlen dass die Juden sollen in unseren Hàusern bleiben,
und dass niemand nichts darin zu befehlen hat, weder der Dieler-
1 Pfister, l. c, G9. M. Pfister n'indique pas la source de cette note, mais il m'écrit
qu'il croit avoir vu un avertissement imprimé de Louis XVI.
1 Pièces just., XIII.
LES JUIFS DE IIORBOURG 119
manu, noch der Nithard noch die Baueru, in der Juristiction unse-
rer Rechten. Der Kônig thuts nicht. Er soll uns Frucht und Wein
wieder geben wo er vor 30 Jahren genommen hat.
Ostheim den 22 Mârtz 1725.
Anna.
Arch. Nat., K 2362. '
II.
Durchleuchtigste Herzogin allergnaedigste Fùrstin und Prinzessin.
Widerholle nochmahlen durch gegenwârtiges, das mir in der Welt
nichts angenehmeres als Ihro hoclïfùrstlichen Durchlaucht même
zwahr geringe, dennoch getreue Dieusten zu erweisen, wie ich-anu
den Tag meines Lebens mich befleisseu werdt solcbes in dem Werk
zu erzeigen. Diennet zur unterthâaigen Antwordt an mich letzt abge-
lassenes, dass ich gleich nach dessen Empfang eine requeste anherrn
Marchai du Bourg nach gnàdigstem Befolg habe aufgesetzt darinnen
aile Erforderliche nothwendigkeiten obserwiert und dann solche dem
herrn Marchai du Bourg eingehàndigt und mit ihm annoch mùn-
dlich expliciert vie Widterbringer dièses der solches gesehen ihro
hochfùrstl. durchleucht mit Wahrheit wird barichten koanen. Da
dann hochgedachten Herr Marchai mir zur Antwort gegeben das
Er sich dieser Ursach halber recht erkundtigen wolle, und alsdann
mir sagen wass hierinen zu befehlen wollen, dass also bis auf fer-
neren Befolg die Judten verbleiben undt sich nicht zu belorchten
haben. Sobald hochgedachter Herr Marchall seine Ordre geben wird,
wili ich solches ohnverzùglich Ihro hochfùrstlichen durchleucht in
aller Unterthânigkeit berichten. Indessen verharre mit unsterblicher
Erkandlichkeit aller genisseuen hochfùrstlichen Gnadten mit Unter-
thànisten respect verbleibeudt.
Ihro hochfùrstlichen durchleucht meiner allergnàdigsten Fùrstin,
etc.
Unterthànig treuerund gehorsamster Diener.
Strasbourg, ce 22 mars 1725.
J. G. GUEMMINGEN,
Arch. Nat., K 2362.
III.
Durchl. herzogin allergnedigste Fuerstin.
Ihro hochfùrstl. durchl. an mich gnàdigst abgelassenes von dem
18 huius sambt einem Beyschluss an herrn Maréchal du Bourg, habe
von weidterbriûger dieser meioer untterthàniger antwort, zurecht
erhalteû, weillen aber Ihro hochfùrstlich durchleucht nie kein schrift-
lich. Befehl Ertheilen was ich zu deren hochfùrstl. diensten zu ver-
richten, sondera allein gemeldten widterbringer befohlen, dass ich den
adresse an hochged. herrn M. d. B. in seiner gegenwart solte einhân-
digen, weillen ich aber in forcht stehe, dass solches Ihro hochfùrs-
120 REVUE DES ÉTUDES JUIVKS
tlich. durchleucht nicht nacb ibrem wunsch môchte ausfallen als habe
ich for das intéresse J. h. D. als ein getr. u. u. diener for gut mi<l nfttig
erachtet zuvorders J. h. D. zu berichteo ob die Judteu annocb in hor-
burg seien ob. II. Dietermann sither Iliro hocbged II. M. d. B. an ihnen
gescbrieben denselbigen keio neuen Befehl gageben sich aus déni
Dorf zn begeben, seind sie also annocli in gesagten llotburg so ist
nicbt DÔthig dass man das geringste an hochged. berru Marchai be-
richte, will aber herr Dietermann sie auf ein neues vertreiben so
muss Erster deswegen au melir h. II. M. d. B. geschrieben werden
und zwar auif dass ein bewogliche und wohlfundirte weiss wie icli
inich dann otteriere solches aufzuse(zen,\velcbes alsdann Ihro hoch-
furstl. durchleucht nur darflen copieren lassen undt gna iigsl under-
schreiben, Mann aber dièses J. h. D. solte beli( ben, so bitte mir auf
der post ihre gn. befehl deswegen zu ertheilen, darnit ich das con-
cept verfasse und hinauf schicke, allein wird notbig sein mir zu
erlauben, dass ich das an II. M. d. B. abgelassene schreiben darf er-
OtTnen, damitich mich danach richten kann, erwardte dero gu. belVhl
auf der post, ob ich ihro D. schreibeu H. M. sodé einhàndigen oder
ob belieben meinen unterth. Vorschl. (or gut zu erachten welchen ich
dannach ohne sonderbaren befehl und hochf. approbation nicht exe-
quieren werde darauf ich gu. befehl erwardte und habe die Ehre.
Strasbourg, ce -19 e avril 1725.
Arch. Nat., K 2362.
IV.
Durchleuchtigste herzogin allergnâdigste Fùrstin. . .
Zuvor ob ihrohorchfurstl. durchleucht gnâdigstbeliebet Jhr letzeres
von dem 21-sten dièses, an mich abgehen zu lassen, hiibe ich die
Ehre gehabt mit einem Herrn, welcher in hohem Crédit bey H. Ma-
réchal du Bourg stehet zu redten, der mich versichert dass er ailes
anwendteu wolle dass ihre hochfurstliche durchleucht die satisfac-
tion haben solleu die Judteu wiederumb in Horbuig wohnhafi zu
sehen als wie zuvor, und mir zum iheil au die hand gegeben wie
solches anzugreifen. hoffe derowegen dass ihro hochf. Durchl. nicht
wird missfàllig sein wenn ich mein ohnvorgreiflichen vorschlag in
aller underthàuigkeit berichte, mit underthànigsler Bitt mir die
gnad zu ihuu undtzu glauben dass wenn ich mit meinem Bludt Jhre
hochfursll. durchl. dienen konte das ich solchem nicht verschoneu
wollte, allein ist nicht Jedterzeit m.'jglich obgleich wollen die sachen
gerechtdass man nalles zu einem erwùnschten Kfï'eet undt guten Eudt
bringen kann, wie deon der Bosshaft weldilaufTIhro hochfurstl. durchl.
selbsten mehr als viel wird bekannt sein. Indessen muss manu thun
was mano erachtut nôthig zu sein und miïglichsten Fleiss aQweaden»
als ûDersende hiermit diesen Einschluss welchen ihro hochfurst.
durchl. gnâdigst belieben wollen /ai underschreiben und zu pitschi-
ren und gieich mir deuselben wiederum anhero zu schicken, damit
LES JUIFS DE HORBOURG 121
ich solchen in die selbsteigeae hâadte hochgedachten herrn M.
du B. ùberliefern kann uad hofîendlich gute Justiz erhalden werdte,
welches ich mit freidten wùnsche zu berichten, mir ist heizlich leydt
dos ich so ferne von Ihro hochlùrs. durchl. entlegen und meine un-
derihàoige auftVartung nicht nach wunch Ôfters und persohnlich
abstatteu kan, will aber meine uudertbânigste undt getreue diensten
solang mir der grundgùltige Golt das leben verleiheu wird von herz
ten offeriert haben und vei narre in erwartung Ibre hochfùrstl. durch.
gnàdigsten Befehl und andwort in die fester soubmission und uuder-
thànigsten respect.
Ibro hochfurst. Durchl. meine gnàd. Fùrstio.
Undertbânigster treuer und gehorsamsler Diener und Kuecht.
Strasburg den 2 may 4725.
J. G. Guemminq.
Arch. Nat., K 2362.
V.
A Monseigneur le comte Duiourg, Maréchal de France, gouverneur d-s
ville et château de Bel fort, commandant en chef de la province d'Al-
sace et de la ville de Strasbourg.
Supplient humblement Raphaël Jacob et Jacob Bolack juifs de-
meurant à Horbourg,
Disant qu'estant domicilliés au dit lieu depuis près de seize ans,
ils n'auroient jamais fait du tort à personne, et se seroient toujours
comportés de manière que jusques icy, il n'y a eu aucune plainte
contre eux, et encore à présent n'y en a-t-il point de vérifiée et justi-
fiée qui paroissent au contraire. Si tous les habitants dudit lieu
estoient entendus, ils déposeroient unanimement en leur faveur.
Mesme le sieur Gaudin lieutenant prévôt de la maréchaussée d'Alsace
les connoit pour gens de bien.
Néanmoins, il leur estoit ordonné de vuider le dit lieu, sans aucun
retard. Daus cette triste situation, ne sachant où se tourner dans une
précipitation pareille, les supliants ensemble leurs pauvres femmes et
enfants se jettent aux pieds de Votre grandeur et la supliant très hum-
blement d'user de miséricorde et de clémence envers eux et leur faire
la grâce de leur accorder sa protection, pour qu'ils puissent demeu-
rer dans le dit lieu et qu'ils y soient tolérés, ainsi que les autres juifs
dans la province. Les suppliants continueront de dresser leurs vœux
au seigneur pour la conservation de la personue de votre grandeur.
Raphaël Jacob, Jacob BolaCk.
Arcb. Nat. K. 2362.
VI.
Votre Excellence,
Le porteur des présentes nommé Salomon Israël, juif demeurant à
Bolseuheim en basse Alsace, tapizier de son métier, aura l'honneur de
12S RBVDB DES ÉTUDES JUIVES
".,„.,• à v ;•; une requeue par laquelle ,1 demande la permission
de V r avee ses deux enfanls et d'oser acheter une maison.
ménage» ce qui paro.t aho P wllt el qu'il* seront
LViXq r - u Te" -s dehors pour travailler a .eur métier je ne
crois Pas q"ls gêneront les habitants du village en quelque chose e
auôv àu'i? ne soit pas douteux que ceux-ci n'aimeront point que les
S qui "trouvant actuellement établis au nombre de quatre mé-
Laèes s'augmentent d'avantage chez eux ainsy que les Pavots et
?u me ro'nt donné a comprendre il y a environ un mois, je ne vois
cependant point que cette circonstance puisse empêche -S A S
Mer le Duc d'accorder aux supp" la permission de établi, aud
Ho bourg, où il y a des Juifs d'établis depuis longtemps ne pouvant
point s'opposer légitimement à de pareilles Pe^stons
Pnnr ne ooint s'engager pour toujours envers les Juifs qu on reçoit,
ieïouvë sauf meiUeur avis, qu'il serait bien fait d'insérer dans les
lettres de réception qu'on leur »™^X^T^
ne courront les faire valoir que tant qu'il plaira a la stign
De 5VeE° trouve bon de recevoir les 3 sup» ^dessus m~ >
sera Question de fixer ce qu'ils doivent payer pour le Droit de "cep
mn o'u lôuahme-Pfennig' qu'Us sont obligés ^«Uter «»t J
ipnr remette les lettres de réceptioD, j'estime sauf vos ordres, qu on
Lu de 10 écus que ceux que l'on a cy-devant receu à Horbour ^
pavé, ce Droit étant arbitraire peut être augmente et diminue selon
j ' fa-Miti» et circonstances de ceux qui y sont sujets.
l6 p^r cequi estde la maison que le Père, l'un des , supUanU , slr
acheter aud. Horbourg, il est premièrement quesl .on Je s voir s
s A S™ iu"e à propos de le recevoir dans le village, car si la recep
ïionn'a pas°Heuf ceUe demande tombera d'elle même, si ou contraire
à seisneu c e reçoit, il dépendra ensuite d'Elle de luy permettre ou
de refuser racqui^i.i'ou d'une maison dans le village de Horbourg
c'est ce que je remets uniquement a la disposition de V« E et ay
•h nneur'de Luy dire que les seigneurs de la ^^JJ^^
mettent quelques fois aux juifs d'acheter des maison d us leors
seigneuries se font le cas échéant payer 2 jusqua 3 Louis d or de
a« Jour une pareille permission, à l'exemple desquels on pourra,
également demander aud. juif une taxe proportion» e au p x de
la maison qu'il a envie d'acheter au cas que la seig- voulait y
consentir
Arch. dép. de Colmar, E. 280.
LES JUIFS DE HORBOURG 123
VII.
A Nos Seigneurs SSS.
Nos Seigneurs,
Les Prévôts, Bourguemaître et préposés de la communauté de
Horbourg, chef-lieu du comté du même nom, prennent la liberté de
vous représenter très humblement qu'en 1723 feue S. A. S e a permis
l'établissement d'une famille juive aud. lieu, depuis soq décès cette
Engence s'est multipliée par permission de M r l'Intendant de la Pro-
vince ou autres jusqu'au nombre de six, et il est à craindre que ces
sangsues du peuple ne se multiplient encore d'avantage au détriment
des sujets de S. A. S°> s'il n'y est pourvu.
Joseph Bickertjuif originaire dud. Horbourg aiant prétexté de for-
mer son établissement à Egisheim a surpris les supplians an mois de
septembre dernier un certificat de ses faculté et de ses mœurs, en con-
séquence duquel il prétend aujourd'hui s'établir dans la communauté
suppliante, et comme il leur importe de s'y opposer, ils ont recours à
voire authorité, vous suppliant, Nos Seigneurs, de ne point permettre
l'établissement dud. Joseph Bickert aud. Horbourg. Ils ne cesseront de
faire des vœux pour la conservation de S. A. S e de Votre Excellence.
S. Conrad Jordan, Schultheiss. — Sigismund Schneider,
Burgermeister. — Joseph Maorer, des Gerichts. —
Mathias Schneider, des Gerichts.
Arcb. dép. de Colmar, E. 445.
VIII.
Au Conseil de Régence à Montbéliard, du 7 Mars 1756.
Messieurs,
J'ai reçu la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire du 4
de ce mois à laquelle étoit jointe la copie de la Requête des habitants
d'Horbourg touchant la Réception aud. lieu du Juif Bickert.
Je n'ai que deux mots à répondre à cette Requête. La communauté
se plaint (en vain) de ce que les Juifs se multiplient dans le lieu, puis-
que le suplié ne fait que remplacer son père mort depuis quelques
mois. Elle n'est pas plus fondée de les appeler des sangsues du peuple
à moins que d'en rapporter les preuves, puisqu'ils suportent les mêmes
charges que les autres sujets. Il est plus probable que c'est cet esprit
de chicanne qui règne partout dans ce pays qui a animé cette com^
munaulé à vouloir s'opposer au droit que la Seign rie a de recevoir les
Juifs dans ses Terres, et je pense qu'elle ne doit pas être écoutée.
Les raisons que j'ai eues à favoriser rétablissement du suplié à
Horbourg sont qu'il est originaire du lieu qu'il a un certificat des pré-
posés de la communauté de ses bonnes vie et mœurs, enfin que l'in-
térêt de la S n ' e est par là augmenté.
12'. REVUE DES ÉTUDES JUIVES
En effet Paul Birkerl obtint en 1723 du feu prince de Montbéliard
la permission de s'établira Horbourg et en \~~>\ le consentement du
Noble Gons l,er d'y luire l'acquisition d'une maisou. Joseph Pickert l'un
de ses fils lequel étant iutentiouné d'en jouir a demandé la protection
de S. A. S. J'ai été d'autant plus porté à lui être favorable dans mon
avertissement que les sup'.iants étaient informés de toutes ces dé-
marches et qu'ils paraissaient y donner les mains à vue de leur certi-
ficat lequel ils préteudent aujourd'hui lui avoir douné pour son
établissement à Eguisheim, enfin que le suplié paye seul à la seigneu-
rie plus que six autres habituns desquels même on a de la peine à
être satisfait à moins que d'avoir recours aux voyes rigoureuses.
Dans ces circonstances j'estime que les sup u doivent être déboutés
de leur demande, cependaut pour ne pas rebuter tout-à-fait ces gens
qui ne sont déjà que trop mal intentionnés pour leur légitime sei-
gneur, l'on pourrait laisser leur Requête sans appointement et réor-
donner de leur déclarer verbalement que puisqu'ils s'éloieut pourvus
trop tard l'on ne pouvait rien changer au décret obtenu par le suplié,
mais qu'à l'avenir l'on aurait soin d'empêcher que la communauté
d'Horbourg ne soit surchargée de Juifs.
Je remets M rS le tout à Votre haute disposition dans les sentiments
du très profond respect avec lesquels j'ai l'honneur d'être,
(La signature manque.)
Arch. dép. de Colmar, E. 445.
IX.
L'avocat au conseil souverain d'Alsace soussigné, qui a vu deux
mémoires au sujet des acquisitions de maisons faites par des Juifs
du comté de Horbourg, et les pièces jointes :
Estime, que le droit de recevoir et de congédier des Juifs, est un
droit régalien, que les Constitutions de l'Empire n'ont accordé qu'aux
Etats d'empire jouissants de la supériorité territoriale.
Il est hors dedoute que ce droiteompétoitau seigneur de Horbourg,
puisqu'il a été confirmé par lettres patentes du mois de juin 1768,
accordées au Duc Régnant de Wurtemberg, l'article 18 y est formel.
Un seigneur qui reçoit un Juif dans les terres de sa justice lui
accorde nécessairement le droit ou la permission d'acquérir une
maison pour son logement sans lequel le droit d'habitation devien-
droit un être de raison.
Ces deux concessions sont si étroitement liées, que l'idée de la
concession de la permission d'habiter dans une seigneurie, renferme
nécessairement celle d'acquérir une maison pour s'y loger.
D'ailleurs la loi publique dans cette province, loi établie par la
jurisprudence des arrêts, a toujours accordé aux Juifs légitimement
établis du consentement des seigneurs la faculté d'acquérir des
maisons pour leur logement ainsi et de la même manière, qu'en
acquierrent les chrétiens, à cette seule différence près, que lorsqu'un
Juif acquiert une maison le chrétien est en droit de demander la
LES JUIFS HE H OR BOURG 125
préférence, et le Juif est tenu de s'en désister et de recevoir du chré-
tien le remboursement de ce qui aura été payé par le Juif.
Il est donc évident, qu'il ne faut point de permission particulière
pour authoriser un Juif à faire l'acquisition d'une maison après que
le seigneur lui a accordé sa protection. Cependant il paroit, que dans
le comté de Horbourg des Juifs ont fait des acquisitions de maisons ;
ce qui présente la question de savoir, si pour assurer la validité de
ces acquisitions, il auroit fallu obtenir la permission du seigneur,
moyennant une certaiue rétribution en argent?
Il parait dans le fait que plusieurs Juifs ont payé à la seigneurie
des sommes plus ou moins fortes pour l'obtention de la permission
d'acquérir des maisons pour leur logement, ce fait est attesîé par
des pièces authentiques, mais cette rétribution pourra-t-elle être
envisagée dans le tribunal de la justice comme un droit légitime?
Où est le titre qui authorise le seigneur de Horbourg à établir un
droit pécuniaire sur les acquisitions des maisons des Juifs? L'on ne
pourroit envisager ce prétendu droit, que comme une espèce de lods
et vente, droit qui n'est pas un fruit naturel de la juridiction, il faut
pour l'établir un titre exprès, ou la possesion immémoriale.
Il n'est pas défendu à un seigneur qui a droit de recevoir et de
congédier des Juifs, de recevoir une reconnaissance pécuniaire pour
la permission qu'il accorde à un Juif d'habiter dans sa terre : cela est
d'autant plus permis vis-à-vis d'un Juif, que les chrétiens mêmes
sont obligés de pa>er aux seigneurs une certaine somme pour le
droit de bourgeoisie ou de manance, qu'ils leur accordent, pourquoi
donc ne seroit-il pas honnête ou permis à un seigneur de recevoir
d'un Juif un droit pécuniaire en reconnaissance de la faveur qu'il
lui fait de s'établir dans sa jurisdiction ?
Bien loin donc, que les exemples rappelés dans le mémoire soient
capables de fonder un droit. Ils ne seroient envisagés que comme des
exactions. L'on ne considérerait la perception des sommes payées en
raison de la permission d'acquérir maison, que comme une contra-
vention à la loi du souverain qui a borné les droits des seigneurs à
une somme fixe pour la protection des Juifs, qu'ils reçoivent dans
leurs terres.
L'on ne peut donc point se dissimuler que la demande que forme-
roient les officiers de son altesse séréuissime pour la rétribution des
permissions que les Juifs ne sont pas tenus de demander, seroit mal
accueillie en justice, surtout à la vue de l'article onze du nouveau
règlement concernant les Juifs d'Alsace portant permission expresse
aux Juifs de continuer d'acquérir des maisons nécessaires pour leur
habitation, cette loi contient tacitement des défenses aux seigueurs
de mettre des entraves à cette permission par aucune exaction rela-
tive à l'acquisition, et en effet, il seroit inconséquent de dire, que
le roy permet aux Juifs d'acquérir des maisons, mais qu'il dépendra
d'un seigneur d'y mettre à son profit un taux en argent sans quoi la
permission du souverain restera sans effet. Le Juif ne tiendroit donc
I REVUE DES ÉTUDES JUIVES
pas ce droit, celte permission du souverain. Il la tiendra uniquement
du seigneur moyennant une rétribution pécuniaire, ce système seroit
révoltant.
Au surplus, un Juif qui possède déjà une maison qu'il habite, na
plus la faculté d'en acquérir une autre soit pour la louer, soit pour
la revendre. Le nouveau règlement y est formel, mais il ne porte
aucune peine contre le contrevenant. Cela peut donner lieu à l'action
populaire, c'est-à-dire que chaque habitant aura droit d'évincer le
Juif de la seconde maison qu'il aura acquise et lui rendre le prix
d'acquisition, cela n'intéresse pas le seigneur ni la partie publique,
qui inutilement requerroit que le Juif vendra sa maison s'il ne se pré-
sente personne pour Tacheter, et c'est ce que l'on doit présumer, si
effectivement aucun habitant réclame contre l'acquisition ainsi qu il
est authorisé par le règlement.
Délibéré à Golmar, le 16 e mars 1785, signé Reichstelter.
Gollationné et trouvé conforme à son orignal. Sandherr.
Arch. dép. de Colmar, E. 445.
X.
A Golmar, le 19 novembre 1767.
"Nos seigneurs,
Il y a maintenant sept familles de Juifs domiciliés à Horbourg, parmi
lesquelles ils régnent de temps en temps des désordres même jusqu'à
se battre dans leurs assemblées judaïques. Ils se glissent quelquefois
à Horbourg des Juifs non reçus de la seigneurie sous prétexte d'être
valets de l'un ou de l'autre des Juifs dudit lieu, sans parler d'autres
irrégularités.
Dans tous autres endroits de cette province qu il y a des Juits et
qu'ils soient même de petit nombre les seigneurs des lieux leur don-
nent des préposés pour le maintien du bon ordre et pour veiller aux
amendes du seigneur. Il n'y a qu'à Horbourg qu'il leur manque.
Leur rabbin de Ribeauvillé leur a voulu commettre un préposé il y a
quelque temps, ce que j'ai empêché, en lui faisant entendre que ce
n'est pas à lui à en nommer, mais au seigneur du lieu, comme par
toute la province cela se pratique, lequel en nommera lorsqu'il le
jugera à propos, sur quoi il n'a rien osé faire jusqu'à présent.
C'est pour le prévenir, pour maintenir le bon ordre parmi les Juifs
au dit Horbourg et pour faire veiller aux amandes que je prends la
liberté nos seigneurs, d'y établir sur votre bon plaisir un préposé de
la communauté des Juifs au dit Horbourg et d'y nommer Marum
Kahn Juif dudit lieu comme le plus âgé, le plus tranquille, et des plus
capables sous les instructions dont j'ai l'honneur de joindre un projet
où j'ai suivi autant qu'il était possible les instructions qui se don-
nent de la part de la seigneurie de Ribeauvillé au préposé de Juifs de
Berkheim et dont on m'a procure un formulaire allemand de la part
des officiers de la dite seigneurie.
LES JUIFS DE HORBOURG 127
J'ai trouvé dans sa place d'en communiquer à M. Demougé, le
Bailli, avec lequel je suis convenu des articles portés par le projet
d'instruction ci-joint.
Je remets cependant, nos seigneurs, le tout à votre prudence de
choisir tel autre parti que vous jugerez à propos.
J'ai l'honneur d'être avec un profoud respect, nos seigneurs, votre
très h. et tr. obéissant serviteur, Rosé.
Arch. Nat., K. 2362.
XL
Nomination de Marum Kahn aux fonctions de préposé des Juifs à
Horbourg et spécification de ses devoirs, du 4 GV décembre 4767.
Les Conseiller d'État, Président, vice-Président et Conseiller de
Régence à Montbéliard pour son Altesse sérénissime Monseigneur le
duc régnant de Wurtemberg déclarant à tous ceux qu'il apartiendra,
que, pour le maintien du bon ordre et de la tranquilité publique, ils
auroient nommé et institué, ainsi qu'ils nomment et instituent par
les présentes jusqu'à bon vouloir et autre disposition, Marum Kahn,
Juif d'Horbourg, à Voffice de Préposé de la communauté des Juifs aud.
Horbourg aux honneurs et prérogatives, qui y sont attachées et à
charge pour lui :
\ . D'être fidèle et attaché au service de la sérénissime Maison de
Wirtemberg, de faire en toutes occasions son possible, pour avancer
les intérêts de la sérénissime maison et de détourner son dommage.
2. Il observera le bon ordre et la tranquilité, sans aucune partialité
parmi les Juifs à Horbourg, lesquels lui doivent obéir et comparaître
pardevant lui à sa réquisition, lorsqu'il le jugera convenable pour
des affaires loyales, seigneuriales ou des affaires des Juifs, même
sous peine de douze livres d'amende pour cas de désobéissance et de
plus forte le cas échéant.
3. Il observera la Police particulière parmi la communauté des
Juifs aud. Horbourg sans passion, inimitié ni partialité et mettra les
coupables pour de petits cas à l'amende seigneuriale jusqu'à la con-
currence de six livres, dont il fera état exact à la Recette seigneuriale
d'Horbourg, et pour des cas graves il en fera son rapport à la Recette
seigneuriale ou au Procureur fiscal pour y prendre le parti, qu'il
conviendra.
4. Comme il y a de certains cas d'amendes édictées par le Rabin,
dont la moitié revient à la sérénissime seigneurie, le Préposé susd.
y veillera, en lèvera des Extraits en français ou en allemand des
Protocoles du Rabin, signé d'icelui et du Protocolliste et les remettra
à lad. Recette seigneuriale pour en faire entrer le montant.
5. Ii se conformera ponctuellement aux ordres royaux et seigneu-
riaux qui sont ou seront donnés de tems à autre, il publiera à la
communauté des Juifs aud. Horbourg ceux, dont il sera chargé et
tiendra la main à l'exécution d'iceux, en faisant son Rapport fidèle à
128 RKVl'K Di:S KTTDKS JUIVES
la Recetle seigneuriale d'IIorbourg ou au Procureur tiscal de la sei-
gueurie contre les contrevenants el contre tous ceux des Juifs qui
sont dans le eus amendable, pour y prendre tel parti qu'il apar-
tit'ii Ira, sans rien receler, ni entrer dans aucun accomoderaent de
son chef, ii peine d'en être responsable eu son propre el privé nom.
G. Si des Juifs étrangers venoient ù se glisser et introduire a Uor-
bourg, sans avoir été reçus de la sérénissime seigneurie, sous pré-
texte d'être précepteurs, domestiques ou autres, le Préposé susd. les
fera sortir de suite du village, en faisant défenses aux Juifs du lieu
de leur donner retraite sous peine de cinquante livres d'amende et
en cas de désobéissance il eu fera son rapport à la Recette seigneu-
riale d'IIorbourg pour y faire remédier.
7. Il ne souffrira aucunes noces de Juifs, soit de ceux du lieu, soit
des Juifs étrangers, sans en avoir obtenu au préalable la permission
de la Recette seigneuriale d'IIorbourg, sous peiue de cinquante
livres d'amende contre chaque contrevenant el de plus fortes le cas
échéant. En cas de contravention il en fera son rapport sur le
champ à lad. Recette seigneuriale pour y faire prendre tel parti,
qu'il conviendra.
8. Si l'un ou l'autre des Juifs domiciliés à Horbourg vouloit quitter
ce village, pour s'établir ailleurs dans le Royaume, le Préposé susd.
doit faire son rapport à tems à lad. Recette seigneuriale, pour pré-
venir la perte des droits seigneuriaux annuels, et s'il en sortait pour
s'établir hors du Royaume, ou que des Juifs étrangers ayant à re-
cueillir quelque héritage à Horbourg, il en fera de même incessament
son rapport à lad. recelte seigneuriale et veillera à ce que le droit
d'Emigration revenant à la sérénissime seigneurie en pareils cas ne
lui soit enlevé.
De tout quoi led. Marum Kahn prêtera serment pardevant le Juge
de Horbourg entre les mains d'un Rabin. En témoignage de quoi les
préseules ont été expédiées sous le sceau de la chancellerie et la
signature d'un secrétaire. En conseil à Montbéliard le premier Dé-
cembre mil sept cent soixante-sept.
Par ordre :
Du Vernoy.
L'an mil sept cent soixante-sept le dix décembre par devant nous
François Demougé Bailli des Comté de Horbourg et seigneurie de
Riquewihr est comparu Marum Kahn Juif demeurant à Horbourg
lequel a prêté entre les mains de Salomon Wahl Juif d'Herrlisheim
commis Rabin en notre présence le serment de Préposé des Juifs
d'IIorbourg à lui enjoint parles Instructions d'autre part dont nous
lui avons donné acte et dressé le présent Procès-Verbal pour servir
et valoir ainsi (pie de raison et a le d. commis Rabin signé avec nou s
fait le jour et an que d'autre part
Sallamon Vahl, commis Rabin. Demougé.
Arcli. dép. de Culinar, E. i 15.
LES JUIFS DE I10RB0URG 129
XII.
Le 1 1 e décembre 1773.
A Nosseigneurs les vice -président et conseillers de la régence de son
altesse sereuissime Monseigneur le Duc Régnant de Wurtemberg
establie à A ontbéliard.
Supplient très humblement les Juifs de la communauté de cette
nation à H. disant que pour obtenir de votre authorité la permission
de construire une sinagogue au dit H., ils auraient joint à la requête
qu'ils ont eu l'honneur de vous présenter la requête addressé à M. Néef
procureur général au conseil souverain d'Alsace ainsi que son décret de
permission, comme les supliants ont un besoin des plus essentiels d'a-
voir laditte requête et décret pour obtenir de leur Rabbin la permission
de quêter dans la province pour leur aider et subvenir aux frais de la
construction de la ditte sinagogue sans laquelle requette et décret le
dit Rabbin leur refuse cette permission, les suppliants espèrent que
vous trouverez d'autant moins de difficulté de la leur faire remettre une
coppie duement collationée au sieur receveur Rosé dans ces circon-
stances, ils ont l'honneur de vous présenter leur très humble requête.
Ce considéré Nosseigneurs vu ce que dessus, il vous plaise ordonner
que la ditte requête au bas de laquelle se trouve le décret de Mon-
sieur Néef, procureur General au Conseil Souverain d'Alsace, qu'ils
ont joint à leur requête présentée à l'effet d'obtenir la permission de
bâtir une sinagogue leur soit renvoyée pour s'en servir en cas de
besoin aux offres qu'ils font d'en donner une copie duement colla-
tionnée au sieur receveur Rosé s'il est nécessaire et ferez grâce.
ns ^nn — .bas-i -d ^ — -Epr» nn n^DDba — .ïto» na t|b«l
— .y"D -pne nn mb ïmïr — /pn b«£H na t|ov — "b«B.i
Arch. Nat. K. 2362. '
XIII.
Procès-verbal.
Heute den II. Tag des 3 ten Monals im 2-Jahr der franzôsischen
Republik haben wir maire und municipalbeamten der Gemein
Horburg zufolg eines arrêté des Volksrepràsenlanten bey der
Rheinarmee vom 17. Brumaire die gùldenen und silbernen Gelâss in
der Judenschul allhier aufgenommen um dasselbe auf den Altar
des Valerlands zu legen und befiudet sien demnach also wie folgt :
an harlem Silber 13 lolh 1 achlel.
an Spitzen weiss und gelb 3 — 7 —
an gesticklem Silber weiss und gelb . 18 — 1 —
Worùber gegenwârliger Procès verbal aufgeseîzt
Actum Horburg wie obgemelt.
Obreght, maire. Sigel Midglid, Mathias Ittel, Procurer.
Joh. Wolffensberger, secret : greffier.
L. 645. Arch. dép. de Colmar.
T XLVÎ1I
NOTES ET MÉLANGES
NOTES EXÉGÉTIQUES
I. Amos, vi, 1, et IIabacouc, ni, 14.
M. Halévy (Revue sémitique, XI, p. 110) a proposé de cor-
riger, dans bvnw ma ûrtb naai d"n»i n^dan ^aps, le mot lapa en
n D p ? et de ponctuer vfcy. Le sens ainsi obtenu : « Prononcez (le
nom des) peuples principaux et rendez-vous auprès d'eux, ô (gens
de la) maison d'Israël » s'accorde très bien avec le contexte.
Toutefois la traduction de mttfin par « principaux » est un peu
forcée, et le mot lui-même paraît inutile. Nous serions portés à
changera notre tourmtûfinen ^5fcO ou tûfen, et adonner à l'expres-
sion ibéti nps le sens de «an wz» « dénombrer, énumérer, men-
tionner ». De la sorte l'interprétation donnée par M. Halévy
serait tout à fait satisfaisante 1 . Le sens primitif de apa parait
analogue à celui de *Dï.
Peut-être dans IIabacouc, m, 14, le mot ffîs «m rvm napa
doit-il être expliqué de la même façon, et Ton traduirait : « Tu
as énuméré par tribus les chefs (des méchants) », c'est-à-dire tu
les surveilles (quand ils viennent m'attaquer). Le texte paraît
d'ailleurs altéré, et on pourrait lire afa au lieu de napa. Le verset
signifierait : « Les chefs (des méchants) se sont dénombrés par
tribus », c'est-à-dire, ils se sont réunis (pour m'attaquer).
II. Job, xi, 3, et xli, 4.
Dans le verset wnrn ûvitt T^ ( Job > XI > 3 ) le mot na est illter "
prêté par a mensonges » ; dans un autre verset, qui lui res-
1 II faudrait aussi changer ûnb en anrN-
NOTES ET MÉLANGES 131
semble beaucoup, Tna umna ab (ib\, xli, 4), on traduit ria « ses
membres ». 11 semble que le mot la devrait avoir le même sens
dans les deux passages. L'explication courante du premier ver-
set est d'ailleurs assez douteuse, parce que le verbe wniïn n'est
d'ordinaire pas transitif, soit que l'on traduise : « Tes mensonges
feront taire les hommes », ou « les hommes tairont tes mensonges ».
Dans le second passage, je ne tairai pas ses membres est une
façon de parler aussi singulière en hébreu qu'en français.
Nous serions porté à voir dans l'un et l'autre endroit, non
pas le substantif 15 mais une altération de via particule com-
posée de a et de fc > fc 7. Le sens que l'on trouve pour cette particule
dans Job même (xxxix, 25) : riNïi tjmt hûira "rça, ainsi que dans
Jérémie (li, 58) et Habacouc (11, 13), pn V73, ^^ vn et dans Na-
houm (11, 13) : vm-m i*ia, nous paraît s'adapter fort bien aux deux
passages en question. Le premier verset signifie : « A cause de
toi les hommes se tairont », et le second : « je ne me tairai pas
en ce qui le concerne ». Peut-être aurait-on dû ponctuer i^a .
Le mot la ne signifiant pas mensonges dans Job, xi, 3, cette ac-
ception devient douteuse dans via p Nb (Is., xvi, 6 == Jér., xlviii,
30). Là on doit probablement s'en tenir au sens de faux pro-
phètes ; cf. Is., xl vi, 25. Il est difficile de penser à vis. On pour-
rait plutôt y penser dans hSTM biaia v-n (Job, xvn, 16), et
également dans m» -iiaa via baao iw ^a baao («&., xvm, 13).
Malheureusement ce dernier verset reste encore très obscur.
III. DlTTOQRAPHIES VERTICALES : EzÉCHIEL, II, 18 ;
vu, 13 ; xxi, 27 ; Daniel, iv, 32 ; v, 16.
Le livre d'Ezéchiel nous a déjà fourni plusieurs exemples de
dittographies verticales. En voici trois autres : Dans la phrase
nïE" 1 rr#a snm nm (in, 8), le mot 21m semble superflu, cf. v. 19,
nw lava &nïl. Le mot peut venir de *im, qui est au-dessous.
Dans vu, 13, le mot finr» a été changé en "jim sous l'influence
des lettres pm, placées à la ligne suivante (la phrase même *a
Fftlfctt ba ba liîn doit être une répétition des mêmes mots au v. 12
ou au v. 14). Les mots aiur ab après remn viennent de aiuvi ab au-
dessus ; et la ressemblance du groupes de lettres a^na toi aiur ab
avec celui de imn isva tt^ai permet de supposer d'autres altéra-
tions analogues, qui ont rendu le verset tout à fait inintelligible.
xxi, 27, les mots tria ûi\ab dans la première partie du verset sont
une anticipation fautive des mêmes mots dans la seconde partie 1 .
Cet exemple nous a été signalé par M. Liber.
132 REVUE DÈS ÉTUDES JUIVES
Dans Daniel, rv, 32, les mots rcna ■nstn, après qu'il a été ques-
tion des habitants de la terreau commencent! en I du verset, sont
superflus. Ce u'esl sans doute qu'une répétition fautive de "héo
bon», qui est au-dessus.
Ih.. v, l(j, les exégètes remarquent qu'il devrait y avoir yrfc/n
-,w'c?:b, au lieu de iiDDBb iniCD. Le copiste a dû être égaré par
les mots snbîa "nsa «le la ligne précédente '.
Mayur Lambert.
DU SENS DE DIO^J DANS LE TALMOD BABYLONIEN
(GUITTIN, 43*)
A propos de la règle édictée dans la Mischna, Guiltin, iv, G :
« Si quelqu'un vend un esclave à un non-juif ou hors du pays,
l'esclave devient libre », le Talmud (Guillin, 43 b) cite la baraïta
suivante : « Si quelqu'un a emprunté de l'argent à un non-juif
et lui a donné en gage son esclave, (kxt> 101733 naa ib rtiDJUO fTO
rvrpnb) cet esclave devient libre dès que le non-juif a accompli à
son égard le D1723. » Le sens exact de cette phrase n'est pas clair,
à cause du mot étranger oi^. La comparaison de la baraïta avec
la Mischna nous apprend immédiatement que dans la première
l'esclave 'est remis au non-juif à titre de garantie, et que le
créancier, le non-juif, a accompli à son égard un acte qui, comme
l'achat, le fait entrer en sa possession. Dans le Talmud même,
les Amoréens babyloniens expliquent de deux façons ce mot étran-
ger. R. Ilouna b. Yehouda croit que oi»i signifie v^ 5 > m °t qui*
d'après Raschi, désignerait un sceau, la marque distinctive de
l'esclave; d'après Kohut (Arucli, V, 395a), dtos serait un bra-
celet. Par contre, R. Schcschct explique ce mot par 173T, temps
lixé pour l'échéance, en opposant à R. Houna une baraïta dans
laquelle ce même DIX» ne saurait être un sceau : rrrronm po*TBCl
■f? nc^'-w ^d by t)N bcnœ^b imttî pia»tD "natii ma» via ww\
.*W3Wn 173 rmBB 10173:; <i Les fermiers qui reçoivent comme ré-
1 M. Israël Lévi nous signale encore les versets : Daniel, I, 10 : UN TiZ'2 7wN
ÛME PwN —«-1^ ri73b "V^tf DDTI1Z3E n«1 05558», OÙ le second TwN pour-
rait être une répétition du premier, et Ezéchiel, xvn, 5 : VINH 3>~IT73 np^l
2^21 0*73 bj TTp y"lT m\D3 ITOmi ynXTJ. np n'est pas dans la Septante
et Corniil v voit une ditljg.'aphie. Mais la distance entre les mots semblables n'ett
pas tout à fait ù'ui.e ligne.
NOTES ET MÉLANGES 13J
compense une partie déterminée de la récolte et ceux qui ne rap-
portent au loueur. qu'une partie fixe de la récolte, les fermiers
héréditaires et celui à qui un non-juif a engagé son champ, quoique
ce dernier ait accompli le DnttS, tous sont exempts des dîmes lévi-
tiques. » Dans ce passage il s'agit, comme pour l'esclave, d'un
bien mis en gage , et le oi»3 a pour but, ici comme là-bas, de
rendre le créancier, qui est ici un Juif, propriétaire du champ.
L'impression que laissent ces passages est que les Amoréens ba-
byloniens n'expliquent pas le mot lui-même, qu'ils ont dû con-
naître, avec l'acception de vo^oç, par la Mischna Guiltin, vi, 5,
et d'autres exemples, mais qu'ils expliquent la procédure légale
désignée d'une manière vague par ce mot. Les lexicographes ne
semblent pas plus avancés que le Talmud dans les explications
qu'ils donnent de 01535. Levy (N.H.W.B., III, 400 1>) le traduit
comme si c'était ^ni, ulcère, marque visible sur le corps des
esclaves; Kohut (Ariich, V, 346 &) et Krauss [Lelmwôrler, II,
360 a ) l'expliquent par procédure ; Perles ( Monatsschrift ,
XXXVII, 370) dit que oies appliqué à l'esclave serait l'abréviation
de manumissio, mise en liberté, tandis que Di^n appliqué à un
champ serait la corruption de dwm, x1\loç, évaluation.
Il est hors de doute que non seulement le mot tel qu'il est écrit
paraît être identique à owi, loi, mais que toute la locution ïra*
1DW3 ib peut être considérée comme l'équivalent de celle qui se
trouve dans la Mischna Guittin, \i, 5, avec le même sens. Là le
mari donne un mandat à des personnes au sujet de sa femme en
disant : ■naro nb ma* ow» ïib ma* îtiwid îttod « Rendez-la libre,
entretenez-la, agissez envers elle suivant la loi, comme il con-
vient », ou comme dans la baraïta citée à ce propos dans Guittin,
65 b, ^xro Mb ma* DW3S nb ma* ma nb ma* « Agissez envers
elle selon la règle, selon la loi, comme il convient. » Si l'on
rapproche les expressions synonymes, il* en résulte avec évi-
dence que le sens de oms*^ est « usage, loi ». Mais, outre que
dans le texte qui nous occupe il n'y a pas oma^S, qui indi-
querait une loi du pays ou un usage dominant, mais nomo^
qui paraît désigner un procédé particulier, on trouve dans le
récit parallèle touchant le champ engagé (Tos. Teroumot, n,
11, manuscrit d'Erfurt) : mb* ^om^ "ib rma*ïi ^s b* 5]N, ce qui
semble prouver que Dmaa désigne une chose faite à propos du
champ , comme un acte ou quelque chose de semblable dans
le domaine de la procédure. De même, dans le récit parallèle
touchant l'esclave hypothéqué, Tos. Aboda Zara, ni, 16, les pre-
mières éditions et le manuscrit de Vienne de la Tosefta ont ïma*
motoa "nnrs vb*, comme le texte précédemment cité a un mot
I I REVUE DES ÉTUDES JUIVKS
v»b*, qui exclut tout rapprochement avec la phrase ftb ma*
owsa Ajoutez à cela que les textes du Talmud babylonien,
Guittin, \:u> diffèrent; dans le manuscrit de Munich et la To
Teroumot t on lil ^r::; le manuscrit de Saint-Pétersbourg porte
DTOfcti voir Perles, toc. cit.), les éditions et le manuscrit delà
Tosefta ont la leçon mora au pluriel, de sorte que l'identité de
cvr: et de vôfio* parait douteuse.
La valeur juridique de la procédure désignée ici par owrç est
assez manifeste. Tant l'esclave que le champ sont mis entre les
mains du créancier, comme gages du prêt d'argent; car du l'ait
que l'hypothèque d'un champ appartenant à un non-juif se trouve
discutée mi même temps que 1rs différents modes de location à un
Juif, il résulte que le champ doit être la possession du Juif. Cela
est d'autant plus certain qu'à ce propos est déhattue la question
df savoir si le Juif est obligé de s'acquitter des dimes lévitiques.
Le DW3 qui s'ajoute à l'hypothèque vient, comme le montre le
^d by E|N de la phrase frt* 101)35 "ib ïWfto *D b? t|X, renforcer les
droits du créancier, qui est en possession du gage tant que la
dette n'a pas été payée. D'autre part, ûtos ne saurait vouloir dire
que le détenteur du champ en devient le propriétaire, car alors
on ne l'assimilerait pas à un fermier et il ne saurait être exempté
des dimes lévitiques. Comme le créancier qui détient un champ
en gage se distingue du fermier en un point important, à savoir
qu'il garde tout le produit pour lui, sans donner aucune part au
débiteur, et que cependant la baraïta l'assimile à un fermier et
pose la question de savoir s'il doit payer la dime ou non, il faut
nécessairement que le créancier ait acquis tous les droits sur la
récolte du champ qui lui est engagé, et îrnos pourrait alors dési-
gner l'entente survenue à cet égard entre créancier et débiteur.
Cette explication pourrait aussi convenir au cas de l'esclave donné
en gage qui se trouve à ce titre dans la maison du créancier, mais
bien entendu ne devient pas sa propriété. De quelle façon était
réglé le travail de l'esclave"? C'est justement le D*raa qui régle-
mentait cette question de jouissance.
La logique voudrait que le blES, qui ne fait pas du créancier
juif le propriétaire du champ hypothéqué, ni ne l'oblige à donner
la dîme, ne rendît pas davantage le créancier païen possesseur
de l'esclave, ni ne fit affranchir celui-ci hors de la vente, tandis
que la baraïta dit explicitement : le dtos libère l'esclave. Cela tient
à ce que le Juif qui remet son esclave entre les mains d'un non-
juif est toujours puni par les lois rabbiniques du 11 e siècle :
d'abord son esi lave bénéficie de la liberté, puis lui-même se voit
obligé de payer à son préteur des dommages-intérêts \Babli
NOTES ET MÉLANGES 135
Guittin, 43 b, Tos. Aboda Zara, m, 16). Par contre, cette même
législation cherche par tous les moyens admissibles à procurer
des facilités aux Juifs qui acquièrent des terrains situés en Pales-
tine et appartenant à des non-juifs : par exemple, par l'exemption
de la dîme lévitique, qui dure jusqu'au moment où il en devient
propriétaire définitif. Ces différents points de vue se retrouvent
dans d'autres lois économiques du même temps et elles expliquent
les diverses conséquences du Difca. Il convient d'observer que le
sujet de la phrase irhy "iDiïïi ib ™* (Guittin, 43 & ; Tos. Aboda
Zara, ni, 16) concernant la mise en gage d'un esclave est donné
formellement comme étant le créancier non-juif. A propos de la
mise en gage entre les mains d'un Juif d'une propriété apparte-
nant à un non-juif, le sujet manque, il est vrai, dans Guittin, 43£,
mais il est nommé dans la Tos. Teroumot, n, 11, banw ib ma*
irhy ">oto, et c'est le créancier qui est désigné comme auteur du
OTO. Que signifie ce mot?
Dans le code syro-romain datant du v° siècle , et édité par
Bruns et Sachau (Syr. rôm. Rechtsbuch, Berlin, 1880), on lit
(p. 29, § 99, de la traduction allemande) :
« a) Si quelqu'un donne en gage un champ, et si les intéressés
« ont convenu que le prêteur recevra à titre d'intérêts de son
« argent le produit du champ, le contrat est valable.
« b) Si quelqu'un donne en gage une ânesse ou une jument et
« que les parties ont convenu que la bête travaillera pour le
oc créancier aux lieu et place d'intérêts, au cas où la bête vient à
« mettre bas, le petit appartient au débiteur.
« c) Si quelqu'un donne en gage un troupeau de moutons ou de
« chèvres, et que les parties ont convenu que les revenus du
« troupeau tiendraient lieu d'intérêts, le contrat est valable. La
« laine du troupeau tiendra lieu d'intérêt, et les petits qui sur-
« viendront serviront à payer le salaire et la nourriture des
« pâtres et des chiens de garde. L'accroissement du troupeau
« servira à compenser les pertes des moutons qui meurent.
« a) Pareillement si quelqu'un donne une esclave en gage et
« qu'il la remette au créancier à titre de vop^ (awia) pour qu'elle
« travaille chez lui, son travail devra tenir lieu des intérêts de
« l'argent que son maître a emprunté. Si elle enfante, l'enfant
« appartiendra à son maître, au débiteur. »
Nous y trouvons les deux cas qui nous occupent, la mise en
gage d'un champ ou d'une esclave. Cette dernière se trouve,
comme l'esclave de la baraïta, dans la maison du créancier,
comme le champ est en sa possession. Elle y occupe la place d'une
voar h dont on peut aisément déterminer le sens. Comme on le
136 REVUK DES ÊTUDE8 JUIVKS
voit, on s'occupe aussi dans les trois premiers points du para-
graphe d'autres objets mis en gage, et les conditions légales dans
lesquelles ils se trouvent à l'égard du possesseur temporaire sont
les mêmes que celles qui concernent l'esclave ; seulement on les
précise parla convention passée entre le créancier et le débiteur
qui donne au créancier le droit de jouissance. Cette convention
portant sur un esclave est désignée par le mot vojnrç. Ce mot si-
gnifie proprement « possession ». et le Code l'emploie aussi ailleurs
dans ce sens; par exemple, p. 10, s, 24, il est dit : « Si quel-
« qu'un écrit en laveur d'une personne une Bwpéa ou une xoct*-
« Y^a-yY, portant sur un objet, mais ne lui remet pas en même
« temps la voa/ r la Bwpéa n'a aucune valeur. S'il écrit cette Swpéa
« en faveur de son fils ou de sa fille, mais ne lui donne pas le voji/rç,
« la oossa est valable, tant que reniant demeure avec son père;
« si le bénéficiaire est un étranger, cela n'est pas valable. » De
là il suit que vo^ est la prise de possession, qui rend possible
la jouissance. De même, p. 19, § 64 : « Si quelqu'un acbète une
« propriété, un esclave, ou tout autre objet au nom d'un autre,
« et qu'il possède la vo(j.Vj de l'objet ou de l'esclave acheté et qu'il
« en use, il ne résultera pour lui aucun dommage du l'ait que la
« xaray^a-yY, n'est pas écrite en son nom. Car partout on n'exige
« que la vojx-q, et l'impôt du roi, appelé « annome », est payé (par
a le propriétaire). » Ici aussi vojat, veut dire « jouissance, pos-
session réelle » ; pareillement p. 9, § 22 ; p. 15, §43; p. 20, § 66 ;
p. 37, § 120. Ducange est du même avis (Glnss. grœc. s. v. vê^eiv) :
voy.r, possessio, voces jurisconsultorum in Basilicis fréquentes ;
Glossar. grœc. lat. vojrq, xaroj^, possessio. Le mot syriaque fiWtt,
le mot grec vojjltq, est expliqué de la même façon par Payne-
Smith (Tfiesatir., s. v., col. 2322) avec cette interprétation plus
claire et plus explicite : « Apud jurisperitos : usufructus (Anecd.
Syr. t I, App. 36,37, 41, 44, 45), wvn D7j"i3 usus aqme pro irrigandis
hortis (ibid., 57).
Voilà la signification que nous avons trouvée pour D1703 de la
baraïta ; seulement il ne s'agissait pas de la jouissance même,
mais d'une convention sur la jouissance, ou peut-être d'un acte la
concernant.
Il est difficile de savoir quel était le mot exact, vu le nombre
des variantes : zvz:. cim. ^ora, Ditt&c, û^to^. A vojrq répon-
drait un autre mot du même sens et marquant l'action vé(i.Trj<rtç, que
l'on pourrait retrouver dans tTDItta, corrigé on b^ttî. Dans
zr:: même, ce n'esl pas le mot vofioç = loi que l'on retrouve, mais
le mot vojjlôç = vojx^.
Vienne, 13 mai 1903. A. BUECBLKR.
NOTES ET MÉLANGES 137
DEUX INSCRIPTIONS HÉBRAÏQUES
I
Voici une inscription hébraïque qui nous vient du Tonat, Ksar
des Rormali, dans le Sahara oriental. Elle a été trouvée par
M. Gautier, lors de son voyage d'études géographiques dans ce
pays. Elle date du xiv e siècle et se compose de quatre lignes.
Elle a été déchiffrée par M. Philippe Berger (séance de l'Acadé-
mie des Inscriptions et Belles-Lettres, le 5 juin dernier), qui en a
proposé cette lecture l :
*)y[z}i masai pi.bn[nT]a 2
©bri 3N3 û^tû? ro©a 3
.osn mxs 4
Elle signifierait, d'après le savant professeur du Collège de
France :
\ . Ceci est le tombeau de Monispa, fille d'Amram, qu'elle repose au
Paradis !
2. A Zilha'oq ('?), et elle est décédée dans les douleurs [le l'enfan-
tement],
3. Le samedi vingt en Ab, (mois) qui vient en paix,
4. l'an 5089 (= 1329).
Nous ne croyons pas devoir accepter en entier ni cette lecture,
ni, par conséquent, cette traduction, et voici nos raisons :
Ligne 1 : il nous semble que la lettre clevenue-fruste en tête du
nom propre est, non un \ mais un i, soit avec la lettre précé-
dente l'abréviation 'ntt (pour m») « dame », selon l'usage cons-
tant, pour les stèles de femmes, dans des centaines de textes
similaires. — L'eulogie finale de cette ligne doit se rapporter
au dernier nom, à Amram, père de la défunte, non à celle-ci,
elle indique qu'il était décédé au préalable, car l'eulogie relative à
la défunte ne serait exprimée qu'après la date de sa mort et après
le nom du lieu où elle est décédée. Ce nom de lieu, assez bizarre,
n'est donné par le savant épigraphiste que sous toutes réserves.
Lignes 2 et 3 : outre que le dernier mot de la ligne 2 et le
second mot de la ligne 3 sont de tournure suspecte dans cette
1 Comptas-rendus des séances de cette Académie, 19Ù3, I, p 236.
138 REVUE DES ÉTUDES JUIVES
rédaction, il résulte de la^vérification du calendrier pour l'an 5089
que le vingt ■ Al) u'étail pas un samedi, mais un lundi. Il faut
donc lire différemment ce passage, et, en effet — scion l'idée sug-
gérée par M. Clermont-Ganneau — on trouve la formule correcte
dans une inscription de l'an 1154 à Benvento, publiée par As-
COli 1 , et qui permet d'établir la lecture suivante :
[pour 'nEïïb ^cmn) âbn a sa a*^ Va nataa v[anJa. M
Voici, par conséquent, la nouvelle version, que nous pro-
posons :
1. C'est la tombe de dame Nespa, fille d'Amram, qu'il repose au
Paradis !
2. A Zithaloq (?) ; elle est décédée le quatrième jour (mercredi)
3. de la semaine, 15 e jour du mois d'Ab, qui sera changé (de l'af-
tliction) en joie,
4. l'an 5089 (=41 juillet 13?9).
Il n'est pas nécessaire d'expliquer qu'au premier mot de cette
restitution la seconde lettre effacée n'est pas un X, mais an, et que
la dernière lettre 1 est un 1 épais.
Au troisième mot, la première lettre, lue à tort *, est un ca ; en-
suite il faut lire tp "i, au lieu de w, Enfin, la dernière abréviation
avec le sens que nous avons cru devoir adopter s'adapte mieux au
mois d'Ab Menanem.
Ce petit texte confirme l'existence d'une communauté juive dans
la région du Touat, vers ladite époque. Le fait avait été déjà si-
gnalé par M. René Basset 3 . Au siècle suivant, les Juifs y sont
persécutés, et leurs têtes mises à prix : c'est la fin de leur séjour
au Touat.
II
M. le colonel du génie Allotte de la Fuye a bien voulu nous com-
muniquer l'estampage d'une autre pierre tombale provenant du
cimetière de Saïda , l'antique Sidon (Syrie), et appartenant à
M. Feuardent.
Elle est ainsi conçue :
N^2i5 "pas: vp iyi sms 1:2b "m ■ni 1
séparas m n *n >r'^i -/wb "m n *n 2
1 Le texte publié par M. Berger porte le mot impossible 2" , ~^ , T3V qui serait dû à
uue inadvertance du lapin. le.
1 Iserizionc inediti, p. SI, n° 37.
3 Journal asiatique, 1887, II, p. 323.
NOTES ET MÉLANGES 13<J
N^nn 'p'-w "ni *yi , î*oDNbtttt *yi ■ni 3
"j^dd nasa ""il in y^i-iin^n n " n ^i 4
î^">^73 ^nb in ryi "pijw "pr^b in m 5
nm ty a"j> "i*n in nnn 'p-inrn mi m 6
KObnïi nriDN m m nni n«iB b^ m m 7
mman nb"«a rnn-pan rinafc hnt 8
mlîia nbibo mtDiwaîl np^n 9
nnNDnn nnisi mraian îiTon io
r-nnosn c*r»ii rsD ^abun *idon ni» H
pn pipri nnsn niz3n "paan *jn nusa 12
b's'T ^rns V" 13 n"n73D nnn bia ïibiy 13
-fi fapnïi P518 biba i'n pw an ^"nb^ ftakan 14
r^iî? nini ûipi^^n ba mari nmaTti) 15
û^i ^-iin mx ba^ ûbi^-b n^nb 16
anb ididii aibiai û'uib û^n mauïi 11
t^'-pâ tpnïïn nunni bais ïvxb e-*a *ty 18
Cette épitaphe, de date moderne, commence par une curieuse
série de doléances, en langue araméenne, qui occupent les sept
premières lignes ; on doit noter en ce qui concerne l'exécution
matérielle la particularité que les quatre premières lignes ont été
tracées par le lapicide en relief; il en résulte que plusieurs lettres
de la ligne 4 sont élimées ou effritées, ce qui rend la lecture un
peu douteuse. Pour les quatorze lignes suivantes, le lapicide a
renoncé au tracé en relief et les a exécutées en creux. Les hémis-
tiches 1-3 riment entre eux, ainsi que les lignes 8 à 11 ; tandis
que les quatrains des lignes 4-5 et 6-7 n'ont que trois hémistiches
rimant ensemble. — Au lieu d'une traduction littérale, voici le
sens du texte, à partir de la ligne 8 : Cette stèle commémore le
souvenir d'une vénérable dame, pourvue de toutes les vertus et
de toutes les qualités, Esther, épouse de feu M. Nathan Farhi,
décédée le samedi 18 Eloul de l'an 5557 (9 septembre 1797). Après
la date, suit une prière en quatre lignes, sollicitant la protection
divine en faveur des fils de la défunte, en récompense de ses
mérites, « jusqu'au jour de la venue du Messie et de la résurrec-
tion des morts. Ainsi soit-il. Amen. »
Pour faire rimer le dernier mot de la ligne 15 avec l'abrévia-
tion finale de la ligne 18, écrite ârpa, le scribe a orthographié
triTjy (aide), au lieu de JTiï*. Pour que cette licence fût poétique, il
faudrait qu'elle figurât dans une poésie, ce qui n'est pas le cas.
Moïse Schwab.
U0 IIKVUK DES ÉTUDES JUIVES
UN POURI.M LOCAL
Parmi les manuscrits de l'Alliance israélite, dont nous comp-
tons offrir prochainement le Catalogue aux lecteurs de la Revue,
se trouve la petite pièce suivante :
m&nb&a b*a ïp^asa bra m;'r:n- b*a rrmaan b:n ta^sa br
.iTTTn i»Tai oaa a^a ir^;'::i asba amaasb ù^a mi»*o
tanp'a a^-r ^b'priâ n:c p^: \znnb -rar acbea m- ûa^a ù£*a
-:: a-m û v na\aa ûittsa nbiofca njNB "^sa rabib* irrr i ïoxaa
tanEKa bjrra-n r-nam -np^b ma osasia aab aona fa orna ma
aa*aaba Tnionb a^b* an ■qa ba asspsa baaa a-b ■pa nana r*n b*
•onronb asna î-ibbaoa p^i rabiota "fana ab^poaa no^M aimq
•raaapn ^ba asa^roab n»Tiaa 6|Ka asmaarû ^,ar rnaaaba
ta^-nn a^T^a a^a aamaa "aa baa S'nca baa ïaaaaa 1 abab
asnas anaiDa a^naa taa»»b asb nab^n anbuj -p*a tnwm asnaK
en "aa bio aa^ra nara n* a^ '5 a« 'i tayanaa D^aa^n -rra
ta^sbab nana (a)niûsraa nnsa aab nns: nas bo 'i Maaa a ûa^aa
arnaaN naata pn arnaaîa ra\a ^b raîa pst ran^a ^"^ ^a raaNaba
'i bai a^n ûab i-pa" 1 ab aaaisn ^a taraapa a^ra ^pra- raaaïaa
a^a nmnb i^araai n?sa biaa "osa n?ab a:b («>. a"»a naa bffi tw
biaa by nanaiDa *pid T»©ba ban: bbrab arbr aabap pba ranaob aab
bbab r-aana— b nanaia ba rpa n* aar-iT b*a ar»b* aabapa naabMaa a:a
.ï— rbo banaa *jai»b
La copie est belle d'aspect, exécutée en caractères carrés cal-
ligraphiés, mais l'orthographe et la langue laissent à désirer 2 .
La vocalisation laisse encore plus à désirer : elle a été mise
par un homme peu au courant de la grammaire, confondant le
Uameç avec le patah, le cèrè avec le sêgol, le scheioa avec le
cèrè.
Mais le contenu de cette page est intéressant. Après la formule
initiale, qui estime action de grâces imitée de l'introduction à la
prière de llanouccact de Pourim, il est raconté que, le 13 Nissan
5531 (28 mars 1771), des gens malveillants répandirent devant la
porte du quartier juif (ab^a7:a) de faux bruits, d'après lesquels les
Juifs auraient médit de la religion du pays; calomnies qu'on
1 Avec a au lieu de N.
1 Nous incitons cuire ^ ] les lettres à ajouter, et entre ( ) les lettres à supprimer.
NOTES ET MÉLANGKS 1 '.1
inventa pour tomber sur eux en masse, les massacrer, les brûler
ou les lapider daus leur quartier. Grâce aux bonnes dispositions
du gouverneur (•pttati) et des « gens de justice », les Juifs de la
ville (voisine?) obtinrent l'envoi de troupes chargées de veiller
sur eux et de les protéger contre les attaques des Chamites ("«3a
un). Jusqu'à ce que la fureur de ces derniers fût apaisée, les Juifs
citadins gardèrent les vignerons (?tW£>fi), cela durant deux ou
trois jours. Après quoi, le quatrième jour de Pàque, la porte du
quartier juif fut de nouveau ouverte, tout danger ayant disparu.
— Pour commémorer l'heureuse délivrance, a été instituée la pré-
sente solennité.
La date est nettement indiquée; mais on regrette l'absence du
nom de lieu où ces faits se sont passés. Ce n'est là aucun des
Pourim locaux, dont la liste a été dressée par Simonsen l pour
compléter celle de Zunz (Rilus, 127-9), par Kaufmann 2 , par G. -II.
Marguliès 3 et par la Revue des Écoles de V Alliance Israélite
(I, 148-152 et 211-215).
En l'absence du nom de lieu, les termes du texte peuvent servir
à circonscrire le champ des hypothèses : 1° Le mot nb^ott a bien
le sens de « carrière », nom porté par les juiveries ducomtat Ve-
naissin; mais il est évident que nous ne sommes pas en pays
chréiien. C'est donc le quartier juif. — 2° Les Dn ^a qui s'as-
semblent pour se jeter sur les Juifs sans défense, sont évidem-
ment des Orientaux. Il ne peut s'agir ni des Turcs, ni des Arabes
de TAsie ; car l'auteur du récit les aurait appelés D^o>m:\ Ismaé-
lites, Musulmans. Les « Chamites » sont, en général, des Afri-
cains, en particulier ceux de l'Ouest ou des Berbères. — 3° Le
■pEWi nommé ici n'est pas un « évèque » (selon la signification
fréquente de ce mot), mais un « gouverneur» assisté de grands
personnages (ûmzi) et de magistrats, asiZiE 'a, probablement des
Cadis.
Ces diverses circonstances permettent-elles de supposer que
ces événements se sont passés au Maroc ? Il y a de quoi hésiter,
en présence de l'affirmation donnée par D. Kaufmann [Revue,
XXXVII, 120), que les Juifs de ce pays jouirent du repos durant
quarante ans, de 1*750 à 1790, y compris donc Tan 1771.
Moïse Schwab.
1 Monatsschnft, XXXVIII, 52i-7.
2 Revue, XXXH, 129-30.
3 J.Q.H., VIII, 1896, p. 274-9, avec remarques de D. Kaufmann, ibid., 511-2.
1 ,j REVUE DES ÉTUDES JUIVES
NOTES SUR LES JUIFS D'ESPAGNE
LES JUIFS DE BARCELONE
La vieille communauté juive de Barcelone, qui fut si florissante
aux xiii et xiv e siècles et qui produisit tant de rabbins, de savants
el de poètes remarquables, était relativement peu importante au
milieu du xi c siècle. C'est ce qui résulte d'un document que le
P. Fidel Fita a publié récemment l , et qui est d'autant plus inté-
ressant qu'il contient une liste des Juifs qui demeuraient à cette
époque ancienne dans la capitale de la Catalogne.
A la mort du comte Ramon Berenguer de Barcelone, des dis-
sensions surgirent, au sujet de sa succession, entre ses deux fils,
Ramon Berenguer II et Berenguer Ramon II. Les deux préten-
dants au trône convinrent, le 17 mai 1079, qu'à tour de rôle l'un
des deux frères habiterait, chaque année, depuis le huitième jour
de la Pentecôte jusqu'au huitième jour avant Noël, dans le palais
de Barcelone, et que, pendant ce temps, l'autre demeurerait dans
le château appelé Castello del Puerto, situé sur le versant du Mon-
juic. Le Castillo del Puerto, ou Vieux-Château, se trouvait, en
face de la côte de la mer, sur le versant du Monjuic, ou Mons
judaicus, ainsi appelé parce qu'une partie de cette montagne ser-
vait, de toute antiquité, de cimetière aux Juifs. Quelques Juifs y
avaient aussi des terres et des vignes. Les possessions, situées en
cet endroit, d'un Juif, nommé Isaac, fils de Gento, qui avait eu
des relations adultères avec une femme chrétienne du vivant de
son mari, tombèrent, comme amende, entre les mains du comte,
qui les vendit en 1023 avec d'autres terres lui appartenant 2 . Le
Château-Neuf, ou palais de Barcelone, se trouvait dans le voisi-
nage immédiat de la Calle ou Juderia, la Calle de l'Obispo d'au-
jourd'hui. C'est là qu'étaient situées les maisons et possessions
du juif Bonisac. Les familles juives qui vivaient à Barcelone en
1079, au nombre de quarante, furent, conformément au traité,
réparties par moitié entre les deux frères, sinon comme esclaves,
du moins comme protégées et partant comme soumises à l'impôt.
1 Boletin de la r. Academia de la Historia, XL1II, 301 et suiv.
* Ibid., XL1II, 541» : Accidit etiam uni hebraeorum, cui nomen Ysaac filio genlo
hebrei, adulterium exercere cum quadam christiana habeute viro 6uperstite ; pro quo
advenit nohis.
NOTES ET MÉLANGES 143
Les Juifs attribués, comme soumis à l'impôt ou comme Rehenes,
comme otages, au Château-Neuf, sont les suivants :
1. Mosse Juahan(an)o.
2. Salamon Barôni.
3. Abraham Cavaler.
4. Genatocumsuosfratres(,S'/c).
5. Ruben major.
6. Esdra Salamonis, gêner De-
denato.
7. Salamon Berlesma.
8. Dedenad Bonempor Castro.
9. Mosse Nassent Benvenist, fi-
lium Vives Poe.
10. Juda Sartor.
11. Vives Bochadesca.
12. Jucef Bonavida, filius Isaac
Sutor.
13. Bonnom Enespia.
14. Vives Belid.
15. Vidal, filium Barchinona.
16. Bonisac, filium Barzele ore-
ved.
17. Davim, filium Mair.
18. Isac Abram.
19. Cinfa femina vidua, mulier
de Barzele.
20. Alia vidua, mulier Benve-
nist.
Au Vieux-Château sont attribués :
21.
Ahbraam Gros.
31.
22.
Bonisac, frater Salamonis.
32.
23.
Isac Mancip.
33.
24.
Benjamin.
34.
25.
Buben Boc et Salamonen fi-
35.
lio suo.
36.
26.
Ab (sic) cum suo filio Sala-
37.
mon.
38.
27.
Cimento Be(n)venist.
28.
Raz (sic) Salamon, filium
39.
Dedenad.
40.
29.
Bonavida.
30.
Bonisac, avunculus Mosse.
Bonet Benvenist.
Samuel Bonassol.
Abraam Batentrot.
David cum filio suo Juda.
Jucef Bonavida.
Sento Vives.
Gento Belid, filio Ruben.
Abraam cum suo fratre Vi-
ves, filio de Jucef.
Anacaz, mulier qui fuit Isac.
40. Ulemborsa, mulier de Jucef
Lubricato.
Nous allons essayer d'expliquer quelque noms qui figurent dans
ce document , autant que permet de le faire l'orthographe
inexacte et fautive de celui-ci. Abraham est écrit Abram (18),
Abraam (33, 38), Ahbraam (21).
Anacaz provient difficilement dep3? ; peut-être Annaca = Anna.
Baroni = *jm ; voir Revue des Études juives, IV, 69.
Barzele (16, 19) — Barselay ou Barsilaï ; voir Revue, IV, 69 ;
Barzele oreved, cast. « orebec », « orifice » : orfèvre.
Benvenist. Ancienne famille très répandue en Catalogne et en
Aragon, féconde en hommes considérés et en savants. Déjà
144 REVUE DES ÉTUDES JUIVES
dans l'acte d'achal du comte Berenguer de l'année 1023 il est
fait mention des terres el des vigne d'un Benevenisti hebreus
,1,. Barcelone Bolelin, loc. citr 549). Mosse Nassent Benve-
nist(9)es1 probablement Nassi B. ; le premier mot, Mosse,
u'esl pas Moïse, mais, comme aunumérol, le mot catalan
« Mosse » = Monsieur, employé pour Don.
Bonet - - mu bfia ; voir Zunz, Gesammelie Schriflcn II, 26.
Boncmi>(>r (8), faute pour Bonsenyor?
Belid ^14, 3*7), d après F. Fita, diminutif de Bellido, gracieux.
Cavaler ' v 3), Cavalero; un Abraham Cavalero vivait en 1273 à
Barcelone, voir Jacobs, Sources, n° 09G.
Cimento (21), espagnol : ciment,
Cinfa (19j = amr*; la femme de D. David Negro, s'appelait
Cinl'a, voir Mendes dos Remedios, Os Judeus em Portugal,
p. 198 et suiv.
Dcdcnat (G), Dcdenad (8, 28) est considéré par F. Fita comme
étant Natanael, le français Dieudonné. En 1092, Juccf hebreo,
de D- nart, vendit un vignoble à Barria, en Catalogne
Enespia (13) =En-Espia; Kspia est, en Espagne, un sobriquet
appliqué aux personnes très maigres.
Gento, Gentto, Jenio, nom qui revient souvent en Aragon, en Ca-
talogue et en Navarre ; il correspond à nvj ^n, comme Sento
est formé sur ma D'à).
Muirlll) « En Tiempo del Conde I). Raymund Berenguer el pri-
mero y aun en el del Conde Don Borrel se baze mencion de
ciertos campos de un Ilebreo llamado Magir ya difunto ».
C. Diago, Uistoria de los aniiguos Condes de Barcelona
[Barcelone, 1003], p. 10 fl). Nous supposons que ce Magir
est le Mair = Méir (1T), qui est le père de Davim, c'est-à-
dire David.
Pour Boc (25), Bocbadesca (11), Poe (9) = Boc, Raz (28 =
Rab?), Ulembrosa (40), nous n'avons pas d'explication. Batentrot
(33) et Lubricato (40) sont des noms géograpbiques. Juda (10) est
nommé, d'après sa profession, « Sartor^, tailleur, et Isaac (12)
« Sutor », cordonnier.
M. Kayserling.
Le Garant :
Israël Lévl
VERSAILLES. IMPRIMERIES CLHF, 5'.», HUE LUPLLSSIS.
ÉPHRAÏM BEN SCHEMARIA DE FOSTAT
ET L'ACADÉMIE PALESTINIENNE
Éphraïm est un des personnages dont l'existence et l'importance
viennent de nous être révélées par la fameuse Gueniza du Caire,
dont les trouvailles nous apportent chaque jour de nouveaux ren-
seignements. A son nom se rattache une série de faits propres à
jeter une vive lumière sur la situation et la vie intérieure des Juifs
en Palestine et en Egypte dans la première moitié du xi° siècle,
de sorte qu'il mérite largement une étude particulière.
Son père, Schemaria, était originaire de Gaza et est appelé pour
cette raison "nifea ou Tirai l . Mais il doit avoir émigré lui-même,
dans le dernier quart du x e siècle, à Fostât, où Éphraïm l'accom-
pagna encore enfant, à moins qu'il ne soit né seulement dans cette
ville. Les deux pays, l'Egypte et la Palestine, étaient alors soumis
aux khalifes fatimides, et les Juifs jouissaient sous leur gouver-
nement d'une situation heureuse. Le premier khalife fatimide
d'Egypte, al-Mo'izz (mort en 975) aurait eu pour conseiller et ami
Paltiel, connu par la Chronique d'Ahimaaç, et s'il est vrai que
cette Chronique contient sur ce personnage beaucoup de données
légendaires, encore est-il que ces informations doivent cacher un
noyau historique. On peut aussi considérer comme historique le
renseignement que donne Ahimaaç au même endroit, à savoir
que c'est Paltiel qui exerça le premier la dignité de Naguid chez
les Juifs d'Egypte, et que al-Mo'izz lui conféra le gouvernement
et la direction des Juifs de toutes les parties de son empire 2 . La
1 Voir Appendice I et la lettre citée plus bas, éd. Wertheimer. Remarquons, en
passant, que le père de Schemaria est appelé dans cette lettre : rPTÛtï) 'DIT 'H73
173273?! TïT^ïl, ce qui montre que le titre de 173b73n était usité non seulement pour
des Caraiies, mais aussi pour des Rabbanites ; cf. Revue, XL VII, 139, note 2.
2 C'est ce que Kaufmaun [Die Chronik des Achimaaz, p. 31, n. 3) a conclu avec
raison de ces mots d'Ahimaaç (dans Neubauer, Mcdiaeval Jewish Chronicles, 11,
129, i. 2) : o^nna ana ij û^ei» nhfcbfcai .û'na&tt n-Db»a isrbtëm
ûbC|-p IV ba^ÏÏ)' 1 ^!N b_D31. Paltiel est désigné quelquefois comme T*33 par
Ahimaaç (p. 125, 1. 26; p. 129, 1. 9 ; p. 131, 1. 1). Les indications de Neubauer
(J. Q. R., VIII, 551J sur l'origine de la dignité de Naguid auraient besoin maintenant
d'être rectifiées. Sur un médecin juif de aî-Mo'izz, nommé Moïse b. Elazar, v. Stein-
schneider, Die arab. Literatur d. Ji(den, § 55.
T. XLV1II, n° 96. 10
146 REVUE DES ETUDES JUIVES
Palestine est plusieurs fois citée au nombre de ces provinces
de L'empire, e( il est raconté, entre autres choses, que Paltiel fut
enterré par son (ils Samuel à Jérusalem 1 . J)u fils de al-Mo'izz, ai-
*Àzîz, qui régna de \)îï> à 996, on dit qu'il avait favorisé les Juifs
et les Chrétiens plus qu'on n'y ('tait habitué en Egypte*. Tu redou-
table changement se produisit quand le dément al-IIàkim (qui
régna de 990 à 1021) monta suc le trône <lcs Fatimides, et ce fut
seulement les dernières années de son règne qui apportèrent une
amélioration 3 . Toutefois, même sous al-Ilàkim, une vie intellec-
tuelle assez intense dut se manifester parmi les Juifs d'Egypte, et
particulièrement à Fostàt, c'est-à-dire au Vieux-Caire.
Le premier renseignement que nous ayons sur notre Éphraïm
se place précisément sous le règne de al-II;ikim, exactement en
1016, et Éphraïm à ce moment s'occupait de commerce. C'est
ce qui ressort d'un document de la Gueniza, qui est publié ici pour
la première fois 4 , et dont le contenu doit être deviné en partie,
cà cause du mauvais état de l'original.
Le soir du jeudi 21 Tébet de l'an 1327 de l'ère des Séleucides
(du 4 au 5 janvier 1010), y est-il dit, alors que la pluie et la boue
des rues retenaient tous les habitants chez eux, on vit pénétrer
dans la maison d'Éphraïm ben Schemaria, qui se trouvait dans la
rue Kacr al-Schema s , trois domestiques d'un certain 'Amroûn b.
Élia de Sicile, accompagnés d'un agent de police, qui traînèrent
Ephraïm, sur l'ordre de ce 'Amroùn, au poste de police. Là, l'offi-
1 C'est ce qui est dit, outre le passage cilé dans la note précédente, p. 130, 1. i :
tF-flfc»a D*mn b« uv mb^npb (?) psan bfioabc 'n de ï-wbïi nmaai
iB'HSEïTi etein msbwm onayn rrpbtta t\im Niri ^a .-..banÂr y-iNan
D^b«"ltB^ yiNl Û^bWBTD"' ITpb&1; Sur son enterrement, ibid., 1.8: 'l ûp*H
'idt msTi«a ûbizîrva ïeki va« nb*m ...rnnn i:a p«i?3©i Au sujet des
5,000 deniers que Paltiel avait coutume de distribuer le jour du Pardon 'p. 123, 1. 21
et s.), ii est du : .DTObvn ma rra&o qb«i •D'wnbi -r-:^ ©«nb tp*
*iai Û^BUn na^ttî^b baab C|bR*1, et je suppose que ce n'était pas seulement le
second millier qui était réservé aux « aifligés de Sion », c'est-à-dire à Jérusalem
y. Kaulmann, l. c, p. 32, n. 1 , mais que le premier millier revenait également au
chef d'école ei aux sages de la ville sainte (par opposition avec le troisième, qui était
envoyé aux académies babyloniennes., v. plus bas. — Sur Paltiel et al-Mo'izz, cf. en-
core Z. D. M. 67., LI, 436 ; LU, 75 ; Gottheil, Jervish Bncycl., V, 61 b, 68 a.
2 V. Millier, Der Islam im Atorgen- uni Abendland, I, 628; Lane-Poole, A His-
tory of Bgyyt in the Middle Age, p. 119 et s.
3 Cf. Kaufmann, Z. D. M. 67., LI, 442. Un des médecins de al-llukira était un
Juif, connu sous le nom 3*DîObN "VpnbN (l'utile pauvre), v. Ibn al-Qil'ti, éd.
Lippert, p. 178; Ibn Abi Useibia, éd. Muller, II, 89.
* V. Appendice I.
5 Dans Cette rue se trouvaient aussi les synagogues, des Babyloniens et des Pales-
tiniens dont il sera encore question, plus loin. Voir Munk chez Asher, 'J lie Itinerary
of Rabbi Benjamin of Tudela, II, 199-200; Scbreiner, Z. D. M. 67., XLV (1891 ,
296.
ÉPHRAIM BEN SCHEMARIA DE FOSTAT 147
cier de police lui dit que 'Amroûn avait contre lui un mandat d'ar-
rêt ', et qu'il n'avait pas donné suite jusqu'ici à toutes les som-
mations de cet * Amroûn, de comparaître devant les juges. A quoi
Éphraïm répliqua que les Juifs soumettaient d'habitude leurs
affaires à un tribunal arbitral composé de coreligionnaires, mais
que néanmoins il voulait obéir en tout au fonctionnaire de
l'État. Celui-ci ordonna alors de les mettre tous deux, Éphraïm et
'Amroûn, en prison 2 , ce qui plut particulièrement à 'Amroûn, qui
dit : « Restons tous deux en prison cette nuit et qu'au matin on
nous conduise devant le juge. » Mais il se trouva quelqu'un qui
donna caution pour tous deux ; ils furent alors mis en liberté, à
la condition qu'ils comparaîtraient de nouveau le matin. Cet évé-
nement fut consigné dans un procès-verbal le 27 Tébet, et la
pièce est signée par les quatre témoins suivants, dont la condi-
tion n'est pas indiquée : Yehouda b. Hodeid ; ...ha-Cohen b.
Abraham; Samuel ha-Cohen b. \vhy (?) et Joseph b. Benjamin.
On ne dit pas dans quel but fut dressé ce procès-verbal, peut-être
était-ce pour compromettre 'Amroûn, qui avait livré un coreli*
gionnaire au pouvoir civil 3 .
Mais Éphraïm devait bientôt acquérir une plus grande influence
grâce à son intervention en faveur de l'académie (wnD*) de
Palestine, sur l'existence et l'histoire de laquelle diverses décou-
vertes de la Gueniza viennent seulement en ces derniers temps de
projeter une vive lumière. Jusqu'à présent, on admettait géné-
ralement qu'avec la clôture du Talmud et l'institution du gaonat
en Babylonie, l'étude de la Halakha avait entièrement cessé en
Palestine, et que la métropole recevait de Babylonie sa principale
nourriture spirituelle. Tout au plus y cultivait-on la Massora et le
Midrasch. Il n'en est rien. Il continua à exister en Palestine des
écoles talmudiques, bien qu'elles ne pussent, à cause de l'oppres-
sion politique et sans doute aussi par suite d'autres circonstances
défavorables, que traîner une vie misérable, ce qui explique que
nous en ayons conservé si peu de renseignements. Une notice,
assez maigre à la vérité, sur des chefs d'académie palestiniens se
trouve dans lAppendice du Sêder Olam Zouta. Il y est dit
qu'après l'exécution de l'exilarque Mar Zoutrall, son fils posthume
1 C'est sans doute le sens des mol?, 1. 14 : pn^S flT l J"Htt2 "^ ÊOSÎT "lHâ
^îb^SUÎD. L'objet du débat entre 'Amroûn et Ephraïm n'est pas indiqué, mais on est
peut-être fondé à conclure des mots, 1> 15 : Û\"3 ^3Ù32 *pb^... qu'il s'agissait de
marchandises qui avaient été englouties dans la mer.
s Cela ressort des mots, 1. 19 : ?*)p3ni] ntion rP33 ^72U)tt3 VnT) *)£«
as'rajrî ba Ds[nbtDN.
3 C'est peut-être ce qu'on peut conclure de ces mots incomplets,!. 25 : Û^liiT. .*
rroitt &ok.
1 Î8 REVUE DES ÉTUDES JUIVES
fut amené eo 520 en Palestine et y devint Resch-Pirka farchiphé-
rékite) 1 . On ônumère ensuite les descendants de Mar Zoutra III,
dont les noms ont été conservés par trois relations", et qui repré-
sentent huit ou onze générations. Brùll, qui a confronté et élu-
cidé ces trois relations, remarque avec raison que ces archiphéré-
kites avaient leur siégea Tibériade 9 , mais il n'a pas pu dire en
quoi consistait l'activité des archiphérékites; or, connue il est
dit dans l'addition du Séder Olani Zouta que Mar Zoutra devint
en Palestine « Président du Sanhédrin » fpTnSD tacn), il n'est
pas douteux que lui et ses descendants n'aient été les chefs de
l'école talmudique. Car, ainsi que nous allons le voir plus loin, les
membres des académies, aussi bien en Babylonie qu'ensuite en
Palestine, se nommaient « membres du Sanhédrin 4 ». Une autre
circonstance doit être prise en considération. Dans une notice
supplémentaire de l'Appendice dont il vient d'être parlé on nomme
trois fils de Tarchiphérékite Abdima, mentionné en dernier lieu,
et le deuxième de ces fils s'appelait Pinhas. Brùll l'identifie, avec
raison, avec le Massorète m^avi îatn orws r -i, qui est ainsi désigné
explicitement comme « étant le chef de l'académie o de Tibériade
(ville qui était le siège des Massorètes) 5 . La chronologie concorde
nra bprs n^an fanr.b a^su» û^arn mN« ^din nattai ,^-p^t o^-ia
«an mm bsnw yi»b nb* obu rwnab Devrai ûtinwï û^sb» n*a-i«
'TDT ^mniO. Comme l'indication est répétée ici deux ibis, il est facile de voir
qu'avec le mot rùTUai commence une addition, écrite en pur hébreu. La date est ou
bien 522 ou bien 524, voir Lazarus, Die Hâupter der Vcrtriebenen, 170.
' C'est, avec le SéJer Olam Zouta, le Youhasin de Zaccuto (éd. Filipowski,
p. 93 b) et le Schalschélet ha-Kabbala de Ibn Yahya.
3 Jahrbûcher, V/VI, pp. 94-97. Brûll suppose que ces Archiphérékites seraient
identiques avec les grands-prêtres des Juifs à Tibériade [îfmîTH N2r5D "WH
OT , "V3L32"î], mentionnés dans la lettre de l'évêque syriaque Siméon de Beth-Arscham
sur les persécutions des Chrétiens du Nedjrftu, mais que l'évêque aurait changé par
erreur le titre Np"PS v w"H en celui de NjTID ^tD*H- Cette hypothèse est bien fra-
gile. Ainsi que M. Joseph Halévy l'a établi par des preuves sérieuses [Revue, XV11I,
26 et s.), cette lettre est, en fait, un écrit apocryphe tendancieux, qui ne date que
de la fin du règne de Justinien, et cette opinion est adoptée par Duchesne {Ibtd ,
XX, 222) et Duval {La littérature syriaque, 15T. 11 faut corriger dans ce sens Bâcher,
Jfioish Encyclop., 1, 148 £. — D'ailleurs, Siméon parle en un autre passage des
grands -prêtres de Tibériade et d'autres villes [Revue. XVIII, 30 : N2HD i© 1 "!
Nn:"H?:i 60"n2m JO-QIû"! , et précisément ce fait pourrait être un nouvel argu-
ment contre l'authenticité de la lettre.
4 Cf. aussi la Meguilla d'Eln'atar qui sera mentionnée plus bas 1 , p. 9. 1. 10 :
TO*ap"»i na^ic ©ni Nin« ■p'nnaon xowi -cip^w ban ro^ao ba»...
'*i2~i paiann ima "nna.
• Les passages où il est question de ce Pinhas ont été réuuis en dernier lieu par
Ilarkavy [Studien uml Mitthcilungen, V, 114). Piuhas porte aussi le litre de TtiblOn
v. Dikduhé ha-Teamxm, éd. Baer-Strack, p. 84), mais il ne faut pas, pour cela, qu'il
ait été un Caraïle, comme nous l'avons vu plus haut, p. 145, note I, ce que prouve,
d'biileurs son titre de nzr'wTî wlS"i.
EPHRAIM BEN SCHEMARIA DE FOSTAT l'i9
à peu près exactement, car les huit générations nous conduisent
à peu près au début du vin e siècle, époque à laquelle doit avoir
vécu Pinhas. C'est vers le milieu de ce siècle que, comme le fait
remarquer Brùll, Aha de Schabcha quitta la Babylonie pour la
Palestine, et il n'est pas impossible qu'il y soit devenu chef d'école,
dignité qui, comme on sait, lui fut refusée dans sa patrie.
Depuis le' milieu du vm e siècle, les lumières s'éteignent sur le
so-t de l'académie de Palestine, pour se rallumer avec une clarté
d'autant plus vive au commencement du x° siècle, et, ici, c'est
encore la Gueniza qui nous fournit un chapitre entièrement iné-
dit sur la vie intellectuelle des Juifs d'Orient. C'est en 921 que
se place le débat sur le calendrier, qui éclata entre Ben Méir et
Saadia, et qui est maintenant connu dans ses grands traits '. L'aca-
démie a alors son siège à Jérusalem 2 et son chef Ben Méir prétend
que la fixation des fêtes ne peut émaner que de la Palestine,
établit une nouvelle règle d'après laquelle les fêtes peuvent parfois
tomber deux jours plus tôt que d'après la supputation ordinaire,
et trouve même des partisans en Babylonie, où il avait été aupa-
ravant. Mais sa tentative'échoua devant l'intervention de Saadia,
qui jouissait déjà, bien qu'il fût encore jeune, d'une grande auto-
rité. Le futur gaon quitta l'Egypte, sa patrie, en 915, séjourna en
Palestine, en Syrie et en Babylonie, et il se trouvait justement à
Alep quand la lutte éclata 3 . Ben Méir fait ressortir à plusieurs
1 On peut lire maintenant sur celte question l'article de Bornstein dans le '"'.t'O
b-lVÏT, publié en honneur de Sokolow (Varsovie, 1904), pp. 19 et s. Le sujet est
presque épuisé par ce travail, mais l'auteur a oublié de dire que c'est moi qui ai
attiré son attention sur une foule d'indications et sur ditlérents détails.
3 C'est ce qui résulte des paroles de Ben Méir dans sa lettre aux Babyloniens
(chez Bornstein, p. 63 : dabttJ np^ ^pï bsi ÏTWn Ûd^b* frm^Dm...
snb bN-rtS" 1 ba ynirpa i"i oip» "natt? bsn ...">""> ba^n bi?3 û'tptïï nna
maori Stïl *>"^ nn (expression qui revient encore quelquefois sous sa plume, et même
ailleurs, voir plus bas, p. 151, n. 2). Mais on ne comprend pas'ce que dit Saadia dans le
di*WTOH IDD [ihid'.,p. 74) : hlîipb ^mn tSHrû 133 PS (T»» p) Tibias
'Idl Qb'CÎ'rp N3"n 1E)bt>î tPPR73. Peut-être Ben Méir était-il alors en voyage.
3 Cela ressort d'une lettre de Saadia adressée à ses disciples d'Egypte, et qui fut
écrite en 921, l'année de la lutte [ibid., p. 82; cf. Saadyana,éd. Schechter, i.° Vil) :
sb *a i3« Tiaoai ..."pirpa dap&oa w>xn Nb narrai d^tt œta ïin
btfnç^ y-aa ■rç'ii* np? iy "a dPW ^a viba ■'i^baaa T*b« dnana
na b^a73 o^-tobnn nsp7: n^3 àbna mira ^a w ...ûnànsip nma
ynon (ybi naisba rboai ïniorha b"-i] a^apb asnn *ns«a p ^a vram
'iai. Saadia mentionne son séjour à Bagdad dans une seconde lettre à ses disciples,
qui est de la même année (ibid., p. 84 ; cf. /, Q. R., IX, 37) : "^m-pl "'"N " l P3'»d"1...
m^a73 n^i7ûcn îiNa *,©« iy h"W2 p b"n) ba^p *a mao îrï^rn -naa
'ïS1 ynatl dT^nart ^a- D'après une indication de Ben Méir (*>., p. 104 ; cf. Saa-
dyana. n° V), le père de Saadia serait mort à Joppé : "iftVD p "naib da3>/2©31...
d^n^tt yn^a œ^sasa pa^ i^n i-pïte . .."ir-ssb nnana nia» ^snbnrs
•iai is^a ptsi a^n^To ynwn rprai ...■(*«) mt mwb. u est donc possible
151 REVUE DES ÉTUDES JUIVES
reprises qu'il descend de la dynastie des Patriarche*) hillélites, mais
il est remarquable que nous ne connaissions pas son prénom 1 .
Son titre officiel était sans doute na^n ©an, comme l'appelle un
de ses correspondants ', ou, ce qui revient au même, rmann \atn 3 .
L'essor de l'académie de Palestine était peut-être une réaction
contre les progrès des Caraïtes qui s'y établirent on grand nombre
au x° siècle et qui opprimaient même, semble-t-il, lesRabbanites 4 .
Quant à établir un rapport entre l'intervention de Ben Méir dans
la question du calendrier et la division qui se produisit en 91T,
après la mort de Yehoudaï, à Pumbadita, entre Pexilarque David
et les membres de l'académie relativement à la nomination du
Gaon, c'est un point à laisser de côté 5 . Nous voyons en tout cas
que Ben Méir visait avant tout à faire pénétrer son projet dans la
Babylonie, qui, à cette époque, était toujours la métropole de la
Diaspora, et pour les écoles de laquelle la Palestine elle-même
payait des redevances G .
Si Ben Méir ne réussit pas à faire de la Palestine le centre de
la vie juive, l'école qu'il dirigeait n'en arriva pas moins à gagner
de plus en plus en importance et à étentlre son autorité jusqu'en
Europe. C'est surtout l'Italie et l'Allemagne qui subissent son in-
fluence, au rebours de l'Espagne qui gravite vers la Babylonie 7 ,
que Saadia ne relourna plus jamais en Egypte, car Scherira allirme seulement que
Saadia était originaire d'Egypte, mais non qu'il en lut appelé, v. éd. Neubauer,
pp. 39-40: ^;att i^bi Épr an n^ na :-m?o an n»b rw»tt» nn ïT^nan
'"Ol ">?3*Pba 3^T1 !-nn CnSW )12 fcON nin NnaTTOn "Jjan. Que si Abraham
b. David le dit [iHd. } p. 05: an û^?û *rarn û^i:» ynab nb£ D"nKi
'1D1 N^Dntt NPtta ÏW»'* ©jnb rrm W^b» m^O], c'est qu'il a mal com-
pris Scherira, ou qu'il a puisé à une source défectueuse.
1 Mais peut-être s'appelait-il Aron, voir mon Schechter's Saadyana % Francfort-sur-
Main, 1904, p. 4.
* Voir ibid.y p. 9, s. v. Ben Méir.
3 ?a"Pn "1DS, p. "C (cf. encore p. 22, n. 1, et p. 65, n. 2).
k Ibid., p. 106: ^:a -n nnn» ..'.nwi mai mns i5">b* nnay nu)«. .
a^Njlian py (cf. encore plus bas). Ou trouve des savants caraïtes à Jérusalem seu-
lement dans la seconde partie du x° siècle, tels : Salmon, Sahl b. Maçliah, Yéfet b.
Ali, etc. Sur le prétendu séjour de Anan à Jérusalem, voir Revue, XLIV, 165.
s C'est l'avis de Bornstein, p. 25. La réconciliation entre les âeux partis, qui se
produisit en 922, serait aussi une conséquence de l'entrée en lutte de Ben Méir, qui
dissimulait un perd pour la Babylonie.
6 Ainsi, Abraham b. David dit (él. Neubauer, p. G" : SiaO •"HVÏI pb ÛTtpi
nnso fia» &rpb« ^bin ïr»!"n8 ma 1 »^ bte apn mar*a rfapn nfctn
•^airn yn^i û'nxtn «pnsôn any»n yntn.
" On a déjà l'ait remarquer les rapports qui existaient entre l'Italie et l'Allemagne,
d'une part, et la Palestine, de l'autre, et cette question mérite d'être examinée en
détail. Sur les relations eutre l'Espagne et la Babylonie, voir le tableau de Harkavy
en tête de sa Biographie de Samuel Hannaguid (dans le E10N7J, supplément du
V"<r?3n, Saint-Pétersbourg, 1902 . C'est seulement la science mystique qui vint de
Babylonie en Italie, et ensuite en Allemagne, et cela par l'intermédiaire du semi-
mythique Aron, voir Epstein, npinïf, H> 8 et s.
ÉPHRAIM BEN SCHEMARIA DE FOSTAT 151
jusqu'au moment où l'arrivée de Moïse ben Hanoch émancipe ce
pays lui-même de la tutelle des académies babyloniennes *. Nous
ne savons pas qui succéda à Ben Méir ; ce fut peut-être son fils,
dont il est si souvent question dans les documents relatifs au débat
sur le calendrier. Mais déjà dans la seconde moitié du x° siècle,
nous trouvons là un Joseph lia-Cohen qui porte le titre de Ab-
Bet-Din et qui fut le chef des Gueonim palestiniens dont il va être
question tout à l'heure 2 , de sorte que la direction de l'école passe
des Hillélides aux Aaronides. De son temps, en 960, les « Juifs
des pays rhénans » (oiï^ "«tt»») adressent une consultation aux
savants de Palestine 2 . Notre Joseph est peut-être identique avec
le Ab-Bet-Din de Jérusalem mentionné dans le Commentaire de
Taanit attribué à Guerschom 4 . Mais les renseignements continuent
à être rares et ils ne deviennent plus abondants que quand un
petit-fils de ce Joseph, Salomon ha-Cohen, se trouve à l'école de
Jérusalem.
Salomon introduisit quelques réformes. D'abord il prit le titre
de Gaon. Ses prédécesseurs se nommaient simplement î-n^zr> Uî&n 5
1 C'est ce qu'atteste explicitement Abr. b. David (éd. Neubauer, p. 68) : rtlfcTl
*>ï55Nb d^nss "imdbttnu) D^nrrn fwb 5>?3U5Uîd nb*n5 nriM nain hy
bd!l. Que, d'autre part, les quatre captifs, dont Moïse b. Hanoch, vinssent non de
Bjbyionie, mais vraisemblablement d'Italie, c'est ce qui peut maintenant être admis
avec sûreté. Grâce à l'arrivée de Moïse, les traditions babyloniennes, qui régnaient en
maîtresses en Espagne, furent fondues avec les traditions italiennes (c'est-à-dire pa-
lestiniennes) qu'il y introduisit, suivant la juste remarque de l'auteur, d'ailleurs si
aventureux, du ûTîTlE&nïl mm (tome III, pp. 287 et s.).
2 Cf. Saadyana, p. 81, n. 1, où un descendant de ces Gueonim, écrivant en 1131,
se nomme : "i 'n |nd!l ïl^bu) l""0 . . .TjpS^ "pÈU m^ ttfcTï pttïl trbsttt
pdîi tp^ yn '"< 'a '* 'n '- î-rabio (i. p) pa 'i 'i"* 'n 'n ynri» p '- 1 'a
'TOI p!2£ *JÏ~l!D p"n I"P2. Comme le Salomon nommé l'avant-dernier exerçait encore,
ainsi que nous allons voir, ses fonctions de Gaon en 1047, son grand-père (tel doit
être ici le sens de yft) Joseph doit avoir fleuri dans la seconde moitié du x e siècle.
Nous ne savons pas qui était ild^^ 1UN*"I à l'époque de Joseph., mais il me paraît im-
possible d'admettre que, comme le conjecture Bâcher (J.Q.R., XV, 84, n. 1), il aurait
exercé en Babylonie la dignité d'un Y'3N- Cf. aussi mon Sckeckter's Saadyana, p. 14.
3 Voir sur cette consultation l'article de Bûchler (Revue, XL1V, 237 et s.). Il est
évident que la leçon exacte, pour les premiers mots, est celle du manuscrit de Reif-
mann : btf-ltf^ y-)N H T23Tîl3 mbïlpîTf "ibNUJUÎ « que les communautés (des contrées
rhénanes) adressèrent aux sages de la Palestiue », et non, comme portent les autres
manuscrits : bfcntf^ flfct mbtTp nN ibfcHB. Remarquons, à cette occasion, que
les mots qui se trouvent a la fin de la réponse : ïpfa^n blNU5b Ddb ÏT*rt STÙ!
'pdl'-p^'l m^^i concordent avec l'opinion qu'ont encore aujourd'hui les Talmu-
distes que ces deux traités (et, en outre, celui de Nidda) sont les plus difficiles.
Dans 12a, on lit : '•^VP^UÎ "T'a 3N dV^tt 3> 73125^3 ÏTT1?1 1*\yy. Le dernier
mot qui ne donue aucun sens a déjà été coriigé avec raison par Ratncr (120
bnvïl, p. 511) en 'tfj-nima, c'est-à-dire d^bUÎTVailî.
5 Voir plus haut, p. 150, ce qui a été dit sur Ben Méïr. Si l'hypothèse que j'ai
émise, p, 146, n. 1, sur les dons de Paltiel est exacte, le chef de l'académie palesti-
nienne ne s'appelait encore à ce moment (après 969) que ina 1 ^ U5N1.
182 REVUE DES ÉTUDES JUIVES
et évitaienl peut-être â dessein le titre de Gaon, qui désignait les
chefs des académies babyloniennes. Mais nous ignorons les rai-
sons qui déterminèrent Salomon à s'arroger néanmoins ce titre;
tout ce que nous savons, c'est qu'il le portait déjà du vivant de
Haï, c'est-à-dire avant 1038, et que, par conséquent, il ne se con-
sidérait pas comme le successeur des Gueonim babyloniens 1 . La
seconde innovation fut qu'à côté d'un "pi m'a a*, président du tri-
bunal, dont la fonction existait de tout temps, il créa un ■'urbtt,
c'est-à-dire un troisième en grade 2 . Si je ne m'abuse, ce « Troi-
sième » devait correspondre au aan qui était, à l'époque talmu-
dique, le troisième après le patriarche 3 , et on affirmait ainsi que
la véritable continuatrice du Sanhédrin était précisément l'aca-
démie de Jérusalem. Or, nous trouvons à la même époque un chef
d'école, à Jérusalem, nommé Salomon ben Yehouda, qui exer-
çait ses fonctions en 1046 et était appelé Gaon ; il avait à côté de
lui un as, c'est-à-dire un Ab-Bet-Din,et un •wbœ, un « Troisième »,
et M. Bâcher admet avec raison que les deux Salomon doivent être
identiques 4 . Mais le père de Salomon, Yehouda, est désigné seu-
' Comme le dit Bâcher, l. c, p. 32 (cf., par contre, p. 96). Que Salomon se nom-
mât Gaon, c'est ce qui ressort non seulement de la signature de son arrière-petit-
fils Maçliah, citée plus haut [p. 151, note 2), mais encore des lettres adressées à
Ephraïm ben Schemaria, qui montrent même qu'il portait ce titre avant 1030, voir
xnfrà (p. 154, n. 1). Remarquons, d'ailleurs, qu'a vrai dire, le gaonat babylonien
disparut, non pas avec Haï, mais avec Hizkia, qui en aurait encore exeicé les fonc-
tions en 1046; voir Bâcher, l. c. t p. 80. (Une Consultation de ce Hizkia se trouve
dans le rmt3ï5 'O de Juda b. Barzilaï, éd. Halberstam, p. 87.)
1 Cela résulte de la troisième lettre adressée à Ephraïm b. Schemaria, voir plus
bas (p. 155, n. 2. A l'époque de Ben Méir, il n'y avait pas encore de ^tti^btiî, car
il écrit à ses amis de Babylonie {Revue, XL, 262) : ya*\ ^55353 b")"U Dlb*3 "1NUJ
'idi irobb rown ;..rntei ïibna im mn v:i labe in ...pnsr, ce
qu'il faut, avec M. Israël Lévi, compléter et corriger de la façon suivante : 172*1...
naap fmrwoi ttbna j-mmo l*o*i -îsbio in [ma a«] pnar ; ™ voit
que le Ab-Bet-Din e>t immédiatement suivi du Sanhédrin, c'est-à-dire des autres
membres de l'académie. Les tentatives que fait Bornstein (/. c, p. "6, note 3; p. 80,
note 4) pour établir que Ben Méir avait aussi un "î*©"*?©» sont caduques.
3 Voir Horayot, 13 £ cf. aussi Moed Katon, 22b\ Kiddouschin, 33 3). L'opinion
de Reifmann (1*n*Tft50, •» fine) qu'au ûan des écoles babyloniennes correspondait
le titre de D'ibN, est erronée, car ce titre servait généralement à désigner les doc-
teurs étrangers. C'est ainsi qu'il était porté, par exemple, par Saadia, déjà en 922,
ou même plus tôt (voir Saadyana, p. 15), par Elazar b. Samuel de Lucène (voir
Harkavy, Studien und Mittheilunyen, IV, 3*6!, par Y< bouda b. Joseph de Kairouan
(voir mon SchechteSs Saadyana, p. 13, n. 1; aux titulaires du titre de ■nDfî ©8*1,
qui sont cités en cet endroit, il faut encore ajouter: Saadia b. Ephraïm CN1 H a fin
[na^n; m72n?] !im»n 6pb»n VOS! de Kairouan en 1034. voir J. Q. A'.,
XVI, 576, I. 3 en bas; Maçliah ha-Darschan de Damas, chez Benjamin de Tudèle,
éd. Asher, p. 48 ; Llazar b. Çémah de Bagdad, ibid., p. 60, et Joseph ibn 'Akniu,
le disciple de Maimonide, voir Munk, Notice sur Joseph ben-Jehouda, p. 59-67), etc.
; L. c, p. 80. La date de 1046 est donnée par le passage de la Chronique de Yc-
rahmeel, publiée par Neubauer [Med. Jew. Chron., I, 178), où il faut changer T"nn
en Vnn, et, comme on le verra plus bas, il est vraisemblable que Salomon fonction-
nait déjà depuis longtemps avaut celte date. Les autres renseignements sont puisés
ÉPHRAIM BEN SCHEMARIA DE FOSTAT 153
lement comme vm Tsn, il ne paraît donc pas avoir exercé la
dignité de chef d'école.
L'académie était donc réorganisée, mais elle rencontra beau-
coup d'obstacles sur sa route. C'étaient d'abord les nécessités pé-
cuniaires, contre lesquelles nous savons que les écoles babylo-
niennes eurent aussi à lutter dans la dernière période de leur
existence, et c'étaient les impositions exorbitantes qui pesaient
lourdement sur l'école et sur lesquelles deux lettres adressées
à notre Ephraïm ben Schemaria nous éclairent particulière-
ment 1 . Elles nous apprennent que le principal revenu de l'aca-
démie provenait du grand nombre de pieux pèlerins qui n'avaient
pas cessé de se rendre à Jérusalem. C'était le cas surtout à la fête
des Tentes, et une véritable fête se célébrait alors à Hoschana
Rabba. En ce jour, le Gaon, entouré de ses collègues et des pèle-
rins, se rendait au Mont des Oliviers, et, dans cette procession
solennelle, en faisait sept fois le tour, comme jadis on faisait au-
tour de l'autel du temple. A cette occasion avaient lieu des céré-
monies publiques : on ordonnait les disciples arrivés à fin d'études,
on récitait des bénédictions pour les bienfaiteurs et protecteurs,
en même temps qu'on lançait l'excommunication contre les enne-
mis et adversaires 2 . Il est donc dit dans l'une de ces lettres, écrite
dans une lettre adressée d'Egypte à ce Salomon b. Yehouda. Il est dit, entre autres
choses (voir Revue, XXV, 275) : in?3\nm £"73tfî 11È«!l 13'3T"Ï« 2PD ÊWtU H3 #
bîlpb llD^bTOîTI 2N "17321. Tous ces laits permettent d'écarter les doutes d'Epstein
[Monatsschrift , XLVII, 341) sur l'identité des deux Salomon, voir mon Schechter's
Saadyana, p. 16, n. 3.
1 L'une est publiée dans les ûblZJTV "^TSJl de Wertheimor, f'ascic. II, f. 17
l'autre est reproduite ici pour la première ibis à l'Appendice II. Il est possible que la
communauté jérusalémite et, avec elle, l'académie aient souffert aussi des Caraïtes à
l'époque de Salomon, car la lettre éditée par Wertheimer commence ainsi : i33p? N"0
-p:>3 diwntt D^mr: "pria 1373731 ûtoYin 1 * im» ïiKfc bina ûibra -onn
'1351 mi&On ï-!3n£?n îiaibyn n33n ©Tpï"}. On voit qu'il s'agit ici très nette-
ment des Uabbanites et qu'ils sont représentés comme le parti qui pâtit et qu'on
injurie. Chose singulière, on trouve un passage tout à fait semblable dans une lettre
de Jérusalem, datée de l'an 1188, voir Ozar Tob, 1877, p. 078, 1. 30 : d^smiTSI
'1331 nnlOT J^SS IUÎN mib^n Ï1Ï15Ï1 Û^mïl m? 13N tD3)b. Cette expres-
sion serait-elle devenue une formule stéréotypée ?
1 L'ascension du mont des Oliviers pendant la réunion des pèlerins à la i'ête des
Tentes est déjà mentionnée par Ben Méïr (voir supra, p. 149, d. 2J ; cf. Bûchler, /. c,
p. 242), et les différentes pratiques qui avaient lieu à ce moment sont indiquées aussi
dans les lettres de Salomon à Ephraïm ben Schemaria (voir plus bas, p. 15S). Celte
coutume se maintint longtemps, car il en est question à plusieurs reprises dans la
lettre précitée de 1188 (/. c, p. U79, 1. 8, 15, 19 ; p. 080, 1. 32) et aussi dans Harizi,
Porte l (éd. Kaminka, p. 445) : ÛTlia^S rrpTOnn T 13312373 &W!": Pitpai
'n "jb^b nnnntDttbi niNbss rvaiyb mbsn "pn^bi ûwïïi nn by nwb
mN2!£. Les Caraïtes la pratiquaient également ; outre le t assage connu d'Abraham
ben David (éd. Neubauer, p. 79 : -|Ï13 mdOfi Ml nN tT33in b«1W VTO351
-»s^n ^311535 ûtm train ûwam . ..ni3n73 ni3ri73 nna d^3in T*n ûwth
I i REVUE DES KTUDKS JUIVES
avant 1030 1 , qu'en cette année le nombre des pèlerins fut res-
treint, de sorte que les revenus ne suffirent môme pas à couvrir
Les impôts. On dut donc contracter des dettes, et à ces maux vint
s'ajouter une disette qui sévil justement cette année-là. C'est pour-
quoi les auteurs de la lettre s'adressent, par l'intermédiaire d'un
messager spécial, Joseph ha-Hazzan b. ïéfet i^bEri*, aux com-
munautés égyptiennes, qui les ont déjà assistés plusieurs fois et
pour lesquelles ils prient maintenant à chaque occasion et à
chaque fête, sur le Mont des Oliviers. Mais surtout ils deman-
dent des secours au destinataire de la lettre, Éphraïm ben Sche-
maria, qui semble avoir pris à ce moment une situation hono-
rable au sein de la communauté de Fostât 3 ; ils le prient de l< s
assister encore, comme il l'a fait jusqu'alors, de donner des
instructions et des recommandations à tous les messagers qu'ils
enverraient à l'avenir en Egypte, et de recueillir, partout où il
serait possible, des subsides au nom du Gaon, c'est-à-dire de
Salomon 4 .
Ephraïm se donna probablement beaucoup de peine pour l'aca-
démie de Jérusalem, car celle-ci lui décerna le titre de « membre
du grand Sanhédrin », ribYW 'p'TTffioa nan. On sait que les écoles
babyloniennes se considéraient comme représentant le Sanhédrin
dï"P5M 'pa^ri m 72 ta Ttt^-irrai min naa a\x^i72 d^anri *nm a^T?),
voir ce que dit aussi le Caruïte Sabl b. Maçliah dans l'Introduction hébraïque de son
m^tt!"! *ÎD0 (publié par Harkavy, aTH: t|OÔ«2, I, n» 13) : ...nmrt dbtt)W
dwtn -,n b&o ...o-nn ■warai [?d*n* a'"- mt* . ..a^:a ira np*3ti
a^psnsn ar?i2\ et encore : m72i'b"i ^ yiNn rn^bi anab naviN d^b» m:'*i
'iai d^mîn nn ba mbj>bi vn^iû b*, et enfin : ^n ùbtei-p ^a n^nN un
bM d^n* ...d^bona ndfca d^ttttï-n D v ::sm ...rima bab ai:?: nTr;
a^rPTH "lït. C'est ainsi que d'après une légende aux couleurs tendancieuses, re-
cueillie par le Se fer Hassidim (éd. Mekizé Nirdamim, § 630), liai va chaque année
en pèlerinage à Jérusalem et fait, à Hoschana Rabba, sept ibis le tour du Mont des
Oliviers, en compagnie d'Ebiatar ^qui a vécu soixante ans après lui, voir infra,
p. 165 et s.); voir Epstein, Monatsschrift, l. c.; Bornstein, L e., p. 175. Cf. aussi
Jérusalem, éd. Luncz, I, partie hébr., p. 65.
1 Cela ressort de ce qu'Ephraïm, qui, dans un document de cette année, se nomme
!"îb"n^ *p*n!-iiaa *an (voir Appendice III), ne porte pas encore ici ce titre, et,
comme il est déjà question ici de "piO "|jj"nN (v. infra, note 4), il en résulte, d'un
autre coté, que Salomon était déjà 'p&O avant 1030.
i Nouvel exemple de cette épithèle appliquée à un Rabbanite, v. supra.
3 Dans la suscription de la lettre, il est appelé : ïlbll'72!l "131"! H 2"HSN '"H '"172
'nai bacm runaite* mTan ynaa Tttvrr.
'* Le passage en question est ainsi conçu : "ia npn a"]~"2r! ^^ "« T"* TwwVI
'nm '"ioa i"ii« "i::ttn ûuîa m«3pn^r; mais que Bignifie ici rnaopvi? (les
mots aip72~ y!2"" "lCfitl ne signilieraient-ils pas : t et ce que Dieu donnera en
présent » ?). Que par Gaon il faille entendre ici Salomon, c'est ce qui résulte de ce
que, autant que nous sachions, il n'y avait pas de Gaon avant lui, et de ce qu'Ephraïm
n'était en correspondance qu'avec lui.
ÉPHRA1M BEN SCHEMAMA DE FOSÏAT 155
et qu'à ce titre, les premiers rangs (a:n am) figuraient « le grand
Sanhédrin » (rjbns •pTiï-fco), et les rangs suivants (netw am) « le
petit Sanhédrin » (îisup ï^tti-ttD) '. Ces appellations furent aussi
adoptées par l'académie palestinienne, déjà au tempsde Ben Méir 2
et peut-être encore plus tôt, et elle donnait à ses bienfaiteurs étran-
gers, ou à des savants distingués par ailleurs, le titre que nous
venons de voir qui fut décerné à Ephraïm, et qui était quelquefois
ainsi libellé : ïîbyq FTiWa nbwn nnnn ou aoi ami-iDO. C'est
ainsi que les deux titres sont portés par le célèbre Naguid d'E-
gypte, Meborach b. Saadia, qui florissait clans la seconde moitié du
xi° siècle, et c'est ainsi encore que nous trouvons, en 1029, à Alep,
un yn ma tpv *î*ù (ï-ibi^ •p-ïttiaoa =*) 'na 'on naritt ap?-< '-n 'n»,
et, à une époque indéterminée, un Eliézer ben Abraham 3
(s-ib-m "p-rMos rtb"i3>^n =) a"brt ^onn.
Si l'académie de Jérusalem fut , grâce à l'intervention d'É-
phraïm, délivrée, peut-être momentanément, d'une détresse dé-
peinte en termes si énergiques, sa situation fut affaiblie par des
querelles intestines dont Salomon Gaon se plaint amèrement dans
une lettre adressée à Ephraïm 4 . Malheureusement les faits y sont
plutôt indiqués que décrits. Le début nous apprend cependant
qu'un dissentiment s'était élevé entre Ephraïm et l'Académie,
mais qu'une lettre antérieure de Salomon avait aplani la diffi-
culté. Le Gaon se plaint maintenant de ce qu'il s'est formé à Jé-
rusalem deux partis et de ce que la plupart des pèlerins, arrivés,
comme de coutume, à la fête des Tentes, ne sont venus que pour
attiser la lutte et terroriser ceux qui ne pensaient pas comme eux.
Au commencement de la fête, on avait réussi, il est vrai, à maî-
triser, par la parole, le peuple, mais à présent il est arrivé, au
1 Voir les témoignages réunis par Bùchler, l. c, p. 239. On peut encore y ajouter
le récit de Natan ha-Babli (dans Neubauer, Med. Jew. Chron., II, 87): TlÇ J-jf!
Nn nanpa fimi lp^sn ^hto* rvjsbi pans Tai? ïwidi ttan dnn->u)">
■rçjfin )TQ2 't rasb "paiû-pra t-nt8*m m^*> rc&n ">as b^ ûît^bi wap
hy n:itttt D!TE '« SatD mbs ^an DOT ^npi SIEbi d*nan 'ai mbd
't dnu) ■pnirtto û^aiosn ...&•*•&« tpfcnpwi Dm "pvirwott i?a ïttoj
tmw 't i* ïinw ûimnavi i:"idî£) ittd rûOT rbitafin m va m-ni»
'"ûi swa^n ta an n 3D ba* dbd ^sn. ce aussi barrr nco. p- 62, n. 11.
* Voir plus haut, p. 152, n. 2.
3 Voir mon Schechter's Saadyana, pp. Il, 15. Jacob ben Joseph et Eliézer ben
Abraham reçurent aussi vraisemblablement leurs titres de l'académie palestinienne;
par contre, nous trouvons à Kairouan un personnage nommé tTHd nb}£ ai *"|73
nm &rn!-rtO blbm 2"") ^^1 (Harkavy, Stud. u. Mitteil, IV, 24), qui, étant
données les relations constantes entre Kairouan et la Babylonie, doit avoir reçu ce
litre de ce dernier pays.
4 Voir Appendice II. Cette lettre est plus récente que celle éditée par Wertheimer,
car Ephraïm y porte déjà le titre dont il a été question.
186 REVUE DES ÉTUDES JUIVES
nom du vizir du Caire un ordre du pouvoir central 1 au gouver-
neur de Ramlé, enjoignant, sous peine de châtiments corporels,
qu'on ne se permit point de lancer l'excommunication contre des
adversaires. Se conformant à ces instructions, le gouverneur de
Ramlé ordonna à l'officier commandant à Jérusalem 2 de se rendre
au Mont des Oliviers le jour de Hoscliana Rabba, où nous savons
qu'on lançait ces sortes d'interdits, et de châtier et d'emprisonner
quiconque oserait seulement mentionner une formule d'excom-
munication. Quand la nouvelle en arriva à Jérusalem, le Gaon
décida de ne pas faire du tout cette fois l'ascension du Mont des
Oliviers, et de ne pas créer un précédent pour l'avenir en ne lan-
çant pas l'excommunication, qu'on attendrait d'autres temps. Et
ainsi, dit Salomon, la fête se changea en deuil et le peuple tomba
dans l'affliction.
Nous ne savons pas comment ces discordes prirent fin, mais
nous apprenons par une autre lettre de Salomon à Ephraïm que
la situation de l'Académie de Jérusalem devenait de plus en plus
précaire 3 . Abandonnée et injuriée, dit Salomon en se lamentant,
1 C'est ainsi que je comprends les mois, !. 17 : ni 25373!! ûïï3 WttînB NI 3 *13>
mSrflari *PA3 ÛU331, et je crois que rnjtt73 désigne Foslât, car Fostât, comme en
sait, signifie « camp ». A côté du nom de D^ilTS iJH^, cette ville est encore appelée
en hébreu *p")B1ÏP (voir Bâcher, Jew. Quart. R':v., XV, 87, n. 1, et Goltheil, Jew.
Encyclop., V, 60-61). Il n'y a pas lieu de faire valoir contre cette interprétation que
depuis la fondation du Caire, en 969, le siège du gouvernement était dans cette ville,
et non à Fostât ou le Vieux-Caire.
2 Ainsi, Jérusalem était alors subordonnée à Ramlé. Cette dernière ville fut bâtie
par Souleymân Abi al-Meiik en l'année 98 de l'hégire (716-717), c'est-à-dire encore
avant qu'il devînt Khalife, et reçut son nom des sables (arabe 572")) qui s'y trouvaient
en grande quantité (voir al-Belàdsori, Liber expugnatxonis reçionum, éd. de Gœje,
p. 143); toutefois, il doit y avoir eu encore auparavant une localité à cet endroit,
car il est déjà question des Grecs de Ramlé lors de la conquête de la Palestine par
les Arabes (ibn al-Alhir, Chionicon, II, 388), et, après la conquête, Omar divisa la
Pa'estine (entendez la partie méridionale, car la partie septentrionale est appelée par
les Arabes Ourdoun, c'est-à-dire : Jourdainj en deux districts, et nomma deux gou-
verneurs, le premier à Jérusalem et le second à Ramlé (ibid., p. 390). Mais Ramli
était toujours considéré comme la ville la plus importante, surtout au point de vue
militaire, et un cas tout à fait analogue à celui que nous fait connaître la lettre de
Salomon nous est fourni par l'écrivain arabe chrétien Yahya d'Antioche, mort eu
1066. 11 raconte que lorsque a!-flâkim ordonna, en 1009, de détruire l'église de la
Résurrection ù Jérusalem, il envoya un ordre dans ce sens au gouverneur de Ramlé,
Yarouch ; voir Mjednikoff, Palestine... d'après les sources arabes (en russe), II, 1 ,36S. —
A lépoque de Salomon b. Yehouda, il y avait aussi une communauté juive à Uamlé
voir Revue, XXV, 273), mais, dans notre lettre, les mots ftbï2H "P5.2 ne peuvent
désigner que le représentant de l'autorité gouvernementale. Sur l'histoire de Uamlé,
voir al-Mokaddasi, éd. de Gœ,e {Bibl. Geogra>.h. Arab., \\\), pp. 164 165; Yaqoût,
11, 817 ; Moudjir ad-Diu (1496), Kitâb al-ouns al-djelil bi-tarihi-l-Kouds in'al-UalU.
éd. du Caire, 1283 (= 1868), pp. 164 etss.,etc. ; quant aux Juifs de cette ville j'es-
père en parler dans une notice spéciale.
' C'est la lettre éditée par Schechter dans ses Saadyana, n° XLl. Schechter, et,
après lui, Bâcher et Bornstein ont admis que le signataire de la lettre '»23&<"l '£!"• H 735123
ÉPHRAIM BEN SCHEMARIA DE FOSTAT 157
elle dépérit et tout son éclat de jadis s'évanouit ; ses amis l'aban-
donnent et les disciples auxquels elle confère l'ordination sont
couverts d'opprobre ' . A la suite de ces faits, ses revenus ont
encore baissé davantage, et le Gaon s'est vu obligé d'envoyer son
fils, sans doute Joseph, qui fut plus tard Gaon après lui et qui
devait être à ce moment Ab-Bet-Din, dans un pays d'outre -mer
(peut-être en Europe), probablement pour réunir des subsides.
La détresse fut si grande que Salomon, n'eût été la navigation,
aurait entrepris lui-même ce voyage 2 .
Seul, Ephraïm, dit la lettre, resta fidèle à l'Académie de Pales-
tine, la ^ns na*^ 3 ; mais il fut, lui aussi, engagé dans des diffé-
rends sur lesquels cette épître ne fait pas toute la lumière dési-
rable, mais qu'on peut cependant reconstituer dans leurs gran les
lignes.
Il y avait alors deux communautés à Fostât : la première baby-
lonienne, la seconde palestinienne, c'est-à-dire que l'une suivait les
rites babyloniens, l'autre les rites palestiniens *. Comme les deux-
pays avaient maintenant chacun son Gaon, il est vraisemblable
■^"D ap^" 1 l pN3 nD■ , U5■ , est Salomon b. Elia, petit-fils de Salomon b. Yehouda,
voir infra, p. 170. Mais cela est impossible, car premièrement Salomon II vivait au
commencemeut du xn e siècle et ne pouvait donc pas correspondre avec notre
Ephraïm. Ed second lieu, notre lettre est écrite à Jérusalem, tandis que déjà Elia
avait émigré à Tyr. J'avais d'abord, moi aussi, suivi l'avis de Schechter (voir Zeit-
tchrift fur hebràische Bibliographie, VII, 144, 180), mais j'ai déjà pu rectifier cette
opinion dans le tirage à part de mo:i article Schechter s Saadyana (pp. 11, 16).
1 Recto, i. 4 : m ^7203 ba y^ttiBnb (i. nn rua) mrua rrarna ba. Un
certain Yosia b. Aron b. Yosia, ainsi ordonné, en 1031, par la sainte académie de
Palestine s'acheta en souvenir de celte ordination le Commentaire de Saadia sur
Isaïe, voir Saadyana, n° XXVIII : ÏTH20 yp2T\ TOT! ÏTO©" 1 \T\nS HT "1DO
'nw [Tittn] nanrs liT'W -172 pââ n.-.ap yiy im3 rrarra [»tvq] "psa
fiyiaa vzxi'd ïai727272 [py] orna (?j i« imc»"» irai Tteri nbiywn "pris
yn*^i D^sbN nj>a-i« roi» arn ^22 nn->i»"> rwnpn ïwiarai ^noim ïidttd
'IDT ÏTVSPb nn^l Û"^1»m PINE- — L'expression "p731»n se trouve aussi
dans la lettre antérieure de Salomon (voir Appendice II, 1. 14) : Ï172nb72 1722 "YOï^
2 Lettre, -î. 8 : çpn ba în&et "nns iht^ ba tt* iai"i72n b« nnaan nana?2
">b* np^ nattabi naa biyim nwnb 11122 "pan matp th ^a nshanb an
tun jpbDïïb ban» «b û"a ^aai niom» "pi "pa rwosô 1112 bas ihsas
'iaT ïlb*n STHn ">blN NTH nSXb. Que ce iils ait été Ab-Bet-Din, c'est ce qui
résulte de ce que Salomon ne prit conseil, dans le fait raconté par la lettre, que du
• Troisième » (I. 11 : "»l»ibl»n ^ntf D3> "»nbba3"l); d'autre part, c'était la coutume,
comme nous l'apprend la Meguilla d'Ebiatar (voir infra)> que le Ab-Bet-Din tût élevé
au gaonat, et comme, à la mort de Salomon, cette dignité l'ut occupée par son fils
Joseph, c'est de celui-ci qu'il doit s'agir ici.
» L. 5 : rrba -man» ba -naaa pînnw -173a «b irpm -i72i»a nnwa aim
'ia"i Tiaftb.
* Ce sont là les baa *03 et les b&TH»"* V"")N ">D3, mentionnés 1 43, voir men
Schechter" s Saadyana, pp. 11-12. Bâcher, l. c, pp. 93-94, a suivi une fausse piste,
de sorte qu'il n'a pas pu se rendre un compte exact de la question.
i s REVUE DES ÉTUDES JUIVES
qu'il se produisit des froissements, car il (levait y avoir naturel -
lemenl une espèce do rivalité entre la Palestine et la Babylonie. 11
esl même possible que Salomon b. Yehouda, comme autrefois son
prédécesseur Ben Méir, continuait toujours à revendiquer la su-
prématie de la Palestine sur toute la diaspora. Ephraïm ben Sche-
maria appartenait naturellement à la communauté palestinienne
et v exerçait certaines fonctions officielles et importantes 1 , c'est
ain^i qu'il avait, entre autres, la surveillance de l'abatage rituel.
()r, il semble que la communauté babylonienne eut le dessus et
qu'Bphraïra fut évincé de ses fonctions de surveillant, lesquelles
furent confiées à un homme immoral, fils de son adversaire * ;
il semble aussi avoir eu à subir d'autres avanies 3 . Un certain
Natan, homme d'ailleurs honorable, qui, lui aussi, probablement
appartenait à la communauté palestinienne, car il lut ordonné
« Haber » par Salomon 4 , parut suspect d'appartenir, pour dos
raisons que nous ignorons, au parti des adversaires d'Ephraïm.
Une lettre que Natan, à ce qu'il semble, avait écrite à Salomon
revint, pour des raisons que nous ne connaissons pas davantage,
à son expéditeur, sur quoi Natan lui-même souhaita que les
fauteurs de désordre fussent excommuniés, pour que son inno-
cence apparût 5 . Ephraïm informa le Gaon de tous ces faits par
une lettre qui arriva à Jérusalem le 24 Siwan (l'année n'est pas
indiquée), et Salomon convoqua aussitôt, le 25, une grande
assemblée dans une caverne, lit apporter les rouleaux de la loi et
lança l'excommunication contre tous ceux qui forgent des men-
songes et provoquent des discordes pour satisfaire leurs intérêts
personnels 6 . De plus, Salomon exhorta Ephraïm à veiller à ne
1 L. 40, il est dit de l'adversaire d'EphrOm : D3 Nin tXbn ...173JÔ ibrPÏT...
Dni DwN'wïïi dnnta NH5151 bNTwT? miz?n la-naN an b"n kiït
» L. 36 : nattb menas pvb Dm û^BSTn trpitt)tt "jw nnaT nia ni
ira twîi nœ»a "nwan, et, de nouveau, i. 46 : *pwh ib mn n^n*' a*s
■nwn wmb im« nnbi n;-P72 im« nnpb (1. bab) bab n;b nttKa.
: * l. 16 : man^n mat^n ban vers n\bN b"wrôn ba by nm lamam...
wyp w îDïon ^ û^nttiN marcrorï matfn»ri bsn-
k C'est à lui que paraissent se rapporter ces paroles de Salomon, I. 45 : rîfta
nan a^a -rnnaî nœ« w N:ru:in û-na -naja wyaM.
5 Voir 1. 30-32.
6 L. 27 : i:bba: ira ara ia rô ûvai "jvoa na a-p rn n;ana» anah
pN ^ppn ppin ba h* lattinm mmn naa iwœim an bnaa nm*7ja
'iDT. Saioinon s'enferma dans une caverne, sans doute parce que, comme nous
l'avons vu plus Laul, il lui avait été défendu de prononcer l'excommunication. Ou
bien s'agirait-il de la caverne du prophète Aggée qui, d'après la Relation du voyage
d'Obadia de Bertinoro, éd. Neubauer, Jahrbuch, III, 218, se trouvait sur le Mont des
Oliviers?) Je conclus de la que cette lettre est postérieure à celle publiée dans l'Ap-
pendice II, et qu'elle lut également écrite à Jérusalem.
ÉPHRAIM BEN SGHEMARIA DE FOSTAT 159
pas fournir aux perturbateurs un sujet de querelle, car les temps
sont mauvais et la race corrompue. La plupart ne cherchent qu'un
prétexte pour mal faire. Nous aussi, dit Salomon, nous n'aurions
fait aucun cas de leurs paroles, s'il ne s'était pas agi d'une profa-
nation du nom de Dieu ! . Pour ce qui est des fonctions enlevées à
Ephraïm, chacun peut les exercer dans sa communauté 2 . Com-
ment ce R. Natan, demande Salomon à Ephraïm, peut-il se rési-
gner à voir disparaître toute trace de l'influence de l'école pales-
tinienne en Egypte 3 ? Il aurait pu t'accorder son assistance pour
qu'on ne t'enlevât pas ce qui te revient. Moi et le « Troisième »,
nous te rendons tes fonctions, et quiconque te les enlèvera de
force sera atteint par le châtiment de Dieu. Salomon ajoute à sa
lettre une autre adressée spécialement à ce Natan pour le calmer 4 ,
mais sans doute aussi pour le réprimander.
Les renseignements que nous fournit la lettre de Salomon sur
l'existence, à Fostât, d'une communauté babylonienne et d'une
communauté palestinienne sont encore confirmés par d'autres
témoignages. Benjamin de Tudèle nous en informe environ cent
ans plus tard, quand il mentionne un détail particulièrement im-
portant de la divergence des rites, et c'est à savoir le cycle
annuel ou triennal pour la lecture du Pentateuque 5 . Maïmonide
voulut mettre fin à cette division dans les rites et usages, mais le
silence lui fut imposé par le Naguid d'Egypte de cette époque, qui
s'appelait — nous le savons maintenant — Sar Schalom ou
Zouta 6 . Makrizi (mort en 1442) parle également des deux syna-
gogues, et il dit à ce propos que, sur l'entrée de la synagogue des
Palestiniens, on avait dressé une table de bois où il était gravé que
la synagogue avait été élevée en l'an 336 de l'ère des Séleucides,
c'est-à-dire quarante-cinq ans avant la destruction du second
1 L. 25 : bas d^EiDwn "nan ab b* (i. rau» ot: ab ûiart bibn ^bnbi
û\an bibn û-rp^a b-^oa n:y ûbwi ^a1a i*n ba rrp^ -p *n*« h»k.
[Salomon l'ait ici allusion au passage connu du Talmud, Sabbat, 30 3.
* C'*est ce que signifient ces mots, 1. 42 : ïT>rp 173^ }*y j^n Û1p7:n "HZJ&O...
>w y-iN 12a maa mi baa iaa û^a [ht] iot hy nriwNn ûip^n.
3 C'est à Natan que je rapporte ces mots, 1. 43: na^C ÛU3 mp^b U5pa"* DDTOiSr;
■nnbab itt^b an:p &nbtt ûuî ttb n-nn Tibab dnsa yinu '«51 -pN
Ha naîn. Voir la suite, plus haut (p. 158, n. 4).
4 l. 50 : pbtt Ta*nb itâ jna Niai bN ana m ana>:a ^na ï-j:rn n
rappelle 1.30: -nanti "jn: an "17:.
8 Ed. Asher, p. 98 : nriN nTOS!3 ^na i:tB D'wl Û"H"irP D^sbat n»a irai
ba mo:a ban ^iî3:n no:a nnai i^enib b« rpo:a bww y-ia ^a:ab
'iai min bus a^moai n-niznsa nna sudt: n^m: û:w "ppiN^.
6 Voir le passage du 'j'HnNybN TT^CS d'Abraham Maïmuni édité par Biichler
/, Q. B., V, 421, et cf. sur ce sujet Kaufmanu, Monatsschrift, XLI (1897), pp. 460
et suiv.
160 REVUE DES ETUDES JUIVES
temple '. Obadia de Bertinoro dit la même chose dans sa Relation
de voyage en 1488, sauf qu'il indique comme date Tan 38 ayant la
destruction du second temple*. Obadia ne mentionne pas la dif-
férence de rites et, sans doute, ceux-ci ne s'étaient plus maintenus
longtemps. Il est vrai qu'ils sont mentionnés par Samba ri, qui
écrivail en 1672 \ mais il est probable que ce chroniqueur ne fait
que répéter ce qu'il a lu chez Benjamin, ("est par erreur qu'il dit
que la synagogue babylonienne a été bâtie seulement par Maïmo-
nide et. par-dessus le marché, en une seule nuit, grâce à l'invoca-
tion du nom de Dieu.
La dernière date que nous possédons actuellement touchant
Ephraïm b. Schemaria est l'année 1030, au cours de laquelle il
signe comme témoin un contrat de mariage, et comme ce contrat,
par ailleurs, ne manque pas d'intérêt, je le publie intégralement
dans l'Appendice III. Comme nous savons, d'autre part, que
Salomon exerçait les fonctions de Gaon en 1046, il est vraisem-
blable qu'il a survécu à notre Ephraïm. D'ailleurs, il n'est pas
impossible que la Gueniza du Caire nous fournisse encore maintes
trouvailles imprévues sur les rapports d'Ephraïm avec l'Académie
palestinienne.
Et maintenant, pour ce qui regarde les destinées ultérieures
de cette Académie, nous sommes assez bien renseignés sur ce
chapitre par le curieux écrit que Ton appelle la Meguilla d'Ebia-
tar (publiée dans Saadyana, éd. Schechter, n° XXXVIII) et qui
provient également de la Gueniza ; Bâcher 4 a si lumineusement
exposé le contenu de cet ouvrage et les faits qui s'y rattachent
qu'il a rendu toute autre étude superflue. Ce qui nous intéresse
seulement, c'est un point dont nous voulons poursuivre l'examen,
â savoir les rapports de l'Egypte avec cette Académie.
L'exemple de Saadia montre que, déjà au commencement du
X e siècle, une certaine activité intellectuelle s'était manifestée
parmi les Juifs de l'Egypte, et les relations de ce pays avec la
Babylonie sont attestées par l'énergique intervention du philo-
sophe de Fayyoum en faveur de l'exilarque et des Gueonim des
deux Académies babyloniennes, quand éclata la querelle de Ben
Méir. Semblablement, Abraham ben David compte l'Egypte parmi
les pays dont ces Académies tiraient leurs revenus. Dans la
1 Cf. Scbreiner, Z. D. M. G., XLV (1891), 298. Schreiner a bien vu que cette
date a été avancée pour des raisons tendancieuses.
* Voir éd. Neubauer, p. 210.
8 Ed. Neubauer, Mediaeval Jeioish Ckronicles, I, 118. Cf. Bucb'cr, /. c, 422.
4 Dans Jewish Quarterly Jieview, XV, 79-96.
ÉPHRAIM BEN SCHEMARIA DE FOSTAT 161
seconde moitié de ce siècle, Schemaria b. Elhanan, l'un des quatre
captifs qui fut racheté par la communauté. d'Alexandrie, vint à
Fostàt et y fut choisi comme chef 1 . Schemaria déploya son acti-
vité à la fin du x c et au début du xi e siècle, c'est-à-dire à l'époque
de Scherira et de Haï. Nous ne savons pas s'il fonda une école
importante 2 , mais nous le voyons adresser des Consultations à
Scherira et recevoir de celui-ci des Réponses 3 . Son fils Elhanan,
qui émigra à Kairouan, a, lui aussi, activement correspondu avec
Haï 4 . Mais quand, au commencement du xi e siècle, l'Académie
palestinienne acquit plus d'importance, les deux pays, l'Egypte et
la Palestine, qui obéissaient, d'ailleurs, au même sceptre, se rap-
prochèrent sans doute l'un de l'autre, et il est probable que
l'Egypte aura été chercher ses enseignements plus souvent en
Palestine qu'en Babylonie. Et, en effet, nous ne trouvons que
fort peu de Réponses adressées de Babylonie en Egypte : si l'on
fait abstraction de celles que reçut Schemaria et dont il a été
question plus haut, il y en a, autant que nous sachions jusqu'à
présent, quinze en tout, qui ont toutes pour auteurs Scherira et
Haï. Ainsi dans un fragment de la Gueniza qui contient les Indices
d'une collection de recueils formés par des Réponses de Gueonim,
on dit que le sixième li\re de cette collection contient des Ré-
ponses envoyées en Egypte par Scherira et Haï, qui était alors
Ab-Bet-Din ; suit l'énumération de quatorze numéros 5 .D'un autre
1 C'est ce que, comme on sait, Abraham b. David raconte (dans Neubauer, ibid.,
68) : rhv ûtûtti û-nirto bia N-mio^ban tmam 'n n« -dïï iz^brcm
IIÎNlb ÎTÎTi Û^ISkEb. Mais ce récit a été fort ébranlé par la lettre écrite par Hou-
schiel à ce Schemaria, et publiée par Schechter, /. Q. R , XI, 643 et suiv.
' Schechter (ibid., 646, note 2) publie un document émanant de son tribunal de
Fostât et daté de l'an 1022. Schemaria est toujours mentionné avec le litre 12)N"î!"î,
mais jamais avec celui de ÎI^O" 1 123 N") (d'après quoi il faut aussi rectifier la resti-
tution proposée dans Saadyana, éd. Schechter, p. 124, 1. 85, comme M. Harkavy
m'en a fait la remarque par lettre).
3 Voir mon Schechter' $ Saadyana, p. 5. La réponse envoyée à Fostàt en l'an 1303
de Père des Séleucides (= 992) et publiée dans 3"iyfal mîft ^wlfiO mD!U5n, éd.
Mûller, u° 72, pourrait également avoir été adressée par Scherira à Schemaria.
K Vcir Harkavy, Stud. und MitteiL, IV, Index, s. v. fp H 72 125 '] 'pYlbN- Cf. aussi
le fragment de la Gueniza publié par Neubauer, J. Q. R., VI, 223, mais d'où il ne
ressort pas tout à fait que Schemaria était originaire de la Babylonie.
6 Publié dans Wertheimer, !"îfabl2J nbïTp (Jérusalem, 1899), p. 72 : i£î12)!n ID^n
pnnbN"ib"T 2N "pau ■««n iroi'wi «-rn© "WWtn nManiDn tnnsfcb. Parmi
les 14 numéros mentionnés, j'ai pu, principalement avec l'aide de Joël Mûller, nnD7û
CjIJOÏ"» DITTCnb, en idenlilier 6, qui étaient déjà connus auparavant, mais dont
on ne savait pas qu'ils étaient adressés en Egypte ; ce sont les suivants : l° 1
sur un passage de Pesahim, 101 a, concernant les prescriptions du Kiddousch, voir
Consultations, éd. Lyck, n° 53 (attribué à Haï) ; n° 4, sur ce texte de Pesahim,
49 6 : 'iDi yiNH D^D "HEM ,D^31 H1B1T,, voir milOn "Hy©-, n° 24 (attribué
à Haï) ; n' J 5, sur cette question : "»3>p"ip?333 D^ODî 1TOV nbûl2 H2H
T. XLVIII, N° 96. ; 11
162 RKVUK DES ÉTUDES JUIVES
côté, Haï, dans une Réponse touchant un passage du traité Mid-
dot, dit qu'il a reçu, sur ce point, une question d'Egypte et qu'il
y a répondu » o détail*. Si ma in tenant on compare ce nombre avec
celui des Consultations envoyées, par ex., dans le Magreb, sur-
tout à Kairouan, à Fez, Kabès, Tahert, Sidjilmasa et Tlemcen *,
il apparaît comme très peu considérable. Peut-être faut-il mettre
cette disproportion en relation avec ce fait que le Magreb n'était
attaché à l'Egypte que par des liens très lâches et (pie les Zirides,
par exemple, qui gouvernaient à Tunis, se considéraient presque
comme indépendants, ce qu'ils proclamèrent, d'ailleurs, formelle-
ment en 1048-1049 3 . Pour Salomon b. Yehouda, nous ne connais-
sons, il est vrai, jusqu'ici qu'une seule lettre qui lui soit adressée
d'Egypte 4 , mais il se peut que la Gueniza du Caire nous réserve
encore des surprises. Quoi qu'il en soit, nous voyons par les
lettres écrites à Ephraïm b. Schemaria que l'Académie de Pales-
tine trouvait le plus d'appui en Egypte.
Nous sommes encore renseignés sur les rapports de l'Egypte
avec cette Académie par un très intéressant fragment de la Gue-
niza publié par M. Elkan Adler 5 , mais qui contient encore bien
■^boVOEttli est, sans doute, celui qui est cité dans Ittour (éd. Lemberg, I, f° 44 c
en haui) : nb «^ dn ïTOVtëi noi-iN naa b"£T TafiO ^Rïl ir31 b"»lZ3mN1
^O^i "ITCJ^y i n° 6, sur la question de savoir si "p-DI *Pj3 PDiriD a encore de la
valeur aujourd'hui, voir Ascheri sur Ketoubot, chap. iv, § 24 (cf. aussi Ittour, I,
f° 44 b, et les Réponses de Isaac b. Schcscheth, n° 106) ; n° 11, sur ce passage de
Meguilla, 5 a : '*)m •vrPS flj^TS îlbsW, est cité dans les Consultations ni^bn
mplOD, n° 00, au nom de Natronaï, et se trouve aussi dans le Siddour d'Amrara
(voir la note de Millier, ad locum, p. 92, note 3) ; n° 14, sur ce passage de Sabbat,
19 a : "Dl H^DDn 'pîPbBTa *pN, voir Consultations, éd. Lyck, n° 6 (attribué à IlaïJ.
1 Harkavy, Stud. u. Mitteil, IV, n» 290 : W3N '"1 '7ûNpT !"TDTD , «b Nït nbN;»U)1
naai rmn rrv-p ton *it rwi»ï5 ...mn mm^n ma-i*» inpai apy p
'"D1 rFTVD mSU bN ÏTOtt-pD. Cf. encore ibid.,n° 312; pn£ n*©, f* 23 b,
n" 6, et f" 25, n^ 15-16 ; mib'O nbnp, éd. Wertheimer, p. 47 et p. 92 (b^D Kttba
^b^ *l£?3 bïlR ÏTY*D \9)i mais ces passages n'indiquent pas tous des Consul-
tations adressées en Egypte.
- Les Consultations envoyées à Kairouan sont si nombreuses que leur énuméra-
tion doit être réservée pour une étude d'ensemble. Sur celles qui sont adressées
à Fez, voir mon étude sur l'histoire des Juifs de cette ville dans le journal Ft"PD3fcHi
1903, n os 3 etsuiv. Celles qui sont envoyées à d'autres villes du Magreb sont con-
tenues pour la plupart dans Harkavy, Stud. itnd Mitteil., IV, voir l'index aux noms
de lieux en question pour Kabès voir aussi rpsb'Ji nbnp, n os 3-7 ; Monatsschrift,
XLIY, 142, et Consultations, éd. Lyck, n° 13; pour Sidjilmasa, voir l'Introduc-
tion de Goldberg au Htsâla d'ibn Korcïsch, p. xvn, et Saadyana, éd. Schechter,
n° XXXIV .
3 Voir Mûl 1er, Der Islam tn Morgen- nnd Abendland, I, pp. 622-629. <>u trou-
vera d'autres données dans Ibu al-Athir, Annales du Maghreb et de l'Espagne, trad.
par Faguan, p. 452, n. 2. CI', aussi Lane-Poole, The Mohammadan Dynasties, p. 38.
' Voir supra, p. 132, n. 4.
5 J.Q.H., IX, 717. Cf. sur ce texte les observations de Kaufmann, ibid., X, 162.
Bâcher, l. c, p. 06, parle aussi assez brièvement de ce fragment, mais c'est à tort
qu'il en attribue la publication à Neubauer.
ÉPHRAIM BEN SCHEMARIA* DE FOSTAT 163
des énigmes. Un Naguid égyptien y raconte que déjà pendant l'ad-
ministration de son prédécesseur (qui n'était pas son père, comme
l'admet Adler), il s'est assis sur le siège des sages et a prêché
publiquement aux fêtes. A la mort de son prédécesseur, dont il
décrit en termes élevés la féconde activité 1 , il fut revêtu de cette
dignité par le Khalife. De plus, il entra en fonctions avec l'auto-
risation de l'exilarque, Hasdaï (ou X ben Hasdaï), à qui tout Is-
raël est subordonné, et enfin le Gaon de l'Académie palestinienne
le confirma dans sa situation 2 . L'auteur du fragment ajoute que,
même dans le cas où le gouvernement du Kalife n'aurait pas
ratifié sa nomination, le Gaon aurait veillé à ce que la dignité de
Naguid se maintînt, car il aimait beaucoup son prédécesseur.
Mais le Gaon fut assez heureux pour n'avoir qu'à ratifier la nomi-
nation faite par le pouvoir 3 .
Gomme il est question, dans ce texte, d'un exilarque et d'un
Gaon palestinien contemporains l'un de l'autre, le fait ne peut
s'être passé qu'au temps de Salomon b. Yehouda, et, de plus,
avant 1040, année de la disparition de l'exilarcat babylonien;
mais à ce moment nous ne trouvons pas d'exilarque du nom de
Hasdaï ou ben Hasdaï. Et même si l'on admet que les prédéces-
seurs de Salomon portaient déjà le titre de Gaon, l'événement
mentionné dans notre fragment peut s'être passé au plus tôt dans
le dernier quart du x e siècle (car le premier Naguid doit avoir été
Paltiel, qui vint en Egypte avec al-Mo'izz) ; or nous ne trou-
vons pas davantage, à ce moment, d'exilarque qui porte ce nom.
On serait presque tenté d'admettre qu'il est question ici non pas
d'un exilarque babylonien, mais d'un exilarque caraïte qui résidait
au Caire. Et, en effet, nous en connaissons un du nom de Hasdaï,
qui vivait vers 1030 4 . Que, d'ailleurs, de bonnes relations aient
existé au xi e siècle, entre Rabbanites et Caraïtes, c'est ce que nous
voyons par ce fait que l'exilarque égyptien David b. Daniel, dont
1 Voir p. 718, 1. 11 : «nasa nfi* "pbttîm Wl "^ 55 îlbS TF3 i"i ^Dn *b
* p. 717, 1. 14: -w i*s ^sb mifib ^Tua nra "pas» "O bfinioi bb wn...
lanafi* niafi* rib^n 12 &n wvik TPtzna mnfi* ^ nyi nazi* ia« isi abi*
^aatn ynfi* n:r»i iDfin îaanN dm ...nrrob» caau) nnn D\xa baniui bsi
"•misa imiBa y^an n*on Tnarc n« Kbtn -i-nnfi* «a rœab imiD» l'on
'lD1 1^53 fiîDD by 13S113Î11. — L'exilarque est appelé plus haut, 1. 10 : 13801153..
bfiniai bs miba 10 NI bfWÎI NHï33il i&HOn 1333103- Mais avant le mot 1&HOH
il manque, d'après Kaufmann, environ deux mots, de sorte que ifiHOn pourrait aussi
bieu désigner le père.
3 P. 718, 1. 16-21.
* Voir Fùrst, Geschichte des Karâerthums, II, notes, p. 77. — C'est aussi de Tan
1030 que date une Ketouba caraïte de Fostat, publiée par M. Elkau Adler (J.Q-R>,
XII, 684).
1 64 REVUE DES ETUDES JUIVES
il sera encore question plus bas, épousa sans scrupule une Ca-
raïte *. Mais ce qui est gênant, c'est le titre de bim& bs nvba ©*n.
Aussi voudrais-je émettre une autre hypothèse, mais je ne la
donne que sous les plus expresses réserves: notre fragment ne
parlerait-il pas de Natanel, que Benjamin de Tudèle mentionne
comme Naguid d'Egypte? De son temps, en effet, l'exilarque de
Bagdad était Daniel ibn Ilasdaï, dont il pourrait être question
dans notre texte. Dans ce cas, il faudrait voir dans le personnage
appelé "^^r; yns nrrup ©an Ezra, le chef de l'école de Damas, qui
est désigné par Benjamin comme le chef de l'Académie palesti-
nienne-. Quant au prédécesseur si vanté, ce serait Samuel ben
Hanania, qui a pleinement mérité les éloges qui lui sont dé-
cernés. Enfin, nous savons de Natanel qu'il ne fut pas seulement
Naguid, mais aussi chef d'école 3 , c'est-à-dire savant, et c'est ce
que montre aussi notre fragment. Mais il faudrait alors supposer
que l'exilarque de Bagdad ainsi que le chef de l'école de Damas,
avaient une influence aussi grande sur les affaires d'Egypte.
C'est pourquoi une autre hypothèse est encore possible : ce
serait que ce Ilasdaï (ou ben Ilasdaï) ait été un exilarque rabba-
nite d'Egypte, jusqu'ici inconnu. 11 est, en effet, très possible
qu'après que David b. Daniel eut fondé, comme nous allons le
voir, l'exiiarcat en Egypte, il ait encore eu des successeurs
après sa chute, survenue en 1094. Nous trouvons, en effet,
à l'époque de Maïmonide un dignitaire appelé ariaa 6nD3fi ïmm
VpistT BPMtt W©BF p ban^ nv^ te, et ce personnage, puisqu'il
est nommé « prince de toute la Diaspora », pouvait être plutôt
exilarque que Naguid 4 . Que, d'ailleurs, il ait pu y avoir en Egypte
un Naguid à côté d'un exilarque, c'est ce que nous voyons par le
1 Voir la Ketouba de ce mariage (datée de l'an 10S41 publiée par Schechler J.Q.R.,
XIII. 220).
« Ed. Asbcr, I, 48 : bSltD 1 ' V"lwN 3tt3 M*»'' (l.»«l) "Wl pttîtt^a b"- 2'wl
'■di rw^s^a ■'O^nnn tpv wi yn rra as ûibia -ns T»n*n enî* "«an njoiai.
Remarquons, en passant, que puisque celte académie se considérait comme le succes-
seur de celle de Palestine (v.plus loin. p. 170), et se modelait probablement en tout
sur celle-ci, il faut sans doute lire ici ^^C" au lieu de itt^Jonfl» R- Joseph était
donc le « Troisième ■, et exerçait une fonction qui n'existait, uous le savons mainte-
nant, que dans l'académie palestinienne.
3 Ce n'est pas seulement Benjamiu qui l'appelle (éd. Asher, p. 98 fia^O^H DNH ;
il est encore désigné dans une Ketouba de l'année 1164 sous les titres de H3^©^ 'wN"
ïrbia bis et de rrnnn "hr m- rn 1 , v. j.q.r., viii, 554, et MonattKkrift,
XLl, 21 i.
4 Sambari, éd. Neubauer, p. 116, 1. 20 ; p. 133, I. 0. Il n'y a même pas de place, à
l'époque de Maïmonide, pour u:i Naguid de ce nom, car a Natanel succéda Zouta,
appelé Sar Schalom, et à celui-ci Maïmonide; voir Kaufmann, Monalsschrift, XLI,
/i60 et s. — Un lils de ce Yebouda b. Yosia élait peut-être un exilarque (?J Yosia,
qui portait ninsi le nom de son grand-père, voir mon Schecktcr's Saadyana, p, 14.
ÉPHRA1M BEN SCHEiMARIA DE FOSTAT 165
cas de David b. Daniel, que le Naguid Meborach aida, comme nous
le verrons plus bas, à recevoir l'exilarcat. Et maintenant, si Hasdaï
devint exilarque , en Egypte, après David, le Gaon palestinien
pourait être Ebiatar, dont il sera question plus loin, et le Naguid
aurait été un successeur de Meborach '.
Quoi qu'il en soit, ce Hasdaï doit faire partie des exilarques
post-babyloniens, car c'est seulement chez ceux-ci que nous trou-
vons, à ma connaissance, le titre de [nvb}] bs (ou anaa) nrh tt&n,
binu)" 1 -. Mais revenons à notre sujet.
Après Salomon b. Yehouda, dont la mort ne survint pas pro-
bablement longtemps après 1046, le gaonat fut exercé par son
fils Joseph, dont nous avons déjà parlé et qui avait occupé, du
vivant de son père, la dignité de Ab-Bet-Din. De son temps, le
gaonat sortit, pour quelque temps, des mains des Aaronides et
fut exercé par un certain Daniel b. Azaria de Babylonie, qui des-
cendait de la dynastie des exilarques babyloniens et est, pour
cette raison, désigné comme aru». C'est seulement lorsque Da-
niel mourut en Elloul 1062 que le gaonat fut rendu à Elia, frère
de Joseph, qui était mort dans l'intervalle, tandis que son fils
Ebiatar l'assista comme Ab-Bet-Din 3 . Elia quitta Jérusalem, peut-
être à la suite de la prise de cette ville par les troupes du prince
Seldjoukide Mélik-Schah en 1071, et émigra avec l'Académie à
Tyr*. Il y mourut en 1084, laissant le gaonat à son fils aîné Ebia-
tar, déjà nommé, tandis que le cadet, Salomon, le «■ Troisième »,
devenait Ab-Bet-Din. C'est pendant le gaonat d'Ebiatar que se
passe l'événement dont il est surtout question dans la Meguilla
composée par lui et qui est importante aussi pour la question qui
nous occupe 5 .
1 Nous trouvons encore Meborach en 1098 (J.Q.B., IX, 116), mais il peut être
mort aussitôt après, de sorte que son successeur occupa encore la dignité de Naguid
du temps d'Ebiatar. Dans ce cas, les éloges décernés dans notre fragment se rappor-
teraient à Meborach.
' Ainsi David b. Daniel est appelé deux fois b^^T^23 ,, bs TWOÙ ÊOEÎj dans la
Ketouba citée précédemment. De même Harizi (Porte i, éd. Kaminka, p. 24) appelle
l'exilarque de Damas : n"l"»b^ N v ^3 bilan fi^UJ3n ÎT^ÎO ...131*11 13117: p""0
bi rrpba k^d bilan e^rcsn yo* "riariDa p"zh p b"pT barrên bs
b"pT bN1E3i (cf. aussi Porle xxiv, p. 355).
3 C'est ce que dit expressément Ebiatar dans sa Meguilla, p. 2, 1. 19. C'est de celte
époque que date la Réponse adressée par Elia et Ebiatar à Meschoullam b. Moïse, a
Mayence, voir Monatsschrift, XLV1I, 345.
* Cf. sur ce qui a été dit jusqu'ici sur les deux fils de Salomon b. Yehouda,
Bâcher, l.'c, pp. 84-85. Que jusqu'à ce moment Jérusalem ait été sans interruption
le siège de l'académie, c'est ce qui résulte par exemple de Saadt/ana, n° XL1I,
11. 3, 14. — Une lettre écrite, en 1029, par la communauté de Tyr à Jacob b. Joseph
d'Alep (v. supra, p.1i>5) a été éditée par Wertheimer dans ses ûbOlTT ">Tj3, IH>
feuillet 15.
B Je suis ici généralement l'exposé de Bâcher, pp. 86 et s.
166 REVUE DES ÉTUDES JUIVES
En l'année 1081. c'est-à-dire trois ans avant l'entrée en fonc-
tions d'Ebîatar, David fils de Daniel ben Azaria », précédemment
mentionné, vint, à l'âge de vingt ans, de Babylonie, <>ii il avait été
emmené sans dont»' après la mort de son père, en Egypte, et il y
trouva assistance auprès du Naguid d'alors. Meboraeh h. Saadia,
et de Yosia ha-Cohen, qui était un fils d'une tante de David et qui
dirigeait l'école de Fostàt, où il avait succédé à son père Azaria ha-
Cohen. Tous deux parvinrent à proclamer David exilarque et à
faire ainsi revivre sur les bords du Nil l'exilarcat babylonien qui
avait disparu à la mort de llizkia. Mais le nouvel exilarque se
montra bien ingrat pour ses bienfaiteurs. 11 lit dénoncer auprès
du gouvernement le Naguid Meboraeh, qui courut le péril d'être
mis à mort et ne sauva sa vie qu'en s'enfuyant à Fayyoûm. Quant
à Yosia, il fit publiquement lancer contre lui de fausses accusa-
tions dans les synagogues, et mit sans doute un autre savant à sa
place, comme chef de l'école de Fostàt. Sa puissance ne s'étendit
pas seulement sur les communautés juives d'Egypte, mais aussi
sur celles de la Palestine et de la côte phénicienne. Tyr, siège du
gaonat, conserva longtemps son indépendance vis-à-vis de Texi-
larque. Mais quand cette ville retomba, en 1089-1090, au pou-
voir de l'empire égyptien *, David b. Daniel mit aussi la main sur
cette ville, contraignit le Gaon à la quitter, le réduisant à une
grande détresse 3 .
Ainsi les rapports étaient renversés et c'était maintenant la
Palestine qui devait obéir à l'Egypte. Mais la lutte ne s'arrêta pas
des deux côtés et chaque pays s'efforça de faire valoir ses pré-
rogatives. David aurait exercé une effroyable tyrannie à Tyr par
l'intermédiaire de son représentant, qui est flétri par la Meguilla
d'Ebiatar sous le nom d'Abiram ben Datan. C'est sur l'Académie
1 J'ai admis, avec Schechter et contre Bâcher, que David était un fils de Daniel b.
Azaria {Schechter's Saadyana, p. 10, n. 1). Une nouvelle preuve en est que, dans la
Ketouba mentionnée plus haut, p. 64, n. 1, ce n'est pas seulement David, mais aussi
son père Daniel qui est désigné comme N^'OS et même aussi comme ^Q'*C , 'CNH
apSUVMW, t. J.Q.K., XIII, p. 220, 1. 9; p. 221, 1. 5.
1 Ibn Al-Athir, X, 116. Mais le lieutenant du gouvernement égyptien dut enlever,
à deux reprises, la ville de Tyr à des révoltés, en 1093 et en 1097, voir ibid., pp. 151,
180. En 1124, Tyr lut pris par les Chrétiens et resta en leur pouvoir jusqu'en 1291,
cf. RôhrL-ht, (îeschichte des Kônigreichs Jérusalem (Insbruck, 1898), pp. 169, 102$,
Sur la situation des Juifs à cette époque, voir Lucas, Gcschichte der Stadt Tyrus zut
Zril der Kreu:ztif/e (Marbourg, 1895), p. 56 (cf. Rôhricht, op. et*., p. 986).
• C'est un t'ait intéressant que nous trouvons pourtant parmi les témoins de la Ke-
touba précitée de David b. Daniel, un petit- lils de Salomon Gaon, qui était Ab lit t-
Din, voir /. Q.R., ibid., 1. 13: b"T "pNa ïlEbtt 'p bvnW br> b« 1*1 ma 3N. . .
Peut-être le nommé b"XT ~3" ,, ^" , n 3N 7[OV '""PS "jnrrr TîTsbo qui a signé, en
1092, un document du tribunal de David, à Fostàt [v. Saadyana, p. 81, n. 2) des-
cendait-il de la famille des Gueonim palestiniens.
ËPHRAIM BEN SCHEMARIA DE FOSTAT 167
surtout que son pouvoir pesa lourdement, au point que le repré-
sentant du Gaon, le Ab-Bet-Din qui y était resté (c'était alors
Salomon, frère d'Ebiatar), dut aussi s'enfuir 1 et que seul le
« Troisième » demeura. En 1093, l'impie Abiram dut, il est vrai,
quitter Tyr, mais David envoya aussitôt un autre représentant,
qui, comme son prédécesseur, usa d'arbitraire et de précipitation,
essaya d'attenter à la \ie du Ab-Bet-Din, et, comme il ne pouvait
pas l'atteindre, détruisit tous ses biens ; il tenta même d'anéantir
la subsistance du « Troisième » et de sa famille 2 . Abiram lui-
même revint, convoqua la veille du jour de l'an la communauté
et lui enjoignit de se soumettre (sans doute à nouveau) à l'auto-
rité supérieure de l'exilarque. Mais alors Tyr releva la tête et le
« Troisième » prononça un très long discours qui forme la plus
grande partie de la Meguilla d'Ebiatar 3 .
Ce serait — tel est le thème qu'il développe — une profanation
du nom de Dieu que l'ordination d'un exilarque en Egypte et en
Palestine, car : 1° L'Egypte ne s'appelle pas « Diaspora » (SrVtt) 4 ,
ce nom ne sert qu'à désigner la Babylonie, de sorte que ce pays
pouvait avoir un exilarque, conformément à l'interprétation tal-
mudique du verset Genèse, xlix, 10 : Le sceptre ne sortira pas de
Juda 5 . 2° Mais l'exilarque de Babylonie lui-même n'avait aucune
espèce de droits en Palestine, au point qu'une autorisation con-
férée par lui n'avait aucune valeur dans ce pays 6 . 3° La Pales-
tine n'est appelée nulle part « Diaspora », pour qu'on puisse y
nommer un exilarque. 4° Il doit toujours y avoir un Nasi en Pa-
» Meguilla d'Ebiatar, p. 3, 1. 21 : "p plûtt Û*P3N ©JH? rpbtf fibtt'H...
t^Msn d5iy7û» ùrr^sn ^ *ty ...rrrtavT 3N "»bnDù pn ynn'b-n ...^m
'131 wp.
2 lUd., i. 26 : iï-n-w^ .,.ûvà " ,,/ " 1 "îiibistH isnnb 3n "nriN wvn.-..
^isnVajrs ^m s-wn y? ïr.'n ...wvra f-iao in^a ma "insti isisnb
*t Nb ^n biyn vttan aT3N pn dïton nbu5*n i^biBo bisb'os'i
'131 P1153. Pendant le ^aonat d'Ebiatar, le « Troisième » était Cadok b. Yosia
(■#., p. 2,1. 18).
3 P. 4, 1.4-p. 9, 1. 27.
4 Pourtant, dans cette même Meguilla, Yosia de Fostât, le personnage précité qui
aida David à devenir exilarque et qui fut si outrageusement traité par lui, est appelé
(p. 3, i. 6) •. br: nàroï raan ïi-Dn ww -^a-, "p irrm p ii-ptbéo nn
b"T snbw.
5 Voir Sanhédrin, 5 a, et passages parallèles : "^N"! "I5N 1TT1ÏT33 U3U5 TID" 1 tfb
U3U53 bfintt5^ PN j^llltt b 33115 P'pbji. Cf., sur ce sujet, l'ouvrage tout récent de
Adolf Posnanski, Schiloh, t. I (Leipzig, 1904).
6 L'auteur invoque ici l'affaire de Rabba bar bar Hana (Sanhédrin^ ibid.), mais d'où
il résulte juste le contraire (voir la note de Schechter, ad loc, p. 93, u. 5). Pourtant
nous trouvons une opinion conforme à celle du * Troisième », et également appuyée
sur Rabba bar bar Hana, dans le *pftTÎTl (éd. Freimann, I, 51a), ainsi que
M. Epstein en a déjà fait la remarque [Revue, XL VI, 202, note).
168 KKVUU DKS ETUDES JUIVES
lestine pour régler le calendrier et fixer les fête» 1 . Là-dessus, le
« troisième ■> cite la plus grande partie du vm" chapitre des Pirké
R. Eliézerei différents passages du Talmud pour édifier sa théo-
rie du calendrier. Déjà Adam reçut, par une révélation divine,
le secret du calcul pwn no), qui se transmit chez les élus de
chaque génération, jusqu'à ce qu'il tomba dans l'oubli on Egypte.
Puis il fut de nouveau révélé a Moïse, et. depuis ce temps, il est
connu sans interruption de chaque chef du Sanhédrin. Que s'il
est question ensuite de la fixation du calendrier par l'expérience
(man), ce mode ne fut introduit qu'à cause de l'intervention des
hérétiques Çadok et Baithos, pour montrer que l'expérience et le
calcul concordent entièrement. C'est seulement le patriarche
Juda I, qui, comme Israël était de plus en plus dispersé, que les
discordes devenaient plus nombreuses et l'ignorance plus grande,
révéla le « secret » à tous les sages et à tout le Sanhédrin 2 ; pour-
tant la proclamation du calendrier et des fêtes doit être faite aussi
chaque fois, d'après le calcul maintenant connu, par le chef du
Sanhédrin, c'est-à-dire le chef de l'académie. Tous ceux qui se
conforment à ce calcul doivent le faire avec l'intention préalable
qu'ils le font de la part du chef de l'école 3 . Il faut donc que
celui-ci existe toujours et un attentat contre lui, comme celui
projeté par David, est un projet criminel.
Le discours du « Troisième » fit un grand effet, et le secours
vint de l'homme même qui avait contribué à l'élévation de David.
Le Naguid Meborach, qui paraît avoir reconquis une certaine
importance, organisa une grande réunion dans laquelle David
lut déclaré déchu de ses droits et le gaonatde Palestinien rendu à
son détenteur légitime *. Cet événement se passa en 1094 ; depuis,
la Palestine triompha de nouveau de l'Egypte, et l'Académie
palestinienne put, encore une fois, être obéie sur les bords du Nil.
1 Les Gueonim palestiniens regardaient donc leur n3 v «II 1 comme succédant au
Sanhédrin, avec tous ses attributs, voir supra, p. 148.
1 Le • Troisième • partage ici tout à l'ait le point de vue de Saadia, qui a égale-
ment soutenu contre les Garaïtes l'antiquité du calcul du calendrier avec toutes ses
règles, voir Monatsschrift, XLI (1897), 209. Ce qui est nouveau, c'est seulement l'af-
QrmalioQ que Juda I a lait connaître le secret du calcul.
5 JUcf/uilla dEbiata,\ p. ( J, 1. 11 : ■pS'Hi: "pa^nn imX ?" ■pOlJJfi bai...
nai b* ipaob a^btfn va\x rrs» T»a v '"> mas t:\nd rmnn mawaa \n
i.x-ipn -TO3N ■«"i ^iyv2 nbws '5ttj i;?d?3 b^&wsœnbn y*wrib 'pai mnn- fiea
aiianb -,- "prmx 'xsn nvba baa naiûi nais baa ■pai* jrro bai cm»
•jn^-in vp "pasiT 2:"N p "pun* c:*n d»i "pian* an "PdE ...*2. Cf. à ce
sujet ba^n nsO) p. so.
4 Paul-être aieborach, en récompense de cette aclion, a-til reçu de l'Académie pa-
lestinienne, désormais rétablie, le titre de : N2"1 N~HrîjO ou "piiruOD ",2U
n?"l"ï}, v. plus haut, [>. 1
ÉI'HRAIM BEN SCHEMAR1A DE FOSTAT 169
La victoire d'Ebiatar marqua la défaite non seulement de
David, mais aussi de l'école de Fostât, dont l'importance devait
maintenant décroître de nouveau. Et c'est ainsi que nous avons
le témoignage opposé d'un fragment de la Gueniza d'un rare in-
térêt l et dont le contenu intéresse principalement la question qui
nous occupe. Les auteurs de ce texte affirment que l'exilarcat
d'Egypte s'étend aussi sur la Palestine et la Syrie et que l'aca-
démie palestinienne n'a jamais exercé son autorité sur l'Egypte,
attendu que ce pays doit, tout comme la Babylonie, être consi-
déré comme terre étrangère (c'est-à-dire « Diaspora ») 2 . Mais,
disent-ils, comme notre seigneur et prince Daniel (c'est-à-dire
Daniel b. Azaria, père de David) était Gaon et prince en son
temps, comme R. Juda I, les communautés égyptiennes furent
soumises à sa juridiction. Mais ses successeurs (Elia et Ebiatar),
qui déplacèrent les frontières délimitées depuis une antiquité
avérée et éloignèrent la précieuse racine de sa magnifique plan-
tation, prennent des sentiers tortueux, etc. Fostât a maintenant
sa propre académie, qui procure une consolation dans ces temps
difficiles, où la multitude des souffrances lasse le courage, où la
pauvreté est si grande qu'on est obligé de vendre ses propres
habits, où la détresse et le malheur s'accumulent, et où, de
plus, règne la discorde dans la communauté (sans doute à la
suite de notre affaire) 3 . Les auteurs du fragment font appel
à l'union, afin que des hommes indignes ne tourmentent ni
ne martyrisent, comme ils le font jusqu'à présent, le judaïsme
égyptien 4 , car — ■ ils l'affirment encore une fois — l'Egypte ap-
partient aux pays étrangers (et ne doit donc pas être subordonnée
1 Saadyana, n° XL. Cf., à ce sujet, Bâcher, /. c, p. 92.
s Feuillet 2, verso, 1. 9 et suiv. : VHÏ13 IWHIO^ NOS "O n3Hb dnb Nbn
ba ba* naWB nn-naii \anp pTsa *a iy n:?a7a :a:a;a -no* 1 ab wrp
y-ixa ^zn: nrpÉr: n^n Nb Dttimpjn navnaa wtti rrmai ^as ynan
'"Di rtarûn baaa y-iiô n^in a"ni:7a ^a naTai pbn o^nat». Mais cette
dernièie affirmation ue correspond pas aux faits, comme le montre la suite de notre
exposé.
3 Feuillet 1, recto, 1. à : 15T10T ...ïfvinb OVl* DV ÛV 133>ap Û^O !"!7aa7an
'ian lawviaja y-i&u ia"\-i»na ion n»n ...D^aya n»a amo n-^an».
La terrible détresse est décrite xbid.^ verso, 1. 3 et suiv., après quoi vient l'éloge des
bienfaits du gouvernement égyptien (voir à ce sujet, outre Bâcher, l. c, Goldziher,
J.Q.R., X, 73). L'importance de l'Académie de Fostât est clairement indiquée feuil-
let 3, recto, i. 9 et suiv. : rrjn rrnsD a^n a^a?a nias rmonn ria^m
tsnas maa na^rn w*«x ...Drnbn» ba> rrnaa nrvpp-n arrara ninap
'iai arrra anapn m«an mnm arrba» bna:«n iir^ ma.
* Feuillet 4, recto, i. 7 : D'ibis rnnN narsa Ba^a r;a^b vaabîa ibwsn...
'".ai rranïi&na tsîo aambabi camaa»b ïibna» ">aa -ispa-p »bi mm.
Par Ï1213T 133, on pourrait entendre les Gueonim de Palestine, auxquels se rapporte
aussi l'expression (feuillet 2, verso, 1. 4) : "J"pba> ma^3>7a ^D^HTa.
170 BEVUE DES ETUDES JUIVES
à la Palestine); c'est là qu'ont demeuré Jacob, Joseph et les
ancêtres dea douze tribus; c'est là que naquit Moïse, de sorte
que les descendants doivent jouir des privilèges hérités des
aïeux '.
Mais la lutte devint presque aussitôt inutile, car l'Académie
palestinienne disparut probablement à la suite des troubles poli-
tiques que la première croisade apporta avec elle. Pendant cette
expédition, nous trouvons Ebiatar à Trabulus (Tripoli) », où il
s'était peut-être réfugié déjà auparavant devant David b. Daniel
et où il émigra probablement avec l'académie. Nous ne savons
absolument rien d'une activité quelconque exercée par son frère
Salomon en tant que Gaon 3 . Il doit être allé s'établir à Fostàt,
car nous trouvons dans cette ville, en 1131, son fils Maçliah, qui,
malgré tous les changements, continue toujours à porter, tout
comme Salomon, le titre superbe de ap** iièw ro-^ racn *, mais
qui ne l'est plus que in partibus, comme Bâcher le dit avec rai-
son. Mais déjà, dix-neuf ans plus tôt, c'est-à-dire en 1112, nous
trouvons un fils d'Ebiatar, Elia, également à Fostât 5 . Les rap-
ports entre les deux pays, et particulièrement entre la famille des
Gueonim aaronides et Fostât, étaient donc toujours actifs. Mais
l'Académie palestinienne se releva peut-être dans la seconde
moitié du xn e siècle, loin de son foyer, à Damas, et l'ancienne
organisation fut également reprise 6 ; toutefois, elle ne put pas
hériter de l'autorité de sa devancière.
C'est ainsi que les trésors de la Gueniza nous font assister à des
scènes qui, jusqu'à présent, nous étaient presque entièrement
1 Feuillet 4, verso, 1. 1 : -priN "T , T:i dm fnfiô ÏIlTin Û*niStt y-iN »bn
m3T bmstn îbiD m d^ac b« d^d ' 1 "' , irr -itaan m via nrn naatD
mnpn tn -iidn tpannKb m vnn d^vû&n.
1 Tripoli est la ville qui résista le plus longtemps à l'attaque des Chrétiens; elle
ne lut définitivement prise que le 12 juillet 1109, et lut recouquise par les Musulmans
le 26 avril 1289, v. Kuhricht, /. c, pp. 81, 1000. La population se serait composée
auparavant, pour la plus grande partie, de Perses qu'y avait transportés Mouawiyya,
le premier khalife omayyade ; voir Al-Yaqoûbi, éd. de Gœje [Bibl. Geograph. Arab.,
VII), p. 327. Benjamin de Tudèle y trouva une communauté juive, voir éd. Asher,
p. 27.
3 Ce que Bâcher dit, l. c, p. 93, sur ce Salomon repose sur la prétendue lettre
adressée à Ephraïm b. Schemaria (Saadyana, n° XLI), mais, comme nous l'avons
démontré, l'auteur de cette lettre est Salomon b. Yehouda.
4 V. sa signature supra, p. 151, n. 4.
■ V. Bâcher, L c, p. 95, n. 1.
6 C'est ce que Bâcher conclut avec raison du passage de Benjamin de Tudèle cité
plus haut. Voici encore une autre analogie : à Damas, à ci^té du Gaon Ezra, c'était
son frère Sar Schalom qui exerçait les fonctions de Ab-Bet-Din, tout de même qu'en
Palestine les deux frères Joseph et Elia à la mort de leur père Salomon b. Yehouda,
et, après Elia, Ebiatar et son frère Salomon II.
EPHRAIM BEN SCHEMARIA DE FOSTAT 171
inconnues, et il faut espérer que de nouvelles trouvailles nous
permettront de combler les lacunes encore béantes et de résoudre
les multiples problèmes encore pendants.
Varsovie.
Samuel Poznanski.
APPENDICE
I
UN ACTE DE L'AN 1016.
Ms. Bodl. Hébr., b 13, fol. 42' (Suppl. au Cat. Neubauer, n° 2834").
ût> n'anba "O ïisattb û^mnrt lamaa la^aca sut»™ . . .
spN naia naa uj-ina in^n û^nuî^ Miras nauîa [iront!]
aNMDsa 12 mattb pbw 1MN5 p»b h^aïai a^ltfîsn [m»» cabrai]
D^puaa rrann tablai -iï3?a rt->rr naiaitt ama oi[b-<a ban a-nat»]
an^pn ^ana ï-i7ain72 iaa>»tti rrnn ia-wna ... s
•jaisba natpa a»Mb« ispa awn aip7a:i
nazp?a biaisa «ar ^mab» 13*7 aibrai oi
•^ayfc mabia nam naia (*•>) laaaoïanim yma
rî-«b->p- | 2C rWTatt mba *ia "pi?^ imi "on*»
âne» rr^rtn ■utbN a>nian sthe© na û*hdn ma io
(«m) Ninarr Kiari huîn a^riiab riT fn»* nEN io
impars tun ia> -irisa imb'wn ï-jt a-nsa
*rïD-iia Mû^bvnC tiiaba «ini» i&m ^ab a>
-nain ^auja pms î-st 'jrnja' ">b aoan naa antsa]
baip «tann ht "piftjb ©i ^ai a">a yataa vby 15
rit û*nsK a"»^n i7aa> ^bin nnx "pan a^rasntia]
«■n îanaa a^im ->a airi p a6 na-ï -ipœ rrvra
1 Ces appendices ont été copiés pour mon usage par M. I. Last, l'éditeur des ou-
vrages de Joseph Caspi. Je dois une nouvelle collation sur les originaux à l'amabilité
de M. A. Cowley d'Oxford, que je remercie cordialement.
1 Ainsi répété dans le manuscrit.
3 C'est-à-dire jkyi, garde (clause). On sait que Abraham b. Hiyya porte le titre
de ïlta"Habtf arttflS, qui est ensuite devenu, par corruption, Savasorda.
* Ou uîmn.
172 REVUE DES ETUDES JUIVES
boifcïi nn«i irpo*a îirn n:'m v w i? z^
nïiosn rr*aa n»«»a TWi.nEN roaw ^b n»[»n ttn . . .
anta n»fcn ni ïnna* pra: Berôn b w x O0[nbuj« ?npaai 20
caDWti b» irn:c^ npaai nb^br; Nim i:n
npnaai ûwjk ^n buiran b« -173» rr
npiaa nvwb *Ha vsoba ifiOPi B^btîïi i
bTfi nn«b rrwib ib n-nnb îFKne n
naana ■û'^nffl rsTan maiTa t»*b8 û**wi 2S
nata tonrtb 0*»»^ tt*a\Di d'hw **nn[tt naca *©*be d^] • . .
nnott paab patt rvawi ûpnwi mawa oboi E|b« naia
thj-i na sirop
orna» n3 frion . .
Tnb* in pan btrav) 30
II
LETTRE DE SALOMON GAOxN A EPHRA1M BEN SCIIEMAMA
Ms. Bodl. Hébr. c 13, fol. 23 (Cat. n° 2807 18 ,.
{recto)
ïlbvtt '303 nann ointa ni h p55 îanaoai ian*p*i îananb
ito ma aci inata*»! îansaOT ttpo ban mT* lis w
■o amiftb ht ^asb ans» larnii» b« aip ai rmtto ^ana
"latin nsioa «bi i^nan îajaKai abîa no Bjbn aba sroi nta»
mar nioa ■nvas bai inan mam icca aa^n Tnna plpnb 5
anb r*r»atîa!ib onsobi non boa ynan oa» na»n ma nvnb
a->an *p*nbn mao w * na^ataua nm^i innaob ^jmn
-pn s^rn 731 ^an t**m»a 'pan maoi ^pan tdoo yky
rinoonsE maiï vn« tn o^s naab aab iisn OTOG Mrnao
£ô nann p nnaa t**bi *pœ ba e**b ta^an ^T»nbri it pn it io
ma a^-P vnan an b'n btt ïmpbnna ^n[73]C pn«n ^a % ^a
■«a *i^a î^sb îba» ns?N am ^a îbbo ba» mn nanïàa naja
anamnb bab nnn«n non p: bnartb onnnbi npibnnb sn
n73nb73 i7aa> ica^'' orra bws a»73ttJ^ t^b nctti nan baa a-Tar
"iTn a^ nam 'jiob rac ba? imby^i an7a t^n~ *»a nnix^co^ is
omnn ^nanb û^a^opai dvîdio aa>7:a ann c»na arn
1 l'orme païtamquc pour na^TP-
1 44o/, IV, 12. La forme ^"lan "71300 n^DJ* a^an est beaucoup plus exacte que
la forme ordinaire "pOO l^ba? a^an, v. Taylo-, Sayings of the Jcwish Fathers, ad
loc.
3 SaMa/, 34 a.
ÉPHRAIM BEN SCHEMÀR1A DE FOSTAT 173
TM'bR frnan»h Taa ûiaan n>ob»fi ataa latana r<ia w
■p 12 nbw -nayi ntaN bai wm bab -pntnb nb»n
MS^TSir! ava nnn ba mb*b smpn t* bein b« anan
no&oi npb"' ann T'pr -iusn bai itt? pTioi ^bai 20
un *!73N3 ^a nrsn bN mb*b n^Dirr jxb rsîn Win ^ûàna "m
nann diut ps&nn anaTaa anannb b*ô ^a naun naœa yyp^
t*r\79b xh *o amsn yyn p ^a nain -na&oi miinb a>ap
û^n mi mroan T^b :nn *pnai Y»*** nbpnm i-m-in ^nn p
aman ybn ira >*b ^a twibn» a^pasa dtûîw an?aï û^ia 25
a^araon nab ana e-tibn anb nnsyi nbwa nb« b"Hàm
np'Ha iba iba» *o b* nba» nb« 'nbin ^a nbnaa g^ion
mmpMïi ba l bN 3 -r -pa 1 nnpbn a-inab | "nw^i iznnb | lab 2 n»
■ibi | *na^o n^nn I p -ien ^a l p m«*b I aman ^asb | ïiaa î^bi
! aa>n anma | ay»a rr[n] l annn mis | navaanaâ | anannb I imn
I ■vama bnN | amanbna | aa>n wrn i -pmb s**b 1 15 îen bas
I ...b tnbian 1 oiptttt ^pnan | a™ pnn | t^sbn aibta | aibn aim
1 5 âa nam b« ysrb | nanan n»b«3 1 -taa ib baa | ...an. . .
p* ima smtttt fin ha p d^isn nrâ pâb naa^n^i nanan np* 1 [b«]
■m î-iEia 'la pnnaan nann
an 9w*
III
UNE KETOUBA DE L'AN 1030 6 .
Ms. Bodl. Hébr. a 2, fol. 4 r° (Cat., n« 2805*).
irrom iaa-n ao:**» ^atà^oai «a^ t>*u:naa
n&oa nbm Baba natt par™ rmb p^r] rr^a-iN Niïn xsaa nnbna
1 Par fîblfi, il faut peut-être entendre Ramlé, le nom de cette ville venant, à ce
qu'il paraît de l'arabe bttn, sable = blH, v. supra, p. 156, n. 2. Nous trouvons, d'ail-
leurs, dans la littérature talmudique, le mot tlbin pour désigner un pays de sables,
une steppe, par exemple : KiaiûaN nbin (j. Horayot, III, 7, f° 48 a, 1. 40). etc.,
v. Levy, Neuhebr. Wôrtetb., 111, 23,*. c, nbin ; Neubauer, La Géographie du
Talmud, p. 312, et Krauss, Revue, XLV, pp. 39-40.
* Les lignes qui suivent jusqu'à la fin sont écrites dans la marge, et comme elles
sont fort courtes, je les ai mises les unes à la suite des autres, les séparant simplement
par des traits verticaux.
3 Serait-ce le grec xs«'p» ^ sc trouve aussi dans le Talmud dans le composé
frTp^aTai-pa, et le mot signifierait-il quelque chose comme « écriture autographe »?
* Peut-être faut-il lire ïl^O.
5 On voit par ce passage que l'abréviation 'z r Z ne signifie pas toujours 12D3 ItTia.
6 La forme de cette Ketouba est semblable à celles qu'on a déjà trouvées dans la
Gueniza, cf., à ce sujet, Kaufmann, Znr Geschichte dev Ketubba, dans Monatsschrift,
XLI, 213-221.
174 REVUE DES ÉTUDES JUIVES
Dib*»a ban b*nawa ^n^dd3 ?r»a M33*bwi r^a^Tab *p3U5 im "pa^anen
nanab nb *n»M n?ab[tt la] t^ann no^ mt* rtama mïia
-w<: ma irûMb "»b "ton ïmttB na «nba t^nbina 5
i y< m 1310^1 np^Ni prm nbe» h:ni bMrw^i
fnanoioi vnp^m i^nbei v NT >m rn M ivobro
mb mm r*n nana ïttuhowi f**tannpa ytivm m
r^nbina *tfrwa s^Doan ^nt mnsm ymaa» ^ 3rrn wrô
Vna*i -no* ©Tan siroiro ba> nb rpaïao r^mmN )a nb ïîm i°
m»* mb* ■wnpMi fna*i n\D»n yma» nb am
gratis, "pi Wn» f*n «naina bba "nMiTi isaîm T^-n
^Vrax rrbMb^ai *oio mn rrora "pEnaa ' ïib^ïtt ^mba» nbram
rutbim mi ïrwapan para pym npwai Epatfi "ïp^an aim
'prTOD&oi rthbb b*na»i nbntt •pnpm'm ^oio [3]im ip^an 15
ïtvdj fra MThi BjMmbi *7&cp?a na>aoi xoxvt 2 ï"*w •p-ua? "pia
mMaTa 4, pm"H miaa» fi ta ■nara mmm p^Maat sit :t )nn
stotoqi nuna ïr^ttai jMïiDbb mm bu^i p-nato notai
t^na-ina bba ■nwm •'pna'H !maa» iiu) na rron mai nwa
Mann tnïn niaTam "pmc n^ii;i 8**r»oim mm?: s^n 20
ïa*i r^ann ns** wb* baipi î^Doai mt nœ»m T-uaan
mtnjtiM
■^pnptott nb 13*731 Wina tnnm ba»n an r^nama
t>*na»DNa «bn mena b^i KTa^ba 17a ib^sMi ■■bïabïaTaïan
ntatt ba nmnan pnna Nb« "nsa©*! Noc-iua t^bm
1 On trouve encore ailleurs une énumération des objets apportés par la fiancée, v.,
par exemple, la Ketouba (mentionnée plus haut) de l'exilarque David b. Daniel [J. Q.R.,
XIII, 220), et une Ketouba caraïte de Jérusalem, datant de 1028, et publiée dans
Q^btûim, éd. Luncz, VI, 238, mais où les lignes en question sont omises. Il m'a été
malheureusement impossible de trouver le sens de tous les objets énumérés ici.
1 &ï^ju*2 \JlXj^a> (ou ipia'H ?) ipia^T <_j>-"> d«xjuto xteA^j >$»}*» v>* **** yt^*»
CJ - tï _^-5 r x_^ - j v9->-* l>j% ( ? ) IpW î-INblBn J> (l. *jrf^J fj *jnlrj J°^? ^*-»J
(?) p!n73î3S01 *?->JU JljJ<J^ i^JjUUu c'est-à-dire : des anneaux à cacheter en ar-
gent et un vêtement de Suse (?), et une balance en bois de sandal et un vêtement
de... avec des passements et une calotte (v. Dozy, II, 121 a : âS-jl*, * calotte faite
de poil de chameau. . . ou de coton ») et une matrice en métal blanc et une perle en
l'orme d'amande (?) et. . . et un vêtement de Suse (?) et deux calottes à trois pointes (?)
et une mantille pour le visage et... d'une valeur de dix deniers.
' *b^ <J^3 >>tj>= Juo-a«5 J^l^» c'est-à-dire : un lit et sept oreillers et une cou-
verture'de lit et un manteau d'une valeur de dix deniers.
* l^y^ £*?**) ^j.^Uao T »j, c'est-à-dire : une paire de colfres et un lit nuptial (ou
un siège) du Tabaristan d'une valeur de dix deniers.
*('?)rntoa x.idL.3 (?) nii^a **-A u'^ju ^"Jo^ j^j omJc* tyL*
c'est-à-dire : un chandelier et une cuvette et un pot à eau et un seau à puiser et
un coffret à poudre et un certain nombre de... et ce qui y est contenu de la valeur
de dix deniers.
EPHRAIM BEN SCHEMARIA DE FOSTAT 175
in «av» j^abja parai pa-i irpm r^nairùi 25
Nnb*ina i-Diab rrabio na irr t^ann npi la tO-'api ûb^bn
t<3aa «b^b iD-isai aTOT rta bsa ïtnaiiî na ni î^nba
Dinn n. . .ia nt t^naina bbo ^«m ma >r>Dpab niaai
ia"r»a }m[nj . . .ta^pi -vn® pnan bn «m "pia fii-pb*
imn Tnh] 30
55 b&natt -ia -nbr; û!-na« nas na miaa û^n na ïiabw
û-nsa ja orw^B] ûiz^n
pn na nraa 33 amas* na -nbn run^ "nbn mstta T'a Epr
rmau: na ioa nanrr * a>i a^nsN
1 Au-dessus et au-dessous du mot î"Ptt5a se trouve encore une fois, tour à tour
droit et renversé, en petites lettres, le mot TPtfîa ainsi que rP1Z573. Voir sur ce nom
Steinschneide^/.Q.iÊ., XI, 149.
* Que signifie cette abréviation ?
CONTRIBUTIONS
A LA GEOGRAPHIE DE LA PALESTINE
ET DES PAYS VOISINS
SUITE
Rudement châtiés par Asurbanipal, les Qédréens durent cer-
tainement rechercher la tranquillité, mais les événements les
entraînèrent dans la tourmente prédite par Jérémie (ix, 25-26) :
« Voici que je châtierai tous les circoncis quant au prépuce, Miç-
raïni, Juda, Edom, les Benô-Ammon, Moab et tous les habitants
du désert coupant l'extrémité. » Un nouveau cri d'alarme retentit
dans la quatrième année du règne de Joyakim : Nabuchodonosor
venait de monter sur le trône, Jérémie s'annonce comme l'envoyé
de Jahvé, chargé de faire boire un breuvage de perdition à Jéru-
salem, à Juda, à Miçraïm, aux rois du pays de Ouç, aux princes
des Philistins, à Edom, à Moab, aux Benê-Ammon, à Tyr et
Sidon, à Dedan, Théma, Bouz, à tous les gens se coupant l'extré-
mité, à tous les rois d'Arabie, aux populations mélangées du
désert (Jérém , xxv, 18-24). Et effectivement le roi chaldéen
apparut bientôt en Syrie, en Phénicie, en Judée; tous s'incli-
nèrent devant le vainqueur de Carchemis, le roi de Juda Joyakim
le premier, mais quand Nabuchodonosor eut repris le chemin de
Babylone*, chacun revint peu à peu de sa stupeur. Trois ans plus
tard, un soulèvement éclatait, tant en Syrie 3 qu'en Judée*. Des
1 Voir Revue, t. XXX.V, p. 185; t. XLHI, p. 161; t. XLIV, p. 29; t. XLV,
p. 16H ; i. XLVI, p. 184 ; t. XLVI1, p. 23 et t. XL VIII, p. 29.
1 Bérose, fragment 1i, dans Muller-Didot , Fragmenta Hi.ttoricorum Grœcorum,
t. II. p. 506 507.
* D'après une tablette du Brilish Muséum publiée par Strassmaier dans Hebraica,
IX, p. S : Die Kcilinsrhriften und dus alte Testament, 3 e édit., p. 100.
* Le roi Joyakim lut pendant trois ans un vassal ûdèle (Il Roi-, xxiv, 1 .
CONTRIBUTIONS A LA GEOGRAPHIE DE LA PALESTINE 177
bandes de Kasdim, d'Iduméens, de Moabites et d'Ammonites
assaillirent Jérusalem 1 .
Quand Nabuchodonosor arriva, Joyakim était mort, son fils,
âgé de dix-huit ans, lui avait succédé. Jérusalem fut investi, le
jeune roi fut capturé dans une sortie et emmené à Babylone avec
tous les princes de Juda et 8 à 10,000 hommes. La première par-
tie de la prophétie de Jérémie se réalisait.
Sédécias, placé par Nabuchodonosor sur le trône de Juda, cher-
chait bientôt à organiser un nouveau soulèvement et se concertait
avec des délégués des rois d'Edom, de Moab, des Benê-Ammon^
de Tyr.et de Sidon. Jérémie dénonçait la folie de pareilles tenta-
tives de rébellion, en se promenant dans Jérusalem avec un joug
de bois sur le cou, en adressant de semblables jougs à ces diffé-
rents rois et en leur annonçant que la nation qui refuserait de se
plier au joug de Nabuchodonosor serait châtiée par l'épée, par la
lamine et par la peste (Jérémie, xxvn) ; un nabi ayant rompu
le joug de bois qu'il portait, Jérémie déclarait que Jahvé avait
substitué au joug de bois un joug de fer (xxvm, 13). Nabucho-
donosor amenait pour la seconde fois devant Jérusalem ses bandes
redoutables, si bien dépeintes par Habacuc (i, 8-10); il entourait
la ville d'une ligne de circonvallation. Après bien des jours de
siège, la famine et une brèche pratiquée à la muraille amenaient
la chute de la ville; le temple, le palais et ses principaux édifices
devenaient la proie des flammes; Sédécias était traîné à Ribla, où
Nabuchodonosor avait établi son quartier général.
Pendant qu'une partie des troupes chaldéennes opérait dans la
Judée, d'autres détachements devaient promener le fer et l'in-
cendie dans Damas (.Jér., xlix, 23-27), chez les Benê-Ammon 2
(Jér., xlix, 1-6) et les gens de Moab (Jér., xlviii) emmenés les uns
et les autres en exil avec leurs dieux; ils ravageaient Edom
(Jér., xlix, 7-22), s'attaquaient à Qédar (Jér., xlix, 28-33). « Sous
la tourmente plient les tentes de Kouschan ; les pavillons de Midian
frémissent d'effroi » (Hab., m, 7). La prophétie sur Qédar appelle
plus particulièrement l'examen.
1 Winckler, Altorientalische Forschungen, II, p. 250, voudrait y voir des incur-
sions de bédouins.
2 II n'est pas certain que les opérations contre les Benê-Ammon, Moab et Edom
aient immédiatement suivi la prise de Jérusalem. On sait que Nabuchodonosor confia
'administration du pays à Guedalya, que les enfants de Juda fixés en Moab, parmi
les Benê-Ammon ou en Edom, accoururent se grouper auprès de Guedalya (Jér., xl,
11), et, enfin, qu'à l'instigation de Baalis, roi des Benê-Ammon (Jér.,xL, 14), il fut
assassiné par Ismaël ben Nethanya (Jér., xli, 2), qui se réfugia chez les Benê-
Ammon (Jér., xli, 15). Ce meurtre appelait la vengeance. L'incendie une fois allumé
devait se propager.
T. XLVIII, N° 96. 12
[7 g hkvi K DES ÉTUDES JUIVES
SurQôdat et la reine de Knaçor que Nabuchodonosor, roi de Babel
frappa, v 1(1 <, parle Jabvë : Qu'ilg se Lèvent, qu'ils parlent, lesQ edréen8 '
nu-.N se retirent chez les Benô-Qëdem ; qu'ils emmènent tentes e bétail,
qu'ils chargent sur leurs chameaux tuiles de tente et effets, et quils
rient l'un à l'autre: alarme, fuyez vite, cachez-vous dans les ca-
vernes», gens de Khaçor (parole de Jahvd). Car Nabuchodonosor, roi de
Babel, a pria un- décision el arrêté un plan contre vous : allons, marchons
,. ,„„,. un peuple tranquille, qui vit paisible sans portes ni verrous en ses
demeures ; que ses chameaux soient notre proie, ses grands troupeaux notre
bu , in. Je veux les disperser à tous les vents, les crânes rases ; je veux dé-
vaster ions les oueds, et que Khaçor devienne le repaire des hôtes sau-
s, un lieu à tout jamais abandonne- ou personne ne séjourne, ou nul
homme ne se réfugie. »
Le prophète est muet sur les Nabatéens ; mais il mentionne 1< 8
Benê-Qédem. Le dernier né dlsmaèï s'appelait Qedmâ ; la ques-
tion se pose: est-on en présence d'une tribu ismaélite, ou bien
s'agit-il d'un terme géographique « les fils de l'Orient », les
a Orientaux », contrepartie du mat Akharri, « le pays de 1 Ouest »
des Assyriens ?
Il convient, avant de se prononcer, de passer en revue les difle-
rents textes relatifs aux Benê-Qédem.
Lorsqu' Abraham, voulant assurer la paisible transmission de
ses biens à Isaac, éloigne les fils de ses concubines, il les envoie
au pays de l'Orient (Gen., xxv, 6): aucune ambiguïté n'est pos-
sible. • _ . ,
Le passage I Rois, v, 10: « La sagesse de Salomon fut plus
considérable que celle de tous les Benê-Qédem et plus que toute
celle de Miçraïm », ne prête également lieu à aucune hésitation :
le monde oriental est opposé au monde égyptien.
Mais lorsque Job est qualifié « le plus considérable des Bene-
Qédem » (Job, i, 3), il semble qu'il soit ici question d'une popula-
tion bien définie, que cette population corresponde aux Anbi, aux
Scénites de Pline et de Ptolémée, ou à d'autres tribus du désert.
Lorsqu'on trouve Amaleq et les Benê-Qédem rangés derrière les
Midianites (Juges, vi, 3, 33; vu, 12), on ne peut pas se résoudre a
traduire les Benê-Qédem par les Orientaux. Il doit s agir d un en-
semble de tribus de même origine, telles que les Ismaélites. G est,
d'ailleurs, ainsi que le Talmud de Jérusalem* traduit Wipn de
Gen., xv, 19, par les Nabhatiya, c'est-à-dire les Nabatéens.
■ Winckler, dont nous suivons à peu près la traduction \Â*»*Vf "f*?!
scku^en, II, p. 240} écrit : ^BKI • cherchez vos demeures enfoncée », c» qui est
un non-sens dans noire cas.' Les Bédouins ne peuvent pas cacher ^^ ^ r ; ^7^
dans la terre, et leur refuge naturel est dans la steppe. ÎNous avons mi que dans
Trachonilide le contraire était vrai.
» Neubauer, Géographie du Talmud, p. 427.
CONTRIBUTIONS A LA GÉOGRAPHIE DE LA PALESTINE 1/é
L'oracle de Jérémie sur Qédar peut être encore rapproché des
prophéties d'Ezéchiel contre les Benê-Ammon : « A cause de cela,
je vais vous livrer en possession aux Benê-Qédem » (xxv, 4), et
contre Moab : « J'ouvre, moi, le flanc de Moab, je livre la terre aux
Benê-Qédem, près des Benê-Ammon, je la leur donne en posses-
sion (xxv, 10). » Il s'agit, dans ces textes, d'expéditions dirigées
contre les Benê-Ammon et contre Moab par Qédar et l'ensemble
des tribus de la région. L'oracle de Jérémie est de la fin du
vi e siècle, les prophéties d'Ezéchiel de la période 539-530.
Le texte attribué à Isaïe (xi, 14) : « Ils voleront sur l'épaule des
Philistins à l'Ouest, ensemble ils pilleront les Benê-Qédem; sur
Edom et Moab, ils jetteront leurs mains, et les Benê-Ammon leur
seront soumis », pourrait bien être interprêté comme une opposi-
tion des Philistins et des Benê-Qédem, constitués par l'ensemble
des Benê-Ammon, des Moabites et des Edomites. Mais ce texte, par-
lant de la déportation de Juda, d'Elam et de Pathros, appartient
plutôt au recueil du second Isaïe, contemporain de Cyrus;il est
donc de la même époque que les prophéties d'Ezéchiel.
De cette discussion il semble qu'on puisse retenir qu'à une cer-
taine époque, l'expression Benê-Qédem a été souvent employée
pour désigner des tribus appartenant au même groupement que
Qédar.
Au surplus, il est très délicat de chercher à tirer des déductions
des passages des Prophètes où il est question de Qédar.
On ne sait jamais quelle date assigner à ces textes classés dans
des recueils portant le nom d'Isaïe, de Jérémie, Ezéchiel, Za-
charie, etc., ni à quels événements historiques il convient de les
rattacher. L'histoire elle-même du peuple juif ne nous est qu'im-
parfaitement connue, les traditions nous sont parvenues sous une
forme plus ou moins altérée, de telle sorte que la légende a parfois
usurpé la place de l'histoire.
Une première série de textes relatifs à Qédar précise simple-
ment l'horizon géographique des prophètes : « Passez donc aux
îles des Kittim j , et voyez ; envoyez à Qédar et considérez bien »
(Jér., ii, 10). Cet horizon est limité à l'Occident par les îles des
Kittim, à l'Orient par Qédar.
Même opposition dans Isaïe, xlii, 10-12: « Chantez à Iahvé un
chant nouveau, et sa louange du bout de la terre, ô vous qui navi-
guez sur la mer, ô tout ce qui remplit ses flots, ô îles et leurs habi-
tants ! Que le désert et ses bourgs élèvent la voix, et les enclos où
1 Même expression chez Ezéchiel, xxvn, 7.
1- l REVUE DES ETUDES JUIVKS
réside Qédar! Qu'ils jettent des clameurs joyeuses, les gens de
Scia ' ' Que du haut des monts ils poussent des cris ! Qu'ils pro-
clament la gloire de fauve et répandent sa louange dans les lies ! »
De môme, « Psaumes, lxxii, 10, oppose Tarschiscb à Schebâ
et Sebâ, les deux littoraux arabe et africain, du golfe Avalitique,
pour représenter les extrémités du monde au Nord-Ouest et au Sud-
Est. La même opposition se trouve dans Ezéch., xxxvm, 13, entre
Tarchisch, d'une part, Schebâ et Dedân, de l'autre*. » L'horizon
s'est élargi ; ces textes sont donc d'une époque plus voisine de nous.
Isaïe, lx, nous montre bien les fils et les filles de Jérusalem
arrivant de l'Arabie ou amenés des îles par les vaisseaux de
Tarsehisch, mais il ne se borne pas à une énumération de pays
plus ou moins riches, il trace un tableau des contrées orientales :
« Elles foisonnent chez toi les caravanes de chameaux; voici les
dromadaires de Midian et de Epha; ils accourent tous, ceux de
Schebâ, apportant or et encens et publiant les louanges de lahvé;
il s'assemble en tes murs, tout le menu troupeau de Qédar; les
béliers de Nebayoth sont tes serviteurs; ils montent pour mon
agrément, sur mon autel, afin que je rende glorieuse la maison
où je suis honoré » (lx, 6-*7).
Ce texte est évidemment bien plus récent quTsaïe, xlii.
L'oracle d'Ezéchiel sur Tyr (xxvn) passe en revue tous les pays
avec lesquels Tyr était en relation commerciale. Les connais-
sances géographiques de l'auteur de la prophétie paraissent
dépasser de beaucoup celles constatées dans les textes déjà exa-
minés; il y est parlé de Regma, qui est une ville du littoral du golfe
Persique. On s'est demandé jusqu'ici en vain de quelle époque
était cet oracle : on y lit toutefois que Tyr faisait venir des esclaves
et des objets d'airain de Iavan, Thoubal et Méschek (xxvn, 13);
or, dans la Lamentation sur Psammétique, Méschek-Thoubal et sa
foule immense sont déjà descendus dans le Scheol (xxxn,26);
l'oracle sur Tyr est donc antérieur à 526; s'il en était ainsi, il
nous dépeindrait la prospérité de Tyr sous le roi Hiram III.
L'oracle parlait de Qédar dans les termes suivants : « L'Arabie
et tous les nassis de Qédar sont tes marchands, te livrant des
agneaux, des béliers et des boucs » (xxvn, 21).
Ce classement chronologique des textes basé sur une considé-
ration géographique ne saurait être considéré comme définitif :
il convient d'examiner ces textes le flambeau de l'histoire en
main, et, à cet effet, de rappeler les événements les plus saillants
des annales du peuple juif au vr siècle avant notre ère.
1 Les LXX écrivent : oî xaTOixovvre; rcé-pav.
1 Fr. Lenormant Le.] origines de l'histoire, t. 11,2' partie, p. 98.
CONTRIBUTIONS A LA GÉOGRAPHIE DE LA PALESTINE 181
En 562, Amil Mardouk, le fils de Nabuchodonosor, nomma
Joyakin prince (nassi) de Jnda, et l'autorisa à reconstruire Jérusa-
lem. Le renversement du roi entraîna l'abandon du projet. En
539, Cyrus victorieux permit aux Juifs exilés de retourner à Jé-
rusalem, et nomma comme prince Chechbaççar, fils de Joyakin.
Celui-ci, sous Cambyse, se souleva ; il fut vaincu et le nouvel État
juif disparut. Ezéchiel nous renseigne sur cet événement : « C'est
le nassi * de Jérusalem que vise cet oracle, et toute la famille d'Is-
raël habitant là-bas. . . ; ils s'en iront en déportation et en cap-
tivité. Leur nassi, à la brune, soulèvera son fardeau sur son
épaule et s'en ira ; on percera pour le faire sortir une brèche dans
le mur; il se couvrira la face pour ne pas voir le sol. Sur lui je
déploierai mes rets, et il sera pris dans mes filets. Je le conduirai
à Babel au pays des Kasdim, mais sans qu'il le puisse voir, et là il
mourra » (Ezéch., xn, 10-13). Ailleurs il nous met au courant
des agissements de Chechbaççar. « Voici que le roi de Babel est
venu à Jérusalem, a pris le roi et les sars de la ville, et les a
emmenés à sa suite dans Babel. Saisissant quelqu'un de race
royale, il a fait avec lui un traité, exigeant son serment. Cepen-
dant il s'empara des principaux du pays pour que le royaume
fût déprimé, sans pouvoir se soulever, afin qu'il gardât le pacte et
subsistât. Mais sous le roi de Babel le roi s'est révolté, envoyant
des messagers en Miçraïm demander des chevaux et une armée
nombreuse. Réussira-t-il ? Échappera-t-il, celui qui a fait de telles
choses? Après avoir rompu l'alliance, échappera-t-il? Par ma vie,
parole du seigneur Jahvé ! là môme où réside le roi qui lui a
donné la royauté, dont il méprise le serment et enfreint l'al-
liance, oui, dans la ville de ce roi, à Babel, il mourra! » (Ezéch.,
xvn, 12-17). « Je le mènerai à Babel et là lui ferai le procès du
forfait qu'il a commis contre moi. Tout le meilleur de son armée
lombera sous l'épée, le reste étant dispersé à tout vent » (Ezéch.,
xvn, 20-21).
Avant l'arrivée du roi de Babel, on se battit d'ailleurs à Jéru-
salem : « ville répandant le sang dans tes rues pour amener
ton heure » (Ézéch., xxn, 3) ; « malheur à la ville sanguinaire ! »
(Ézéch., xxiv, 6) s'écrie le prophète.
Cambyse, marchant sur l'Egypte, envoya devant Jérusalem une
armée perse ; « la ville a été frappée » vint-on dire à Babylone
(Ézéch , xxxin, 21). A la suite de cet événement l'autorisation
donnée de reconstruire Jérusalem fut retirée.
Jérusalem ne fut, d'ailleurs, que l'un des premiers objectifs de la
1 L'emploi du terme nassi exclut toute possibilité d'appliquer ce texte au roi Joya-
kiu ou au roi Sédécias,
182 REVUE DES ETUDES ÏUIVES
campagne. Ézéchiel nous montre le roi de Babel arrêté prés d'une
ville à la bifurcation de deux chemins conduisant l'un à Kabba
des Benô-Ammon, l'autre à Jérusalem-la-Forte, et consultant les
entrailles des victimes : s'il adresse au prince de Juda la viru-
lente apostrophe: « Et toi, percéde l'épée, mauvais nassi d'Is-
raël, donl vient lejour.au temps de l'iniquité finale, voici com-
ment s'exprime le seigneur lahvé : Qu'on ôte cette tiare ! Qu'on
enlève cette couronne! Tout va changer! « (Ézéch., xxi, "25-26), il
prophétise aux Benê-Ammon le châtiment des outrages infligés au
peuple de Juda : « L'épée, l'épée est dégainée peur le mas-
sacre. »
Pour cette œuvre de dévastation les troupes de Cambyse
durent être secondées par les Arabes. On ne peut en douter en
écoutant Ézéchiel :
Parce que vous avez crié : Ha ! Ha !
Contre mon sanctuaire au moment qu'il fut profane',
Et contre le pays d'Israël au jour de sa désolation.
Et contre la maison de Juda, quand on la déporta,
A cause de cela, je vais vous livrer en possession aux ReiuVQédem,
Lesquels asseoiront au milieu de vous leurs enclos
Et y dresseront leurs tentes ;
Ils mangeront vos fruits
Et boiront votre lait.
Je ferai de Rabba une demeure de chameaux
Et de la terre des Benô-Ammon un gîte de moutons,
Pour vous montrer que moi, je suis Jabvé (Ézéch., xxv, 3-5).
Et le prophète nous montre les razzias des Benê-Qédem s'éten-
dant jusqu'en Moab. Au retour de pareilles expéditions, des cla-
meurs joyeuses devaient retentir dans les tentes de Qédar, selon
le mot d'Isaïe, xlii, 10-12.
En Edom les Arabes avaient alors une situation encore plus
forte. Ezéchiel, se lamentant sur le Pharaon que Cambyse va
renverser, passe en revue tous ceux qui sont déjà descendus au
Scbeol, Assur renversé par les Mèdes (608), Elam Coulé aux pieds
par Asurbanipal (vers 650), Méschek-Thoubal écrasé en Syrie et
Palestine (vers 620), Edom, les princes du Nord et les Sidonites :
Là est Edom avec ses rois et ses nassis,
mis, avec leur force, au milieu des navrés à mort Ezéch., xxxu, 29).
Ainsi dès .720 les prophéties avaient été accompli'
Fils d'homme, tourne ta face vers la montagne de Séir et prophétise
contre elle. Dis lui : Voici ce que déclare le Seigneur Jahvé : Je t'en veux,
ô mont de Séir ; j'étendrai ma main contre toi, je te réduirai eu désert et
CONTRIBUTIONS A LA GÉOGRAPHIE DE LA PALESTINE 183
en lieu dévaste- De te* villes je ferai une solitude et de toi une mine, pour
que tu saches que je suis Jahve'. Parce que tu as e'té pris d'une immor-
telle haine et as fait couler à coups d'e'pée le sang des Benê-Israël, au
temps de leur malheur et de leur iniquité consommée, à cause de cela,
par ma vie, dit le Seigneur Jahvé, je t'ensanglanterai et le sang d'Israël te
poursuivra (Ézéch., xxxv, 1-7).
Voici ce que déclare le Seigneur Jahvé : Edom ayant accompli des actes
de vengeance contre Beth-Juda et s'étant ainsi rendu gravement coupable,
le Seigneur, Jahvé s'écrie :
J'étendrai ma main sur Edom, j'en retrancherai hommes et bêtes; de-
puis Théman je le réduirai en désert, et vers Dedan ils tomberont sous
l'épée. C'est par la main de mon peuple Israël que j'assouvirai ma rancune
sur Edom (Ézéch., xxv, 14-15).
Isaïe, ch. xxxiv, annonce que l'épée de Jahvé va descendre sur
Edom, sur le peuple qui a été voué au jugement. On immole pour
Jahvé â Boçra, on fait une vaste boucherie dans la terre d'Edom.
C'est un jour de vengeance pour Jahvé, une année de rétribution
pour la querelle de Sion. Ses hommes libres, il n'y en a plus pour
proclamer une royauté, tous ses sars auront pris fin.
En dépit de ces textes, on aura peine à croire que Juda ait été
l'instigateur de la ruine d'Edom : à peine de retour à Jérusalem,
il a peut-être cherché â se venger des avanies dont il avait été
l'objet, en excitant les Arabes contre Edom, comme en secondant
l'action du représentant du roi de Perse dans l'Eber ha-nahar.
Mais l'on n'hésitera pas à reconnaître que Qédar put de ce côté
également se livrer à de fructueuses, expéditions.
En 521 ou 522, Zeroubabel est installé pèha de Jérusalem ; il
entre presque aussitôt en fonctions en même temps que le grand-
prêtre Jésua. La reconstruction du temple est entreprise : Zerou-
babel et Jésua, représentant l'un le pouvoir politique, l'autre la
puissance théocratique , entrent en lutte, témoin le prophète
Zacharie. D'autre part, les descendants des populations étran-
gères transplantées en Juda par Asarhaddon veulent entraver la
restauration et s'adressent, d'ailleurs, en vain, à Ustani, pèha
d'Eber ha-nahar. C'est â cette époque, d'après Winckler 1 , — la
septième année de Darius (514) — , qu'Ezra aurait ramené à Jéru-
salem les vases sacrés : il conduisait une colonie juive, qui allait
renforcer la situation du grand-prêtre.
La vingtième année de Darius (501), la muraille de Jérusalem
était rompue et ses portes détruites par le feu (Neh., i, 3). Entre
la sixième année de Darius, pendant laquelle fut achevé le temple
(Ezra, vi, 55), et la vingtième année du même règne, un nouveau
drame s'était donc déroulé â Jérusalem. Zeroubabel, mécontent,
1 Winckler, Altorientaltsche Forschungen, II, p. 242.
184 KKVUK DES ETUDES JUIVES
cédant peut-être aux excitations du satrape d'Egypte, s'était sou-
Levé ; fine nouvelle armée persane en avait eu raison ».
On a voulu retrouver une (rare de cet événement dans la pro
phétie d'Obadia*, prophétie qui a d'ailleurs passé dans le recueil
de Jérémie, au chapitre xux ; mais en constatant que les faits
reproches à Edom sont identiques à ceux invoqués par Ézéchiel
xxv et xxxv et Isaïe (xxxiv), on écartera ce rapprochement.
Après cette revue historique, il deviendra plus facile d'as-
signer une date aux textes des prophètes mettant en scène
Qédar.
L'oracle d'Isaïe sur l'Arabie contient le passage :
Encore une année, comme l'année des ouvriers,
Et toute la gloire de Qe'dar prendra fin ;
On le comptera aisément, le reste de ses archers,
Et les vaillants parmi les fils de Qédar seront diminues (xxi, 16-11 .
De fortes raisons ont été invoquées par Winckler 3 pour voir
dans cette phrase une allusion à la terrible campagne d'Asurba-
nipal contre l'Arabie, dont on a lu plus haut le compte rendu as-
syrien. D'autres, s'attachant à des expressions employées parle
prophète dans le même chapitre : « Monte Elam, presse ô Mède »
(xxi, 2), « Elle est tombée, elle est tombée, Babel » (xxi, 9), ont
envisagé la prise de Babylone par Cyrus; il s'agirait dès lors de
l'expédition de Cambyse.
On a plus haut laissé en blanc la date de composition du cha-
pitre lx du recueil d'Isaïe. En relisant ce texte attentivement, on
doit reconnaître :
1° qu'il annonce le retour à Jérusalem de tous ses enfants
(lx, 4i. — Même nouvelle ib., xlix, 19 ; « Ils reviendront, les
rachetés de .Tahvé et rentreront dans Sion pleins d'ivresse »
iib., li, 11).
2" qu'il prédit la réédification des murailles (ib., lx, 10). —
Passage à rapprocher des suivants : « Certainement Jahvé va
consoler Sion et réparer toutes ses ruines » (ib., lt, 3) ; « De tes
gens rebâtiront les ruines anciennes ; les fondements des généra-
tions antérieures, tu les relèveras; aussi t'appellera-t on le répa-
rateur de brèches » [ib. t lviii, 12); « Us rebâtiront les désolations
antiques ; et les lieux ruinés des ancêtres, ils les remettront dé-
lient ; ils restaureront les villes renversées, et les destructions
1 Winckler, Alttesta»ientlichc Untersuchungen, p. 432 et 455.
* «.,11, p. 125.
3 Jd., p. 120.
CONTRIBUTIONS A LA GÉOGRAPHIE DE LA PALESTINE 185
de plusieurs époques » (ib., lxi, 4) ; « Ne lui donnez point de repos,
qu'il n'ait rétabli Jérusalem et qu'il ne l'ait restaurée glorieuse-
ment dans le pays ! » (ib., lxii, 6-7).
3° que Jérusalem était alors délaissée et haïe ; personne n'y
passait (<&., lx, 15) — « Sion s'est écriée : Jahvé m'a délaissée »>
(ib., xlix, 14) ; « On ne te donnera plus le nom de délaissée » (ib.,
LXII, 4).
Le en: lx se trouve donc intercalé entre des documents de
la même époque : or ces pièces relatent deux faits qui per-
mettent de les dater : Jahvé revient à Jérusalem, les objets du
culte de Jahvé y sont amenés (Isaïe, lu, 8 et 11) ; une thora va
être établie (ib., li, 4). A ces signes on reconnaît l'époque d'Ezra.
Nous voilà donc fixés sur la date de la pièce lx d'Isaïe qui in-
troduit dans l'histoire d'Israël Nebaioth au second plan en ar-
rière de Qédar. Le groupe des tribus arabes s'est donc avancé
vers l'Ouest peu à peu, en profitant des circonstances ; aucune
immigration soudaine de peuples ne s'est effectuée à travers le
désert pendant les derniers siècles.
Après la reconstruction du second temple, le silence se fait sur
Israël, et sur les peuples d'Arabie, et se prolonge près de deux
siècles. Que se passa-t-il durant ce long laps de temps? on ne sau-
rait le dire. On ne peut que constater la situation dans laquelle
le pays se trouvait d'après Diodore de Sicile ' en 312. Il n'est plus
question de Qédar, mais des Arabes Nabatéens. Ceux-ci occu-
paient à 300 stades (5G kilomètres) du lac Asphaltite, situé au mi-
lieu de la satrapie dldumée, un lieu naturellement fort, la Roche,
la Pétra actuelle; ils étaient donc installés sur le territoire
d'Edom, dont les anciens habitants avaient été chassés dans le
cours du sixième siècle.
« Les Arabes, écrit Diodore, passent leur vie en plein air dans
des solitudes sans habitants, sans ruisseaux ni sources vives
propres au ravitaillement d'une armée ennemie. Il est défendu , sous
peine de mort, de semer, de planter, de boire du vin, de construire
une maison, afin de ne laisser aucune prise à de plus forts. Une
partie élève des chameaux, d'autres des moutons dans les pâtu-
rages du désert. Entre les nombreuses tribus arabes menant la
vie pastorale, on distinguait les Nabatéens, au nombre d'environ
dix mille : beaucoup convoyaient à la côte lencens, la myrrhe et
les aromates, précieux amenés par les caravanes de l'Arabie Heu-
reuse. » Les Nabatéens recueillirent donc l'héritage des Qédréens
» XIX, 94-100.
186 REVUE DES ÉTUDES JUIVES
comme intermédiaires dans le commerce de l'Arabie Heureuse
avec T] r, Damas, Jérusalem el < raza.
Eratosthène, qui vivait en 190, rapporte que «le la ville d'Hé-
ropolis, située à l'extrémité septentrionale de la Mer Rouge, en
passant par Pétra, capitale des Nabatéens, la distance jusqu'à Ba-
bylone était de cinq mille six cents stades. Ce renseignement nous
apprend qu'il y avait à cette époque une piste assez pratiquée pour
(pie sa longueur ait été mesurée. C'est la route que suivirent les
[sraélites au retour de l'exil. A ente des Nabatéens, le géographe
antique place les Chaulotes et les Agréens (X«uXot«(o)v x» 'AYpauuv'),
En 181 Hyrcan, repoussé de .Jérusalem après l'assassinat de
ses deux frères, passe dans la TransJordanie et force les barbares
à lui payer tribut. Il faisait, nous dit Josèphe*, une guerre con-
tinuelle aux Arabes auxquels il tuait ou capturait beaucoup de
monde. Il éleva entre l'Arabie et la Judée transjordanique non
loin d'Hesbon la forteresse de Tyr (aujourd'hui Araq el-Emir 3 ).
Quelques années après, le grand-prêtre Jésua, frère d'Onias,
celui qui se faisait appeler Jason, supplanté par son frère Ménélas,
s'enfuyait à son tour dans l'Ammonitide''. 11 y composait peut-être
le Psaume :
« Malheur à moi qui dois être à l'étranger près des Masa, qui
habite dans les tentes de Qédar. Dans Uabbat je dois habiter,
chez un peuple qui hait la paix » (Ps. t cxx, 5-G).
Winckler 4 a suggéré l'idée de lire ^do au lieu de "Nrua (s au
lieu de 1) ; ce qui amènerait à substituer aux mots : qui hait la
paix, ceux : voisin des Salamiens.
Cette remarque devrait être prise en considération, s'il était
d'autre part démontré que les Salamiens étaient, à l'époque con-
sidérée, lixés dans l'Ammonitide ou dans un pays voisin.
Or l'on a vu plus haut que les Nabatéens étaient une tribu plus
influente que nombreuse. Diodore de Sicile évalue à dix mille têtes
le chiffre de la population ; même en admettant que ce nombre
doive être doublé, voire même triplé, on reconnaîtra que les
Nabatéens ne pouvaient à eux seuls occuper les vastes étendues
correspondant à Guilead, l'Ammonitide, Moab, Edom et â l'hinter-
land de ces pays. Il y avait place à côté d'eux pour d'autres tribus
arabes, On n'est. donc pas étonné d'y rencontrer deux autres
tribus ismaélites, Masa et Qédar, et rien ne s'opposerait â ce qu'on
y trouvât d'autres Arabes, tels que les Salamiens.
1 Strabo, Geogr., I. XVI, p. 707.
1 Josèphe, Ant. Jud., XII, 4, 9 et II.
3 II Macch., iv, 26.
* Altorientalischc Forsrhuni/en, II. p. 563.
CONTRIBUTIONS A LA GÉOGRAPHIE DE LA PALESTINE 187
Qu'étaient ces nouveaux venus? On ne le sait pas, car on ne
saurait accorder créance au renseignement transmis par Etienne
de Byzance, qui en fait une tribu arabe tirant son nom du mot
Salma « paix », en raison d'un traité et de la paix faite avec les
Nabatéens. Il semblerait plus vraisemblable de voir dans les Sa-
lamiens une confédération de tribus arabes analogue à l'ancien
groupement des Agrites, à celui des Benê-Qédem.
Pendant longtemps on a pu croire que les Salamiens n'étaient
pas mentionnés dans l'Ancien Testament ; cela tenait à ce qu'on
lisait à la place de leur nom tantôt Salomon et tantôt le mot
Salam, paix ; mais leur importance a dû cesser d'être méconnue,
le jour où de nombreuses inscriptions nabatéennes nous ont eu
livré la formule : « Cette tombe doit être sacrée comme le sanc-
tuaire des Nabatéens et des Salamiens. »
Les Salamiens sont associés à Qédar par le Cantique des Can-
tiques : « Je suis brune comme les tentes de Qédar et comme les
toiles de tente des Salamiens » (i, 5). Cette leçon ou plutôt cette
rectification de Winckler, — on avait lu précédemment « de
Salomon » — en suggère une autre. La Schonlamite du Cantique
des Cantiques, vu, ], ne serait-elle pas une Salamienne? Elle
est experte dans les danses de Mahanaïm, localité de la Trans-
jordanie sur le territoire de l'ancien Gad. La couleur de ses yeux
est comparée à celle des eaux des étangs de Hesbon, autre loca-
lité de la TransJordanie. Quel rapport peut-il avoir existé entre
ces localités et Solam de la plaine d'Esdrelon ? Si l'on songe que
le Cantique des Cantiques passe pour avoir été écrit au 11 e siècle,
et que les endroits cités appartiennent à la région visée par le
Psaume cxx et considérée par nous comme voisine des pays des
Salamiens, on accueillera peut-être cette nouvelle rectification.
Winckler a voulu demander à l'analyse de I Macch., v, 3-54, la
détermination de la contrée dans laquelle s'étaient fixés les Sala-
miens, et il a été conduit par cette étude à des indications qui
s'écartent de celles que nous venons de donner. Quelques explica-
tions sont donc nécessaires. Winckler voudrait découper le texte
considéré en cinq tranches correspondant à un double récit de
deux campagnes qui se seraient déroulées Tune au sud de la
Palestine, l'autre à l'est du Jourdain. Il est difficile d'admettre ce
système, le savant orientaliste a été frappé de ce qu'on lit :
« Judas Macchabée attaqua les Benê-Ezaven Idumée dans l'Acra-
batène », il a considéré comme inconciliables l'expression « les
Benê-Ezav en Idumée — l'Idumée étant, à l'époque, la région au
sud de la Palestine, — et l'expression dans l'Acrabatène — canton
au nord de Jéricho, — il a conclu à la suppression de la glose
188 REVUE DES ETUDES JUIVES
g dans 1'A.crabatène » etil a admis une première campagne au sud
du Jourdain. A ['encontre de cette opinion, on invoquera l'autorité
de Diodore de Sicile, qui, on l'a vu, place le lac Asphaltite au
milieu de la satrapie d'Idumée : l'occupation de l'Acrabatène par
des populations venues du territoire avant jadis appartenu à
Kdom n'a d'ailleurs rien d'impossible. Du reste, on possède, si
l'on y fait attention, un second récit d«s mêmes événements dans
11 Macch., ii, 10-31, et l'on se convaincra en suivant les deux
textes de l'unité des opérations.
Juda, après avoir châtié les Baïanites, passe chez les Benô-
Ammon ; il franchit le Jourdain à la tête de huit mille hommes
pour dégager les Israélites réfugiés dans le tort de Dathema. <i
la suite du massacre par les gentils de nombre de leurs frères
du pays de Tob ; après trois étapes dans le désert, il rencontre
les Nabatéens, animés de sentiments pacifiques, dit une ver-
sion (I Macch., v, 25), — une petite armée arabe de cinq mille
hommes et cinq cents cavaliers, qui l'ut défaite et demanda
l'aman, dit l'autre version (II Macch., xn, 10-12). Winckler a
proposé, avec raison semble-t-il, de mettre les deux versions
d'accord en corrigeant le premier texte et en lisant « les Sala-
miens les rencontrèrent», puis la glose explicative « les Nabatéens
les rencontrèrent ». Suivant la première version, Juda aurait en-
suite occupé Bosor, puis, tombant sur les derrières des troupes
de Timothée assiégeant le fort, aurait délivré les Israélites;
poursuivant le cours de ses succès, il aurait enlevé d'assaut et
brûlé Maspha, puis Ilasphon, Maked, Bosor et les autres villes de
Guiléad. Suivant la seconde version, le Macchabée aurait attaqué
une ville forte nommée Kaspis, habitée par un mélange de toutes
nations, et s'en serait emparé ; tant de sang aurait été répandu
que le vaste étang voisin de la ville serait devenu tout rouge;
Juda aurait ensuite atteint Charax, où étaient les Juifs Tubéniens
(du pays de Tob), et massacré près de là une garnison laissée par
Timothée. Kaspis semble correspondre à Ilesbon, Ilasphon de la
première version.
Suivant cette version, Timothée aurait assemblé une autre ar-
mée et établi son camp devant Raphon au delà du torrent. Winc-
kler a pensé à Raphia au delà du torrent d'Egypte; il s'agit, en
réalité, d'un affluent de gauche du Jourdain, peut-être du Jabbok.
Juda aurait entraîné tous ses gens à l'attaque du camp ennemi,
et poursuivi l'ennemi jusqu'au temple et à la ville de Karnain, qui
devinrent la proie des flammes. Il dut, au retour, briser la résis-
tance de la ville d'Ephron et repassa le Jourdain à la hauteur de
Iîethsan. Suivant la seconde version, le Macchabée aurait infligé
CONTRIBUTIONS A LA GEOGRAPHIE DE LA PALESTINE 189
à l'armée de Timothée une complète défaite, marché contre le
Karnion et l'Atergation, où il y eut une sanglante tuerie, enlevé
Ephron et gagné Scythopolis, c'est-à-dire Bethsan.
Il y a donc accord complet dans les grandes lignes des deux
récits : ils se réfèrent l'un et l'autre à une seule et même cam-
pagne en Ammoniticle et Guileâd. Le peuple que commandait Ti-
mothée ne pouvait être les Nabatéens, qui avaient alors à leur tête
Arétas (II Macch., ix, 8) : c'étaient donc les Salamiens, et ils se
présentent à nous dans les régions où nous les avions précédem-
ment entrevus.
D'ailleurs, par les détails donnés, I Macch., ix, 33-36, sur la
campagne de Jonathan contre Bacchide, on est fixé sur la posi-
tion plus méridionale des Nabatéens. Jonathan s'était réfugié sur
les bords du lac Asphar (Asphaltite) ; il avait jugé a propos de
demander aux Nabatéens, ses amis, de garder en dépôt ses ba-
gages, et il avait confié à son frère Jean le soin de leur amener le
convoi. Celui-ci tomba dans une embuscade des Benè Iambri de
Médaba. Médaba était donc sur la route qui menait de l'embou-
chure du Jourdain chez les Nabatéens.
Si le rôle des Nabatéens grandit ensuite, celui de Qédar dut dé-
croître sans cesse. Il en est toutefois encore question dans Pline
(1. v, 12) : « Ultra Pelusiacum Arabia est, ad Rubrum mare per-
tinens, et odoriferam illamac divitem beata? cognomine inclytam.
Hsec Catabanum et Esbonitarum et Scenitarum Arabum vocatur,
sterilis, praeterquam ubi Syriae confinia attingit, nec nisi Casio
monte uobilis. His Arabes junguntur, ab oriente Canchlei,a meri-
die Cedrei, qui deinde ambo Nabatœis. » Arabie déserte, Arabie
des Catabans — inconnus d'ailleurs, — des gens d'Hesbon — sans
doute les Salamiens — et des Arabes de tente. A l'Orient les
Arabes Canchléens — également inconnus — au midi les Arabes
Qédréens, les uns et les autres confinant aux Nabatéens.
Puis Qédar disparaît de l'histoire ; on ne sait bientôt plus rien
sur le théâtre de son activité. Les auteurs de YOnomasticon le
placent quelque part dans le désert des Sarazins, et ils font de
Boz et de Dadan des centres Qédréens, ne sachant, d'ailleurs, pas
distinguer Thema d'Arabie de Theman d'Edom. Le Talmud de
Jérusalem l rapporte que dans le groupe de peuples Kéni, Ke-
nizi et Kadmoni. un docteur voulait reconnaître les Arabes, les
Schalmia et les Nabhatiya, différenciant ainsi les Arabes des
Nabatéens. Le Targoum d'Ézéchiel rend Qédar par Nabat et le
distingue également des Arabes. De la discussion approfondie à
1 Neubauer, La géographie du Talmud, p. 427.
1,„, REVUE DES ÉTUDES JUIVES
laquelle dous nous sommes livrés, il ressort, au contraire, que les
Nabatéens sont bien Identiques aux Nebayoth, et que les rela-
tions les plus étroites ont existé dans toute la période historique
entre ce peuple et Qédar, lequel, de l'avis unanime, descend
d'Ismaël.
Toutefois il y a lieu de distinguer entre Arabes et Arabes.
La Genèse se garde de confondre la descendance d'Ismaël avec
celle de Qetoura «le parfum d'encens». Abonlféda 1 range les
Arabes en trois groupes, Baïda — les disparus, — 'Ariba — les
Arabes du Yémen de la race de Kahtani — et Mostha'riba —des
descendants d'Ismaël. Cette classification pourrait être admise,
mais, en tout cas, Ja thèse de Quatremère 2 sur l'origine ara-
méenne des Nabatéens doit être abandonnée, malgré l'appui qu'elle
a reçu de MM. Glaser et llommel 3 . C'est à cette conclusion qu'a
été amené le R. P. Hugues Vincent dans son étude récente sur les
Nabatéens 4 .
Diodore de Sicile nous a appris que les Nabatéens convoyaient
à la côte les aromates amenés par les caravanes de l'Arabie-Heu-
reuse. Ce qui revient à dire que les Ismaélites recevaient d'autres
Arabes, des Madianites, par exemple, les précieux produits.
Parlant des négociants des caravanes, le Jahviste a pu donc, dans
l'histoire de Joseph (Gen., xxxvn, 25), dire Ismaélites où l'Elo-
histe dit Madianites (Gen., xxxvn, 28), bien qu'Ismaélites et Ma-
dianites appartinssent à deux branches bien distinctes. Une con-
fusion cependant a pu en résulter ; d'où la glose : « Car c'étaient
des Ismaélites » (Juges, vin, 24), à propos de Madianites.
Toutefois le Livre des Juges (vu et vm) fait apparaître les
Madianites dans une région où nous avons trouvé les Ismaélites.
Faudrait-il donc admettre que le rayon d'action des Madianites
s'était étendu vers le Nord à une époque plus ancienne, et que
ce peuple dut se replier vers le Sud à la suite d'événements dont
l'histoire n'aurait conservé aucune trace ?
G. Marmier.
(A suivre.
1 Abulfeda, Historia anteislamica, éd. Fleischer, p. 181.
* (Juatremère, Mémoire sur les Nabatéens.
3 Glaser, Skizze der Geschichte und Géographie Arabicns, l. II, p. 12, 2.8 s., 274
et 409; Hommel, Vie Altisraelitische Ueberlxeferuwj, p. 208.
' '* K. P. Hugues Vincent, Les Nabatéens dans la Revue biblique internationale,
1898, p. 567 I.
UNE INSCRIPTION JUIVE DE CHYPRE
Dans le Voyage archéologique de Le Bas et Waddington, on
trouve mentionné, au tome III, p. 640, sous le n° 2776, parmi les
inscriptions grecques de l'île de Chypre, le texte suivant, qui au-
rait été copié (en 1865) par M. Duthoit au monastère d'Achiro-
piti 1 « sur une stèle » : eù/t, pa6êr ; 'Attixou. Le texte est classé
parmi les inscriptions de Lapethos (ou Larnaca tis Lapethou),
ville ancienne sur la côte N. de l'île, dont l'emplacement de ce
monastère a dû être une dépendance.
J'ai retrouvé cette inscription — ou, pour parler plus prudem-
ment, une inscription identique, — dans la capitale môme de l'île,
à Nicosie. Au cours d'une visite trop brève que j'ai faite à cette
ville au mois d'avril 1904, en compagnie de MM. Georges Bous-
quet et Raymond Kœclilin - notre tournée des églises nous amena,
dans la partie sud de la ville, à l'église de S L Jean de l'Hôpital,
ainsi décrite dans une excellente petite notice qui était distribuée
aux membres de la croisière de la Revue générale des Sciences :
« S 1 - Jean, aujourd'hui métropole grecque de Nicosie, construite
sur l'emplacement d'une maison et d'une église des Hospitaliers
de S 1 Jean de Jérusalem. Il ne reste rien des constructions primi-
tives. L'église actuelle date du xv e siècle et a été restaurée en
1736. Au sommet de la façade est encastré un intéressant sarco-
phage. L'intérieur est curieux par les peintures byzantines de la
voûte. » Tout à côté de l'église se trouve un édifice occupé par
l'archevêque 3 et dont quelques papadès nous firent les honneurs.
En descendant l'escalier extérieur de cette maison, j'aperçus,
parmi les balustres de la rampe, à l'angle d'un palier, une colon-
1 Voir, sur le monastère d'Acheropiitou [sic), Enlart, L'Art gothique... en Chypre
(1889), I, p. 240. Il est situé « sur le rivage de la mer... au-dessus du gros bourg
de Lapithou et non loin de Gérines, sur un petit promontoire ». M. Enlart y signale
des restes de constructions antiques, fûts de colonnes, petit chapiteau corinthien en
marbre blauc, etc., mais rien qui réponde exactement à la description de notre
monument.
* C'est à ce dernier qu'est due la photographie que nous publions ; qu'il en reçoive
ici tous nos remerciements.
» Cf. Enlart, op. cit., I, p. 184.
192 REVUE DES ÉTUDES JUIVE
Dette en marbre blanc, d'un travail assez soigné, qui attira mon
attention. Le lût cylindrique s'élève sur une base peu saillante,
formée de cinq tores superposés. En haut, deux moulures et une
grosse tresse ménagent la transition enire le lut et un chapiteau
corinthien «le style dégénéré. Les feuilles d'acanthe, à peu près
intactes, sont évidées au foret; la partie supérieure de la corbeille
avec les volutes est mutilée. La hauteur totale de ce petit monu-
ment est de m ,92 (dont m ,*29 pour le chapiteau), gorge comprise ;
la circonférence du lut est de m ,37. Sur le lut, immédiatement au-
dessous de la gorge, est gravée en caractères peu profonds mais
bien nets l'inscription suivante :
axH
PABBI
ATT'i
KOT
C'est-à-dire eùyj*) paêêt 'AttixoC. Sauf une lettre [paêêt au lieu de
paêêTj) c'est, on le voit, exactement le texte de Waddington. Très
probablement il s'agit de la môme inscription transportée dans
ces derniers quarante ans à Nicosie (l'archevêque est amateur
d'antiquités); paSê^ sera une faute de lecture de Duthoit. 11 est
vrai que Duthoit parle d'une stèle, tandis que l'inscription de
Nicosie est gravée sur une colonnctte. Mais il faut observer qu'en
grec moderne le mot sty/t, signifie colonne, et si la prétendue
« copie » de Duthoit lui a été, en réalité, fournie par un indigène \
le malentendu s'explique. Je n'ai pu malheureusement obtenir sur
place des renseignements sur la provenance de la colonnette et
l'époque de son insertion dans la rampe de l'escalier métropolitain.
Le style de la sculpture, aussi bien que les caractères de l'ins-
cription, nous reporte au m siècle environ de l'ère chrétienne.
L'emploi du tréma sur Viola ne se rencontre dans les inscriptions
attiques qu'à partir de la fin du n° siècle (CIA., III, 1171 ; Ath.
Mitt.i XIX, 241). Cf. Meisterhans, Grammatih der atlischen In-
schriflen. 3 e éd., p. 13). L'upsilon barré se rencontre dès le mi-
lieu du second(C7A., III, 1111, 1116). L'epsilon arrondi est sensi-
blement plus ancien.
Il est inutile de démontrer l'origine juive de notre inscription :
le mot paêêt suffit à l'établir. On sait que ce terme, employé pri-
mitivement dans le sens interpellât^' « mon seigneur », « mon
! Ce qui le donne a croire, c'est que la division des lignes n'est pas indiquée dans
1 a transcription de Waddington.
UNE INSCRIPTION JUIVE DE CHYPRE 193
maître », a fini par prendre, dès le premier siècle de l'ère chré-
tienne, la valeur d'un simple titre honorifique, porté surtout par
les docteurs de la loi. Il est extrêmement rare dans l'épigraphie
gréco-latine. Schùrer (II 3 , p. 316) n'en cite que deux exemples :
l'un de Venouse [CIL, X, 648 = Lenormant, RÉJ., VI, 205), où la
forme est rabbi {duo rebbitês), l'autre, assez douteux, de Jopé (Be-
peêi, Sitzimgsb. de Berlin, 1885, p. 681, n° 54).
Stern, dans la Jùdische Zeitschrifl de Geiger (IX, 78, cité par
Vogelstein et Rieger, Geschichte der Juden in Rom, 1, 46) fait al-
lusion à une inscription romaine où on lirait paôêivou comme
transcription de iaan ; mais je n'ai pas connaissance de ce texte
et je n'ai rencontré aucun exemple de ce mot à la Vlgna Ronda-
nini ou ailleurs. Partout on emploie son équivalent grec ypajx-
(J.QCTEUÇ.
T. XLYIII, n° 96. 13
I „■ UF.VUK DES ÊÏODES JUIVES
L'emploi de cet < ae constitue pas le seul intérêt de
„„,,,. inscription. On devra désormaisen tenir compte en écn-
^histoire des Juifs de Chypre'. On sait que la «tawj™
de cru, lie avait pris sous la domination ptolémaïque et dan les
premiers temps de la domination romaine, une importance ai
^foes textes nombre**. Mais en 116 ou M, dans les der-
„,,' mois du règnede Trajan, un vent de folie et de révolte passa
sur les Juifs de Chypre, en même temps que sur ceux d autres
TlSnto «le Chypre, dit Dion Cassius, ou plutôt son abré-
viateurXiphiUn(LXVIII,32),les Juifs commirent des atroci-
tés semblables à celles qu'ils flrent à Cyrene et en Egypte. Ils
va.îït pour Chef un certain Artémion Ml périt ta. cen
quarante mille hommes». C'est pourquoi il est interdit a tout Juif
émettre le pied dans cette île ; mémo si l'une 'eux I»u** j-
la tempête vient à s'échouer dans l'Ile, il est mis a mort. » Un épi-
ode de cette sanglante insurrection nous a été conserve par
Eusèbe iCHron., II, p. 104, Schône) : . Les Juifs extermineren
les Grecs de Salamine de Chypre et détruisirent (x«t.«^ov) cette
Y î 1 1 P * » •
Dion Cassius écrivait les derniers livres de son histoire vers
215an J-C.Onpeut donc tenir pour assuré qu a cette époque
la loi qui excluait les Juifs de Chypre était encore en pleine
Vj LeTraisons alléguées par Krauss pour admettre que quelques
Juifs aient continué à Habiter l'Ile sont vagues et sans va le ur
Si le Talmud mentionne certains produits cypriotes, ce n est pas
une preuve qu'il y eût des Juifs à Chypre. M. Krauss nous ap-
"n gaiement \ue dés l'époque d'Héraclius (610), les Jmts de
C bvnre étaient redevenus assez nombreux pour se joindre à lin-
surrec ion qui éclata alors contre les Grecs. Mais le renseigne-
mû donné sans références, paraît s'appuyer uniquemen sur un
t xt ' extrêmement sujet à caution, des Annales du patnarche
EutyclL d'Alexandrie (lbn Batrik) où on lit ceci (II, P- 220 de
fa Traduction Pococke, 1658 = Migne, Palrologie grecque,
tome 111 p. 1084) : « Au temps où Chosroès assiégea Conatan-
, Voir en dernier lieu sur ee sn.et P.rticle de S. Krauss dans 1. J~i* *<*,d»
jiedia (1903).
» Uni^cviim conjecture Artimon.
aux yeux.
« Orose, Vil, 12, ne fait que copier Eusèbe.
UNE INSCRIPTION JUIVE DE CHYPRE 195
tinople, la Syrie resta dégarnie de troupes romaines. Il y avait
alors à Tyr quatre mille Juifs. Ils écrivirent aux Juifs de
Jérusalem, de Chypre, de Damas, de la montagne de Galilée et de
Tibériade, de se réunir tous le jour de la Pâque chrétienne et de
massacrer les chrétiens de Tyr, etc. » Le caractère évidemment
légendaire de ce récit ne permet guère de l'invoquer pour établir
l'existence à Chypre, en 610, d'une forte population juive. En
revanche, notre inscription prouve qu'aux environs de l'an 300
les Juifs ont de nouveau été autorisés à habiter l'île de Chypre et
sans doute à y rebâtir des synagogues. L'hypothèse que notre
colonnette aurait été importée dans l'île de quelque pays d'outre-
mer est, en effet, peu probable : ni la valeur artistique de l'objet,
ni son utilité architecturale n'auraient justifié cette importation.
Les nouveaux colons juifs venaient de pays grecs ou hellénisés;
ainsi s'explique le nom Atticus porté par notre rabbin, nom
fréquent à cette époque dans l'onomastique païenne, mais qu'on
n'avait pas encore, je crois, rencontré chez les Juifs.
Sur la destination précise de notre petit monument on ne peut
faire que des hypothèses. Le mot zùyq exclut l'idée d'un monu-
ment funéraire ; il s'agit d'un objet votif, consacré au culte de
Dieu; mais Y ex-voto consistait-il uniquement dans cette colon-
nette, ou celle-ci n'était- elle pas plutôt le support de l'offrande
proprement dite, par exemple d'un chandelier ou d'un vase de
bronze destiné à une synagogue chypriote ? J'inclinerais assez
vers cette seconde hypothèse. Malheureusement l'état mutilé de
la partie supérieure du chapiteau ne permet pas de distinguer
la nature ni même les dimensions de l'objet auquel il servait de
support.
Le mot eù^t) — ex voto — est un terme emprunté à Tépigraphie
païenne. Par exemple, dans un inventaire de Délos {Bail. corr,
hell.,Yl, 29 = Dittenberger, Sylloge, 2 e éd. 588), 1. 148, on lit : ^xe-
cpàviov £7riYpacpï)V ïyov « Kdtvxoç IIAn/ioç 'AttoAAwvi sù^vjv ». De même
dans une inscription de Thasos (Sylloge 2 , 788) Ilocriocovtoç xoù 2t&a-
T7|yU Tu^yj ©àffou eùxTp- L'emploi du nominatif eù^ (tou 8s?voç) *
est, dit M. Salomon Reinach (Traité d'épigraphie grecque,
p. 383), une formule de l'épigraphie chrétienne 3 ; il en cite comme
1 Plus lard on trouve ôsvjtrtç. — Ouep eOy^C est très fréquent.
* Il y a bien un exemple de zùyr\ (nominatif) dans un texte païen, Inscr.SiC. ItaU,
904. eùx^ 'HpaxXrj 6aX)o<popw, etc., mais j'ai quelques doutes sur l'exactitude de
cette lecture, quoique vérifiée par Mommsen, le nom dts dédicants venant ensuite au
nominatif.
3 Le mot grec correspond exactement à HIS « vœu de » (c'est la traduction ordi-
naire de la Septante) ou à rQTD « offrande de ». La formule est de style aujourd'hui
encore. (Note de M. Israël Lévi).
t96 REVUE DES ÉTUDES JUIVES
exemple un texte de Conané [Bull. corr. hell. t III, 343); j'avoue
n'en avoir pas rencontré d'autres. t
H semble résulter de notre texte que dans L'emploi de cette
formule Les Chrétiens n'ont fait que prendre modèle sur les Juifs «.
Théodore Reinach.
I Je suis porté a croire que, par analogie avec notre monument, on uoit restituer
dana la pierre de Myndoa (/&»«*, 1901, 1, p. 1) vr/ï 9]etoiœtt7CTT);, elc.
LE ROI JUIF DE NARBONNE
ET LE PHILOMÈNE
Il y avait à Narbonne un personnage juif important, chef de
l'école ou de la communauté, surnommé Nasi, « prince », et dé-
signé parles chrétiens sous le titre de roi juif. 11 possédait dans
la ville des biens en franc alleu héréditaire. Quelle fut l'origine
de ce privilège ?
Pour répondre à cette question, on a coutume de citer un
roman chrétien qui confirme en partie diverses relations juives.
Comme on se borne à signaler la rencontre, qu'on croit suffisam-
ment probante, il ne sera pas mauvais d'étudier avec soin les
pièces, sans parti pris.
Ce roman est un récit des exploits de Charlemagne, attribué à
tort à un certain Philomena, dont le nom paraît dans la narra-
tion. Ce roman s'est conservé sous deux formes : en latin, sous
le titre de Gesfa Karoli Magniad Carcassonam et JSarbonam, et
en provençal sous celui de Philomena. On disait généralement
cette version plus ancienne que le latin, mais le dernier éditeur,
qui avait partagé d'abord l'opinion commune, est maintenant d'un
avis opposé ».
Ces Gestes, dit Mol i nier , sont « une compilation faite au
xn e siècle, à l'abbaye de la Grasse (près de Carcassonne), d'après
des poèmes français et le Pseudo-Turpin 2 ». « Le fonds du récit,
dit Gaston Paris 3 , est une de ces misérables supercheries monas-
tiques comme nous en avons déjà rencontré plus d'une. Illustrer
le monastère de la Grasse, lui faire reconnaître d'énormes privi-
1 Ed. Schneegans, Gesta Karoli Magni ad Carcassonam et Narbonam. Latein.
Text u. Provenzal. Uebersetzun»-. Halle, 1898 (Romanische Bibltothek, u° 15). Le
.même auteur avait déjà pub'ié une étude sur ces Gestes, Die Quellen des sogenannten
Pseudo-Philomma, Strasbourg, 1891.
1 Les sources de Vhistoire de France, 1901, t. I, p. 209.
} Histoire poétique de Charlemagne, p. 90-91.
198 REVUE DES ÉTUDES JUIVES
lèges, authentiquer de fausses reliques, et, par-dessus le marché,
édifier les fidèles par quelques pieuses anecdotes, tel est le but es-
sentiel de ce triste roman. » M. Paul Meyer porte sur ce1 écrit le
même jugement 1 .
D'après Schneegans, l'ouvrage ne serait pas antérieur à Tan
1200. En effet, il a été écrit par un certain Guillaume de Padoue
sur les instances d'un abbé Bernard. Or, il y a eu à la Grasse deux
abbés Bernard, l'un vers 1205-1208, l'autre entre 123T et 1255.
C'est probablement au premier que l'on serait redevable de ces
Gestes.
Schneegans, moins sévère que ses devanciers français, ad-
met que ce mauvais roman n'est pas une pure invention, mais
une compilation mal faite de traditions locales et de Gestes an-
térieures. On verra tout à l'heure que cette opinion peut être
corroborée par des textes dont Schneegans n'a pas fait usage.
Au surplus, Guillaume de Padoue lui-même prétend avoir extrait
son récit d'un ouvrage plus étendu.
Voici maintenant le résumé 2 du récit de la prise de Narbonne
qui nous intéresse :
Charlemagne est devant Narbonne et propose au roi païen Ma-
tran de lui céder Girone et Barcelone avec deux fois autant de
terres qu'il en possède, s'il consent à lui livrer sa ville et à rece-
voir le baptême. Sur le refus du prince sarrasin, l'empereur
donne l'ordre de se préparer à une attaque. Le lendemain une
lutte s'engage sous les murs de la ville, et les Sarrasins sont re-
poussés. Aymeri passe la rivière et vient attaquer Narbonne. Les
chrétiens obtiennent d'abord l'avantage, mais Matran dirige une
sortie contre les assiégeants et se met à leur poursuite. Peu de
temps après, Marsile, roi d'Espagne, envoie des renforts à Matran.
De nouveau des combats ont lieu, qui sont heureux pour les chré-
tiens, mais n'entraînent pas la prise de la ville. Charlemagne
n'en accorde pas moins Narbonne à Aymeri. La lutte se poursuit
sans merci. Enfin, les Juifs, qui occupaient une partie de la cité,"
proposent de la rendre à Charlemagne. « Ils avaient appris par
leurs sorts que Charlemagne prendrait la ville. » Après s'être
concertés, ils vont dire à Matran l'issue qui l'attend, que, pour
eux, avant de mourir, ils se rendront à Charles. Malgré la dé-
fense de Matran, ils choisissent Isaac et dix autres Juifs et les dé-
lèguent à l'empereur avec "70,000 marcs d'argent. Lorsqu'ils sont
arrivés devant Charles, Isaac lui dit : « Nous savons bien que la
1 Bibliothèque de l'École des Chartes, XXVIII, p. 53.
* Nous suivons en partie l'analyse de Demaison, Aymeri de Narbonne, t. I,
p. ccxxxv et suiv.
LE ROI JUIF DE NARBONNE ET LE PHILOMENE 199
ville ne peut plus vous résister ; nous sommes Juifs et vous de-
mandons grâce pour nous et pour tous ceux de la ville ; nous
ferons ce qui vous plaira. » Charlemagne leur répond : « Celui
qui demande merci doit obtenir merci ; je vous reçois sous ma
juridiction et sous ma garde. » « Ne croyez pas, reprend Isaac,
que nous commettions une trahison, car Matran n'a aucun pou-
voir sur nous et nous ne tenons rien de lui ; nous lui donnons
seulement pour droit de protection une certaine somme annuelle.
En outre, nous vous demandons quHl y ait toujours à Narbonne
un roi de notre nation, parce qu'il doit en être ainsi et qu'il en
est ainsi actuellement. C'est de sa part que nous sommes venus
près de vous ; il est de la race de David et de Baldachi. » Char-
lemagne leur accorde tout ce qu'ils demandent et reçoit l'argent.
Les Juifs veulent ensuite rendre la ville à Charlemagne, mais
Matran, avec la multitude de ses troupes, les en empêche. Sur ces
entrefaites, la femme du roi sarrasin s'échappe de Narbonne et
vient se baptiser dans le camp de Charles. Matran, indigné, défie
en combat singulier Charlemagne, qu'il appelle « traître ». Le duel
s'engage, et Matran est tué, A cette nouvelle, les Juifs livrent
une porte de la ville aux chrétiens, qui y entrent, enfin, après
un long siège. Charles alors tient « sa cour générale » et divise
la cité. Il en assigne le tiers à l'archevêque Thomas de Norman-
die, un autre tiers aux Juifs, à qui « il donne un roi suivant leur
désir », puis, ayant fait venir Aymeri de Narbonne dans le palais,
il lui dit : « Aymeri, j'ai donné un tiers de la ville à l'archevêque
un autre aux Juifs, le reste sera ta part. »
Voici maintenant le texte latin des passages que nous re-
tenons 1 :
P. 476. — Judei autem in civitate permanentes in sortibus suis
cognoverunt quod Karolus caperet civitatem et totius terrée, que citra
mare erat, dominus efficeretur. Et habito inter se consilio venerunt
ad Matrandum et dixerunt ei quod qualemcunque posset cum Ka-
rolo concordiam faceret vel sciret pro certo quod civitatem amitteret
et ipsemet interficeretur et omnes sui fautores. Et ipse indiguatus
respondit quod hoc nullo modo faceret et asseruit quod taie et tam
bonum suceursum haberet et in brevi, quod Karolum devinceret et
se et suos occideret ; et de hoc erat certus per proprios nuncios
Almassoris. At illi responderunt quod hec consolatio non valebat et
quod ipsi, antequam interficerentur, reiderent se Karolo et ejus vo-
luntatemin omnibus adimplerent. Et ipse prohibuit eis ne hoc face-
rent. Sed ipsi spernentes eius inhibitionem elegerunt Ysaac et alios X
• Nous conservons l'orthographe du texte.
200 REVUE DES ÉTUDES JUIVES
et cum LXX milio marchas argenti eos ad regem Karolum miserunt
Qui coram Karolo venientes salutaverunt cum et Ysaac primo locu-
tus fuit dicens ei : Domine rex,bene cognoscimus quod Narbona non
potcst vobis ulterius resistero et nos sumus Judei et petimus mise-
ricordiam tam pro nobis quam pro omnibus de villa et quicquid vobis
placuerit, facienius. Et ille respondit ci : Qui miseiïcordiam petit,
misericordiam consequi débet, et ego vos recipio iu mei juridictione
etcustodia. Et Ysaac dixit : Domine, non credatis quod nos aliquam
proditionem faciamus. Nam Matrandus oichil habet in nobis noc
aliquid tenemus ab ips >, nisi quia pro amparancia dabamus ei certam
pccuniam annuatim. Preterea rogamus vos ut semper sit in Narbona
rex de gente nostra, quoniam ita débet esse et est hodie. Et ex parte
ipsius nos ad vos venimus et est de génère Davidis et Baldachi et
mittit vobis per nos LXX milia marchas argenti et, si plus vultis,
plus habebilis, et quicquid habemus vestrum erit. Preterea ex parte
ville nostre impngnetis Xarbonam et capietis eam, nam C. brachias
de muro tenebimus et plus et, quod nullus vobis erit ausus lapidem
prohicere nec inferre aliquod nocumentum. Et Karolus concessit eis
omnia que petierant et recepit pecuniam. Et ipsi in civitatem redie-
runt et aliis Judeis omnia que Karolus dixerat retulerunt, de quo-
rum responsione fuerunt omnes quamplurimum gratulaii.
P. 182. — Et circumquaque inpugnaverunt villam et Judei volc-
bant eam reddere Karolo. Sed Matrandus occurrit illuc cum magna
multitudine militum et, quia plures erant, prohibuit eis ; tamen rixa
fuit inter eos maxima.
P. 1 86. — Judei mortem ipsius audientes plus quam quingenti
armati ascenderunt Portam Regi-am et quatuor G. et plus in palacium
Matrandi et non permiserunt Sarracenos intrare. Et Rotolandus et
totus exercitus impetum in eos faciens occiderunt extra portam plus
quam Vil milia. Postea venerunt ad Portam Regiam et Judei permi-
serunt eos intrare. Et Aymericus venit ad palacium regium et Judei
reddiderunt ei eum et posuerunt vexillum Karoli superius.
P. 188. — In capite vero octo dierum captionis Karolus tenuit
curiam suam generalem et divisit civitatem. Gonstituit namque
archiepiscopum nomine Thomam de Normandia et X episcopos ei
submisit. Dédit preterea ei terciam partem civitatis et construxit
ecclesiam Beale Marie et possessiones alias et reddilus quam plu-
rimos ei dédit. Similiter aliam lertiam partem civitatis dédit Judeis,
qui eam ei reddiderant et dédit eis regem ad voluntatem eorum.
Postea sedens in palatio in sede regali ceptrum eciam tenens cir-
cumdatus infinita multitudine virorum nobilium Aymericum de
Narbona fecit coram se venire dicens ci : Aymerice, terciam partem
civitatis dedi archiepiscopo, aliam terciam Judeis, reliqua pars erit
vestra.
»
Toute cette histoire, comme l'a très bien montré Demaison ',
1 Qp, laud., p. cxxxiv et suiv.
LE ROI JUIF DE NARBONNE ET LE PHILOMÈNE 201
est une transposition des événements qui s'étaient passés au temps
de Charles Martel et de Pépin. Mais le rôle attribué aux Juifs
par le roman de Pliilomène est joué alors par les Goths qui ha-
bitent Narbonne. Ceux-ci (en 759) se soulèvent contre les infi-
dèles et livrent la place aux Francs à la condition d'être main-
tenus dans l'usage de leurs lois et coutumes '.
Dans un autre écrit, cette substitution des Juifs à des chrétiens
serait tendancieuse, ce serait une altération voulue, destinée à
noircir les Juifs. Mais ici l'auteur n'a nullement eu un pareil des-
sein; il n'est animé d'aucune hostilité contre les Juifs ; aussi leur
fait-il dire que leur acte n'est pas une trahison, puisqu'ils ne
sont pas soumis au roi sarrasin ; d'ailleurs, se comporter ainsi
contre des infidèles et au profit de Charlemagne eût été, à ses yeux,
faire œuvre pie. Le récit des Gestes doit donc refléter autre chose
que des dispositions malveillantes à l'égard des Juifs.
On a coutume encore d'étayer les renseignements que nous
venons de lire par une note de Dumège ainsi conçue :
Il existait, avant la Révolution, dans les Archives de l'abbaye de la
Grasse, un manuscrit dans lequel on lisait que, sous l'empire de
Charlemagne, un roi des Juifs, qui descendait de la race du prophète
Daniel, possédait dans Narbonne un quartier de la cité et que ce roi,
l'an 791, envoya à Charlemagne une ambassade de dix Israélites,
présidée par Isaac, l'un des plus riches juifs de ce temps. Ces am-
bassadeurs offrirent à l'empereur 70 marcs d'argent et le prièrent de
conservera leur nation le privilège d'avoir toujours dans Narbonue
un roi particulier. Charlemagne accéda à leur demande et leur
donna, en outre, la partie de la ville de Narbonne où ils étaient éta-
blis. Ils rirent construire plusieurs édifices dans cette ville, et entre
autres deux beaux moulins, l'un sous le pont vieux, et l'autre hors
des murs, au lieu nommé mate Pesovls *.
Mais la simple comparaison de ces mots avec le texte du Plii-
lomène montre que le manuscrit qui existait avant la Révolution
dans les archives de l'abbaye de la Grasse était simplement notre
roman. Au surplus, Dumège, dans ses additions à Y Histoire de
Schneegans, p. 27-28, dit à ce propos : « Dans i'hisloire des luttes entra les Sar-
rasins et les chrétiens dans la France méridionale, ces scènes se répètent souvent;
tantôt ce sont les Juifs, tantôt les Goths qui livrent les \illes aux Sarrasins ou aux
chrétiens par des conventions secrètes. » « Souvent » est peui-ôire exagéré ; nous
venons de voir, ea effet, que pour Narbonne, ce sont les Goths qui font une de
ces conventions. Reste donc, et uniquement, le récit de la vie de Théodard attribuant
aux Juifs la reddition de Toulouse aux Sarrasins, lesquels n'ont jamais pris Toulouse !
* Mémoins et dissertations sur les antiquités nationales et étrangères publiés par la
Société des antiquaires de France, t. V11I, 18^9, Mémoire sur quelques inscriptions
hébraïques à Narbonne, par M. Dumège, ex-ingénieur, p. 340.
202 REVUE DES ÉTUDES JUIVES
Languedoc, semble bien vouloir enlever tout doute à ce sujet.
Parlant des mss. du Philomène, il dit : « L<> quatrième provient
des archives mômes de l'abbaye de la Grasse et es! placé aujour-
d'hui dans la bibliothèque publique de la ville de Carcassonne 1 . »
Que s'il remplace David par le prophète Daniel, c'est suis doute
parce qu'en 1829, il n'avait pas bien lu le nom de David, ou s'en
était rapporté à quelque auteur, mal informé. La ressemblance
entre Daniel et David est assez grande pour autoriser la suppo-
sition d'une telle confusion ; en tous cas, la mention des dix dé-
putés et du montant de la somme ("70 marcs d'argent, au lieu de
70,000) est tout à fait probante.
A partir du xm e siècle il est plusieurs fois question, dans des
documents chrétiens, de ce roi juif et de ses biens en franc alleu
héréditaire. « En 1217, lors de la concession des Juiveries à la
communauté, le vicomte Aymeri de Narbonne constate que le roi
des Juifs possède seul dans l'intérieur de ce quartier des biens en
franc alleu héréditaire (excepto solummodo honore Régis Judei
quem habet et tenet ex successione patrimonii sui), et le procès-
verbal de confiscation de 1307 reconnaît encore ce caractère allo-
dial aux seuls biens du Roi des Juifs à cette époque 2 » (Videlicet
hospicia et domus que Mometus Taurossii judeus, alio nomine
Rex Judeus Narbone, ejus tempore captionis possidebat in Ju-
daicis predictis, que sequuntur : scilicet hospitium quod est in
curtada sita in ipsis Judaicis que curtada vocabatur communiter
Curtada Régis Judei). Les Consuls de Narbonne, en 1364, font
valoir que dès le temps de Charlemagne Narbonne était une ville
royale habitée par deux rois, l'un juif, l'autre sarrasin (erant ibi
duo reges, unus Judeus et unus Sarracenus) 3 .
Plus ancien que ces divers documents est un passage du Trac-
tatus adversus Judœorum inveteratam duritiem de Pierre le Vé-
nérable, ouvrage composé en 1146. L'auteur parle de ce roi juif,
mais pour se moquer de la naïve prétention des Juifs (Sed non
ego, ut aliquid ridendum ponam, regem illum suscipiam, quem
quidam tuorum apud Narbonam Galliae urbem... se habere fa-
1 Histoire générale de Languedoc, par Dom Claude de Vie et Dom Vaissète, com-
mentée et continuée... par Al. Du Mège, t. 11 (Toulouse, 1840), p. 18 des Additions
et notes du livre VIII.
1 Saige, Les Juifs du Languedoc^. 43, 156 et 278.
3 Cité d'abord par Célestin Port, Histoire du commerce maritime de Narbonne,
p. 161, note 1, puis par Saige, ibid., p. 44. La mention du roi Sarrasin l'ait allusion
à l'histoire de Matran racontée par le Philomène. C'est à tort que M. Saige dit que,
d'après le roman de Philomène, Charlemagne accorda aux Juifs, de même qu'aux Sar-
rasins, habitant Narbonne le droit de vivre sous l'obéissance d'un roi juif et d'un roi
sarrasin, et nous avons eu plus tort encore de reproduire, sans les vérifier, ces mots dans
notre travail sur les Juifs de France {Rapport sur le Séminaire Israélite, 1903, p. 19).
LE ROI JUIF DE NARBONNE ET LE PH1LOMÈNE 203
tentur 1 ). Le fougueux adversaire des Juifs a-t-il recueilli le pro-
pos, à son retour d'Espagne, en passant par Narbonne, ou le te-
nait-il de l'apostat qui lui a communiqué les extraits du Talmud
dont il fait des gorges chaudes? Il est impossible de le savoir. En
tout cas, c'est un témoignage irrécusable de la tradition déjà ré-
pandue alors chez les Juifs.
Après celui-ci il faut enregistrer celui de Benjamin de Tudèle,
qui, ayant traversé Narbonne vers 1165, rapporte : « On y voit
des savants et des princes très célèbres, à la tête desquels est
Calonymos, fils du grand Nasi Todros, qui est nommé dans sa
généalogie parmi les descendants de David. Il a plusieurs terres
et possessions qui lui ont été données par le seigneur de la ville
et que personne ne peut lui ravir par force 2 . »
Ces renseignements sur le titre porté par Todros, sa généalogie
et ses possessions territoriales sont corroborés par un autre
auteur, contemporain de Benjamin de Tudèle. M. Neubauer a
publié ici même 3 un passage du Sêfer Ilakabbala d'Abraham ibn
Daud, qui mourut à Tolède avant 1180. Ce passage, il est vrai,
manque dans les éditions de l'ouvrage, mais il est cité briève-
ment par l'auteur du Yonhasin, comme appartenant au S. Ha-
kabbala. En outre, s'il n'était pas d'Abraham ibn Daud, il serait
sûrement d'un contemporain de ce chroniqueur, car il y est dit :
« Todros mourut et laissa un fils appelé aujourd'hui Calonymos
le jeune 4 , qui est encore vivant ». C'est précisément le Nasi
rencontré par Benjamin de Tudèle. En outre, ce contemporain
anonyme ne serait pas Provençal, car, parlant des savants de la
France, DOT*, il dit : « Nous savons qu'il y avait parmi eux, à Nar-
bonne ». C'est montrer doublement qu'il n'est pas de la région,
car un Provençal réservait à la France du Nord le nom de nsTst.
Ces lignes sont donc d'un Espagnol, et dans ce cas il n'y a pas de
raison de les dénier à Abraham ibn Daud s .
Or voici ce que cet auteur savait : C'est le roi Charles (Charle-
magne, qui écrivit au roi de Babylone pour lui demander l'en-
voi d'un Juif de ses États qui fût de la race royale, de la maison
de David. Le roi de Babel se conforma à ce désir et lui expédia un
grand savant nommé Machir. Charlemagne l'établit à Narbonne et
1 Migne, Patrologia latina, CLXXXIX, col. 560; voir Loeb, Revue, XVIII,
p. 45.
» Voir Jew. Quart. Review, XVI, 459.
3 Revue, t. X, p. 100 et suiv., puis dans Mediceval jetvish Chronicles, II, p. 83.
4 Evidemment par opposition au premier Calonymos ben Todros, son grand-père.
M. Neubauer n'a pas traduit ce mot.
B M. Gross ne met pas en doute l'authenticité du passage, Gallia judaica, s. v,
Narbonne,
204 REVUE DES ÉTUDES JUIVES
lui donna une grande propriété territoriale lorsqu'il s'empara de
la ville. Abraham ibn Daud sait aussi qu'à la prise de Narbonne,
Charlemagne divisa la cité eu tf ois parties, dont il attribua Tune
au seigneur de la ville, Don Aymeric, une autre à l'évoque et la
dernière à R. Machjr, qu'il lit libre, expression qui doit s'entendre
de ses possessions. Charlemagne donna aussi aux Juifs de la ville
des lois justes qui sont inscrites dans une charte portant le sceau
de Charles et qui esl entre les mains des Juifs. Ces notions sont
certainement l'écho fidèle d'une tradition juive locale, car ensuite
Abraham ibn Daud raconte avec détails des guerres qui eurent
pour théâtre Narbonne vers le milieu du xn° siècle et dont les
Juifs eurent à souffrir. Ces détails ne pouvaient être parvenus à
sa connaissance que par un écrit ou un Juif de Narbonne ».
Qu'il y ait une parenté entre la relation de Benjamin de Tudèle
et les traditions recueillies par Abraham ibn Daud, d'une part, et
le récit des Gesfa Karoli, d'autre part, il est inutile de le montrer.
Mais quelle est cette parenté?
En un point, les Get>ta s'inspirent de la tradition juive, c'est
quand elles font descendre de David ce roi juif de Narbonne. Un
tel détail ne saurait avoir été imaginé que par un Juif. Il y a même
plus, ce roi est de génère Davidis et Daldachi. Or ce dernier mot
est la forme italienne de Bagdad au moyen âge*. Si ce sont les
1 D'après lui, Todros, fils de Calonymos, fut témoin d'événements douloureux qui
se produisirent à Narbonne. Le vicomte de la ville, Don Aymeric, mourut dans la
bataille de Fraga (et non Praga, comme l'écrit M. Neubauer), sans laisser de fils. Le
pouvoir passa à sa sœur cadette (et non à une de ses parentes), Dona Esmenjaras,
encore mineure. Les seigneurs, qui convoitaient son héritage, cherchèrent à la séduire
pour l'épouser. Parmi eux était Don Autos, comte de Toulouse. Le comte de Barce-
lone, Haymon Beranger, qui était sou ennemi et qui était parent d'Esmenjaras (détail
passé da.is la traduction de Neubauer), persuada à celle-ci de refuser Don Anfos. Elle
obéit à ses conseils et épousa Bernard d'Anduze (et non d'Andduse). Alors il y eut
guerre et la ville se divisa en deux camps : la moitié était pour la vicomtesse et ses
conseillers, et la juiverie (lï^aE ; Neubauer traduit: « et les autres ») pour le comte de
Toulouse, Don Alphonse. Cette guerre dura dix ans. Les Juifs, qui jusque-là étaient
au nombre de 2,000. furent dispersés en Anjou, Poitou et France. — Or, tous ces traits
concordent parfaitement avec l'histoire locale. Le vicomte Aymeric III lut bien tué à
la balai. le de Fraga en 1134. Il laissa la vicomte de Narbonne à sa sœur Ermengardc.
Celle-ci lut mariée deux fois, d'abord en 1042 au comte Alphonse, nommé aussi An-
fosse, Anfous 'remarquer qu'Abraham ir.n Daud a même cette orthographe). Catel,
Mémoire de l'histoire de Languedoc, p. 589, dit ne pas savoir d'où était cet Alphonse.
Abraham ibn Daud est mieux renseigne que lui. D'après le iimne historien, Ermen-
garde aurait épousé en secondes noces Pierre d'Anduze, (ils de Syinlle. Mais lui-
même fait observer qu'un acte authentique la dit femme de Bernard d'Auduze, ce que
confirme le texte hébreu. Il esl à présumer que si nous étions mieux renseignés sur
l'histoire de ce temps, la véracité du récit consigné par le S. Hukabbal* serait attestée
aussi en ce qui concernera gu< rre de uix ans dont Naibonne r>it le théâtre et les suites
qui en lurent si lâcheuses pour les Juifs de la ville.
» VoirDucange, s. v. Baldakinvs. Le mot figurant aussi dans la version proven-
çale, c'est un argument de plus en faveur de la paternité de Guillaume de Padoue
sur les Gesta.
LE ROi JUIF DE NARBONNE ET LE PHILOMENE 205
Juifs qui ont dû faire descendre de David leur Nasi, ce sont
sûrement eux, et eux seuls, qui ont eu l'idée de le faire venir de
Babylonie, car eux seuls devaient connaître l'existence, en cette
région, du Resch Qalouta se prétendant de la lignée davidique.
Il est donc indéniable que sur ce point, au moins, l'auteur des
Gesta Karoli s'est borné à recueillir une tradition vivante chez
les Juifs de son temps et constatée déjà avant le milieu du
xn e siècle. On s'explique mieux ainsi le ton qui règne dans son ré-
cit de l'acte des Juifs * .
Seulement cette tradition juive, le moine de la Grasse n'a pas
eu besoin de la tenir de la bouche des Juifs de Narbonne, il a pu
la recueillir dans une copie d'un document ou écrit en possession
de ceux-ci. Nous savons, en effet, non seulement par Abraham ibn
Daud, mais encore par un rabbin de Narbonne (en 1245) 2 , que
les Juifs se vantaient et de la possession d'écrits constatant les
services rendus par leurs ancêtres à la prise de Narbonne et du
dépôt de ces chartes ou relations dans un établissement chré-
tien. Ces archives étaient dans la maison & obédience, terme qui
désigne « les maisons, églises, chapelles et métairies auxquelles
étaient préposés des religieux 3 ». 11 n'est pas impossible qu'un
écrit de cette nature ait été conservé à l'abbaye de la Grasse, car
dans le même cloître se trouvait un des diplômes accordés par
Louis le Débonnaire à des Juifs de la province 4 . Toutefois.il
n'est pas invraisemblable non plus que ces fameux documents
soient tout simplement les Gesta ou leur source.
Mais si ces diverses relations s'accordent sur le fait de privi-
lèges octroyés au roi juif de Narbonne, elles divergent à propos
de l'origine de cette faveur, et cela montre que ces chartes — si
chartes il y a — n'étaient pas des copies authentiques, auxquelles
il faille ajouter une foi absolue. Dans la tradition enregistrée par
Abraham ibn Daud, c'est évidemment parce que Machir, le premier
de ces rois juifs, descend de David que Charlemagne lui confère
1 C'est faute d'avoir connu cette dépendance que Schneegans dit : * Cette idée que
les Juifs doivent avoir alors leur roi propre est dénuée de sens ; elle s'éclaire si les
Juifs sont les remplaçants des Goths-, leur demande de garder un roi de leur race est
une traduction poétique de la ph. "'■•mitterent eos legem suam habere du Chronicon
Moissiacense . » (Die Quellen des sogenannten Pseudo-Philomena, p. 34) C'est aussi
pour n'avoir pas fait cette remarque que M. Gross s'est trompé, à notre avis, sur la
valeur du témoignage du roman de Philomène. Constatant qu'à Toulouse et à Bor-
deaux ou accuse les Juifs d'avoir livré la ville ici aux Sarrasins, là aux Normands,
M. Gross conclut de l'attitude toute différente du conteur provençal à l'authenticité
de son témoignage. Pour avoir violé ce qui était une loi du genre, à son avis, il faut
que l'auteur ait respecté malgré lui la vérité [Monatsschrift, 1881, p. 447).
Voir Revue, X, p. 102.
* Voir Ducange, s. v.
* Vaissète, Hist. générale de Languedoc^ t. II, Preuves, col. 211.
206 REVUE DES ÉTUDES JUIVES
un privilège quasi royal. Il le lui accord." lors de la prise de la
ville, à laquelle les Juifs n'ont pas contribué. C'est bien ainsi.
d'ailleurs, que l'imagination juive devait interpréter le fait. Dans
le récit de Méir b. Simon, Charlemagne récompense par l'octroi
de ce privilège le service que lui a rendu un Juif anonyme qui
a sacrilié sa vie pour sauver celle de l'empereur. La contradiction
est formelle entre cette explication et la précédente. D'après les
desla. en outre, il y a déjà un roi juif à Narbonne avant la prise de
la ville par Charlemagne, et c'est pour récompenser la reddition
de la place que l'empereur permet aux Juifs de conserver leur Roi
et leurs institutions et môme qu'il leur distribue le tiersde la cité.
Cette comparaison montre que, si les Gesta dépendent de la tra-
dition juive pour ce qui a trait à l'origine du roi juif, ils en dif-
fèrent ([liant à la donnée même qui justifie le privilège accordé au
roi juif.
Est-il possible maintenant de retrouver sous ces divers récits
fabuleux un résidu d'histoire? Celui de Méir b. Simon inspire le
soupçon, encore qu'il se prétende fondé sur des textes écrits,
car il procède de la légende : 1° en croyant à la prise de Nar-
bonne par Charlemagne, 2° en parlant d'un combat de l'empe-
reur devant la porte de la ville et, 3°, en mettant en scène une
assemblée de barons et de prêtres tenue par lui, toutes circons-
tances qui rappellent les Gesta. Celui d'Abraham ibn Daud est con-
taminé aussi par la légende, car d'abord la mention d'Aymeri de
Narbonne en dérive ; en outre, l'initiative prise par Charlemagne
de faire venir de Babylonie un savant n'a rien d'historique.
Reste le récit des Gesta. Nous avons déjà dit qu'en tout état
de cause, ce ne peut être qu'une transposition du rôle joué par les
Goths, et que cette transposition n'a pas le caractère d'une inven-
tion malveillante. Pourquoi donc aux Goths l'auteur ou son mo-
dèle a-t-il substitué les Juifs? C'est parce qu'au temps de Charle-
magne il n'y avait plus de Goths et que peut-être le conteur
savait que justement alors les Juifs étaient de nouveau en grand
nombre à Narbonne.
En définitive, aucun de ces textes n'offre la moindre valeur
documentaire et il est aussi puéril de parler à ce propos de Pépin
le Bref ou de Charles Martel que de Charlemagne. Le champ di^
hypothèses est donc ouvert pour l'explication du privilège dont
jouissait le roi juif, c'est-à-dire simplement le Nasi, chef reli-
gieux des Juifs. Si l'on veut à toute force une hypothèse, on dira
qu 'après la prise de Narbonne, Pépin le Bref aura voulu assurer
la prospérité de la ville, qu'y trouvant une forte colonie juive,
revenue sans doute pendant l'occupation arabe, il aura tenu à
LE ROI JUIF DE NARBONNE ET LE PHILOMÈNE 207
l'attacher à la cité par des privilèges accordés soit à son chef
seulement, soit à la collectivité. Justement, comme on le sait, une
lettre du pape Etienne III à l'archevêque de Narbonne, Aribert,
qu'on place en 768, apprend que les Juifs possédaient alors des
biens héréditaires, en vertu de concessions accordées par les rois
de France, titre qui, sous la plume du même pape, est appliqué,
en la même année 768, à Pépin, Charles et Carloman *.
En résumé, s'il est indéniable qu'il y a eu à Narbonne un Nasi,
appelé par les chrétiens et, semble-t-il, par les Juifs au xn e siècle,
le roi juif de Narbonne, on ne sait rien de positif sur l'origine
de ce fait intéressant. Dès le xn e siècle, les légendes juives et
chrétiennes, qui veulent l'expliquer, s'entremêlent et réagissent
les unes sur les autres.
Ces conclusions négatives doivent être opposées à tout ce qui
a été déjà dit à ce sujet par Renan-Neubauer % Saige 3 , Gross * et
nous-même 5 .
Mais si de toutes ces légendes les historiens du Judaïsme n'ont
rien à retenir, il n'en est pas de même pour les romanistes. 11 reste
acquis, en effet, croyons-nous, que l'auteur des Gesta Karoli
■magni a mis à profit une fable juive — l'origine davidique et ba-
bylonienne du Nasi deNarbonne, — que la compilationutilisée par
lui avait transposé le récit de la reddition de cette ville par les
Goths, en remplaçant ceux-ci par les Juifs. Maintenant, si l'on
considère qu'Abraham ibn Daud, avant 1180, connaissait déjà
indirectement des traits distinctifs de cette œuvre, il en résulte
que cette source du Gesta est dûment constatée bien avant 1180,
vers 1170. N'est-ce pas une chose piquante que des textes hébreux
fournissent une utile contribution à l'histoire de la légende de
Charlemagne ?
Israël Lévi.
1 Voir Jaffé, Regesta Pontificum romanorum, I, p. 285.
* Les Rabbins français, p. 561. On a vu ce qu'il faut penser de ces mots : « On
trouve le récit complet des relations légendaires des Juifs avec Charlemagne pendant
le siège de Narbonne dans les extraits du roman provençal de Philomena publiés par
M. du Mège... D'autres fois à Charlemagne on substituait Charles Martel. >» Nous
ne savons pas à quoi font allusion ces derniers mots.
3 Les Juifs du Languedoc, p. 7 : « Dès que les armes victorieuses des Francs
eurent arrêté le Ilot de l'invasion (des Sarrasins), ils paraissent s'être unis aux
chrétiens et toutes les traditions sont d'accord pour les montrer favorables à la cause
des Carlovingiens dans leur lutte contre les envahisseurs. » P. 8 : « Ici comme dans
beaucoup de légendes, Charlemagne est confondu soit avec Charles Martel, soit avec
Pépin le Bref, et ce serait à la prise de Narbonne par Pépin qu'il faudrait faire re-
monter l'origine de cette tradition (du Philomène). »
4 Monatsschrift, 1881, p. 445 et s.
J Jetoish Encyclopedia, s. v. France, t, V, p. 445, et Rapport sur le Séminaire
israélite, p. 19 et 20.
LES JUIFS DANS LES DEUX BOURGOGNES
ÉTUDE SUR LE COMMERCE DE L'ARGENT
AUX XIIP ET XIV e SIÈCLES
AVANT-PROPOS.
Jusqu'au xn c siècle, le commerce fut médiocre dans les deux
Bourgognes, dans le duché comme dans le comté, séparées par le
fossé large et profond de la Saône, barrière naturelle qui, aux
temps de l'indépendance gauloise, délimitait déjà Éduens, Lingons
et Séquanes. Au duché de Bourgogne, — grâce au transit des ca-
ravanes de marchands venus d'Italie par les routes de Lombardie,
les défilés du Piémont et de la Savoie pour gagner, par Chalon ou
Saint-Jean de Losne, la Champagne, l'Ile de France et l'Angle-
terre, — une certaine activité se maintenait et gagnait de proche
en proche, entre Troyes et Chalon, Auxerre et Langres. Dans
cetterégion essentiellement agricole, la production des laines était
assez considérable pour motiver un trafic dont Châtillon-sur-Seine
était le centre et qui desservait les tissages de la Toscane ou de
la Flandre *.
Au comté de Bourgogne, les mœurs étaient plus rudes, le ter-
roir moins fécond, partant moins riche. Sauf à Besançon, mé-
tropole ecclésiastique dont relevaient trois évêchés de langue
différente délimités par les Vosges, le Rhin et la rive droite du
Rhône, sauf à Salins, dont les puits salés avaient comme tribu-
taires toute la Suisse et une partie de la Bourgogne, le commerce
n'existait pas.
Pour faire entrer dans le courant commercial deux provinces si
arriérées quand on les compare aux régions méridionales de
1 J. Garnicr, Préface (encore inédite) des Charles de communes cl d'à franchisse-
ments en Bourgogne, Dijon, Kabutot et Darantièrc, 1867-1877, 3 vol. in-4.
LES JUIFS DANS LES DEUX BOURGOGNES 209
l'Europe, il fallut le mouvement irrésistible des Croisades, les émi-
grations de milliers et de milliers d'hommes de guerre, le trafic
considérable que déterminent forcément des armées en marche.
A côté des Croisades, qui jetèrent entre l'Orient et l'Occident les
bases de relations étendues, la création d'un ordre monastique,
l'ordre de Cîteaux, qui, né en Bourgogne, entoura avec une éton-
nante rapidité l'Europe entière d'une blanche ceinture de monas-
tères, eut sur les communications internationales une influence
indiscutable dont le commerce ne fut pas le dernier à recueillir
le bénéfice.
Enfin, quand la guerre des Albigeois amena le choc du Nord et
du Midi à l'aurore du xm e siècle, au contact de la civilisation mé-
ridionale, les races du Nord, encore à demi barbares , vinrent
puiser des notions nouvelles et s'initier, entre autres choses, aux
routes, aux procédés, aux règles du commerce. Les initiateurs ne
leur manquèrent point et, — à la suite des croisés d'Orient ou de
Languedoc regagnant les provinces du Centre ou du Nord de la
France, non sans s'être tous endettés en Italie, en Provence, en
Languedoc, pour entretenir leurs équipages, auprès des prêteurs de
tout ordre qui foisonnaient dans les camps, — maints créanciers
méridionaux, marchands italiens, juifs, lombards, caorsins, péné-
trèrent sur les rives de la Loire ou de la Saône, ne fût-ce que pour
récupérer leurs créances ou user d'une tolérance qu'un débiteur
accorde toujours à son créancier. Et de la sorte le xm e siècle vit
sinon éclore, du moins prendre une extension considérable dans
les deux Bourgognes, aussi bien le négoce des marchandises en
général que le commerce d'argent en particulier.
Avant les événements de haute importance que nous venons
d'indiquer, l'échange et le colportage des denrées tenaient plus de
place que le négoce ; le numéraire était rare, les prêteurs peu
nombreux, la circulation de l'argent très limitée. Les monastères
Clunisiens ou Bernardins et les chapitres détenaient une part
énorme de la fortune publique, des terres immenses ; les ducs, les
comtes, leurs grands vassaux possédaient le reste et le parta-
geaient avec un peuple de laboureurs ou d'artisans vivant de peu
et vivant mal ; les plus fortunés des prélats ou des grands sei-
gneurs ne pouvaient compter que sur de maigres ressources en
argent, malgré de gros revenus en denrées difficiles à convertir
en espèces monétaires. Les expéditions lointaines avaient appris
aux ducs de Bourgogne à puiser dans la caisse des marchands ou
des usuriers étrangers * : ils n'auraient pas trouvé des facilités
1 Emprunt fait à des marchands de Sienne par la duchesse de Bourgogne en 1222,
à Bar-sur-Seine (E. Petit, Histoire des ducs deBonrgor/nede la race capétienne, IV, 7).
T. XLVIII, N« 96 14
.,,„ REVUE DES KTUDËS JUIVES
aussigrandes et des ressources aussi sérieuses dans la caisse des
changeurs ou des trafiquants établis dans leurs Etats.
H premiers changeurs qui apparaissent au duché de Bour-
gogne Ut signalés dans la charte de franchises de Dijon concé-
déeen us: La ville s'oblige envers le duc à lui payer cinq cents
ma rcs d'argent « tali argents quale cambitoresin nundinis inter
^Tntetrecipiunf». Aux foires et marchés déjà célèbres à
Chalon comme à Dijon, ces préteurs sur gages, ces bailleurs de
fonds sm- cédules dûment garanties affluent donc déjà comme ils
afflueront plus tard», A Châtillon-sur-Seine, en 1206, on u'ad-
■„„, au change que les monnaies de Dijon et de Langres, selon
leur valeur»! A Saint-Thibault, la charte de franchises de 1265
spécifie que les changeurs devront observer dans leur commerce
es règles posées au temps d'Albéric et de Ponce, abbes de Véze-
lav • Au xiv» siècle, il y a des changeurs accrédites a Beaune, a
Dijon, à Chalon : c'est une preuve que dès le xm« siècle au moins,
et très probablement plus tôt, ils jouent autour des Hotels des
monnaies de Langres et de Dijon, - créés parles évoques de
Langres. rétrocédés plus tard aux ducs, - le rôle de pourvoyeurs
de métal le rôle de distributeurs d'espèces neuves qu appelle
chaque émission de monnaies et qu'on imposa de tout temps aux
changeurs officiels ■ institués ou tolérés en Bourgogne comme au
diocèse de Besançon. _ .
Au comté de Bourgogne, les changeurs paraissent au xn siècle,
les caorsins au x.n», mais l'existence d'une Monnaie a Besançon
au xi» siècle, son installation auprès du pont romain ou au
xn» siècle, nous trouvons établi le change appartenant aux arche-
vêques en vertu de leurs droits régaliens, tout concorde à prouver
nue les changeurs apparurent en même temps que la monnaie
devenante, sous l'épLopat d'Hugues I- (1031-1066). En 1164,
les Bisontins, par une usurpation flagrante, entreprirent de créer
des tables de change à l'angle de leurs maisons, en concurrence
avec le change épiscopal. L'archevêque Herbert les traduisit de-
vant la chambre impériale, qui les condamna, et un diplôme de
Frédéric Barberousse du 30 décembre 1164 consacra a Besançon,
sous peine d'une amende de 100 livres, le monopole du prélat .
i 1 ft armer Chartes de communes, I, 13.
• Au. I 13, et Arch. Côte-d'Or,' B 3573, I- 26 v° ; 3574, P 54 r et T..
3 Ibid., I, 340. , ..... - ,,!;«
4 lbxi il 327. - Les abbés Albéric et Ponce vivaient de 1131 a IIOl.
s Bii 11 229 ; - Arch. Côte-d'Or, B 1388, i° 13 ; 3132 i-> 5 1 i 3133 f« 7, 3.) ,
- Simonnet, Lu Changeurs [Mém. Académie de Dijon, 1865), PP- »>*£•
« A. Castan, Les origines de la commune de Besançon [Mém. de la bocx?té A ±.mu
lation du Doubs, 1858), 280.
LES JUIFS DANS LES DEUX BOURGOGNES 211
Ce monopole, affermé à des officiers spéciaux dont la race prit le
nom générique de Du Change, se perpétua à Besançon même jus-
qu'au xiv e siècle, et l'hôtel du change, « avec les tables et bancs
permanents », y demeura sur la rive gauche du Doubs près du
vieux pont romain de Battant jusqu'au xiv e siècle '. Dès le xm e
siècle, ce change eut une concurrence et Besançon eut des cor-
sins - ; en 1290-1291 il y en avait encore, et cela trente ans après
que les Lombards y avaient établi un comptoir, mais le nom de
Perrinque porte le caorsin de 1290-1291 3 , nous permet d'identifier
ce personnage avec le lombard Perrin Gandulphe ou Gant-de-fer,
banquier originaire d'Asti, et ce renseignement, joint à d'autres 4 ,
nous autorise à constater qu'en Franche-Comté et en Bourgogne
le mot « corsin » est un vocable générique désignant au xm e
siècle les prêteurs et changeurs chrétiens 5 .
A coté du change officiel de Besançon, d'autres changeurs appa-
raissent. Dans le chartrier de l'abbaye de Theuley, en 1136-1142,
figure un certain « Odo, lucrator » c ; au xm e siècle, un « Petrus,
fenerator ' ». A Salins, en 1300-1306, un changeur, nommé Etienne
Moreau, dit Chambier (c'est-à-dire changeur), sert de banquier à
ceux qui fréquentent aux Salines s . Dans quelques-unes de nos
chartes de franchises des bourgs ou villes du comté de Bourgogne,
l'exclusion du privilège est prononcée formellement contre usu-
riers manifestes et caorsins : à Arlay en 1276 9 , à Poligny en
1288 10 , à Abbans en 1298 u , à Annoires en 1304 12 .
Avant que les changeurs et caorsins aient pris dans le commerce
de l'argent la position prépondérante qu'ils devaient peu à peu
conquérir, avant que Juifs et Lombards soient venus leur dis-
puter, grâce à leurs aptitudes et à leur expérience toutes spé-
I Castan, op.cit., 236, 249, 281, 282, 338, 340; — Bibl. Nat., Coll. Moreau, m,
f» 28 v°; — Dunod, Histoire de l'Eglise de Besançon, I, 137.
* t Stephanus corsinus », xin" s. J. Gauthier et J. de Sainte-Agathe, Obituaire du
chapitre métropolitain de Besançon, p. 9 (Besançon, Jacquin, 1901, in-8).
* A. Gastan, Mém. Soc. d'Émulation du Doubs, 1868, pp. 413, 415.
k Pièces just., n° 20. Le mot lombard s'y trouve remplacé plusieurs fois comme
équivalent par corsin.
5 Voir pour la Bourgogne : J. Garnier, Chartes de commîmes, II, 218 : « Saul cors-
sins prestans et juif preslans », Seurre, mai 1278.
6 Bibl. Nat., Coll. Moreau, 873, (°* 130 v% 131, 175, 186 v°, 187.
7 Ibid., i° 167 v°.
8 Arch. cantonales de Neuchâtel (Suisse), F 8, n° 22 ; — L. Stouff, Les comtes dé
Bourgogne et leurs villes domaniales. . .d'après le cartulaire d'Arbois, 136, 139 (Paris,
Larose, 1899, 1 vol. in-8).
9 A. Dey, Conditions des personnes au comté de Bourgogne, 312.
10 A. Tuetey, Étude sur le droit municipal en Franche-Comté, 208.
II Documents inédits publiés par l'Académie de Besançon^ II, 503.
11 A. Tuetey, op. cit., 56.
212 REVUE DKS ETUDES JUIVES
«•ialcs, la clientèle, la confiance et le crédit, les questions d'argent,
les emprunts stipulant «les avantages matériels, des gages ou
d'autres combinaisons différant sensiblement de ce qu'on appellera
un jour des « montes » ou intérêts, étaient réglés journellement
entre particuliers, seigneurs ou bourgeois, moines ou chanoines,
par des contrats que nous possédons par milliers. Sans vouloir
ni pouvoir les étudier ici, nous en donnons quelques-uns aux
Pièces justificatives, la comparaison se fera d'elle-même entre les
contrats ou obligations primitives et les actes similaires que des
commerçants plus habiles, les Juifs et les Lombards, rompus aux
transactions commerciales, rédigeront vingt ou trente ans plus
tard. On y trouvera déjà quelques actes de prêteurs profession-
nels, menant de front commerce et change dans les villes des deux
Bourgognes ! .
A ces renseignements sommaires, il serait facile de joindre bien
des indications inédites sur les constitutions de cens en argent,
constitués en échange de prêts plus ou moins considérables de
numéraire 2 , sur les gages immobiliers donnés à d'autres prêts 3 ,
sur les « montes » ou intérêts que nous rencontrons en Franche-
Comté dès 1260 4 , sur des constitutions de rente établies au profit
de Cîteaux en 12"n 5 . Mais nous nous écarterions de la brièveté
nécessaire au court tableau qui devait précéder cette étude sur la
condition des Juifs et le commerce de l'argent dans les deux Bour-
gognes au xm e et au xiv e siècles.
Qu'il suffise de dire, pour nous résumer, que dans la région que
nous allons étudier, des avantages réciproques déterminèrent dans
la première moitié du xni e siècle l'exode des Juifs de Provence et
de Languedoc dans les États des ducs et comtes de Bourgogne.
Du côté des ducs, les avantages pécuniaires, cens d'argent pério-
diques que de temps immémorial les villes, les seigneurs, les pré-
lats tiraient des Juifs établis chez eux pour y commercer ; du côté
des Juifs qui venaient de perdre en Languedoc, à la suite de la
guerre des Albigeois (1209-1229), une grande partie de leurs privi-
1 Voir notamment sous la date 1229 (Pièces just., n° 3) un acte de prêt par un
marchand de Besançon et de 1275 à 13GI des actes émanés de caorsins et chan-
geurs Pièces just., n os JO,21, etc.).
1 Cens constitué par les Prémontrés de Corneux au profit de l'abbaye de Saint-
Bénigne de Dijon, avril 1210 (Bibl. Nat., Coll. Moreau, 875, f ' 595-596;.
1 Engagement de dîmes par l'abbaye de Bellevaux, pour prêt de 25 livres, 1220
(Ibid., 870, !"- 6H v<\ 612) ; — autre par l'abbaye de Theuley à Guillaume du Vergy,
1237 [lèid., 873, f° 41).
* Vente faite par 1000 livres à Alix de Méranie par Jean de Rans qui se servira de
cette somme pour payer ses dettes grevées de « montes », c'esl-k-dirc d'intérêts (Bibl.
Nat., Coll. Bourgogne, 102, f° 136).
• Arcb. du Jura. CUeaux. n» XXLX.
LES JUIFS DANS LES DEUX BOURGOGNES 213
lèges *, le désir de trouver plus de sécurité sur les deux rives de
la Saône que sur celles de la Garonne et d'étendre l'activité de
leur négoce dans des régions où tout était à créer, exploitations
commerciales et administration financière.
Ces considérations expliquent assez bien comment, sur un ter-
roir qui avait échappé jusqu'alors presque complètement à leu»
diffusion, les colonies juives devaient recevoir bon accueil.
CHAPITRE I.
Les Juifs apparaissent au duché de Bourgogne à la fin du x e siècle. (D'après la
Loi Gombette et les canons du concile de Mâcon, ils ont pu y exister antérieure-
ment.) — Au xn e siècle, ils y commercent. — Au xm* siècle, Juifs bourguignons
et champenois sont visés par nombre de textes communs. — Ils paient les uns et les
autres un cens annuel à leurs maîtres. — Contribution extraordinaire prélevée sur
les Juifs de Bourgogne en 1256. — Emplacement des principales colonies juives.
— Répercussion sur les Juifs de Bourgogne des mesures prises contre eux par les
rois de France. — Expulsion de 1306. — Détails sur les confiscations à Dijon,
Chalon, Buxy-le-Royal, Semur, Montbard, Salives, Baigneux. — Liquidation des
créances des Juifs. — Expulsion de 1321. — Retour des Juifs, ordonnances ducales
de 1374, 1380, 1381, 1384, limitant le nombre et réglementant les privilèges des
ménages juifs. — Expulsion définitive de 1394.
Les Juifs n'apparaissent au Duché de Bourgogne, d'après des
textes positifs, qu'à la fin du x e siècle. Il est vrai que la loi Gom-
bette leur consacre un article, en réglant l'indemnité pécuniaire
fort élevée, dont ils devront racheter les coups et blessures faits
à des chrétiens, s'ils veulent échapper à la mutilation de la
main 2 . Ii est vrai encore, que deux canons du concile de Mâcon,
tenu en 581, les mentionnent en fixant à 12 sous le prix de l'es-
clave chrétien qu'on doit leur racheter, et en leur interdisant
tout emploi de magistrat ou de receveur d'impôts 3 . Mais rien ne
prouve que ces canons aient trouvé leur application immédiate
au terroir bourguignon, pas plus qu'il n'est prouvé que les Juifs
dont parle la loi Gombette aient séjourné plutôt dans telle ou telle
parlie des territoires soumis à Gondebaud. Le champ reste donc
libre à toute hypothèse.
1 G. Saige, De la condition des Juifs dans l'ancien comte' de Toulouse [Bibl. de
l'Ecole des Chartes, XXXIX, 268 et suiv.).
' Dom Bouquet, IV, 280, Leg. Burg. s tit. XV, addit. I. « Quicumque judaeus in
christianum manum prœsumpserit. . . manus excisione damnatur ; . . .si voluerit redi-
mere, LXXV solidis. . . et mulctse nomine solidis XII. . . »
3 Concile de Mâcon, can. 13-16. Labbe et Gossart, Concil., VI, 661-662 ; — Ragut,
CartuL de Saint Vincent de Mâcon, GGXXXVII-CCXXXV1I1 ; — Bédarride, Les
Juifs en France, en Italie, en Espagne, 43.
21 i HEVUE DES ÉTUDES JUIVES
Le premier document très explicite est la donation faite par
Hugues [•', comte de Ghalon.au prieuré de \.-\). de Paray-le-
Monial, de « la terre d'un Juif, au lieu dit Thecomenas, ainsi que
de tous les biens des Juifs dans un village nommé CurtU Ju-
dea ! ». Vers 1008, les chroniques racontent qu'un Juif bourgui-
gnon fut envoyé vers le Soudan de Babylone comme émissaire
des Juifs de France-. En 1033, au milieu de calamités publiques,
l'abbé Odilon vendit à des Juifs les ornements de l'église de Chili)
et jusqu'à la couronne impériale d'Henri II pour nourrir des
affamés 3 . En 1109, Etienne, abbé de Cîteaux, emploie à corriger
des bibles « des Juifs habiles dans la langue hébraïque et cbal-
daïque * ». On connaît la lettre pleine de charité et de tolérance
écrite par saint Bernard en faveur des Juifs en 1146 5 , et celle de
Pierre, abbé de Cluny, à Louis VII, dans un sens absolument
contraire 6 . De cet ensemble de faits et de textes, la présence
d'une colonie juive au Duché de Bourgogne semble démontrée
pour la période qui va du x e au xn e siècle.
En 1182, 1196, 1 197, des chartes montrent des Juifs établis aux
environs de Tonnerre et à Dijon. En 1182, Mathilde, comtesse de
Nivernais, donne au prieuré de Jully-les-Nonnains une vigne
achetée par elle au juif « Dieu le bénisse » [Deiis benedicat eum)~ .
En 1196, le duc Eudes III donne à la commune de Dijon les Juifs
qui lui appartenaient dans cette ville et le droit d'en attirer
d'autres s . En 1197, le même fait présent à un certain Vigier ou
Viguier, du juif Élie et de ses enfants 9 . On peut attribuer à ce
prince le développement de la colonie juive qui va se renforcer
au xm e siècle dans ses États, car, livré à des embarras financiers,
1 Canat de Chizy, Origine du prieuré de Paray-lc-Monial,\81Ç>, Autun, Dejus-
sieu, 18.
> Bibl. Nat., Coll. Bourgogne, III, f. 218; — Raoul Glaber (éd. Prou, Coll. de
textes pour servir à l'enseignement de l'histoire, 1886, pp. 71-72) dit que ce fut un sert'
de Mouliers (dioc. Auxerre) * ...videlicet girovagum. . . nomme Kotbertum fugili-
vum utique servum » et doone pour date 1007. En 1015, Rainard ou Renaud II,
comte de Sans, aimait les Juifs et leurs coutumes au point qu'on l'avait surnommé
le Roi des Juifs (d'Arbois de Jubainville, Hist. des comtes de Champagne, I, 229-230).
1 E. Petit, Hist. des ducs de Bourgogne, 1, 127.
'*■ Bibl. Nat., Coll. Champagne, 2\,f° 95. — Voir dans Œuvres de saint Bernard (éd.
Mabillon, Paris, 1G90, in-f°j, Cbronologie, col. xi-xii, une lettre, à ce relative, de
l'abbé Etienne.
i Dom Bouquet, XV, 606; — V. Graetz, Hist. des Juifs, IV (trad., in-8°, 1893),
103.
6 Graetz, »&*<*., 101.
7 E. Petit, Chartes de Jullg-les-Nonnains (canton d'Ancy-Ie- Franc, Yonne) Bull,
du Comité des Travaux Historiques, 1897).
s Pérard, Recueil de 2>lusieurs pièces curieuses servant à l'histoire de Bourgogne,
Pans, 1664, p. 341.
» lbid., 348.
LES JUIFS DANS LES DEUX BOURGOGNES 215
il fut, dès 1204, le client des banques juives de Champagne 1 .
C'est de Champagne, d'ailleurs, que semblent être venus nombre
de Juifs bourguignons ; c'est en Champagne que l'abbaye de
Saint-Bénigne de Dijon, comme le duc lui-même, allait emprunter
auprès des Juifs, sans négliger pour autant les prêts de Juifs
dijonnais 2 . En 1210, la comtesse Blanche de Champagne et
Eudes IV. convinrent d'exercer réciproquement dans leurs États
le droit de suite sur les Juifs champenois ou bourguignons 3 .
Dans une lettre du 15 juillet 1205, Innocent III, s'adressant à
l'archevêque de Sens et à l'évêque de Paris, leur rappelle qu'il a
écrit au roi de France, au duc de Bourgogne et à la comtesse de
Troyes pour les inviter à réprimer l'insolence des Juifs 4 .
En 1222 et 1223, la duchesse Alix de Vergy, tutrice du duc
Hugues IV, paie les dettes contractées par Saint-Bénigne de Dijon
envers les Juifs dijonnais et champenois 5 ; en 1223, elle s'engage
à faire exécuter en Bourgogne l'ordonnance de Louis VIII sup-
primant les intérêts des créances juives et le sceau spécial des
Juifs 6 . La législation française sur les Juifs fut imposée à partir
de saint Louis (1230) aux grands vassaux de la couronne 7 ; rete-
nons ce fait indispensable â connaître pour comprendre le sort
des Juifs bourguignons et les soubresauts de leur existence.
En 1232, Hugues IV confirme au maire et aux échevins de
Dijon la possession des Juifs dijonnais en ces termes : Volo quod
desint de sua communia, qui, rapprochés du texte de 1196, ego
dedi communiœ bannum et judœos et altractum libère jadœo-
rum, empêchent d'adopter l'opinion de M. Simonnet, qui a cru
comprendre que les Juifs de Dijon, à partir de 1232, jouirent des
1 Eudes IV est débiteur d'un Juif champenois, Valin, en novembre 1204 (d'Arbois
de Jubainville, Hist. des comtes de Champagne, IV, 28).
2 Pièces just.. n° 1 (l'évr. 1208); — d'Arbois de Jubainville, Hist. des comtes de
Champagne, V, 48. — Grâce au courant commercial des grandes foires, les juiveries
étaient florissantes en Champagne. V. d'Arbois de Jubainville, I, 229, 111, 160; —
IV, 72,79, 86, 102, 412,413; — IV 1 , 572, 588, 598; — Catal. d'actes, n° 1422, etc.
— En juin 1250, Eudes Archambaud de Bourbon, fils d'Hugues, duc de Bourgogne,
retient à Moulins, sur la demande de Thibaut de Champagne, le Juif Dieudonné de
Bar-sur-Aube, pour douze ans, au cens annuel d'un marc d'or (d'Arbois de Jubain-
ville, V, 445).
8 Brussel, Usage général des fiefs, 580; — d'Arbois de Jubainville, V, 60 ; —
Pièces just., n° 2.
* D'Arbois de Jubainville, V, 38 ; — Dom Bouquet, XIX, 478, E ; — Reg. d'Inno-
cent 111, Migne, 694, D.
5 Simonnet, Juifs de Bourgogne {Bull, de l'Acad. de Dijon, 1865', 152.
6 V. deux sceaux spéciaux des Juifs pour Paris et Pontoise, 1206 et 1204, dans
Douët d'Arcq, Inventaire de la Collection de Sceaux des Archives Nationales, n os 4495
et 4496.
7 Brussel, op. cit., 589.
216 REVUE DES KTUDES JUIVES
mêmes privilèges que les bourgeois 1 . L'erreur est manifeste; les
Juifs étanl partout, dans les textes de franchises, formellement,
dans la coutume, tacitemenl exclus des franchises et privilèges
communaux. Puisque uous parlons de la Bourgogne, c'est ici le
cas de citer un des textes qui excluent les Juifs : « Li juer ne son
pas de cette franchise », dit la charte de Seuire, en février
1245*. Môme clause à Chaussin en septembre 1260 l . L'opinion de
M. Simonnet ne saurait, d'ailleurs, tenir devant les faits géné-
raux : « Les Juifs étaient serfs, c'est-à-dire taillables à merci,
leur seigneur pouvait exiger d'eux à titre de taille telle somme
qu'il lui plaisait ; ainsi, au fond, c'était le seigneur qui profitait
des actes d'usure commis par les Juifs, tandis qu'aux yeux des
populations les Juifs en supportaient tout l'odieux 4 ».
En Bourgogne de même qu'en Champagne, les Juifs, propriété du
seigneur ou des villes, comme à Dijon, payaient un cens annuel
plus ou moins élevé, tel que celui d'un marc d'or imposé à Mou-
lins au Juif Dieudonné, de Bar, par le fils d'Hugues de Bourgogne
en 1250 '•>.
La rareté des documents au début du xin° siècle nous oblige à
nous reporter à l'an 1275-1276 pour trouver le chiffre des cens
perçus par le duc sur les Juifs de Bourgogne : « De judeis.V c .XV.
livres » [1275]. « ...Des juis .V e . LV. livres » [1276] 6 . On peut
donc supputer à ce taux moyen ce que le Trésor ducal, dès 1250,
prélevait sur le commerce des Juifs.
En 1256. les Juifs pour la première fois, furent soumis à une
contribution extraordinaire, en vertu du droit que tout seigneur
endetté avait de tailler ses serfs; un arrêt des Olim, retrouvé par
M. Ernest Petit, établit cet événement peu connu et indique même
le chiffre, quatre livres, prélevé sur un Juif nommé Abraham,
appartenant au roi, et momentanément fixé en Bourgogne par
son mariage avec une Juive de Châtillon-sur-Seine 7 .
Chàtillon-sur-Seine était le centre d'un groupe important de
Juifs ; nous le savons encore par une charte du 19 mai 1273 par
1 Simonnet, Le Clergé, les Juifs et les Lombards en Bourgogne (Mém. de l'Acad.
de Dijon, 2" série, tome 13» 1865, pp. 1-273 , 151.
1 J. Garnier, Chartes de communes, II, 208.
3 lbid., II, 314.
* D'Arbois de Jubainville, Ilist. des comtes de Champagne, IV », cli. xn, 827-836
— V. Pérard, 412, charte de 1228 concernant Dedon (Dieudonné), juif du Duc; —
V. chartes de 1243, 1264 (Gerson. Essai sur les Juifs de liouryogne, 19) ; — de 1250
Bibl. Nat., .ïUO Colbert, 56, 1°' 197 v-, 198 v°i.
D'Arbois de Jubainville, V, 445, déjà cité.
* Arch. Côte-d'Or, B, 342, Compte de Jean de Pommard ; —cité par E. Pelit, Hist.
des Ducs, VI, 164, 174.
E. Petit, Hist. des Ducs, V, 93.
LES JUIFS DANS LES DEUX BOURGOGNES 217
laquelle le duc Robert concède à sa belle-mère, comme partie de
son douaire, la chàtellenie, la garde de l'abbaye et les Juifs de
Châtillon '.
Cette contribution extraordinaire de 1256, conséquence des
exemples donnés et renouvelés en France et en Champagne,
semble ne s'être point réitérée dans le duché de Bourgogne avant
la grande confiscation et la persécution générale de 1306 -.
Les colonies juives de Dijon, de Châtillon, de Chalon, d'Auxonne,
de Buxy, Semur, Saulieu, Avallon, Montbard, devinrent floris-
santes, quelques-unes assez nombreuses, puisque, parmi les trafi-
quants, des rabbins, des écrivains appréciés, au dire des auteurs
compétents en littérature hébraïque, sont sortis de Dijon, de
Saulieu, de Nuits, d' Avallon, de Pierre 3 . (Nous n'avons qu'à in-
diquer ce fait caractéristique, sans avoir, et pour cause, rien à
y ajouter ou à en distraire).
A Dijon, les Juifs possédaient vingt-deux maisons, une syna-
gogue (« la grant maison de l'escole ») et ses annexes, un cime-
tière, un lieu de réunion pour le sabbat * ; — à Auxonne, dans la
rue de Sâone, « vers la rue de la Cognerie », « un meix du sabbat
ou synagogue 5 » ; — à Beaune, toute une rue G . A Chalon les
Juifs affluent ; on y connaît dès 1221 « la rue aux Juifs » ou vicus
Judœorum 7 ; à Givry 8 , à Mâcon 9 , à Montbard 10 , ils possèdent
des maisons, des quartiers, des cimetières. On en rencontre à
Plombières (1276), à Pontailler, à Saint- Jean de Losne lf , à Saint-
Florentin (1295), à Tonnerre (1182) 12 , à Salives, àBaigneux 13 ,
1 Dom Plancher, Hist. de Bourgogne, II, Preuves LXXIX ; — E. Petit, VI, 19.
* A moins qu'on ne rencontre preuve d'une confiscation nouvelle dans les terres de
Pommard provenant des juifs Bonenfant et Mouxeron, dont le Duc jouissait en mai
1274 (Arch. Côte-d'Or, Hecueil Peincedé, 1, 60-66; — E. Petit, Hist. des Ducs,
VI, 224).
3 Gerson, Essai, 24-25, notices d'après Zunz, Die Rittts et Litt, Geschichte, et
Carmoly, Univers israélite, 459, 464, et diverses sources spéciales.
* Pièces justif., n° 31 (1306).
3 Bibl. Nat., Coll. Bourgogne, 97, pp. 256-258.
6 « La rue des Juifs », décembre 1274. E. Petit, VI, 230; —Voir sur le quartier des
Juifs, les emprunts faits à ces Juifs par le commerce, Rossignol, Hist. de Beaune,
125,141,201,202.
7 1221 (Bibl. Nat., Coll. Bourgogne, 97, p. 712) ; — 1266 (Bibl. Nat., Coll. Baluze,
142, f° 114) ; — Rue du Four-aux-Juifs, v. 1270 (Arch. Saône-et-Loire, H, 81) ; —
V. Pièces just., n° 33.
8 Vers 1303 (Arch. de Givry, GG, 74).
9 Mâcon . Boro judeus », 1193, janvier (Bibl Nat., Coll. Bourgogne, 81, p. 279). —
Cimetière en « Moujuyf », 1309-1310 (Arch. Nat., JJ, 42 dis, n° 200, f° 95 ; — JJ, 41,
n° 202).
10 Pièces just., n° 32 ; - Arch. Côte-d'Or, B, 1261.
11 Arch. Cote-d'Or, B, 1388; — V. Pièces mst., n° 51.
12 Bibl. Nat., Coll. Bourgogne, 15, f u 39.
13 Pièces just., n« 30.
ils REVUE DES ETUDES JUIVES
et leurs établissements s'étendront, plus tard, encore à divers
lieux.
Avec une Incroyable activité tout ce petit peuple, qui repré-
sente à peine une centaine de ménages, prête, vend, achète,
commerce avec les grands et les humbles, le plus souvent avec
ces derniers, pratiquant surtout le prêt sur gages, depuis le cor-
set ou corsage d'une femme du peuple jusqu'au château du plus
grand seigneur. Le Duc est le premier client de ces prêteurs si
commodes : en 127G, quand il part pour la Castille, Aliot, Juif de
Ghàtillon, lui avance du numéraire ' ; la maison de Vienne les en-
courage et les exploite 2 . En 1295,1e duc Robert l'ait arrêter un Juif
dans la grand'rue de Châlon par ses sergents et donne à l'évêque
des lettres de non préjudice 3 . Quand il dicte son testament, il
insère une clause pour permettre aux Juifs de continuer leur
séjour au Duché, tout en spécifiant que leurs débiteurs ne seront
jamais contraints de leur payer aucun prêt entaché d'usure 4 , et
dans son codicille de 1302 : « Je vuel que, se je n'ay meillor con-
soil, que le Juif demouraint en ma terre, principalement por hu-
manité, et qu'il marchandoit léaulment, sans usure, et vivent de
lors labours, et vuel que desor en avant Ton ne soit contrains
payer à eux de ce où il liait usure 5 . » L'idée qui domine dans les
dernières volontés de Robert II, c'est la conciliation entre le Juif
et le chrétien, plutôt que l'âpre volonté de dépouiller les uns et
les autres ou les uns par les autres, qui domine dans la législation
française du temps de Philippe le Bel °. En 1304, au mois de mai,
ce roi date de Saint-Germain en Laye une ordonnance qui renou-
velle les constitutions de saint Louis, son aïeul, sur l'usure des
Juifs, et ordonne de les exécuter dans les terres du duc Robert
de Bourgogne, « promettant à ce prince d'empêcher qu'on ne
poursuive et que l'on ne contraigne les particuliers du Duché au
paiement des prêts usuraires que les Juifs leur ont faits, ou des
autres dettes qu'ils ont contractées envers eux avec usure ». Le
roi défendait à ses officiers de poursuivre aucun de ces débiteurs
1 E. Petit, Hist. des Ducs, VI, 28.
* Pièces just., n° 2o : Obligation de 1200 1. au profit des héritiers de Jasuot de
Montbard souscrite en mai 1301 par Philippe de Vienne, seigneur de Seurre ; — en
1390, un sire de Vienne emprunte encore aux Juifs dijonnais (Arch. Cùte-d'Or, B,
11312, 1" G) ; — v. aussi une reconnaissance de rente sur une vi^ne de Savigny, due
a un Juif, novembre 1289 (E. Petit, VI, 366).
» E. Petit, VI, 424.
* Doni Plancher, Hist. de Bourgogne, II, 120.
1 Joid., Preuves, pp. 1 13 et 130.
6 V. Vuitry, Étude sur le régime financier de la France, 1, 91-93. Mesures prises
contre les Juifs par Philippe IV en 1284, 1292, 1295, 1299, 1303.
LES JUIFS DANS LES DEUX BOURGOGNES 219
autorisés par le Duc à ne point rembourser les Juifs leurs créan-
ciers % quand les contrats seraient frauduleux.
« Vers le milieu de l'année 1306, le Trésor royal eut un si
grand et si pressant besoin d'argent 2 , que pour se procurer im-
médiatement des sommes considérables Philippe le Bel se décida
à perdre dans l'avenir le revenu variable, mais permanent, qu'il
tirait des Juifs : il les bannit tous et s'empara violemment de leurs
biens meubles et immeubles. » La répercussion de cette mesure
ne tarda pas à se produire en Bourgogne, et le 2£J juillet 1306,
jour de la Madeleine, on arrêta tous les Juifs du Duché 3 .
Des commissaires du Duc opérèrent à la fois à Dijon, centre
principal de la juiverie de Bourgogne \ à Chalon et Buxy-le-
Royal 5 , à Montbard, Semur, Avallon 6 , à Salives et à Baigneux \
ailleurs encore, car les archives publiques n'ont gardé qu'une
faible part soit des documents confisqués sur les Juifs, soit des
enquêtes et des inventaires dressés par les commissions. Il en
reste assez pour reconstituer les grandes lignes de leurs opéra-
tions et résumer les résultats de cette confiscation générale.
A Dijon, les commissaires étaient au nombre de trois: Pierre de
Saulon, chanoine de la chapelle ducale de Dijon, Guillaume de
Braisey et Hugues L'Orfèvre s . Leurs opérations, accomplies tout
entières en 1306, portèrent sur les vingt-deux maisons appar-
tenant aux Juifs Aquinot, Chauderon, Croisseiin, Habrenin, Jo-
celot, Justot, aux héritiers de Jasuot de Montbard, à Mandant,
Mouton, Rabby Donin et Salomon de Couches, ou à leur commu-
nauté en bloc, comme la grande maison de l'École des Juifs, le
cimetière et les « chambres » devant et la place du Sabbat avec
une maisonnette 9 .
On inventoria, on estima, on réalisa tour à tour les meubles,
l'argent, les créances, le bétail, enfin les cheptels, les vignes et les
1 Pièces just., n° 26 ; — Dom Plancher, Hist. de Bourgogne, II, 130.
1 Vuitry, Régime financier, I, 94 ; — Historiens de France, XXI, contin. de Gnill.
de Nangis, I, 355; — juin 1306, Dom Vaissette, X, 1. XXIX, chap. îv.
3 Pièces just., n° 33. — Le document original porte, fol. 8 : « le vauredi 22 e jor
d'ahost, jor de la Magdeloine ». Il y a ici une erreur, car le 22 août est un lundi et
le 22 juillet, fête de S ,e Marie-Madeleine, tombe bien un vendredi. C'est donc le
22 juillet 1306. M. Simonnet commet une autre erreur de lecture en imprimant
(p. 157) : « le samedi 22 e jor d'ahost ». La plupart de ses lectures, pour les noms
de personnes surtout, sont fautives. Nous n'insistons pas, car malgré ses défectuo-
sités, son étude a sur bien des points facilité la nôtre.
*■ Pièces pist., n° 31.
■ 3 Ibid., 33.
6 Ibid., 34.
7 Ibid., 30.
8 Pièces just., n° 31, § F i.
9 Ibid., art. 60-61.
s:« REVUE DES KÏUDES JUIVES
terres labourables (dix-huit journaux en tout) appartenant aux
Juifs; mais ce qui prit le plus de temps, ce fut l'estimation et la
vente des gages « réels », c'est-à-dire mobiliers, détenus par les
Juifs. Sur la niasse énorme (art. *)3 à 1003 du n° 31 des Pièces
justificatives), quand on eut prélevé un certain nombre d'objets
confiés aux banquiers non comme gages, mais pour les vendre 1 ,
quand la duchesse eut fait prendre pour elle le butin qui lui con-
venait, représentant une valeur totale de 912 livres, 9 sous, 6 de-
niers *, le prix total de la vente s'éleva à 3,411 livres, 9 sous,
7 deniers tournois faibles.
Notons cette particularité curieuse qui nous montre les Juifs
dijonnais et leurs coreligionnaires d'Auxonne, Montbard, Saint-
Jean de Losne, Semur, rachetant un certain nombre d'objets pré-
cieux, notamment 24 livres de « leur loy », pour la somme totale
de 441 livres, 12 sous 3 .
On comprendra que nous n'entrions pas dans le détail de cette
saisie colossale, quoiqu'il y ait dans les inventaires dressés une
foule de détails curieux pour l'histoire du costume, du mobilier et
pour le glossaire; nous donnons du reste dans nos Pièces justifi-
catives tous ces inventaires inédits 4 . Voici les chiffres produits
par les ventes dirigées par les commissaires de Dijon.
Mobilier des Juifs et argent monnayé versé par Guillemin
d'Arc 2,589 1. 10 s. 8 d.
Créances recouvrées 20,354 1. 3 s. 6 <1.
Maisons 6,940 1. » »
Vente de gages 3,411 1. 9 s. 1 d.
Total 33,295 1. 3 s. 9 d.
En dehors de ce total, restaient à réaliser le vin, le blé, le bétail,
les vignes et les champs, enfin les joyaux et autres choses qui
furent portées « au jugney (?) » dit le texte.
A Chalon et à Buxy-le-Royal, le tabellion ducal de Chalon dressa
l'inventaire des créances dès que la saisie eut été effectuée par des
commissaires dont on ignore les noms. On perquisitionna, on
saisit à Chalon chez Héliot, dans la rue Saint-Georges, et chez
1 Pièces just., n° 31, art. 677.
» Voici le détail des principaux objets (Ibid., art. 687-699): 64 courtepointes,
2(1 coussins, 280 draps, 402 aunes de toile blanche, 373 aunes de toile de nappes,
5 collYes (2 de bois « de i'ou » (hêtre), 3 de noyer .
3 Ibid.. l<- 71 2-73 'i ; les livres de la loi seuls n 726-734) produisent 35 livres,
5 sous. (Erreurs de ce chef dans Siinonnet, 159.)
* Pièces just., û°« IJ0-33.
LES JUIFS DANS LES DEUX BOURGOGNES 221
Bénion, dans la Grand'Rue. L'ensemble des lettres de créances
trouvées chez ces deux banquiers, chez Jasuot, fils d'Isaac et chez
Honorée, intéressait dix-huit Juifs plus ou moins mêlés aux opé-
rations et représentait un capital de 18,800 livres, 15 sous, 5 de-
niers tournois * .
L'ensemble des titres de créances trouvés chez les Juifs de
Buxy, intéressant seize Juifs dont quelques-uns associés : Mat et
Vigne, Isaac et Bonne Vie, représentait seulement 2,057 livres,
13 sous, 1 denier tournois.
Le total des créances, en y joignant ce qui restait aux mains du
tabellion et de Philibert de Russille, gardien du Juif Justot,
montait à 22,909 1. 18 s. 4 d. t.
En y joignant les ventes de gages des
Juifs de Chalon 492 1.15 s. 5 »
Les ventes de gages des Juifs de Buxy 88 1. 16 s. 11 »
Et les ventes de gages et meubles des
Juifs de Couches 99 1. 3 s. 5 »
On obtient le total pour Chalon, Buxy
et Couches de 23,573 1. 9 s. 8 d. t.
En dehors de ces chiffres, le tabellion de Chalon, qui en fut
comptable envers le duc de Bourgogne jusqu'au 24 novembre 1308,
n'a laissé, dans un volumineux registre que nous analysons aux
Pièces justificatives (n° 33), que le détail des lettres de créance,
c'est-à-dire des opérations purement financières faites de 1275
environ à 1306 par les Juifs du ressort.
A Semur, à Montbard, à Avallon, à Nuits, à Vitteaux, Dar-
cey, etc., les commissaires ducaux vaquèrent, du 1 avril au 3 oc-
tobre 1307, en juin et septembre 1308; enfin, le 22 janvier 1309,
ils semblent s'être délivrés de leur mission en portant à Montbard
leurs inventaires 2 .
A Salives, et à Baigneux, -— le seul village de la Bourgogne qui
ait retenu dans la forme actuelle de son nom le souvenir des Juifs :
Baigneux-les- Juifs 3 , — à Darcey, après avoir saisi le mobilier des
Juifs, leurs créances et les Juifs eux-mêmes, on les emprisonna et
des enquêtes secrètes rétablirent après coup le détail de leurs
meubles, de leurs gages, de leurs créances et de leurs dettes, et,
semble-t-il, de certaines vexations, détournements, emprunts
1 Pièces just., n° 33. Analyse détaillée du registre B 10412 des Archives de la
Côte-d'Or.
2 Pièces just., n° 34.
: V. Courtépée et Béguillet, Description générale et particulière du\duché de Bour-
gogne, 2 e édition, y° Baigneux, t. IV, 210. (Dijon, V. Lagier, 1847-1848, 4 voJ.
m-8°.)
222 REVUE DES ETUDES JUIVES
forcés, don! les officiers du Duc semblent .-noir usé à leur égard *.
il v eut aussi des enquêtes secrètes à Châtillon-sur-Seine * ; il dut
\ en avoir encore à A.uxonne, à Saint-Jean-de-Losne, à Seurre,
car les lettres royales n'admettaient nulle exception.
Nous en saxons assez, même en l'absence d'autres textes, pour
connaître les épreuves infligées aux diverses colonies juives de la
Bourgogne par l'arrestation de leurs membres, la confiscation de
leurs biens et la liquidation de leur fortune.
Après avoir décrit les opérations de la saisie en général, il est
intéressant de voir, sur un point particulier, l'apura tion des
créances juives tombées entre les mains des justiciers et commis-
saires du Duc. Deux textes qui concernent les créances de Jasuot
de Montbard, un Juif que ses affaires importantes amenaient à
opérer à la fois à Montbard, à Dijon, à Chalon, vont nous livrer
ce mécanisme singulièrement normal et précis 3 .
Et d'abord, le moins important, c'est l'état des propriétés nom-
breuses acquises par vente ou écbange sur le territoire de Nogent,
de Montbard, de Semur, par le juif Jasuot de Montbard de 1251
à 1306, détenues par ses héritiers jusqu'en 1306. Il a cet intérêt de
montrer que jusqu'en 1306 l'interdiction de posséder des immeubles
autrement qu'à titre précaire, n'existe pas pour les Juifs bour-
guignons.
Le second document, vraiment curieux, est la liquidation des
opérations de banque de Jasuot: ce n'est qu'un fragment, les
folios x-xi du registre qui servit aux exécuteurs des Juifs de 1307
à 1308 pour apurer les créances.
Le registre est divisé en deux colonnes : à gauche, l'énoncé de
la créance, le nom du débiteur, la date de l'obligation, son mon-
tant en argent, blé, etc. A droite, en regard, la liquidation de la
créance et la défalcation du capital de l'usure.
Exemple : a. — Martin Jodon, de Guillon, doit à Jasuot par
lettre de juin 1305, 112 livres tournois remboursables en 6 ans. —
b. — « Il est prouvé qu'il y a de chatel (capital) 48 livres seule-
ment et 64 livres d'usure ». — Le débiteur a payé 18 livres, 13 sous,
4 deniers, qu'on réduit à 8 livres. Reste à payer : 40 livres. Mais
un amendement de 4 sous, 8 deniers par livre produit 9 livres,
6 sous, 8 deniers; la lettre coûte 20 sous dijonnais. Donc la dette,
majorée de ce supplément, vaudra net 51 livres, 13 sous, 8 deniers
tournois à solder*.
1 Pièces just., n° 30.
* Ibid., art. 34.
3 Pièces just., n°- 32 et 3o.
* Pièces just., n° 35, art. 9, dernier paragraphe.
LES JUIFS DANS LES DEUX BOURGOGNES 223
Autre exemple : a. — Martin le Bestiaz, de Bloignez, doit par
lettre de janvier 1306, 6 livres, 2 sous tournois, à payer « es Feux »
(24 juin) suivants. — &. — Rabattu 42 sous d'usure, payé 4 livres
faibles * .
Troisième exemple : a. — Marguerite, fille du prévôt Aimery,
doit à Jasuot depuis le 6 mai 1306, 20 livres tournois à rembourser
le 1 er novembre suivant, — b. — Rabattu 4 livres pour l'usure, le
capital reste de 16 livres, plus 2 sous pour la lettre et pour la
différence de monnaie (« amandance ») 4 sous, 8 deniers par livre,
soit 75 sous, 2 deniers, total: 19 livres, 17 sous, 2 deniers tour-
nois faibles.
Étant donné un groupe de créances valant 781 livres, 6 sous
tournois forts, plus 12 livres, 2 sous dijonnais, 6 setiers de fro-
ment et 6 d'avoine, les modifications de la valeur du numéraire
d'une part, la suppression de l'usure impitoyablement biffée, ra-
mènent cette somme à 320 livres, 13 sous tournois faibles.
En voilà assez pour faire comprendre, d'une part que le reproche
fait aux Juifs de pratiquer l'usure (l'argent prêté du 6 mai au 1 er no-
vembre 1306, dans notre troisième exemple est placé à 50 % !),
n'était pas un vain grief, et de l'autre que les commissaires de la
confiscation accomplirent généralement avec un grand scrupule
leur tâche de liquidateurs. Nous reviendrons, du reste, au docu-
ment que nous venons d'analyser quand nous étudierons à part
le taux de l'intérêt chez les Juifs.
La population bourguignonne était, paraît-il, exaspérée contre
les Juifs en 1306 : cela semble résulter d'un trait de mœurs assez
violent : à Labergement-lez-Frénois on allait enterrer un Juif que
l'on conduisait à sa dernière demeure sur une charrette ; les ha-
bitants « voloient l'ardoir. . . et. . . ils bastèrent un Juif vif 2 ».
Que devinrent les Juifs expulsés du duché de Bourgogne en
1306? Une partie se retira au comté de Bourgogne, où nous
les reverrons dans un autre chapitre ; une partie obtint, sem-
ble-t-il, de la tolérance ducale, le maintien de privilèges pas-
sagers. En 1311, 1314, 1315, 1316, 1317 3 , on en retrouve çà et
à au duché et à Drjon où Crescelin, un des expulsés de 1306, est
de nouveau, où apparaît aussi le juif Beneme 4 . Les contrats passés
à Dijon de 1315 à 1318 font ressortir â la fois des noms anciens
1 Pièces just., n<> 35, art. 10.
2 Ibid., n» 30, art. 19. — Labergement-lez-Frénois, Côte-d'Or, arrondissement de
Châtillon-sur-Seine, canton de Saint-Seine.
3 1311 (Bibl. Nat., Coll. Bourgôt/ne, 94, f» 550) ; — 1315 (ibid,, 71, f° 225) ; —
1316-1317 (Arch. Côte-d'Or, B, 11222). Transaction par Crescelin avec son débiteur,
auquel il remet les deux tiers de sa dette.
4 Simonnet, op. cit., 170. — Pérard, Recueil de Pièces, 350 et suiv,
REVUE DES ETUDES JUIVES
tels qu'Abraham, Jocelot, Aquinet, fils de Rabbi Donin, Abraha-
inin, et des Doms nouveaux tels que Doniot, fils d'Amand, Vivant,
fils <l»' Salomon, Samson Jean, fils de .Jasuot, etc. '.
Toute cette colonie juive s'est reconstituée légalement en vertu
de l'ordonnance de Louis le I lutin, qui a permis aux Juifs, le
28 juillet 1315, de revenir s'établir en France pour une durée de
12 ans, et de recouvrer le tiers des créances qu'ils avaient au mo-
ment de leur expulsion 3 . Le peuple vit, parait-il, avec joie rentrer
les exilés. M. Boutaric l'affirme 3 en citant les vers de Geoffroi de
Paris :
« . . .Car Juifs furent débonneres
Trop plus en faisant tels a fia ires
Que ne furent ore chrestieu.
Mais si li Juifs demouré
Fussent au réaume de France
Ghrestien moult grant aidance
Eussent eu que ils n'ont pas.
Car por po[uj trouvoit-on argent
Où ne trouve l'en nulle geut
Qui veuille l'un à l'autre prester. . . »
Cette mesure avait été provoquée par une démarche collective
du clergé et des nobles du duché de Bourgogne, des diocèses de
Langres, Autun et Chalon, c'est dire qu'elle fut bien accueillie en
Bourgogne, où, du reste, elle avait été appliquée par avance,
comme nous venons de l'indiquer. Six ans plus tard, au printemps
de 1321, pendant que Philippe le Long visitait le Poitou, on accusa
les lépreux et les Juifs de s'être ligués pour empoisonner les puits
et les fontaines. Le roi rentra en hâte à Paris et dirigea une nou-
velle persécution contre les Juifs, qui valut au Trésor obéré, au
moins 150,000 livres 4 . L'ordonnance de Philippe V fut exécutée en
Bourgogne et nous donnons un mandement de ce prince, encore
inédit, indemnisant par un don de 1,000 livres le Duc son gendre,
qui, habitué à toucher 2,000 livres de cens annuel des Juifs établis
dans ses États, s'en voyait privé par la saisie de leurs personnes
et de leurs biens exécutée par les sergents du bailli royal de Sens 5 .
En voici d'autres preuves : « les commis sur le fait des Juifs
d' A vallon » qui versent pour la dépense de l'hôtel de la Duchesse
1 Simonnet, 171.
1 Ordonnances des rois de France, I, 59.".
3 Boutaric, La France sotis Philippe le Bel, 303.
4 Vuitry, Régime financier de la France. I. 102.
'' Pièces just., n° 45.
LES JUIFS DANS LES DEUX BOURGOGNES 225
90 livres tournois à Perrenot de Montillot le 3 avril 1322 1 ; le com-
missaire des Juifs de Ghalon, Perrenet Arnouf, qui paie à Hugues
de Genlis le loyer de la maison du Juif Héliot de Cuisery « que mes-
sires li dux de Bourgoigne a remie en sa main per le espace de .j.
an après ce que li diz juiz fut pris avoie les autres juiz », le 29 août
1322 2 . De ces documents, de tous ceux que nous trouvons dans
les archives de la Chambre des Comptes de Dijon, il résulte que
l'expulsion des Juifs en 1321 fut aussi générale qu'elle l'avait été
en 1306 et tout aussi rigoureuse, sinon davantage ; que des com-
missaires furent chargés, à Avallon 3 , à Chalon, comme nous ve-
nons de le voir, à Autun, à Auxonne et Pontailler 4 , à Montbard,
àDarney, Montcenis, à Châtillon-sur-Seine, à Saint-Jean de Losne 5 ,
d'inventorier, administrer et liquider les biens confisqués, et que
le départ des Juifs du duché de Bourgogne fut absolu. Le recouvre-
ment des créances se fit après qu'on eut dressé l'inventaire, et il
dura fort longtemps : ici vingt ans au moins 6 , là, beaucoup plus
tard 7 .
A Auxonne, au mois de juin, le commissaire des Juifs, Pierre
Moreau, avait vendu et versé 148 livres, 2 sous, 2 deniers, pour
joyaux, blés, etc. ; il n'eut sa quittance définitive de 1300 livres
qui restaient à recouvrer qu'en janvier 1331.
A Montbard, le solde (847 livres, 10 sous, 10 deniers) fut payé à
la même date.
A Montcenis, Autun et Darney, il restait encore à lever le 25 no-
vembre 1331, 2855 livres, 10 sous, 1 denier.
A Saint-Jean de Losne, fin novembre 1331, 6908 livres, 3 deniers
étaient levées; 6,815 livres, 19 sous, 3 deniers étaient à recouvrer.
A Châtillon-sur-Seine, le solde (202 livres, 14 sous, 10 deniers)
fut Versé en fin janvier 1332.
Cette fois, ce fut vers la Franche-Comté qu'une bonne partie
des Juifs chassés par l'ordonnance de Philippe le Long se dirigea ;
un document que nous donnons aux Pièces justificatives s donne
une liste de Juifs récemment émigrés dans cette province, en
1 Arch. Côte-d'Or, B, 1 0414 ; — Pièces just., n° 46.
2 Pièces just., n° 47; — v. aussi n° 48, une quittance analogue du 15 avril 1323.
3 Ibid., n» 56.
* Ibid., n° s 50, 51.
8 Arch. Côte-d"Or, B, 1388, f° s 9, 28 v», 27 v, 13 V, 14, 29 v°; — B, 1390, f° 28. .
6 L'an 1341, le 4 juillet, le châtelain de Pontailler, commis dès 1331 à recevoir les
dettes des Juifs de son ressort, remet à Marot, juif d'Apremont, par ordre du Duc,
20 pièces « de livres de sa loy ».
7 Gui de Remilly, commissaire des dettes des Juifs, 1347 (Simonnet, 172). — 1374,
Philippot de Valoiz (Arch. Côte-d'Or, B, 1441, f° 11). — V. aussi Pièces just., n°56,
pour la liquidation d' Avallon.
8 Pièces justificatives, n° 52.
T. XLVIII, n° 96. 15
226 REVUE DES ÉTUDES JUIVES
faisant suivre leurs noms de L'épithète nouveau ou «■ venu de
novei », qui justifie pleinement noire opinion.
De 13*21 à 1359, le Juif n'apparaît plus au duché de Bourgogne
qu'à titre exceptionnel '. En cette année 1359, le «lue de Bour-
gogne prend à quinze riches usuriers juifs ou lombards de Chaus-
sin, Chalon et Pontailler, 2,000 llorins et les fait mettre en liberté
à condition que, s'ils réclament, ils retourneront en prison 2 ; la
même année, deux Juifs de Seurre, Moussey d'Aumon et Aliot de
Chalon. victimes d'un vol, demandent justice au maire de Dijon 3 .
Les années suivantes, Dijon redevient comme autrefois un centre
commercial pour les Juifs. Dès 1363, on y rencontre des mar-
chands d'étoffes, des banquiers et même une femme, Marroine,
femme du médecin Salomon de Baume, qui se livre au commerce
de l'argent, un faiseur de sceaux, Meret, des Juifs venus de Mou-
lins, de Chambéry, de « Marpoille » '.C'est encore un Juif, Guienoz,
que, le 19 juillet 1363, le duc charge d'approvisionner ses troupes
de 500 bœufs, 1.000 moutons et 200 porcs 5 . Mais la situation de
ces Juifs, mal définie, — quoique certainement réglée conformément
à celle des Juifs de France telle que le roi Jean venait de la déter-
miner par son ordonnance de mars 1361 G , — demandait une
réglementation. Philippe le Plardi la leur donna par des lettres du
31 décembre 1374 7 , autorisant douze ménages juifs à séjourner et
commercer au duché de Bourgogne durant dix ans, en leur con-
cédant des garanties et des privilèges: garanties, au point de
vue de la juridiction et de la liberté corporelle; privilèges, en
leur permettant de lever 4 deniers d'intérêt par livre et par se-
maine, en les exemptant d'impôt en dehors d'une redevance an-
nuelle. Cette redevance fut fixée dans la seconde lettre a 12 francs
par ménage et à une somme de 1,000 francs d'or une fois payée
pour leur communauté \ Ces lettres avaient été obtenues par une
démarche de deux délégués de la nation juive : David Lévy et
Joseph de Saint-Mihiel.
1 Ainsi, par exemple, la juive Belle et ses fils Eliot et Jocon de Saint-Laurent-lez-
Chalon, 1333-13M7 (Arch. Côte-d'Or, B, 9699); — V. Pièces just., n° 54 ; Engage-
ment de terres bourguignonnes à deux Juifs comtois avec l'assentiment du duc
Eudes IV.
1 Ed. Clerc, Essai sur Vhistoire de la Franche-Comté, II, 111 ; — Rossignol, His-
toire de Beaune depuis les temps les plus recules, 226 (lieaune, liutault-Morot, 1854
in-8).
' Simonnet, 173.
* lbid.i 174. — V. Pièces just., n°« 03, 64, 05, 66.
■ Bibl. Nat., Coll. Bourgogne, 26, 1° 205.
b Ordonnances des rois de France, III, 467, 471, 473.
7 Pièces just., n" 69,
8 Nous n'avons plus cette lettre mentionnée aux Pièces just., n« 70.
LES JUIFS DANS LES DEUX BOURGOGNES 227
Le 20 février 1380, huit nouveaux ménages juifs furent ad-
joints aux douze admis en 1374, sous la surveillance de deux dé-
légués, Joseph de Saint-Mihiel et Salomon de Baume, chargés de
régulariser les admissions et de faire verser à leurs coreligion-
naires leur quote-part d'amendes, et sous la protection du bailli
de Dijon et des autres justiciers du duché ! .
Le 10 janvier 1381, nouvelles patentes faisant passer le titre de
gouverneur et garde des Juifs, jusqu'alors et depuis 1374 porté
par le chambellan Gui de La Trémoille, sur la tête du bailli de
Dijon, Guillaume de Clugny *.
La colonie juive de Dijon était tellement florissante qu'un
notaire, Gui de Gorpssaints, avait ouvert, en 1382, un registre
spécial pour minuter ses contrats 3 . En 1377, elle était de 6 mé-
nages 4 ; en 1378, de 10 s ; en 1382, de 12°, outre 3 ménages à
Seurre. En 1383, surviennent 2 nouveaux ménages, ceux de
Lyon Cohen et d'isaac Quinot 7 .
Les Juifs bourguignons, en échange des lettres du 20 février
1380, avaient promis au duc un subside de 1,000 francs ; ils le lui
payèrent le 20 avril 1382 8 .
Le 21 novembre 1384, Philippe le Hardi élargit encore les condi-
tions de ses chartes précédentes et admit la résidence de 52 mé-
nages juifs dans ses duché et comté de Bourgogne, son comté de
Mâcon et sa baronnie de Donzy, moyennant le paiement régulier
de 12 francs « par maignie » 9 . Trois délégués, Joseph de Saint-
Mihiel, Salomon de Baume et David de Baume, son frère, étaient
préposés à l'admission des ménages ; Gui de La Trémoille, sei-
gneur de Suilly, était nommé leur gardien. Quant aux privilèges,
quant à la juridiction, ils restaient sensiblement les mêmes que
dans les patentes de 1374, y compris le taux de l'intérêt : 4 de-
niers par livre et par semaine, et la durée du séjour était pro-
longée de 12 ans.
Cette concession nouvelle, contraire au désir des États de Bour-
gogne qui, dès 1382, demandaient l'expulsion des Juifs et des
1 Pièces just., n° 71.
» Id., 73.
» Id., 92.
4 Arch. Côte-d'Or, B, 4424, f» 11.
3 Ibid., B, 4425.
« lbid., B, 4426, f°21.
7 Arch. Côte-d'Or, B, 4013.
8 Simonnet, 191.
9 Pièces just., n° 111 ; divers documents secondaires fixent au 9 juillet 1384 la
concession ci-dessus (Bibl. Nat., Coll. Bourgogne, 100, p. 621 ; 104, f» 116 v°). C'est
en contradiction avec notre texte des Pièces justificatives et avec la Collection
Bourgogne elle-même, vol. 98, pp. 625-631, et le vol. 64 des 500 Colbert, pp. 408-417 .
REVUE DES ÉTUDES IU1VES
Lombards' était dictée par Les besoins de la politique et, plus
encorej par ceux des finances ducales. Un nouveau prêt de 1,000
francs d'or, pour les dépenses de guerre, fut en retour consenti
r , a communauté juive de Bourgogne el versé les2aoû1 el 10dé-
cembre 1385, à s,., trésoriers». Ce prêt n'empêcha pas, du reste,
de poursuivre et de condamner, pour abus el délits d'usure,
nombre de Lombards ou de Juifs en 1385 et 1386, comme on m
avait poursuivi déjà en 1381, 1382, 1383 », et, de la sort., satis-
faction apparente se trouva donnée aux Etats, en même temps
que les amendes prononcées permettaient de distribuer des gra-
tifications aux officiers delà cour*. Les procureurs du duc pro-
nonçaient, il est vrai, d'autres amendes contre ceux qui insul-
taient les .Juifs, ou se servaient de leur nom pour insulter des
particuliers : <• garse de juifs et de juives • \ mais c'était la une
satisfaction platonique pour les .Juifs poursuivis et spoliés.
En 1386-138*7, la Bourgogne compte 13 ménages juifs : 9 à Di-
jon, 4 à Chalon.
En 138*7-1388, 10 seulement : 6 à Dijon, 4 à Chalon.
En 1388-1389, 9 : 6 à Dijon, 3 à Chalon.
En 1389-1390, 8 : 6 à Dijon, 2 à Chalon.
En 1390-1391, 8, répartis de même façon.
En 1391 10 : 1 à Dijon, 2 à Chalon, 1 à Beaune.
En 1391-1392, 11 : 8 à Dijon, 2 à Chalon, 1 à Beaune.
En 1392 13 : 9 à Dijon, 3 à Chalon, 1 à Beaune.
En 1392-1393, 15 ménages : 10 à Dijon, 4 à Chalon, 1 à Beaune.
En 1393-1394, 14 : 10 à Dijon, 3 à Chalon, 1 à Beaune .
Voici le détail de ces ménages en 1394, la dernière année où le
cens ducal de 12 francs par ménage est soldé par les tributaires
juifs :
Dijon : Jacob Cohen, Durand de Carpentras, Joseph de Samt-
Mihiel, Elias de Trêves, Aliot de Seurre, Salomon de Baume,
i Bibl. Nat., Coll. Bourgogne, 72, f° 212 v°.
» Ton francs le 2 août. 300 le 1i» décembre (Arch. Côle-d'Or, B, 1462, f° 2b v .
3 \rch Côte-d'Or, B, 11306, r 19 v , 80 v°; - B, 1461, f°14 v°. —En 1381. on
e-nprisonua et l'on saisit les Juifs de Beaune, libérés ensuite sans qu'on les dépouillât.
V. Pièces jnst., n" S7 bis.
* Bibl. Nat.. Coll. Bourgogne, 26, f° 40.
• Pièces just., n° 112.
» Arch. Côte-d'Or, B, 1429 F» 16 tM7 ; - B, 4431, M9 v° ; B, 4433, 1° 21 v-
22-— B 1434 ; 12 V-13 ; - B, 4435, f" 20 v-21 ; B, 4437, f°' 11 v-12; - B.
1440 r- |*8 ■ — B, 4441, l° 18 v ; — Bibl. Nat., Coll. Bourgogne, 100, pp. 643-
644.'- Pièces just., n- 119, 125, 126. - En 1393, les Juifs des deux Bour-
gognes accordèrent une aide de 300 francs au Duc (Bibl. Nat., Coll. Bourgogne.,
53, I 114 v°).
LES JUIFS DANS LES DEUX BOURGOGNES 229
Joseph de Trêves, Aliot Colon, David de Baume et Mossey de
Vitry.
Beaane : Samuel, dit l'Écrivain.
Chalon : Perrot Cohen (de Tournas), maître Perret, Croissant
de Bourg.
Dans le compte du receveur du Dijonnais de 1395-1396, on lit
cette mention laconique qui l'appelle le texte des obitnaires :
« De la censé des Juifs, néant, pour ce que par ordonnance réal
ils sont allez deraourer hors du royaume de France '. »
On ne sait rien des circonstances 2 qui accompagnèrent l'expul-
sion, conséquence forcée de l'ordonnance du 17 septembre 1394,
par laquelle Charles VI bannissait à perpétuité les Juifs de ses
Étals, sous peine de mort 3 , comme les privilèges de 1374, 1380,
1384, avaient été celle des ordonnances bienveillantes de Charles V,
édictées sous l'influence de Méiiessier de Vesoul, un Juif du comté
de Bourgogne qui avait gagné la confiance et l'estime du roi 4 .
Ce ne fut que trois cents ans plus tard que les Juifs bannis re-
parurent en Bourgogne, à la suite du décret du 28 septembre 1791
qui en faisait des citoyens ;; .
Léon Gauthier.
(.4 suivre.)
» Bib\ Nat., Coll. Bourgogne, 100, p. 671 ; - 104, 1° 120 V ; — Arch. Côte-d'Or,
B, 44H, B, 4445.
* Le départ des Juifs dut. se l'aire par le Chalonnais. V. Sim&nnet, 215 ; — Arch.
Côte-d'Or, B, 3o96, f° 12.
3 Ordonnances des rois de France, Vil, 075 ; — Delamarrc, Traité de la Police,
1,305.
* Gerson, Essai sur les Juifs de la Bourgogne au moyen âge, Dijon, 1893, p. 02.
8 Graet'î, Mst. des Juifs (irad. Bloch), IV, 280. — Cotait peut-être le père d'Hac-
quin de Vesoul, médecin de Jean ?ans Peur? V. chap. vu, et Pières just., n° 135 bis.
UN MAHZOR ILLUSTRÉ
Le manuscrit n° 24 de la Bibliothèque de Y Alliance Israélite est
un Recueil de prières pour toute l'année selon le rite aschkenazi.
C'est un in-fol. de 451 feuilles sur fort vélin, en écriture carrée
avec points-voyelles pour le texte ; les indications aux fidèles et
à l'officiant sont données en lettres rabbiniques , les premières
d'écriture italienne, les autres d'écriture allemande. Quelques
additions, de date postérieure, sont en judéo-allemand. Il y a
bien des passages barrés par la censure, mais ils restent lisibles.
Ce ms. est enrichi de miniatures et de dessins multicolores,
dont quelques-uns sur fond d'or. En outre, les lettres de mots
importants ou des rubriques sont enjolivées de feuillages et de
panaches. En raison de la similitude singulière qui existe entre
les lettres k et » dans le texte « des usages », de la forme du «
rabbinique, qui a le sommet pointu à gauche 1 , de la remarque
faite, f. 21a (comme on le verra ci-après), concernant le rite
français, et surtout des détails d'ameublement et de costume ou
de coiffure fournis par les enluminures, on est porté à attribuer
ce Mahzor au xnr 3 ou au xiv e siècle.
Le volume commence au milieu de la série de versets qui suit
la formule nttMD ^ra, et il se termine aux mots ûim Ntn (prière
du soir), à l'issue du Kippour. Dans aucun des offices il n'y a le
poème Timn Tn».
F. 13 6. Sur cette page primitivement vide, avant la formule
finale de la première section du matin, le mn©\ on lit une invo-
cation cabbalistique aux anges "ppo"^ , "pN^K et ïvi:pd , en écri-
ture rabbinique allemande ancienne, mais plus récente que le
reste.
1 Dans la partie écrite en lettres carrées, le point diacritique qui sert à distinguer
le si» du schin est placé, non sur la dernière haste de droite ou de gauche, mais à
droite et à gauche de la haste médiale, sans confusion avec le point-voyelle 6.
UN'MAHZOR ILLUSTRÉ 231
F. 14 &. Dans le -i&v de Rosch haschana le mot -fbtt occupe la
moitié de la page, en lettres aux contours dorés, aux pleins
bruns, aux jointures ornées de roses. Le tout est peint sur un
carré de fond bleu au semis de fleur de lys d'or, formant un pa-
rallélogramme à bandes de feuillage sur bleu clair, encadré de
lignes rouges et orné de feuilles ronges à chacun des quatre
angles.
F. 15 a. et suiv/, Notes marginales, qui servent à expliquer cer-
tains vers difficiles des Pioulim.
•232 REVUE DES KTUDES JUIVES
F, 23a. Les lettres du mot Imw, commencemi al d'une poésie
du matin, sont tracées -'H lettres feuillagées à jour.
F. JMfa, en marge: tPXTù ûnwBi « les Juifs de la France du
Nord ont adopté l'usage d'intercaler a cette place le petit poème
alphabétique : imba ktsi nna. »
F. 30 fr. Le mot "jbtt, que l'on retrouve ici, est écrit en roui:»'
plein, dans un rectangle historié de chimères et feuilles blanches,
sur fond bleu, avec semis fleurdelisé rouge, encadré de lignes
rouges et de trèiles rouges aux quatre coins (fig. 1).
F. 42a en haut. Le mot yro de la bénédiction précédant la son-
nerie du Schofar est en lettres d'or dans un rectangle à fond bleu
semé d'étoiles blanches, encadré d'une bande d'or 1 et d'une ligne
rouge, agrémentée d'un petit carré, or, bleu et rouge, à chacun
de ses quatre angles. Cet encadrement trilobé caractérise aussi
les deux petits tableaux suivants.
Ibid., au milieu de la page. A droite, dans un carré du tiers de
largeur de la page, bordé par deux bandes latérales verticales
bleues et deux bandes horizontales, rouges en haut et en bas,
agrémenté de carreaux d'or aux quatre angles, sur fond d'or, un
très vénérable rabbin à longue barbe blanche , couvert d'un
talith, coiffé d'une chape à double turban, ou tiare à deux cou-
ronnes, est assis dans un fauteuil ancestral, à dossier arrondi.
D'une main aux doigts effilés, il donne le signal de commencer à
sonner du Schofar. Sa robe bleue, en soie brodée, est couverte
d'un manteau brun clair. Le siège d'honneur où est assis le chef
spirituel de la communauté, ressemble au modèle du xm° siècle
donné par Viollet-le-Duc, Dictionnaire raisonné du mobilier
(I, p. 42, fig. 2).
Ibid., à gauche. Le sonneur de Schofar, au chapeau pointu,
vêtu d'un manteau rouge, a le pied gauche posé un peu sur l'es-
cabeau, que l'on voit à droite et dont on devine plutôt qu'on ne
distingue nettement les garnitures ogivales. Le cadre et le fond
sont semblables au petit tableau placé vis-à-vis, sur le môme
plan.
Entre ces deux vues, on lit chacune des trois séries diverses de
Tehioth, une seule fois (fig. 2).
F. 42 b. Le mot nroT, dans le Schemonê iïsrê du Moussaf de
Rosch haschana, occupant le tiers inférieur de la page, est des-
siné en grosses lettres, peintes alternativement en rose et en
vert, aux linéaments blancs sur fond quadrillé d'or, encadre
1 . Encore à la (in du xnr siècle, beaucoup de peintures se détachent sur un fond
d'or brillant, cette couleur indiquant le ciel » , dit Au-. Molitiier, Les Manuscrits et
les A/imatures, p. 20'.).
UN MAHZOR ILLUSTRE
233
d'une bande rouge en haut et en bas, verte à droite et à gauche,
avec addition de quatre petits carreaux vernissés d'azur, aux
quatre angles.
F. 53 & en bas, en
réclame de la page
suivante, le mot nssnuî
empanaché..
F. 59 a. Le mot
ï-rtnm (le premier de
l'Elévation t]pm irenïi)
occupe tout le second
quart de la page, peint
en rouge , en bleu
foncé et vert pâle al-
ternativement, les
pleins des lettres sont
historiés de chimères
blanches, et les join-
tures sont dessinées
en rosaces sur fond
noir. Les deux pre-
mières lettres, l'une
rouge, l'autre bleue,
sous un fond jaune, à
ramage damassé ; les
deux suivantes, en
vert pâle et jaune
clair ont un fond
rouge uni, et la der-
nière lettre en rouge
est sur fond vert pâle
(flg. 3).
F. 74 ô. Un autre
sonneur de Schofar,
au chapeau rouge
pointu, vêtu mi-par-
tie vert et mi-partie
rouge, chaussé de
gros souliers noirs ,
pose le pied gauche
sur un tabouret tré-
pied. Le fond du tableau carré est bleu foncé, avec semis de fleurs
de lys d'or (fig.*4).
^
£
I; i.\ | E DES ÉTUDES JUIVES
Y 75& au bas Après le mot tw isolé, un griffon ou chimère
' don1 la ,,„,,„. est une feuille de vigne, verte; la tête
en jaune clair, el les deux
pattes en jaune plus foncé
(fig. - r >).
F. 79 b. Un troisième son-
neur de Schofar, le talith
sur la tête, à la tunique
verte, les chausses rouges,
les souliers noirs, appuie le
pied gauche sur une chaise
en bois sculpté de style
ogival primitif. Les mon-
tants supérieurs ont ornés
de pommes en bois tourné ,
(iig. 6). Le tout sur fond
bleu.
F. 84 b. Le même sonneur
de Schofar (habillé comme
ci-dessus) pose le pied droit
sur une grande chaise à dos-
sier, en style ogival. A sa
gauche, le diable à tête de bouc, le corps terminé en feuille verte,
est épouvanté parle son du Schofar et semble vouloir fuir (fig. 7),
Fig.
Fig. 5.
Voir Viollet-lcDur. ibid., p. 43, 6g. 3, ot p. 4 ( J, r li ? . 9.
UN MAHZOR ILLUSTRÉ
Un jeune
235
F. 86 &.
homme, au chapeau rouge
pointu, couvert d'une tu-
nique rouge en étoffe da-
massée, chausses vertes et
souliers à la poulaine,
crie : Amen! (flg. 8).
F. 88 a. Le mot ^btt,
premier du Piout d'Ar-
bith du deuxième soir de
Rosch haschana, occupe
plus de moitié de la page,
peint dans le même style
qu'au f. 14 b, sauf détails
dans l'alternance des cou-
leurs.
F. 91 a. Autre -jbtt dans
le même style, sauf que
sur le fond rouge res-
sortent des chimères et feuilles blanches. Sur le fond étoile de
*tWtëe
Fi g. 7.
**1
«3
^ :r^*-
Fig.
UN MAHZOR ILLUSTRÉ 237
blanc, est un rectangle à fond
bleu pâle, garni de feuillage blanc
(fig. 9).
F. 101-102 a. Les initiales du
poème ^d t^ttn composé en
alphabet rétrograde pittn sont
peintes, les onze premières en
rouge, les onze dernières en vert,
ainsi que l'acrostiche du nom
d'auteur, pref na ïwà« (le pre-
mier prénom deux fois) en vert.
Même alternance vers la fin du
■vrrn de l'office du Kippour au
matin et au commencement du
Moussaf.
F. 104 a. Le mot «Yip est sur-
monté d'une ornementation trian-
gulaire, s'épanouissant en feuille
au sommet, propre au xni e siècle,
mais qui a pu être en usage en-
core au xtv e siècle (fig. 10).
F. 116 a. Le mot nptm, écrit dans toute la largeur de la page,
en lettres creuses, est préparé pour l'enlumineur, qui à partir de
là n'a pas continué son œuvre.
F. 149 &, au bas. Dans le piout des msroT, à l'office du Mous-
saf de Rosch haschana, en réclame
de la page suivante, est écrit le mot
û2*ttb, en lettres alternativement
rouges et vertes, au-dessus d'un buste
ailé et couronné, dont la langue est
une flèche visant la page suivante.
F. 196 &. Le premier mot du piout
-nso dvn TN, au commencement de
l'office du matin lir-p, de Kippour,
occupe la tête de cette page dans
toute sa largeur, dessiné et peint
dans le goût des précédentes illustra-
tions. Comme complément à gauche,
figure une caricature moitié corps
humain, moitié griffon, sur deux pattes fourchues, en tout sem-
blable à la figure suivante qui est seulement plus grande. Nous
ignorons le sens de cette image additionnelle, à la face juive,
coiffée d'un chapeau pointu (fig. 11).
Fig. 10.
A
r\^yix£~'-^^
j]jX£r*t
-y
2M) REVUE DKS ÉTUDES JUIVES
1\ 259&. La môme caricature semi-humaine, semi-chimère, est
reproduite également agenouillée, dont la position à genoux
s'explique cette fois pari" texte.
Cette figure est peinte dans la
Kedouschâi vers la lin du piout
ûrvoV», après le vers « toutes
les créatures s'agenouillent de-
vant toi » (fig. 12).
F. 264 a. F. 264a. Dans l'of-
fice du matin (Schemonè Esrè)
de Kippour, le premier mot de
la Seliha b*m nïk est ligure en
lettres historiées comme précé-
demment, mais dont les cou-
leurs tendres sont remarquables.
C'est la seule fois où le peintre
s'est servi des nuances douces
du lilas et du gris (fig. 13).
F :*8T b Au commencement de l'office de Moussaf du Kippour,
le mot wm occupe toute la largeur de la page, sous un rinceau
de feuilles sur fond jaune très clair ; au-dessous est un rinceau
sur fond noir. Les lettres peintes sur fond vert clair, et les join-
tures sont de petites rosaces en blanc et rose. - Apres ixrom
wV», le wnp et la TekW finale, sans la récitation des ratt, com-
mence aussitôt la prière du soir ordinaire.
12.
Moïse Schwab.
LES JUIFS DANS LA RÉPUBLIQUE DE SAN-MARIN
DU XIV e AU XVII e SIÈCLES
La présence des Juifs dans la République de San-Marin est at-
testée, depuis la seconde moitié du xiv e siècle au moins, par les
documents conservés dans les archives de cette République. Les
Juifs y étaient venus, attirés par les mêmes conditions économiques
que l'on retrouve dans les Marches, la Romagne et le Montefeltro,
en un mot dans toute l'Italie. En ce temps-là, étant donné le
manque d'institutions publiques de crédit, on ressentait vivement
le besoin d'entreprises privées faisant la banque, le prêt sur gages,
et les avances de capitaux aux citoyens et aux Etats. Ni les hautes
classes, dont la fortune consistait surtout en biens fonciers, ni les
classes inférieures, qui, tout en s'adonnant au commerce, étaient
surveillées parles guildes et les corporations, et, par suite, étaient
empêchées d'amasser des fortunes individuelles, et en particulier
d'avoir de l'argent disponible, n'étaient aptes à remplir ce rôle.
C'est ainsi que les Juifs, pourvus à la fois de capital et de capacités
qu'ils devaient aux conditions très spéciales de leur vie privée et
publique, se mirent naturellement à faire la banque (qui, au début,
se réduisait au prêt sur gages et aux affaires d'intermédiaires) et
réussirent presque à le monopoliser avec l'aide et sous la protec-
tion des différents gouvernements, y compris le Saint-Siège, qui
reconnaissaient tous les services pratiques et indispensables ren-
dus par les Juifs. Les petites villes et les bourgs des Marches et de
la Romagne, région où on ne faisait guère que de l'agriculture et
où manquait, par suite, une classe indépendante et digne de
confiance de marchands et d'industriels, dont les entreprises
assurent la prospérité et l'emploi des capitaux, étaient les pre-
miers en Italie à reconnaître l'utilité et l'activité des Juifs.
On en était si convaincu, que lorsque les Juifs ne venaient
pas de leur propre initiative, on les appelait et on les engageait,
T. XLVHI, N° 96. 16
242 REVUE DES ÉTUDES JUIVES
comme on l'avait fait pour des maîtres d'école, des prédicateurs,
des médecins et des juges de paix.
Ce fut le cas pour la République de San-Marin. Des banquiers et
des prêteurs juifs y vinrent, sur la demande de la régence, princi-
palement des centres de Rimini, Aucune et Recanati. Nous savons
cependant qu'il en vint aussi de Mirandoleet d'autres lieux, ce qui
est assez naturel, car il y avait à peine une ville ou un village,
dans toute la région, qui n'eût pas parmi ses habitants un ou plu-
sieurs Juifs, et tous les Juifs semblent avoir été en relations ou,
tout au moins, avoir correspondu entre eux pour affaires.
On peut suivre la trace de la présence des Juifs à travers presque
toute la série des archives (principalement dans les registres de
résolutions et de comptes), en remontant jusqu'au xiv e siècle. A
cette époque, les statuts concernant les débiteurs et les usuriers
visent avec une clarté indéniable les transactions des Juifs. Ainsi,
des lettres nous fournissent des informations plutôt sur les per-
sonnes que sur les affaires, tandis que les registres des officiers
publics et des notaires de contrats prouvent que les fonctions de
banquier ou de prêteur juifs avaient, en quelque sorte, le caractère
d'une institution publique. Le premier nom israélite qui se présente
dans les documents de San-Marin est celui d'Emanuel fils de feu
Jonathan de Rimini, qui, le 3 juillet 1369, garantit à un bourgeois
de San-Marin un prêt de 340 ducats dûment enregistré par un
notaire. Les documents de cette période ancienne étant générale-
ment rares, on ne doit pas conclure du manque de données sur les
Juifs entre 1369 et 1429 que ledit Emanuel fût seul de son genre.
Quoi qu'il en soit, nous trouvons que, dans l'année 1429, un Juif
de Pesaro arrive sur le territoire de la République, porteur d'une
chaleureuse recommandation d'une dame Camilla Sforza del Drago,
épouse du seigneur de Pesaro. Le Juif s'appelle Musetto et il vient
pour réclamer à un certain Mathasias, Juif de San-Marin, une
somme d'argent qui lui est due. Il est, chose curieuse, le maître
de danse des beaux-enfants de dame Camilla, et celle-ci semble
très désireuse qu'il reçoive un accueil honnête et courtois. Le
même sentiment à l'égard d'un groupe de Juifs de ce temps inspire
une lettre du comte Guidantonio de Montefeltro, adressée à la
Régence. Le comte, étant informé des intentions hostiles qui ani-
ment certains citoyens de la République contre les Juifs qui y
résident, rappelle aux régents que lesdits Juifs « ont en mains
beaucoup de dépôts et de gages appartenant aux habitants de
Montefeltro et tout ce qu'il y a de mieux à San-Marin, de sorte
que tout malheur qui leur arriverait serait la ruine du pays »,
et il ne semble guère juste qu'ils aient à supporter quelque
LES JUIFS DANS LA RÉPUBLIQUE DE SAN-MARIN 243
ennui (1442). Il est pourtant difficile d'affirmer que les Juifs ont
toujours agi honnêtement, si, toutefois on peut avoir confiance
dans les affirmations de leurs ennemis : on mentionne un voleur
(1455), un traître prétendu ou suspecté, et un homme répandant
de la fausse monnaie.
Les « livres de comptes » mentionnent une femme juive nommée
Anna (1454) et quelques hommes, parmi lesquels Musetto, qui
fournirent à la Régence les fonds pour subvenir aux frais occa-
sionnés par la visite du Comte Frédéric et de la comtesse Baptista
de Montefeltro en l'an 1462; Mathasias, dont les comptes avec le
gouvernement sont balancés le 17 mars 1478, et qui partagea avec
son frère Joseph la possession d'abord d'une mule (1478), puis d'un
cheval (1491), qu'ils louaient pour une rétribution aux régents et
à d'autres. Le 4 mars 1492 leur place fut prise par Raphaël, fils de
Joseph, qui signa un contrat spécial à cet effet et reparaît dans
les comptes de janvier 1493 et ailleurs.
Le 6 mai 1494 on balance les comptes de Mathasias, fils de
Musetto, qui possédait aussi un cheval et le louait aux ambassa-
deurs de la République pour quelques tournées à Gesena et ailleurs.
Il louait aussi une courte-pointe et des draps de lit aux maçons
travaillant pour le compte du gouvernement. Un Raphaël et un
Joseph, peut-être les mêmes que nous avons déjà rencontrés, sont
mentionnés de nouveau pour les années 1496 et 1497, cette fois
comme ayant été précédemment à Mirandole et se trouvant pré-
sentement à Pietracuta, village voisin. Nous voyons une femme
« laGentile de Mathasia », citée (1501) à propos d'une provision de
combustible. Le dernier jour de juillet 1502 un chrétien est puni
d'amende pour avoir commis un maléfice sur la personne d'un
nommé Aronino, Juif, qui est crédité le même jour d'une certaine
somme d'argent, pour le compte d'un Ser Antonio nommé tout de
suite après.
Les Juifs, cependant, n'étaient pas toujours créanciers. Une
lettre du comte Frédéric de Montefeltro (1464) nous informe qu'ils
devaient de l'argent aux moines de San Francesco. D'autres
lueurs intéressantes sur leur vie nous sont fournies par la com-
tesse Catherine de Carpegna (1468), qui se déclare disposée à
racheter certains objets engagés chez le Juif à San-Marin par un
de ses ressortissants, pourvu que le Juif retourne certains sacs de
blé aliénés à tort par son serf et passés pour le payement des
intérêts au prêteur. Giovanni da Faenza (1472) évidemment un
juriste, discute une affaire scandaleuse, dans laquelle un Juif est
nommé comme complice dans un cas d'adultère avec une femme
chrétienne. Une autre fois (1482) Tévêque de Forli et l'évêque
244 REVUE DES ETUDES JUIVES
de Tivoli, alors gouverneur de Romagne, témoignent pour et
contre un Juif accusé de TOI ; et dans une lettre datée de 1502,
le duc Guidohaldo d'Urbin plaide personnellement la cause d'un
nommé Raphaël, Juif, « son homme », contre un citoyen de San-
Marin.
Après le début du xvi° siècle les documents concernant les Juifs
sont assez fréquents et assez étendus pour nous autoriser pleine-
ment à admettre que le prêteur sur gages et le banquier «les anciens
temps, ayant amené peut-être avec lui un parent mâle ou un
associé, avait bientôt trouvé moyen de s'établir a San-Marin avec
toute sa famille et les familles de ses parents et de ses associés.
Ainsi se forma une communauté juive régulière qui attira l'atten-
tion du gouvernement et provoqua assez fréquemment des réso-
lutions et des mesures restrictives.
Tout un groupe de Juifs de Rimini, pendant la peste de 1523,
envoya un messager spécial avec une requête écrite par l'un d'eux
aux régents de San-Marin, à l'elfe t d'obtenir la permission de se
réfugier sur le territoire de la République. Nous ne savons pas
directement si la requête fut accordée, mais c'est probable, car
quelque temps après une lettre de Malatesta de Rimini nous informe
que le peuple de San-Marin trouva la présence de tant de Juifs
insupportable et les molesta en conséquence.
Quoi qu'il en soit,- un Juif fit des affaires en 1530 et le conseil
de la cité trouva bon de lui ordonner de porter un signe et de régler
ses comptes d'intérêt. D'autres décrets et résolutions semblables
concernant les Juifs sont publiés à San-Marin, en 1539, 1542, 1547,
1548, 1553, 1554, 1555, 1557, 1558 (année où un comité fut nommé
pour examiner le moyen de protéger les banquiers juifs contre les
sévices des babitants) 1560, 1561, 1601 (ordre donné aux Juifs de
porter une rouelle bleue et décisions intéressant l'évêque de Foiii
et le duc d'Urbin), 1608, 1610, 1613, 1614, 1652, 1653, etc., etc.
Une lettre d'un certain Salomon, fils de Bonaventura et banquier
à Ancône, adressée aux régents (28 septembre 1533) nous donne
un aperçu des chagrins domestiques de la nièce de l'écrivain,
nommée Dolcc, épouse de Raphaël, banquier à San-Marin. Cette
pauvre femme, après avoir été dépouillée de tous ses biens, depuis
sa dot de 200 ducats jusqu'à tous ses bijoux nuptiaux (y compris
son alliance d'or) valant 50 ducats, s'était enfuie de chez son in-
digne mari pour se réfugier chez son oncle* et elle avait été lésée
aussi dans ses affaires par suite de la malhonnêteté et de l'insou-
ciance du misérable Raphaël. Salomon nous raconte toute l'histoire
avec une grande sincérité, et il donne au lecteur tout à fait l'im-
pression d'un caractère honnête. Presque aussi intéressantes,
LES JUIFS DANS LA RÉPUBLIQUE DE SAN-MARIN 245
et peut-être d'une importance historique plus grande, sont deux
lettres des échevins de San Léo (1537) et de S. Arcangelo (1546)
annonçant la conversion à la foi chrétienne, l'un d'une pauvre
Juive, l'autre d'un Juif.
On trouve encore dans les archives de San -Marin d'autres docu-
ments concernant les transactions commerciales des Juifs, mais
ils ne sont pas assez nombreux ni assez importants pour nous
permettre de retracer d'une manière plausible leur système d'af-
faires et l'extension de leur commerce.
On ne doit pas oublier qu'au xvii e siècle les Juifs réclamaient
souvent l'assistance du gouvernement pour se débarrasser des
gages déposés dans leurs banchi ou boutiques : un délai de deux
mois était alors généralement assigné pour le rachat et notifié
publiquement par les hérauts de la République. Le terme expiré,
les objets qui n'avaient pas été rachetés devenaient la propriété
absolue et légale des Juifs et ils en disposaient à leur gré.
Il n'est peut-être pas nécessaire d'ajouter que ces affaires de
prêts sur gages étaient menées seulement avec des personnes
privées, tandis que les transactions avec les régents semblent avoir
été des prêts sur contrats ou billets à ordre. Dans les derniers
siècles l'importance et le nombre des Juifs de San-Marin va tou-
jours en diminuant, sans doute à la suite de la création d'établisse-
ments publics de prêts sur gages (monts de piété), de l'extension et
de la modification des systèmes de commerce et de banque, du pro-
grès général économique, qui étendit à d'autres les privilèges et
les commodités qui avaient été jusque-là le monopole de la fortune,
de l'industrie et de l'activité des Juifs.
Amy A. Bernardy.
PIECES JUSTIFICATIVES,
i.
S. Marin, 3 juillet 1369.
Instrument du notaire Francesco Balduccio Davarini, moyennant
lequel le Juif Emanuei de Rimini (« Manuelle quondam Gianittani
da Rimini ») prête contre gages, à Guidiuo, fils de feu Giovanni di
Giamarino Fagnani de S. Marino et à Giacomo, fils de feu Geccolo
Marchi, la somme de 240 ducats.
(Archivio Governativo. B. 185 doc. 7.)
246 REVUE DES ETUDES JUIVES
II.
Pesaro, 30 août 1429.
Camilla Sfor:a Del Drago recommande aux capitaines-régents
le Juif Musetto.
Spectabiles viri amici carissimi : El viene da le vostre spectabilila
Musetto hebreo Citadino de questa mia Cita per exigere da uno Ma-
thasia ebreo habitatore de li certa quantita de dinari de dote chel ha
in deposito como dal dicto Musetto piu amplamente quelle intende-
rano : Et quantunqua sapia essere superfluo reeomaudare li mei ad
v ro pta gpta p er i a affectione che continuamente le hauo portato ad
questo mio 111" 10 s 1- Gonsorte : nondimeno perche el dicto Musetto e
homo da bene : et insigoa ad dauzare alli figlioli del predicto s. mio :
Et perche parecchie iiate per questa casone le stato dal dicto Matha-
sia : et non ha possuto consequire nulla anzi e straziato et tenuto
in tempo con suo grau damno Iho voluto per questa mia recomman-
darglilo : sperando che le mie recommandatione apprexo v. sp la
habino ad produrre qualche fructo : et pregarle che constandogli
musetto predicto essere vero creditore, gli piacia non lassarlo stra-
tiare : anche ordinare chel habij el suo como e justo et honesto : el
che me sera gratissimo OfTrendomi ad vostri piaceri paratissima.
Pisauri die penultimo augusti -1429.
Kamilla sfortia de drago Gomitissa cotiguole... Pisauri, etc.
(Arch.gov. Carteggio alla Reggenza 1429.)
III.
Urbin, 12 décembre 1442.
Le Comte Guidantonio di Monte fellro prie les Capitaines-Régents de vou-
loir bien protéger les Juifs de S. Marin contre l'hostilité de quelques
citoyens.
Nobiles amici et dilecti carissimi, Noi sapiamo che testi giuderj
che stanno li a Saumarino hanno de molti pegnj de nostrj homenj
de monteieltro, et tucto el piu utile de quella Montagna in mano,
Unde se sinistro alcuno li interuenisse, che hauemo inteso che per
alcunj de testa terra se volea cercare farli nouila, séria la deflactione
de dictj nostrj homenj, et séria gram vergogna et mancameuto atesta
Gomunita. Epero vj confortamo aremediarce et che non voliate se
possa dire maie de voj, corne non se e possuto dire per lo passato,
pur laudabile séria, non vi satisfacendo loro, adarlj licentia, e loro
satrouaranuo ben due stare, In altra ce rusirieno de gram scandalj.
Epero semo contento haneruilo notificato prima.
Datum urbinj xij décembre 1442.
Guidantonius Montisfeletri Urbinj et Durantis cornes, etc.
LES JUIFS DANS LA RÉPUBLIQUE DE S AN-MARIN 241
(Au verso.) Nobilibus amicis dilectis nostris Gapitaneis Terre Sancti
MariDJ.
(Arch. gov. Carteggio alla Reggenia 1442.)
IV.
Cagli, 6 décembre 1451.
Marino Calçigni, Podestà de la ville de Cagli et citoyen de St.
Marin, conseille aux Capitaines-régents de donner deux ducats d'or
au Juif Musetto, à l'occasion d'un « malefizio » commis par le fils
d'un certain Vita contre le susdit Musetto. <
(Arch. gov. Cart. alla Regg. 1451.)
V.
S. Marin, 26 février 1454.
Reçu d'un prêt fait à la République de S. Marin par la Juive Anna.
26 febbr. 1454.
Lanna giudera dehauere liuere tre et soldj X dariento I qualj lej
ce presto sopra el rexuto de Simone de Marino de giobanne I qualj
toilimmo commo denari del fume per mandare Auixitare el S. miser
Alixandro che Ando Kl bianco et Bertole de Agnole de cione.
L 3 s 10 d 0.
(Arch. gov. Libro di Entrate e Spese 1444-1465 — B. 264.)
VI.
Urbin, 4 juin 1454.
Marino Calçigni envoie aux Capitaines-régents son avis sur la conduite
à tenir à V égard d'un juif qui avait manqué à sa parole.
Spectabiles viri et maiores honorandissimi. ho receuuta vostra
lettera alaquale respondo. Che essendoui dati per obstaggi da abraam
li figlolj et promessoue de batizarse. dicete che uolite tenere li obs-
taggi per lafede rotta che va facta abraam. Et questo se voj hauite el
modo a prouare che ue la desse per obstaggi. Et pure daxendoue
lasigurta de pagare omne pena et omne cosa che abraam fosse in
curso. renditelj lifigliolj ma videte di asigurarue bene state pure
forte a volere tenere li obstaggi che viranno quellj cani giudej acio-
che vorite racomandome a voj Urbiuj die iiij Junij 1454.
Marinus de Calcignis 11. doctor.
(Arch. gov. Cart. alla Regg. 1454.)
VII.
Urbin, 22 mars 1455.
Le Comte Ottaviano degli Ubaldini prie les Capitaines-régents de
vouloir bien s'intéresser au sort d'un certain « Abraham da laquila
REVUE DES ÉTUDES JUIVES
gia et mo habitante de Sam Marino » qui est retenu en prison pour
« une petite erreur » qu'il a commise.
(Arch. gov. Cart. alla Regg. 1455.)
VIII.
S. Marin, 1458.
Mémorandum de V argent emprunté au Juif Musetto par les Capitaines-
régents.
a. 1458.
Quj sonno scripti et anotati tutti li dinarj li quali noj Menghino et
Bariole de Michèle hauimo receuulj da Musetto ebrej per danarj dati
a li nostrj ambaxiaturj per andate facte como appare disopra et per
altrc facende como apparera.
(Arch. gov. Libro di Entrate, etc., b. 264.)
IX.
Pietramaura, 20 juin 1459.
Le Comte Ugolino Bandi prie les Capitaines-régents de faire rendre
justice à une pauvre femme qui a reçu deux florins faux du Juif
Musetto.
Magnifici maiores honorabiles : La lucretia de marino da monte
hauendo bisogno derescotere suo flglolo uenne li a sammarino adim-
pegnare certe sue cose a Musetto giudeo el quai gledette doj fio-
rinj falsi dej quali uene remanda uno, pregoui gle uoliate prouedere
aquesto che e la deffatione de le pouere persone et gran uergogna
auoj, et per niente e cosa da comportare. Perche uoj non crediate sia
mancamento de laltra parte, ue mando questadonna propria che
toise idicti fiorini pregoui gle uoliate prouedere, che pure inquesti di
ne fo dato unaltro ala samaritana de qui per lo simile modo. Reco-
mandome auoj.
Petremaurj die. XX Junij 1459.
Ugolinus de bandis.
(Au verso). Magnificis maioribus honorabilibus Gapitaneis Terre
Sancti Marinj.
(Arch. gov. id., id. 1459.)
X.
Notes des dépenses faites par les Capitaines-régents avec de l'argent
emprunté aux Juifs.
S. Marin, 1462.
A. 1402.
Spesa facta per la venuta de lo Illu S. Conte de Urbino et de la
Illustrissima Madonna Baptista sua donna a sau marino
LES JUIFS DANS LA RÉPUBLIQUE DE SAN-MAR1N 249
Item receuemmo da Mosetto bolognini vintedoj per pullj equalj
receuette el Cap Riccio. libr \ s 2 d 0.
Item pago eldicto Mosetto o uero de amarino de brantino bolo-
gnini vinteotto. libre 1 s 8 d 0.
Item de eldicto Mosetto per pullj doj bolognini de sale et doi manj
de caxio monto bolognini vintedoj. 11 s 2 d 0.
(Arch. gov. Libro di entrate, etc., b. 264 )
XI.
S. Marin, 1464.
Mémorandum de l'argent emprunté à la juive Anna par la régence.
A. 1464.
Item da lanna giudea bolognini diece dequatrinj.
L0 slO.
(Arch. gov. Libro di entrate, etc., b. 264.)
XII.
Casteldurante, 7 septembre 1464.
Le Comte Federico di Montefeltro prie les Capitaines-régents de vou-
loir bien obtenir des Juifs de S. Marin la restitution d'une somme
d'argent qu'ils ont empruntée aux moines franciscains.
[Spjectabiles amici carissi[mi].
Li fratrj de sanfrancescho me dicano che hanno adauere certj de-
narj de certi giuderj deli et che maie li e tenuto ragione unde consi-
derato che sonno persone pouere et che anche questo fatto sapar-
tene adio vepregaria che noi li facieste tenere ragione sumarie et
expedite et che possino hauere el loro senza alcuno litigio per che
queste sonno limosine che non se perdano.
Ex durante vij setembris U64.
Federicus cornes urbinj Montisferetrj ac durantis, etc.
(Au verso). [Spec]tabilibus amicis nostris [ca]rissimis capitanijs
[tjerre Sammarinj.
(Arch. gov. Cart. alla Regg., 1464.)
XIII.
Carpegna, 9 décembre 1468.
La Comtesse Catherine de Carpegna prie les Capitaines-régents de vou-
loir bien arranger pour elle une petite transaction avec le Juif de
S. Marin.
Spectabiles Virj amicj honorabiles. Elfo morto quj uno Alisandro
elquale era mio fameglio et hauea moglie quj ala castelacia et eldicto
feua ifattj mij et hauendo luj certj pegnj li algiudeo iqualj pegoj
KM REVUE DKS ÊTUDE8 JU1VKS
lisouno ancora et siendo inquesta stato la niastellj del mio grano
per lusura algiudeo pertauto vipregaria vipiacesse daendo io el suo
douere aldicto giudeo merendesse idittj pegnj acioche io non per-
desse eMitto grano laquale cosa hauero inpiacere da uoj Quando io
posso niente, per uoj so continuo aparechiata Et quando el giudeo
volesse sicurta Ij che didictj pegnj che maj uô bauere impactio
lidaro.
Carpignj die 9 decembris 1468.
Catherina comitissa Carpignj.
XIV.
(Arch. gov. id., id., 1468.
Riinini, 7 août 1472.
Giovanni da Faenza écrit aux Capitaines-régents au sujet d'un scandale
dont on accuse un Juif.
...Gum hoc sit : quod talis hebreus diceretur et inculparetur
quod carnaliter cognouisset talem mulierem et ipse hebreus doceret
non esse... In questo modo serae cauto benissimo el dicto hebreo
ne per tal transactione se proua tal delicto essere stato comesso e
anco lohonor de liparenti de quella femina. Io non ho dicto cosa
alcuna de tal facende alsibitore ne ancora diro ad altri. perche non
sono facende da publicar. Ve auiso che del dicto ex hibitore non se
Keceuuto cosa alcuna séria stato meio chel giudio hauesse mandato
luj che me aria pagato. per che era caso meritaua elpresio
(Arch. gov. Cart. alla Regg. 1472.)
XV.
S. Marin, 17 mars 1478.
Revision des comptes du Juif Mathasias avec l'État de S. Marin.
Adj. xvii demarzo 4478 fo veduta laraxione de mathasia ebreo per
li spectabilj homini Simone de maestro antonio et ludouico de mi-
chele honorandi capitanei de Samarino per el tempo dei sei mes
passati cio e da octobre 4477 fino tutto el présente mese demarzo
1478 resta adare al comune per dicto tempo libre tredexie soldi cin-
que et danari sei. 43 5 6.
(Arch. gov. Liber olfitialium et debitorum communis 1478-1520.)
XVI.
S. Marin, 30 septembre 1478.
Même oh jet.
Adj ultimo de stembre 1478 fo ueduta laraxione per Noi Gapitanij
Simone demarino et Giohanne de Icalcignj de Ipagamenti facti per
LES JUIFS DANS LA RÉPUBLIQUE DE SAN-MARIN 251
Madasia ebreo et Ioseph suo fradello et seruimenti del mulo al tempo
de la nostra capitananza. et del salarie de aprile et maggio. che loro
sonno tenuti alla comunita. perche de li Indreto li fo tolta la liceatia
de la comunita de prestare resto hauere dicto madasia ueduti Idicti
pagamenti libre doe et sol
(Ibid.)
XVII.
Urbin, !«' février 1480.
Le comte Ottaviano degli Ubaldini prie les capitaines-régents de
vouloir bien s'intéresser au sort du neveu d'un archevêque qui s'est
rendu coupable d'une faute avec la complicité et à l'instigation d'un
Juif et d'un autre mécréant.
(Arch.gov. Cart. alla Regg. 1480.)
XVIII.
Cesena, 22 mars 1482.
Vévêque Tiburtin, gouverneur de la Romagne, demande aux Capitaines-
régents qu'ils fassent arrêter et emprisonner un voleur juif.
Spectabiles Viri Amici nostri Garissimi :
Perche li ladri sonno moite uolte Gasc[ione] de La ruina de [li] fidi
homini... siando accapilato li in San Marino uno Benedecto altra-
inente Barocho hebreo el quale in sieme cum uno altro ladro el quale
e preso qui nelemano del podesta de cesena ieri xe quindece di che
rubarno in lo Bancho de uno datolo de lione. .. cinture et anella de
valuta de circha ducento ducati et mo in quella nocte. . . hauea ru-
bato pur adicto datolo de dicto bancho per ualuta de apresso dimolte
altri ducati : quale robbe erano de diuerse per[sone del questa cita.
(Arch. gov. Çart. alla Regg. 1482.)
XIX.
S. Marin, 1491.
Comptes des juifs Mathasias et Joseph avec la Régence.
(A. 1491.)
Mathasia hebreo de hauere adj VI demaggio 1491 per la uectura del
suo Gauallo.
El capitano Antonio debe dare alacomunita 4 494
Et più dedare 11 17 dô. è
...da Joseph hebreo. L 17 d 6.
(Arch. gov. Libri del Camerlengato 1491 :)
2o2 REVUE DES ETUDES JUIVES
XX.
S. Marin, 4 mars 1492,
Élection du juif Raphaël au o banco » de S. Marin.
In Christi nomine anno 1492 lad X 1 die quarta mense Martij.
Raphaël hebreus conduclus a coramunitate terre Sancti Marinj re-
cepit eius olTitium ex commuai cuin pactis et conuentionibus in eius
capitulis contentis manu Egregijs virj Santj Mauritij.
Quj hoc breue mutuauit communitatj. . . libras denariorum quae
non debent ex computarj nisi lapsis duobus annis.
(Arch. gov. Liber of'fitialium, etc., c. 100, 1478-1520, b. 265.)
XXI.
S. Marin, 4 janvier 1493.
Comptes du juif Raphaël avec la Régence.
Adi 4 de genaio 1493.
Rafel de Josef ebreo habitatore asan marino di hauere dalla comu-
nita de desancto marino. lire quaranta uua etsoldi trj iqualj forono
pagatj amaestro antonio murador de commissione de pagamento.
Ll. 41 . 3 .
Epiu dihauer dicto rafael adj 8 de genaro 1493 iquali haue Impe-
guato Bonifacio soldj uintij et dinarj quatro.
Ll. 1 .0.4.
Epiu dihauere adj 6 degenaro 1493 iqualj haue... Christofano per
mandare miser dolce a cesena ducatj duj doro.
Ll . 6 . 20.0
Epiu dihauere dicto rafael adj 18 degenaro i quali sonno dati
amiser dolce per lasua fatiga ducatj dodexie doro.
Ll 39 . .
(Arch. gov. Libri del Camerlengato 1491-1512.)
XXII.
S. Marin, 6 mai 1494.
Comptes du juif Mathasias avec la Régence.
Matassia de muxetto ebreo dasamarino dihauere dala Comunita de
samarino per lauettura del suo cauallo al tempo de sermenetto et
francesco de antonio danextaxio in prima per una andata acessena
stetle duj dj elquale haue antoûio de polinoro Item haue el dicto
cauallo bonilatio duj dj che ando aparlare al S. ottauiano sopra el
fatto delà trega Item haue el dicto cauallo ser antonio de girolamo
LES JUIFS DANS LA RÉPUBLIQUE DE SAN-MAR1N 233
trj dj perfare la trega cum lj homine de ueruchie monta in tutto fo
veduta adj 6 demagio 1494 la dicta raxione.
Ll. 1 . s. 15 dj 0.
(Arch. gov. Libro del Camerlengato 1491-1512, c. 19.)
XXIII.
S. Marin, 31 juillet 1494.
Matassia de moxetto ebreo da samarino dihauere dala comunita de
samarino soldi vinteotto li qualj li fece bonj sismondo tesaro per
resto del suo seruito ali contagiosi de la peste et questo fo de con-
cessione de sismondo debitore del dicto matassia et de questo ne
apare boletta ad in filza adj. ultimo de luglio 1494.
LU s 8 d 0.
E piu pago dicto matassia s 5 d 10.
E piu pago dito matassia libbre tre et soldi dece sette per naulo de
lenzole et coperta el quale tenue maestro antonio muratore mixe l
undece monta. Ll 3 s 17.
Epiu pago dicto matassia libre 7 per letto e coperta 7 lenzole per
mixe quatordice e quale. Ll 7 s d 10.
XXIV.
S. Marin, juin 1496.
Comptes de la Régence avec les juifs Raphaël et Joseph.
(G. 144.)
Et piu pago dicto Gapitano fabritio de pier lione bolognini Ginque
arafaelle hebreo per partj de quelli homini al haueredal comune.
L s 5 d.
(G. 150.)
Et adj VIII de giugno di dare dicto capitano bol. III et dinari sej
per Capis. . . in Joseph hebreo de Jeronimo deberardo.
L — s 3 d6.
(Arch. gov. Libro del Camerlengato 14y4-l502.)
XXV.
S. Marin, septembre 1496.
Comptes de la Régence avec le juif Raphaël.
R[icevette] la Comunita de Samarino dal Contra scriptoMateo libre
vinti i quale acordo rafaello ebreo al quale era Greditore de la Comu-
nita de dinare prestj a la dicta Comunita iquale dinare a Cordate fo
al tempo del Gapitano fabritio et Sabatino de biaucho et fo del mexe
de Setembre 1496. Ll 20 s d 2.
(Arch. gov. Libro del Camerlengato 1491-1512, c. 33.)
1 =3 mesi.
REVUE DÈS ÉTUDES JUIVES
XXVI.
S. Mario, 1497.
Paiement fait par le juif Mathasias au capitaine-régent Nalteo
di Tura.
Epiu pago el sopra dicto Matasia al Capilano Mateo de turc soldi
quindexe de qualrini el fo del 1497. L s 15 d G.
(Arch. gov. Libro del Camerlengato 1491-1512.
XXVII.
S. Marin, 20 sept. 1497.
Contrat entre les sindici de S. Marin et le juif Raphaël-
In christi Domine Anno abeius natiuitate millésime- quatragix[imo]
Nonageximo septimo Jndictione XV a tempore pontificatus dominj
nostrj domiDJ aîexandrj papa sexti et die vigexima Septembris.
Spectabiles virj Simon magrj Antonius de bellucijs et Evangelista
quondam Jeronimi de bellucijs de terra sancti marinj.
Sindici et procuratorcs Comuais et Universilatis terre sancti marinj
et Raphaël quondam damirandola hebreus et habitator terre predicte
sancti marinj. Et in presentiam habitator Gastrj petragutola. . . etc.
(Arch. gov. Liber Oilitialium 1478-1520, c. 132 v.)
XXVIII.
S. Marin, 14 mai 1498.
Comptes du juif Mathasias avec la Régence.
E piu pago el sopra dicto al Gapitaneo ser giohanne libre tre et
soldi sette i qualj haue el podesta et fo adj 14 de magio 1498.
Ll 3 s 7 dO.
Epiu pago dicto Mattasia ouer li fe boDj ser giouanne de menghiDO
libre otto et soldi tredexe per parte de suo salario del capitaneo con
valeate de paulo 1498. Ll 8 s 13 do.
(Arch. gov. Libro del Camerlengato 1491-1512.)
XXIX.
S. Marin 1501.
Prix de cinquante faisceaux de bois achetés par la juive Gentile.
(G. 187 v. — a. 1501.;
Item hauuto da la Gentile de Malhasia per cinquanta fasine de
lignio che li uenditeno alafornaxa. Lbre s 10 d 0.
(Arch, gov. Libro del Camerlengato, c, 187 v. — a. 1501.)
LES JUIFS DANS LA RÉPUBLIQUE DE SAN-MARIN 2&>
XXX.
Fossombrone, 4 mai 1502.
Le duc Guidobaldo d'Urbino prie les Capitaines-régents de vouloir bien
faire rendre raison à son protégé, le juif Raphaël.
Spectabiles Amici amantissimi.
Raphaelle ebreo homo mio : dice hauere una causa con Jacobo de
Rainaldo dafaitano : per la quale altreuolte ve hauemo scripto : exbor-
tandoue ad farli expedita ragione : che non li fosse necessario omne
di essere la spese : et viaggi. . .
(Arch. gov. Cart. alla Regg. 1502.)
XXXI.
S. Marin, 31 juillet 1502.
Crédits du juif Aronino.
Aronino de Matasia ebreo di hauere per sue andate per uno letto
dato in Gomune per li lonbardj como apare boletta ad infilza fatta
per maao de Ser Antonio de mauritio ad ultimo de luglio 1502.
L3 s 14.
(Arch. gov. Libro di cred. e debiti, b. 265 — a. 1502.)
XXXII.
S. MariD, 31 juillet 1502.
Créances du juif Aronino.
Adj. ultino de Julij 1502.
Maestro mateo de Jacomo Sarto da ferara di dare per uno malefitio
comesso Iala persona de Aronino ebreo libre sette et soldi dece e
questo e de Gomissione del Gonsiglio de i dodece Et a soj preghe et
comandamentj Gristofano de maestro Jacome da Samarino li fe la
sigurta non pagando m mateo sopradicto de pagare de si et de suo
Et la dicta Comunita ouero Gonsiglio le fe termine quatro mixe pro-
sime da venire. L 7 s 10.
(Arch. gov. Débit, e crédit, b. 265 — a. 1502.)
XXXIII.
Rimini, 8 avril 1523.
le juif Raphaël demande aux Capitaines-régents la permission de venir
s'installer à S. Marin avec sa famille.
Magnifiée Gapitanie salute etc. Mando el présente messo quai e
Abramo mio garzone per fare Intendere auostre magnificentie como
REVUE DES ETUDES JUIVES
mia fantasia séria venire ad abitare la su convoi quando ve fosse Im-
piaeere e questo chio facie none cliio. . . acio per che laterra sia tropo
In defectto ma solo el fo per. . . venimo verso lastata che aliiempi de
sospetti non e bono stare In questi lochi e macsime qua che per ogne
doglie de testa se serrano In Casa senza rispecto per tante ue voglio
pregare Garamente che me vogliate aceptare Gon la mia brigata che
senuo nepti e sani dio gracie e piu siate seguri che gia sonno giorni
dexi che uoi non hauemo aperta botega per respetto de la nostra
pasqua e piu che sempre simo stale serali In Casa e piu che dio gra-
tie nullo de nostri hebrei simo In suspetto alcuno e simelmente tuta
la nostra Gontrada : ancora per una altra Causa me mouo laquale
Intenderete da Gonsiglio e musetto non altro auoj signorie de Gonti-
nino umilmente maricommando In rimino adi 8 de aprile 1523.
El vostro fidelissimo amico,
Rafaelle q. menachem hebreo de arimino.
(Au verso.) Alimagnifice Gapitanie terra : S. Marino magiori houo-
randi. In S. Marino.
(Arch. gov. Cart. alla Regg. 1523.)
XXXIV.
Rimini, 9 mai 1527.
Sigismondo Molatesta prie les Capitaines-régents de vouloir bien pro-
téger les Juifs de Rimini gui demeurent à S. Marin contre V hostilité
des citoyens.
Magnifici Capitani di laterra di S 10 Marino Amici nostri Dilectis-
si'mi : Essendo uenuli auoi Alcun hebrei di questa nostra cilla liquali
haueano et hanno le loro famiglie di li in la nostra terra : dolendosi
che ad nostra Inslanlia li homini di S. Marino li uogliono dare fuga
et non uogliono che loro famiglie habitino in la lor Gorte dil che ni
hauemo preso qualche et non poca admiratione che nostra mente
non fo mai di exortarui a mandar uia predicti hebrei ne Altri solo
quelli che nostri subditi ma inobedienti et mei et coxa nostra Contra-
rij li quali parra a tucto El mondo facesti piu contode loro che del
nostro proprio Gomodo di noi et di questa nostra Citta Perho ui
dicemo et pregamo predicti poueri hebrei non Cognosciatj per quello
che noi non li Cognoscemo Anci per Amor nostro li fareti ogni
Gomodo che ci sera Grato et faremo ancora noi questo medemo et
dipiu per Amor uostro ci ricommandiamo Arimini die VIIIj maij
M DXXVIj.
Di V. M. bono Amico.
SiGISMUNDO DI MaLATKSTI.
(Au verso.) Alli Mage' Cap. di la Terra di S. Marino Amici nostri
dilectissimi.
(Arch. gov. Cart, a li a Regg. 1527.)
LES JUIFS DANS LA RÉPUBLIQUE DE SAN-MARIN 257
XXXV.
S. Marin, 5 avril 1530.
Die 5 aprilis 1530.
De Iudeo tenente banchum in dictam terram an debeat portare
sigQum distinctum a christianis et an possit exigere
Fuit conclusum
Item quod hebreus debeat portare signum distinctum a christianis,
et quod non possit se... super pignoribus nisi de mense integro
computato de die ad diem Tantum et pro rata mensis et non ultra.
(Arch. gov. atti del Cons. Princ, b. A. 3, c. 58 v.)
XXXVI.
Ancône. 28 septembre 1533.
Salomon Bonaventura, banquier juif, supplie les Capitaines-régents de
vouloir Men intervenir entre lui et le mari de sa nièce pour que ce
dernier rende Vargent et les objets qu'il a volés à Salomon et à la
Jeune femme.
Mag ci s ri chapîtanij et s ri del conseglio mei patri honorando salute.
Chredo che u. s. sia nota deli denari che raffeello figliolo de mena-
chem da rimino marito de dolce mia nepote figliola de mia sorella
charnale me debitore per contratti ducati tre cento quaranta de horo
como che appare per contrattj qui in ancona de piu notari per aiu-
tarlo et souenirlo al banco de là de S t0 marino de bando senza inte-
resso alcuno et poi lifeci fare compagnia in arimino ne la strazaria
de saluator et ezachia suo fratello barettari pure per che fesse bene
et se leuasse del uitio del giocho che lui aueua pur tuta uia non
passo uno anno emezo che bisognio pagare alli ditti soi compagni in
la strazaria in rimino del banco Ij de s f0 marino ducati cento cin-
quanta de oro per debito che luj aueua fatto per il suo giocho che
aueua giochato corne se salamone deli fattor del ditto bancho che per
man sue foro pagati ditti denarj elli spesi che ce fo fatto del banco
de u. u. s. oltra de questo uendette la chasa ha gratia die de bolo-
gnia... fora de tuta ditta chasa et bixogno che ce consentisse la
donna per che laueua fatto obligare nel primo debito che luj aueua
fatto sentendo et uedendo questi acti io uenni asanto marino et uolse
che detto ar... me chautelasse deli mei denari et meseobligo sala-
mone de daniello ten... schrochi fattore de ditto banco de santo
marino pagarme ognie anno cinquanta ducati doro etmandarmeli qui
in ancona attuti soi spei corne che appare del tutto per mane de ser
antonio de pier tomasso deli tonzini deli de santo marino celebrato
ditto contratto adi 26 de agosto 1528 corne che no la fede de ditto
contratto de man de ditto notaro in man mia de ducati tre cento qua-
ranta de oro del quale io non neo hauti se non cercha cento cinquanta
ducati doro po.. .questo uedendo chel ditto raffaello andando sempre
T. XLVI1I, N° 96. 17
HKVl'K DES ÊÎUiTCS JU1VKS
de maie in pegio in queslo ^uo giocho spoliando la sua donna mia
nepota de tuti soi cose sottile de oro et de urgento et iine ala uer-
getta duro eon che la sposo etuti li altri soi parramenti de lane et de
lino liquali li aueua dati in dota oltra alli doi cento ducati doro largi
contanti che feee la sumu In tuto de doi cento cinquanta ducati doro
largi corne che appare per instrument puhlico et contralto dotale
detilo io del mio in charta pecorina con lede de chancellero et con il
sigiello de la comunila de rimino trouandome io in rimino et era
présente el ditto rafaello et dolce sua donna mia nepota cl salamone
sopra ditti futtor del ditto banco chiamai ser mstino de rimino nota-
rio de banco et intrai in tenuta nel banco di s 10 marino per la ditta
dotta de mia nepota et prodestai et séquestrai al ditto salamone fator
de ditto banco che lui non desse denari ne robba ne nisciuna altra
cosa finente che prima io non era fornito de essere satisfatto del de-
bito deli tre cento quaranta ducati de oro che ditto ratï'aello ma
addare et poi per li doi cento cinquanta ducati doro per la dota sopra
ditta che io odate amia nepota sua donna : et cose el ditto rafTaello et
ditta sua donna acceptarono tutti li sopra ditti cosi edissero al ditto
salamone che fesse quanto io laueua ditto e cosi ser iustino sopra
dito del tuto se ne rogo quantonque el ditto salamone fattore del ditto
banco non erestato pero che non abia fatto stochi e mali contratti cou
il ditto rafaello efatto quello che glie piacuto pur che li sia retornato
eresultato in suo bruficio de ditto salamone et io sernpre pregando et
exoi tanddo ditto salamone piu per mio amor non uoglia far tal cosa
con il ditto rafaelo equesto lui il simile trouandome in rimino con
ditto salamone in presentia de piu epiu ebrei io lo pregaj et exortai
sel ditto rafïaello andaua li in santo marino che non lo aceptasse in
chasa atento chel ditto salamone sera lamentato con mecho piu epiu
fiati che ogne fiata chel ditto rafaello ueniua li setrouaua sernpre
manco quai che cosa eche per tanto che dicesse chel ditto raffael
strouasse adoue stenlare la uita sua altroue cheli gia che non asa-
puto cognioscere il ben et io per uia de questa charestia et uedendo
mia nepota in extremo denudata de. robba e de charne e acatando per
la more de dio non houoluto auer tal mancamento che se dica che la
nepota mia uaga acatando da nisuno et lo fatta uenire qui in ancona
con il suo figliolo maschio in chasa mia so con laiuto de idio non la
manchare da mangiare e la figliola femina la lassata in rimino in
chasa de uno allro suo parento per lispesi. Et tuto questo ho fatto et
fo per che la mia nepota con lisoi figlioli habiano qualche cosa enon
uagano per merceda da nisciuno si che per questo suplicho de gratia
eprego ad v. M. s. che ueneudo il ditto rafaelo li in santo marino che
lidati licentia per che non habia mandare amale quel pocho resto che
e nel banco quantonque ha il ditto salamone la uacchetta del banco
dice in nome de rafïaello sa il ditto salamone quando foi ad rimino
io glie ladetli con limei mani questo luio et sa lui tuti questi cose
sopra scritti desopra si che per questo non po pecchare per ingno-
rantia et dire cbe non losapeua ma io me ne ualero de lui e ariuaro il
LES JUIFS DANS LA RÉPUBLIQUE DE S AN-MARIN 2'Ô9
ditto salamone fine aterzo generatio con la rasione in mano che gia
con maestro de lui ho hauto da fare et co la rasione lo fatti stari in
deretto et lui e raffaello e stato chasoni che io non no meso piu de-
nari del ditto banco li asanto marino : siche per questo ne prego v.
m. s. che non ue in paciati in tali cosa per che la mia in tentione non
e de auerce io uostri magnifici s. se non bona seruitu con tuti et non
uoria che ditto raffaelle et salamone ue metessero u. m. s. in quel
pelego che poi u. m. s. ne hauesero penti et sapiente paulo etc. et
sapiati che io séria uenuto li insanto marino in persona se che io ho
a expedire con la S. del R mo chardinal legato delà marcha certi breui
de importanza che io adussi da roma etc. ma io me refido ne la pro-
dentia de v. m. s. che sapeti dare expeditione amagio cosa che
questa arestandome sempre seruitore de v. m. s. de qualunque cosa
che per me sep[o] corne che minimo u. seruitor et aquella sempre
maricomando et Bene ualéti.
In ancona adi 28 de septemmoro 1533. El uostro seruitore sala-
mone de bona uentura banchiero de ancona §.
(Au verso.) Alli Mag c J s ri chapi nii et S ri Conseglieri del mag c0 con-
seglio de santo marino Soi patroni honorando.
(Arch. gov. Cart. alla Regg. 1533.)
XXXVII.
Ravenne, 3 février 1537.
Le gouverneur de Ravenne informe les capitaines-régents que le
juif Sanson de St. Marin a acheté un manteau de drap noir de Venise,
qu'on a volé à Ravenne.
(Arch. gov. Cart. alla Regg. 1537.)
XXXVIII.
San Léo, 12 juin 1537.
Le Capitaine et les Priori de San Léo annoncent aux Capitaines-
régents de San Marin la conversion et le baptême d'une Juive et les
prient de vouloir bien lui faire l'aumône lorsqu'elle .arrivera à S.
Marin.
(Arch. gov. Cart. alla Regg. 1537.)
XXXIX.
Badia, 15 juin 1537.
Le Vicaire Berardino Giannini prie les Capitaines-régents de vou-
loir bien accueillir favorablement la Juive convertie de San Léo.
(Arch. gov, Cart. alla Regg. 1537.)
2G0 • REVUE DES ÉTUDES JUIVKS
XL.
S. Marin, 29 août 1539.
Délibération du Souverain Conseil à l'égard du banquier juif
de S. Marin.
Die 29 augusli 4539.
De Ilebreo bancherio petente sibi concedi licentiam uel tolerari ut
mutuel pro tribus quadrantibus pro libra. — ...super salomoue
hebreo et condemnatis.
(Arch. gov. Atti del Cons. Princ, b. A. 3 — c. 128 v.)
XLI.
S. Marin, 7 novembre 1541.
Délibération du souverain Conseil au sujet dujuifSalomon.
Die lune 7 novembris 154!.
De suplicatione Salamouis hebrei super suplicatione Salamo-
nis hebrej quod dicta suplicatio signetur et concedaturei
(Arcb. gov. Atti del Cons. Prim. b. A. 3. c. 157 v.)
XLII.
S. Marin, 4 septembre 1542.
Die 4 septembres 1542.
Quod Salomon hebreus bancherius petit sibi confirmari capitula
banchi.
(Id. id. c. 176 r.)
XLIII.
S. Arcangelo, 21 avril 1546
Les anciens de S. Arcangelo invitent les capitaines-régents de S. Marin
au baptême d'un Juif de leur tille.
Magnifici s. fr eli bon. Angelo za hebreo nostro couteraneo Inspirato
Da Dio lune proximo che uiene. Viene a latto del Batezarsi a farsi
Xpiano alla nostra pieue de san Michèle qui et assendo cosa da pu-
blicar e mandarne noticia a ciaseuui vicini nostri et in specie aquelli
che speramo deuerne hanere geudio pero a vostre siguorie commo
anostri hooorandi amici ne damo Noticia et le Jnuitamo se serra co-
modo a Retrouarsi atal aquisto, et che lo uogliono fare publicare
per II Reverendo padre predicatore suo. che ci farra gracia et ce gle
ofleremo. et Racomandamo.
Da s t0 Arcangelo li 21 de aprile 1546.
De V. S.
Commo fratelli li Antiani.
De s t0 Ar 10 , etc.
LES JUIFS DANS LA RÉPUBLIQUE DE SAN-MARIN 261
(Au verso) Mag cis D ni8 Capitaneis Terre st marinj bene merito Nos-
tris Tamquam Fratribushon [orandis].
In San Marino, etc.
(Arch. Gov. Cart. alla Regg. 1546).
XLIV.
Rimini, 8 août 1546
Gornelio dal Garro recommande très vivement aux capitaines-ré-
gents le juif Salamon, qui leur apporte sa lettre.
(Arch. Gov. Cart. alla Regg., 1546)
XLV.
S. Marin, 9 octobre 1547.)
Délibération du souverain Conseil.
Adi 9 de octobre 1547.
De le cose del Giudeo...
...Del Giudeo che non si lassi imprestare ne aluno ne alaltro
giudeo...
(Arch. Gov. Atti del Cons. Princ. b. B. 4, c. 4 v.)
XLVI.
Ancône, 10 octobre 1547.
Les frères Juifs Samuel et Angelo du feu Salomon supplient les
Capilaines-régents de vouloir bien s'intéresser à leurs affaires à St-
Marin.
(Arch. Gov. Cart. alla Regg., 1547).
XLVII.
Rimini, 8 février 1548.
Le Juif Samuel & Ancône annonce aux Capitaines-régents renvoi à
S. Marin de son représentant commercial.
Mag ci S ri Capitaûij Mei patroni osser mi La de V. S. M ca diretta amio
fratello l'habiamo riceuuta in ancone nel giorno de domenica prima
passata. alla quele respondemo che de breue semandara II nostro
homo li efarra tanto quanto deue in contentare el popolo deli pegni
che chiegono. E per essere io acauallo perandare a ferrara per cosa a
me de importanza sarro breue. Et alla bona gratia delà V. S. M ca ne
racomandamo da Rimino ali 8 de Febraro 1548.
D. V. S.
Servitore Samueilo già de Salamon hebreo banchiero in Ancona.
(Au verso.) Alli molto Mag ci S ri li s ori Gapitanij de s t0 Marino mei
patroni Honorandi.
[Arch. Gov. Cart. alla Regg. 1548.)
262 H FAIT. DBS ETUDES J DITES
\LVIII.
Aucune, 8 lévrier 1548.
Le Juif Angelo Bonaventura annonce aux Capitaines-régents l'envoi de
Salamone da Cometo.
Molto Mag ii et honorandi siguori-per una délie S. V. ho Inteso
apieno II bisoguo et la scomodita di molti circa II potere riscotere,
loro pegni, le quali subito monstrai a raio fratello, del che lui et io
ci dolemo di tutti vostri dishagi, per II che subito deliberamo man-
dare II présente Salamon da Cor[ne]to nostro ageute II quale habia II
carico di restituire il pegni a quelli che uorranno scuotere Corne è II
douere et si le S. V. M. si fossero risolute circa al sequitare lim-
presto II quai luogho gia II delto Salamon da Cor to o altri starria et
stanziaria Illi continuamente et tuttj quelli che volessero Impegnare
ô riscotere sarano seruitj senza alcuno Indugio,pero quando a quelli
piacia risoluersi per lo auenire se si ha da sequitare ô nô et dire lani-
rao loro al detto Salamon II quale ci darra auiso del tutto che stare In
questo modo non fa per le S. V. ne per noi, ne occorendo altro per hora
resto al seraitio dele S. V. et basciandoli humilmentelemano del con-
tinuo me li raccomando. Di ancona ali 8 de febraro 1548. D. V. M. S ri0 .
Seruitore Angelo di Salomon bonauentura.
(Au verso.) Alli molto Mag (i s ri li s^ Capitanj de S t0 Marino patronj
honorandissimi.
(Arch. Gov. Cart. alla Regg. 1548.)
XLIX.
S. Marin, 1" mai 1548.
Le souverain Conseil s'occupe d'un Juif dans ses délibérations.
(Arch. Gov. atti del Cens. Princ. b. B. 4, c. 10.)
L.
Ancône, 7 août 1550.
Samuel fils de feu Salomon, Juif d'Ancône, répond aux Capitaines-
régents qu'il attend son frère Angelo, arrivé de Rome, pour donner
une réponse définitive à leurs communications.
(Arch.Gov. Cart. alla Regg., 1550.)
LI.
Rome, 17 août 1550.
Un bananier juif anonyme répond aux Capitaines-régents qui Vont
invité à venir à S. Marino.
Molto Mag ci Sig ri et padronj miei oss mi .
La délie S. V. M. de 3 présente ho riceuuto et per essa inteso il
LES JUIFS DANS LA RÉPUBLIQUE DE SAN-MARIN 263
bisogno délia Mag ca Gommunita vostra di hauere uno hebreo che fac-
cia un banco cosli, et ritrouandomi hora qui in Roma non ho potuto
fare sopra cio deliberatione alcuna, glie ben vero che l'animo mio è,
hora corne sempre fù de seruire quella mag ca Gomanita essendogli
stato di conlinuo affettionato seruitore, et quella seruitù che la Casa
mia ha hauuta con loro Tantj annj, desidero che perseueri mentre
sarro uiuo, siche le S. V. sarran contenti soprasedere questa Causa
sino a qualche giorno dopo il mio ritorno in ancona che sarra di corto
piacendo à idio : la doue mi sarra molto piu facile il pigliar sopra ciô
alcun bono apuntamento et per quella mag ca Gomunita et per mè
il che mi sarra quanto piu puô essere caro et lo riceuerô da quelle
per estremo piacere tenendogliene perpetuo hobligho, allequali fa-
cendo per hora fine Humilmente mi raccomando basciandoli deuo-
tamente la mano, et idio le conseruj di continuo felici, Da Roma.
(Au verso.) Alli Molto Mag ci mei sig ri et padronj ossmi li sig ri Capi-
tanij de la terra di sanmarino. (A San Marino)
Ali 17deagosto1550. DiV.S. M.
(Arch. Gov. Cart. alla Regg. 15*0.)
LU.
Rome, 17 août 1550
Angelo Bonaventura prie les Capitaines-régents de vouloir bien at-
tendre son retour à Ancône, parce qu'il est très désireux de les sa-
tisfaire en établissant un « banco » à St-Marin.
(Arch. Gov. Cart. alla Regg., 1550.)
LUI.
Rome, 14 janvier 1553.
Pier Paolo Bonelli renseigne les Capitaines-régents au sujet d'un
procès contre les Juifs d'Ancône.
(Arch. Gov. Cart. alla Regg. 1553.)
LIV.
S. Marin, 16 avril 1553.
Délibération du souverain Conseil.
Adi 16 de aprile I553.
Del mestro de la scola et mettere datij per potere pagare detto
mestro
Del mestro di la scola fu concluso si tollesse. .. et che cosi per pa-
gare detto mestro di scola corne per bisogno délia comunita si to-
gliesse uno Hebreo che uenisse a stare qui a imprestare con il datio
solito et capitoli et datio corne parera al consenglio deli dodici al
quale fu rimesso tal cosa...
(Arch. Gov. Atti del Cons. Princ. b. B. 4. c. 83 v.)
264 REVUE DES KTUDES JU1VKS
LV.
S. Marin, 25 juin 1553.
Délibération du Souverain Conseil.
Alli 25 de Giungno 4553.
Dello hebreo de condurre a stare quj a Benefitio dellj huomenj del
luogo nostro...
Che possendosi hauere uno huomo da bene si conducesse quj uno
hebreo quale hauesse a tenere quj el bancho et Imprestar denarj .
]j Pegnj accio Ij huomenj di questo luogo fosseno seruitj quj ne lj
loro bisognj senza hauere ad andare di Fuora....
(Arch. Gov. Atti del Cons. Princ. b. B. 4. c. 109 v.)
LVI.
S. Marin, 4 septembre 1554.
Délibération du Souverain Conseil.
Die 4 septembris 1554.
Del condurre de lo Hebreo quai venera a stare qui e prestara per
tre quatrinj per liuera et chel comune mandi uno in ancona ali he-
redj de salamone ultimo banchero quj et si concordi con loro che pa-
gara la spesa luj...
Del Hebreo che si mandj secondo la petitione sua
(Arch. Gov. Atti del Cons. Princ. b. B. 4, c. 120 v.)
LVII.
San Léo, 2 octobre 1554.
Conseglio, iils de Leuccio, Juif, répond aux Capitaines-régents au
sujet du « banco » à St. Marin.
(Arch. Gov. Cart. alla Reg£. 1554.)
(A suivre).
DOCUMENTS RELATIFS AUX JUIFS D'ARLES
(suite et fin)
INDEX DES NOMS
Abram Astrugii de Carcas-
sona*
Abram Avicdor
Habram Bonafos
Abraham Bonafos de Lilla 3
Abraam Boneti Avigdor
Abraam de Carcassona
Abraam Duranti Avigdor,
nlius Duranti Avigdor
Abraham de Nemauso 5
Abraam Salomonis
Abraham Samuelis de Lar-
genteria 6
1423
baylonus.
j- 1402
medicus.
1401
Judeus de Sallone 4 .
j- 1423
1420, 1423
physicus, maritus Blan
quête, filie magistri Bon
senhor.
1423
medicus.
1426, 1431
1446
1444
medicus de Sancto Maxi-
mino.
1 Voyez Revue, XLVII, p. 238. Rappelons que cet Index comprend les noms des
Juifs cités dans les pièces publiées par la Revue, XLI, pp. 77-97, XLVII, pp. 221-
254 et XLVIII, pp. 48-81. — La première colonne donne le nom suivant l'ortho-
graphe latine; la deuxième, les dates auxquelles les personnages apparaissent dans les
actes ; la troisième, les indications relatives à leur profession, leur titre, etc. Les noms
des Juifs non Arlésiens sont en italique. Le signe *J- dans la colonne des dates indique
que le personnage est cité comme mort déjà à cette date.
1 Carcassonne (Aude).
1 L'Isle (Vaucluse), arr. d'Avignon ?
4 Salon (Bouçhes-du-Rhône), arr. d'Aix.
5 Nîmes (Gard).
* L'Argentière (Ardèche).
266 REVUE
Abram, lilius Samuleti de
Barrio '
Abram de Villanova
Abrametus, lilius Vitalis de
Borriano
Aiuuetus Cohen
Aronetus de Nemauso
Asser Gardi
Astrugeta, filia Estes sive
Eûglesie, soror Duleiete
Astrugia, filia Creyssentis
Teflilos
Astrugius Abraam
Astrugius de Bellicadro '
Astruguetus Béton
Astrugius Bondia Davini de
Bellicadro
Aslruc de Clarmont
Astrugius Creguti de Gart,
filius Creguti de Gart
Astrugus Dieulosal
Astrugius Duranti
Astrugius de Latis 3
Astrugius de Marvejulis 5
Astruc 6 de Marueilis 7
Astruc Porfach
Astrugus Rosselli
Astrugus Samiellis de Lar-
gentiera
Astruc Tamain
DES ÉTUDES JllVES
1434
U07
baylonus.
1355
1407
U07, 1435
consiliarius universitatis
Judeorum [4428 .
1407
1402
Judea de Arelate?
1452
1446
medicus de Sancto Maxi
mino.
1407, -H 452
1407
1417
1401
1431
habitator castri de Sallone
1407, 1420
baylonus (1420).
1431
1446
Judeus de Aquis*.
+ 1452
1431, 1446
consiliarius universitatis
Judeorum (1446).
1401
1402
1428
consiliarius universitatis
1424
Judeorum.
Judeus de Massilia 8 .
Baronus Grescas
Belestre, filia Salamonis de
Carcassona, phyzici de
Aquis
Bellant Bellanli
1401, 1407
1431
Sponsa Gresce Isaqui Na-
thani.
1402, 4 415 cirurgicus, baylonus (1402),
1 11 existe de nombreuses communes du nom de Barry ou Le Barry dans cette ré-
gion : Bouches-du-Rhône, Ariège, Gers, Vaucluse.
4 Beaucaire ^Gard), arr. de Nîmes.
* Lattes (Hérault), cant. et arr. de Montpellier.
* Aix Bouches-du-Rhône).
5 Trois communes du département du Gard portent le nom de Mnruéjols.
• Doit peut-être, par suite d'une mauvaise lecture, ôtre identiiié avec le précédent.
7 Meyreuil (Bouches-du-Rhone), cant. et arr. d'Aix.
• Marseille (^Bouches-du-Rhône).
DOCUMENTS RELATIFS AUX JUIFS D'ARLES
267
Bendig Aym
4 386, f 4 402
Bendich Bon Senhor
1404
Bendic de Borriano
4 402,4 407,
4 428
Bendig de Ganeto *
4 404, 1407
Bendig de Pertusio '
4 452
Blanqueta, filia Bonmaqueti
4451
Gresque Bonfilii, olim Ju-
dei, et Astrugie, filie
Greyssentis Teffillos
Blanqueta, filia magistri
4423
Bonsenhor
Bonac Aym
1458
Bonafilia, uxor Bonsenhor
1402
Brunelli
Bonafossius de Scola (sive
4 407
Scala ?)
Bonastruc Jacob
4428, 4434
Bonastruga, uxor Abraham
Samuelis de Largenteria
Bondia de Sancto Paulo
Bonetus Avigdor
Bonetus Orgerii
Boniacus Vitalis de Aquis
Boninas de Lunello
Bonnizas de Massilia
Bon Juas Galli
Bonjues Garcassoni
Bonjues Cohen
Bonjues Duranti Dieulosal,
filius Duranti Dieulosal de
Bellicadro.
Bonjuhes Passapayre
Bonmaquetus Gresce Bon-
filii
Bonosa, filia Boneti Avigdor
et uxor Vidas Ferrerii
medicus, baylonus (1386).
rector elemosyne Judeo-
rum.
medicus, baylonus (1402,
4 428).
cirurgicus.
1444
4402, 4 407,
4 427,4 434
4407, 4 420,
f 1434
4 357
4402
4407
4 355
4 401
f 1452
4 446
4 431, -H 454
1446
1451
Judeus de Sallone,
auditor compotorum com-
munitatis (1428).
baylonus (1402, 1427), audi-
tor compotorum (1431).
syndicus generalis univer-
sitatum Provincie.
baylonus (1435), consilia-
rius communitatis (1446),
medicus de Massilia.
Judeus de Pertusio.
postea ad fidem catholicam
conversus et vocatus Bo-
bertus Francisci.
1 Plusieurs localités portent ce nom dans la région, dont deux dans le département
des Bouches-du-Rhône.
* Pertuis (Vaucluse), arr. d'Apt.
268
RKNTK DKS ÉTUDES JUIVKS
Bonsenhor Asday 4405,1407,
1445
Bonsenhor Asday Salomon 1 4 407
Bonsenhor Brunelli 1402
Bonsenhor de la Voûta * 4452
Bonsenhor de Montiliis 3 1420
Bonusfilius Bondia 4407
Bonysacus Bondie de Sancto 4 4:5 1
Paulo, filius Bondie de
Sancto Paulo *
physicus, baylonus.
maritus Bonefilie.
baylonus (1427).
Cassive, relicta Boneti Avig-
dor
Cohen de Urgone *
4 431
syndicus generalis univer-
sitatumProvincie.Judeus
de Arelate?
Gomprat
1443
Creguda, filia Bendig A?/m y
1402
Léo Jacar, Judeus de Sa-
uxor Leonis Jacar.
baudia.
Cregut de Gart
1431
Judeus de Urgone.
Cregut de Massilia
4 422
Judeus de Avinione.
Crescas Avigdor
1401, 1407
Grescas Bondias
4 402
syndicus generalis univer-
sitatum Provincie. Ju-
deus de Arelate ?
Crescas Bondias Cohen de Lu-
1384
nello 6
Crescas Bonfilh
4407
Grescas Calhi
1434
consiliarius communitatis
(1446).
Cresque Duranti (uxor)
4362
Crescas de Infantibus
1355
Crescas Isaqui Nathani, fi-
4402, 4434,
habitator Arelatis, deinde
lius Isaqui Nathani
4 446
Massilie (1446).
Cresse Orgerii
4 355
Grescas Orgerii
1407, 4 420,
baylonus communitatis
4434
(1428). = Cresse Orgerii?
Crescas Salamias
4404, 4402,
medicus, baylonus commu-
4407
nitatis (1401).
Crescon Aron Gassin
1357
Cresse Ferrerii de Lunello
1355
Judeus de Sancto Remigio 7 ,
habitator Arelatis.
1 Sans doute le même que le précédent.
1 La Voulte (Ardèche), arr. de Privas.
3 Monteux (Vaucluse), cant. et arr. de Carpentras.
4 Saint-Paul-Trois-Chàteaux (Drùme), arr. de Montélimart.
4 Orgon (Bouches-du-Hhùne), arr. d'Arles.
• Lunel (Hérault), arr. de Montpellier.
T Saint-Kemy (Bouches-du-Hhùne), arr. d'Arles.
DOCUMENTS RELATIFS AUX JUIFS D'ARLES
Greyssent Garacausa 4 401
269
Creyssent Teffillos
f 1452 cirurgicusCastriRaynardi 1 .
Davidenetus de Rodesio *
Donella, filia Jacob Bon Ordi
Dulcieta, relicta Bonsenhor
de Moûtiliis
Dulcia, filia Greguti de Gart
1407
1422
1431
1431
1402
Dulcieta, filia Estes, alias
Englesie, uxoris Taurossii
Bondie quondam
Durantonus Dieulosal 1435
Durantonus Dieulosal de 4428, 1454
Bellicadro
Durantus Avigdor, filius 1407, 1420,
Abram Boneti -H 423
Durantus Cohen 1446
Durantus de Marueilis 1443
Gregut de Gart, habitator
de Urgone.
Judea de Arelate?
: Durantus Dieulosal?
consiliarius universitatis
(1428).
Judeus de Aquis
Estes, relicta Bendig Aym 1402
Estes de Cailario 8 1 407
Estes Dulcina ï 1 402
Judea de Aquis.
Ferrusolus Jacob
Fosseri de la Voûta
1402
1401
Gardeta, relicta magistriVi- 1355
talis de Borriano
Gardonetus de Cavallione* 1401, 1407
GuersonBonafosdelaVouta 140! auditor compotorum ele-
mosinarie.
Habram. Vide Abram.
Relias de Arelate
Relias , filius Isaci
•J- 1407
1407
medicus de Valenlia 5 .
Isaac Astrugius Dellunis (?) 1423
Isaac Bendich 1446
Isaac Josse Ravan (?) 1401
magister scoiarum.
baylonus universitatis.
auditor compotorum elemo-
sinane.
1 Châteaurenard (Bouches-du- Rhône), arr. d'Arles.
% Rodez (Aveyron) ?
3 Le Cailar (Gard), cant. de Vauvert, arr. de Nîmes.
* Cavaillon (Vaucluse), arr. d'Avignon.
• Valence (Drôme).
27Û RKVUfc
DES ETUDES
JUIVES
Isaac Jossef
1401
Izaquetus de Maruejolis
1407
Ijsacus Nathani
1420, 1423,
baylonus comnuinilatis
\kVè t 1431
(1433).
Ysac Parati
1407,1431
ïsac Salvat
1401
Jacob Bon Ordi
1422
Jacobi Bon Senhor, alias de
v 1417
Judeus de Arelate ?
Belle
Jacob Salomon
1431
Jacob Salomonis, alias Lo
1407
Ros 1
Jacob Samuel Mosse
1431
Jossef (Rabbi), filius Rabbi
1407
Matassies
Jossef de Nemauso
1407
Jossef Samuelis
1407
Jossef, filius Samsonis
1407
Juflet de Golono
1425
Léo Cresque
1381
Judeus de Provincia.
Léo Jacar
1402
Judeus de Sabaudia.
1407
1407
I 401
1407, 1420,
1428
Mardokaïs Salomo, filius 1402, 1431
Estes Dulcine de Âquis
Maruan Mosse + 1458
Macipetus Abram
Macipus de Carcassona
Massip Grescas
Massipetus de Pertusio
Mayrona, filia Bonac Aym,
Judei de Sallone, et relicta
Maruan Mosse
Meir Profag
Meyr Vital
Melos Dieulosal
Mosse Bonafe
Mosse Bonsenhor Asday,
filius magistri Bonsenhor.
Mosse Garcassonne
Mosse Maruan
Mosse Orgerii
1458
consiliarius universitatis
(1428).
medicus de Aquis.
medicus.
late ?
Judeus de Are-
1407
1420, 1431
combaylonus (1428).
1446
Judeus de Sallone.
1421
1423
1468
medicus.
1454
medicus de Apta.
1446
combaylonus communitatis
Arelatis.
Peut probablement être identifié avec le précédent.
DOCUMENTS RELATIFS AUX JUIFS D'ARLES
271
Mosse de Villanova
Mossona, alias Rossa de Aquis
Moyse Vital
4 407,4431,
1452
1402
1431
1381
Judeus de Provincia.
Regina Boneta, sive Regina,
4402,1407,
relicta Abram Boneti Avic-
1431
dor
Regina, relicta Astrugii Bon-
1417
die Davini de Bellicadro
Regina, filia Bonjuhes Du-
1454
ranti de Bellicadro
Regina, filia Salomonis^Vi-
1431
vas
Rossa de Aquis
1402
Vide Mossona.
Ruben Vital
1431
Ruben Vital, pater
1431
= Ruben Vital ?
Salamias, filius Creguti de 1422
Massilia
Salomonet Aviczor 1 402
Salomon Abram Avicdor ' 1402
Salomon Boniac 1401
Salamo de Carcassona 1431
Salomon Cohen de Regio * 1 402
Salomon Dieulosal Profach 1 430
Salomonetus de Meyranieis 3 1401
Salomon Nasti 1355
Salomo Orgerii 1402
Salomonetus Roberti (?) 4 401
Salomo Vivas i 1431
Salonus Profag 1407
Salves de Borriano 1402
Samson 1407
Samuel de Barrio sive del 1401,1407,
Barri 1423
Samuletus Bon Sennor de 1423
Fossis
Samuel Galhi 1386, 1402
Samuel de Largientera 1431
Judeus de Arelate sive de
Avinione.
combaylonus.
pbyzicus de Aquis.
syndicus generalis univer-
sitatum Provincie.
rector elemosinarie.
Judeus de Massilia.
Judeus de Gortesono.
syndicus generalis univer-
sitatum Provincie.
Judeus de Arelate?
macellarius.
baylonus.
1 Peut probablement être identifié avec le précédent.
* Riez (Basses-Alpes), arr.de Digne*
» Meyrargues (Bouches-du-^-Rhône), cant. de Peyrolles, arr. d'Aix.
272
Samuel Mosse
REVUE DES l.TUDES JUIVES
440T, 4 427, baylonus (1 407, 4 427), audi-
Scereta,
dor, uxor Vitalis Astrugii
de Carcassonna
Stes, uxor Boudie de Sancto
Paulo
Sullam Maruan, filius Mosse
Maruau
4 428, 1434
4423
1434
4451, 1459
tor compotorum commu-
nitatis (4 428).
Tauros Bondia 4 402
Taurossius de Borriano 1355
Tauros Nathan 1446
Touian, filius Durauti Dieu- 4 447
losal de Bellicadro
medicus de Tharascone.
magister scole Judeorum.
Venguessonne Nathane 4 434
Vidal Habram de Borriano 4 401
Vitalis Asturgi 4434, 4433
Vitalis Astrugius de Garcas- 4 423
sonna, maritus Scerete, fi-
lie magistri Duranti Avig-
dor
Vitalis Avigdor
4 446
Vital de Bezessio (?)
4434
Vital de Borriano
f 1355
Vitalis Calhi
4404, 4402,
4 407,4427
Vidal Ferrerii
4 434,4448
baylonus.
= Vitalis Asturgi ?
Judeus de Aquis
baylonus, deinde consilia-
rius communitatis Judeo-
rum.
medicus, consiliarius uni-
versitatis Judeorum.
Vitale, filia Astrugi Tamain.
Ysac. Vide Isac.
NOTES ET MÉLANGES
NOTES EXEGÉTIQUES
1. ECCLÉSIASTE, I, 1.
Siegfried (Manuel exègètique de Nowack) rapproche avec rai-
son le nom de nbrrp du passage de I Rois, vin, 1, où il est dit
que Salomon rassembla (bnp^n) les anciens d'Israël et les chefs du
peuple. Le verbe bî-ipi se retrouve encore au verset 2 et le sub-
stantif hnp aux versets 14, 22 et 55 du même chapitre. Ce rappro-
chement entre le nom de l'Ecclésiaste et le passage des Rois est
déjà fait par le Midrasch Rabba ad loc.
2. Md., vu, 11.
Le texte de vu, 11, porte que la sagesse est bonne avec l'héritage,
ce qui voudrait dire que la richesse est bien placée dans la main
des sages. Mais dans le verset suivant l'Ecclésiaste dit que la sa-
gesse fait vivre son possesseur ; donc le sage n'aurait pas besoin
de biens héréditaires. En outre, le chapitre contient une série de
comparaisons montrant que telle chose est supérieure à telle
autre. On est donc tenté de lire ïrbr&tt rjttsn narj, au lieu de 'n f 'û
ïibna û3> ; cela s'accorderait mieux avec le contexte : « La sagesse
vaut mieux que l'héritage et elle est un avantage pour ceux qui
voient le soleil. » — c Etre à l'ombre de la sagesse, c'est être à
l'ombre de la fortune, et l'avantage de la science, c'est que la sa-
gesse fait vivre son possesseur. »
3. Variantes du Targoum des Prophètes.
A notre connaissance il n'y a pas encore de travail d'ensemble
sur les variantes que peut fournir le Targoum sur les Prophètes.
Ce sujet mériterait une étude approfondie. Nous signalons ici
deux variantes intéressantes tirées de Jérémie :
Dans xvii, 13, le texte hébreu porte nV> aVi *trt amp « la perdrix
T. XLVIII, n° 96. 18
27 , HEVUE DES ETUDES JUIVES
couve sans ayoir pondu ». Le Targoum traduit : ©55)31 rtÉnipb an
jwp tà wriai ïw©» ï^mom îrV^^ana « comme la perdrix,
qui réunit dv* œufs qui ne lui appartiennent pas et couve des
poussins qui ne la .suivront pas ». Au lieu de ib\ le Targoum a
donc lu Y-* 1 .
wxi, 4, le texte porte nbbrn d^taâ ira: « les planteurs ont
planté et inauguré (la récolte) ». Le Targoum traduit nais
iVTOTpbvnD. Il a donc lu : ibbrn û^a: ira: « plantez des plantes
et inaugurez-les ». La lecture du Targoum est préférable à celle
de la Massora, car elle supprime l'incorrection du passé avec le
vav coordinatif.
4. pb (Daniel, h, 0,9 ; iv, 24).
Dans ces passages on traduit l'araméen jnb par « c'est pour-
quoi », tandis qu'on l'explique par « si ce n'est, mais » dans Dan.,
ii, 11 ; m, 28; vi, G, 8, et dans Esdras, v, 12. 11 est difficile de
comprendre qu'une même particule ait deux acceptions aussi dif-
férentes. Ensuite, la préposition 'b « pour » n'a jamais de ynp en
araméen. Les dictionnaires rapprochent flib du targoumique
irrba ; or, ce mot signifie « seulement, mais », et non « c'est pour-
quoi ». Quant à V hébreu pbïi dans Ruth, i, 13, il ne peut servir à
déterminer le sens de l'araméen pb, d'autant plus que le sens
du mot hébreu n'est pas lui-même très clair.
En réalité , on n'est jamais obligé de traduire l'araméen pb
par « c'est pourquoi ». Dans Daniel, n, 5-6, Nabuchodonozor dit
aux magiciens : « Si vous ne me racontez pas le songe, vous serez
mis à mort, et si vous me le racontez, vous recevrez des présents.
Mais je veux absolument que vous me donniez le songe et l'ex-
plication (pas celle-ci sans celui là). » En hébreu on aurait mis
ici l'adverbe p-i. Au verset 9, le roi dit : « Si vous ne me racon-
tez pas le songe, c'est que vous avez l'intention de me tromper.
Mais dites-moi le songe et alors je saurai que vous m'en donnez
la véritable interprétation. » Enfin, dans le chap . iv, Daniel
annonce au roi qu'il sera privé du gouvernement ; toutefois la
royauté lui sera rendue dès qu'il reconnaîtra la souveraineté du
Ciel. Daniel ajoute : « Mais, 6 roi, rachète tes fautes, et alors tu
seras tranquille. » Cette acception de frib donne dans les trois pas-
çe un sens très satisfaisant. Il est donc superîlu de supposer
deux particules identiques ayant un sens opposé, et de supposer
un. 1 prononciation insolite de la préposition lamed.
Mayer Lambert.
NOTES ET MÉLANGES 27:)
NOUVELLE NOTE SUR LA LÉGENDE DE L'ANGE ET L'ERMITE '
Je me suis efforcé autrefois de prouver que la célèbre légende
de l'ange et l'ermite était d'origine juive et que les aventures de
voyage d'Asmodée, telles qu'elles sont contées dans le Talmud de
Babylone (Guittin, 08 a-b), sont une version altérée de la même
fiction. J'ai négligé alors de montrer que le récit talmudique fait
partie d'un ensemble de compositions, taillées sur le même patron,
se distinguant par des formules identiques et ayant pour trait
commun l'explication d'actions étrangères. Je voudrais aujour-
d'hui réparer cet oubli.
On se rappelle les extravagances commises par Asmodée : il
rencontre en chemin un aveugle égaré — il le met sur la mau-
vaise voie - ; un ivrogne qui s'est perdu — il le remet sur la bonne
route ; une noce joyeuse — il fond en larmes ; il entend un
homme commandant à son cordonnier des chaussures de sept ans
— il se met à rire, pareillement en voyant un sorcier dire la
bonne aventure. Benaya, qui Ta accompagné, lui dit à la fin :
« Explique-moi toutes ces étrangetés ! Pourquoi, lorsque tu as vu
l'aveugle égaré, lui as-tu fait ceci? » Et Asmodée explique sa
conduite. La phrase revient pour chacun des autres actes : «Pour-
quoi, lorsque tu as rencontré. . . », avec la réplique ad hoc.
Dans Taanxt, 23 a, un thaumaturge du nom d'Abba Helkia,
petit- fils du grand thaumaturge Honi Hameagel, est le héros
d'une histoire analogue. Les rabbins vont le trouver pour lui de-
mander d'intercéder auprès de Dieu afin qu'il envoie la pluie, qui
tarde trop. Ils le rencontrent dans les champs en train de la-
bourer et le saluent : il ne répond pas à leur politesse. Son travail
terminé, il fait un fagot de bois, le charge sur une épaule et met
son manteau sur l'autre épaule. Tout le long du chemin, il marche
pieds nus ; quand il arrive à la rivière, il met ses chaussures.
Pour passer au milieu d'épines et de ronces, il retire ses vête-
ments. Quand il arrive à sa ville, sa femme vient à sa rencontre
toute parée. Ensemble ils vont à leur maison, la femme entre la
première, puis le mari, et les rabbins après eux seulement. Il se
1 Voir Revue, t. VIII, p. 64 et 202.
2 Selon ma correction. — Si l'on veut un autre exemple d'altération, qu'on com-
pare la l'égende du long sommeil de Honi Hameagel (dans j. Taanit, 66^) avec
celle d'Abimélech (dans le Baruch éthiopien), sans laquelle elle est incompréhen-
sible!
REVUE DES ÉTUDES JUIVES
met ;'i manger, mais n'invite pas ses hôtes à L'imiter. Il partage le
pain à ses enfants : à l'ainé il en donne une part, aux plus jeunes
deux. Ensuite il dit (secrètement) à sa femme: « Je sais que les
rabbins sont venus me trouver en vue de la pluie. Montons sur le
toit et prions; peut-être -Dieu se laissera-t-il fléchir et la pluie
viendra-t-elle. Mais ne nous en attribuons pas le mérite à nous-
mêmes. » Ils se rendent sur la terrasse; lui se met dans un coin,
elle dans un autre. Alors les nuages apparaissent du côté de la
femme. Abba Helkia redescend et demande aux rabbins la raison
de leur visite. — Nous avons été délégués pour te solliciter d'im-
plorer Dieu en vue de la pluie. Il leur répond : Béni soit Dieu
qui a fait que vous n'ayez pas eu besoin d'Abba Helkia. — Nous
savons cependant que la pluie est venue à cause de toi. Dis-nous
maintenant l'explication des choses étonnantes que tu as faites.
Pourquoi, lorsque nous t'avons salué, n'as-tu pas répondu à notre
salut? Parce que, étant journalier, je ne devais pas me distraire
de mon travail.
Et pour chacune de ses actions, on l'interroge sous cette forme,
et il donne l'explication de sa conduite. Il a mis son manteau sur
une autre épaule que son fagot, parce qu'il l'avait emprunté, et
non pour cet usage. Il n'a pas mis ses chaussures dans le chemin,
parce que là il y voyait, ce qui n'était pas le cas dans l'eau. Il a
enlevé ses vêtements pour passer au milieu des épines, parce
qu'aux déchirures des habits il n'y a pas de remède. Sa femme est
venue au-devant de lui toute parée, pour qu'il ne jetât pas les
yeux sur une autre femme. Elle est entrée la première dans la
maison, parce que ces rabbins ne lui étaient pas connus. Il ne les
a pas invités à son repas, parce que la chère était maigre et qu'il
se serait ainsi fait valoir pour rien. Il a donné aux cadets plus qu'à
l'aîné parce que celui-ci reste à la maison, tandis que les autres
sont toute la journée à l'école. Enfin, si la pluie est tombée du
côté de sa femme, c'est parce qu'elle donne du pain aux pauvres
et leur procure ainsi un bien immédiat, tandis que lui ne peut
leur offrir que de l'argent. Ou bien, c'est pour la raison suivante :
dans son voisinage demeuraient deux vauriens dont il avait
souhaité la mort, tandis que sa femme avait prié pour qu'ils se
convertissent, ce qui arriva '.
Le même chapitre de Taanit, deux pages plus haut (22a), nous
oflre plusieurs spécimens d'une variété de ces anecdotes. C'est
l'histoire de gens qui, à en croire aux apparences, violent les
prescriptions les plus élémentaires de la Loi et qui, en fait, sont
1 Doublet de l'histoire do U. Méir et de sa femme Berouria.
NOTES ET MELANGES 277
justement ceux qui auront part à la vie future. Ainsi Rabbi
Beroka, qui recevait fréquemment la visite d'Élie, lui demanda un
jour : « Y a-t-il dans cette rue un homme qui entrera dans le
monde à venir? — Aucun. — Sur ces entrefaites passa quelqu'un
qui portait des souliers noirs (contrairement à l'usage juif) et
n'avait pas de fils d'azur (cicit) à son vêtement (contrairement à
la Loi) : «Celui-ci en sera », dit Élie.. Là-dessus Beroka courut à la
poursuite de cet homme pour lui demander l'explication de ses
actes étranges. Cette anecdote est elle-même une variété d'une
« moralité » qui a passé du Judaïsme au Christianisme et à
l'Islam : l'histoire du compagnon du Paradis.
Ce qu'il faut remarquer dans cette page de Taanit, c'est le rôle
d'Élie. Or, c'est précisément Élie qui, dans les versions non tal-
mudiques de la légende de l'ange et l'ermite, sert de guide au
rabbin troublé par le spectacle des maux qui régnent dans le
monde et lui en fournit l'explication ! .
On voit ainsi que la légende d'Asmodée rentre dans un cycle
littéraire et appartient vraiment, par la forme comme par le
fond, à la poétique juive, sinon judéo-babylonienne.
Israël Lévi.
ENCORE UN MOT SDR LA FAMILLE SCHWEICH
M. A. Ury, grand rabbin de Strasbourg, a bien voulu me com-
muniquer récemment un recueil manuscrit, acquis par lui d'un
libraire de Metz, contenant un fragment du grand Memorbnch
de la communauté de cette ville. Ce Memorbach avait disparu
pendant de longues années. A la fin se trouve une élégie, com-
posée par le rabbin Moïse Cohen Nérol, sur les persécutions des
Juifs de la Pologne en 1655. Pour le moment nous n'y relèverons
qu'une notice nécrologique consacrée à un membre de la famille
Schweich ; elle est ainsi conçue :
mattfi p pt^s pmr> ^"nn np^ n-iran uj^r: ntt£3 nia >î"-<
ansm Dipim ï-ms bnou: nwa 'Y->'n'3'2 b"T "pi-ua in Ynï-hE
1 Si dans la version du Coran (voir Revue, ib., p. 66) le rabbin est remplacé par
Moïse, la transposition n'est pas sûrement due à Mahomet, car justement dans le
Talmud c'est Moïse qui interroge Dieu sur le problème du mal : « Pourquoi y a-t-i 1
des justes malheureux et des méchants heureux ? » (Berachot, 7 a.)
REVUE DES KTUDES JUIVES
k-fib*jaa bblDn» !T>în t3ip):ri na-Wai ftaïlÉto bsn ba*»p1 PW5*îj
s-ibaprs irtiaato ta*ifcai ïm?:m- bba rrnna m**t ib mm niitti
înwia vmri iirnm iraEta a^bvttM V- "ïnsa b*na d«i -p ib mn
ion bmi a"mna ï-ttaa ibsN ïoa&na mi aatû t**b ftb^ba ûîn DWi ba
t"d nwa npns n:n: mai irnDKi 2^^:;' tan û^î* e* fcarno*
,DV :"i: /rr'a'S'a'rï
[saac Eisiq Schweich était donc le (ils do David, mentionné
également dans le Memorbuch de Metz (Revue, KLVII, p. 130,
n' 6] e1 probablement le neveu du rabbin d'Endingen-Lengnau.
La date de sa mort n*es1 pas indiquée, mais c'est, sans doute, 1703.
[saac Schweich n'est pas un inconnu pour nous. La collection
de lettres hébraïques provenant de la bibliothèque de Carmoly et
conservée, à présent, à la bibliothèque de Francfort contient deux
lettres adressées par lui à Joseph (Jessel) Reinau de Soultz,
beau-père de R. Issachar Baer, l'auteur bien connu du *ttôw w*
et grand-père de Carmoly. Par ces lettres nous apprenons
qu'Isaac Sweich avait épousé Madel, fille de Gabriel Reinau de
G-uebwiller ; il ressort même d'un document, que j'ai trouvé aux
Archives départementales deColmar, que lui-même demeura égale-
ment pendant quelque temps à Guebwiller. Gabriel Reinau mourut
le 27 août 1741, laissant une veuve Hinna Elias, originaire de
Bouxwiller. et deux enfants mineurs, Lémann uwb) et Hélène
Kb?) ; Daniel Reinau, frère de Gabriel, devint leur tuteur, et,
après sa mort, son fils Joseph lui succéda. Lémann mourut bientôt
après et Hélène se maria avec un nommé Auscher, fils de Marx
Bloch de Fort-Louis, le 15 Ab 17,52. Le mariage fut célébré à
Soultz; Isaac Schweich donna la bénédiction nuptiale et écrivit
la rmro, qui se trouve encore parmi les actes notariés de Gueb-
willer aux Archives départementales de Colmar jointe au con-
trat de mariage rédigé par le notaire royal Reichstetter de
Guebwiller.
Le mari d'Hélène Reinau ne parait pas avoir vécu longtemps, et
sa veuve ainsi que la veuve de Gabriel Reinau allèrent demeurer
à Metz chez leur gendre et beau-frère Tsaac Schweich. Or, connu.'
Joseph Reinau de Soultz était le dépositaire de leur fortune,
Schweich lui réclama, dans les lettres citées plus haut, les frais
de pension. Je reviendrai, du reste, sur tout cela dans une étude
sur les ancêtres de Carmoly.
M. Gjnsburoer.
BIBLIOGRAPHIE
REVUE BIBLIOGRAPHIQUE
2 e TRIMESTRE 1903 — 1°>- SEMESTRE 1904
Les indications en français qui suivent les titres hébreux ne sont pas de V auteur du livr
mais de l'auteur de la bibliographie, à moins qu'elles ne soient entre guillemets.)
1. Ouvrages hébreux.
mSTîa'il ÏTH5N Nouvelles et récits par S. Jtidson. New-York, impr.
Rosenberg, 1904 ; in-16 de 58 p.
Û^fi mmN 'O Orchoth Chajirn von R. Aharon Iïakohen aus Lunel. 2. Teil
htfsg. von M. Schlesinger. IV. Lieferung. Berlin, impr. Itzkowski, 1902;
gr. in-8° de p. 337-656 -|- lvi (introduction) p. (Publication de la Société
Mekilzè Nirdamim).
"JN"PTi Dîwân des Abû-1-Hasan Jehuda ha-Levi . . .von H. Brody. 2. Band :
Nichtgottesdienstliche Poésie (Heft IL). Berlin, impr. Itzkowski, 1902 ;
in-8° de 101-211 p. (Publication de la Société Mekitzé Nirdamim.)
tpnytt 'O Sepher Ha-Ittim. Ritualwerk des R. Jehuda b. Barsilai aus Bar-
celona nach Handschriften zum ersten Maie hrsg. u. erlâutert von Jacob
Schor. Berlin, 1902 ; gr. in-8° de xxiii -j- 192 p. (Publication de la So-
ciété Mekitzè Nirdamim.)
ûbl^ïl IlSpttîïTl û^nn nDpUîït Lebensanschauung u. Weltanschauung.
Historisch- philosoph. Skizze von D 1 ' David Neumark. Cracovie, impr.
Fischer, 1903 ; in-8° de 44 p. (Tirage à part du Schiloah.)
Nfa"P Joma, der Mischnatraktat « Versôhnungstag » hrsg. u. erklàrt von
Prof. Dr. Hermann L. Strack. 2. neubearbeitete Auflage. Leipzig, Hin-
richs, 1904; in-8° de 39 p. (Schriften des Institutum judaicum in Berlin,
n°3).
btiTW* y"lN mb Litterarischer Palâstina-Almanach fur das Jahr 5664-
1903/1904, hrsg. von A. -M. Luncz. IX. Jahrgang. Jérusalem, chez l'au-
teur, 1903 ; in-16 de 24 + 196 p.
REVUE DES I il DES JUIVES
an?: La Merope. Tragoedia... Marchionia Francisci Scipionia Maffei quam
ez iialiro Bormone in linguam sacrum classicam convertit... Samuel
A.aroD Romanelli. . . éd. l)'' P. -T. -A. Weikert. Home, Pustet, 1904;
in-8° de kvj h 205 p.
Û"»*1D10 mn-Tw": '0 Dictionnaire biographique dea rabbins et personnes
mentionnés dans les Talmuds par Schulem Albek. I. De H. Abba à
H. Abdimè de Kbaifa. Varsovie, impr. Sclmldberg, 1903 ; in 8° de 45 +
L12 p.
C'est un autre Séder Hadorot. Comme on le devine, l'auteur ignore les
travaux de M. Hacher sur les Tanna'im et les A moral tQ babyloniens et
Palestiniens, l'ne note du titre nous effraie : M. A. prétend utiliser pour
la confection de ces biographies le Zohar, sans compter les Midraschira
comme le Pirkè R. Elifzer, qui mettent les dires qu'ils citent sous des noms
supposés. Malgré cela, l'ouvrage n'est pas mal fait; nous avons contrôlé
certains articles, comme Abba Seroungia, par exemple, et constaté que l'au-
teur, outre qu'il connaît tous les textes, sait les interpréter avec un sens cri-
tique; c'est ainsi qu'il ramène justement à une même forme les diverses
variantes de ce nom. — Suivant la détestable habitude des savants orien-
taux, comme l'a déjà reproché M. Hacher à M. Hatner, le Talmud de Jéru-
salem est cité d'après les chapitres et les halachot, ce qui n'est pas fait
pour faciliter les recherches.
D5>ba "p IT71ÏT '~ib 3HBW '0 3* ttWE Arabiscber Commentar zum Bucbe
Josua von Abu Zakarja Jabja (R. Jehuda) ibn Ral'am, zum ersten Maie
hrsg. von D' Samuel Poznanski. Franfort, J. KauUmann, 1903 ; in-8* de
21 p.
îabn "D ûn372 ^l ^"linD « Fragments de l'exégèse biblique de Menabem
bar Ilelbo (auteur du xi e siècle), recueillis, édités et annote's par Samuel
Poznanski. » Varsovie, impr. Scbuldberg, 1904 ; in-8° de 5G p. (Tirage à
part du ba"pn 'O, publié en l'bonneur de M. N. Sokolow.)
M. S. Poznanski, qui connaît si bien la littérature exégétique judéo-
arabe, n'a pas voulu se cantonner dans ce domaine déjà si vaste; il a jugé
que les commentateurs de la Fracice septentrionale méritaient d'être étudiés
à nouveau et leurs œuvres encore inédites publiées. Ceux qui s'intéressent à
l'histoire des Juifs de France, ce qui veut dire surtout à l'histoire de l'activité
intellectuelle des rabbins français, ne pourront que se féliciter du concours
d'un savant tel que M. P. De lui il faut dire ce que le Talmud érige en règle
à propos du haber : « On doit être assuré qu'd ne laisse jamais rien sortir
de ses mains qui ne soit en parfait état. » C'est un sentiment de confiance
absolue qu'inspirent sa science, admirablement informée, et sa méthode,
sobre et toujours judicieuse. Après nous avoir rendu le commentaire ù'Eliézer
de Heaugency sur Hosée (voir Revue, XLVi, p. 276), remontant plus haut,
M. P. nous offre aujourd'hui la collection des extraits qui ont survécu du
commentaire de Menahem b. Ilelbo, le premier en date des exégèles juifs
français. Suivant sa coutume, il ne s'est pas borné à enrichir le texte de
notes savantes et indispensables, il a fait précéder cette collection d'une
étude complète sur l'auteur. — Menahem b. Helbo est bien le plus ancien
représentant de l'exégèse de la France du Nord, car il est plus vieux que
Raschi, qui le cite, d'ailleurs. 11 était l'oncle de Joseph Cara, contemporain,
lui aussi, du rabbin de Troyes. Son activité littéraire doit se placer approxi-
mativement entre 1080 et 1085. Le nom de Ilelbo n'est pas, comme le
croyait Herliner, la traduction de Lattes, car 1° Lattes est une localité de
la France méridionale et 2° surtout *iabn est précédé dans certains textes de
'""pa, ce qui indique sûrement un nom de personne et non de localité. Il fut
porté, au temps du Talmud, par deux docteurs palestiniens (ce qui permet
BIBLIOGRAPHIE 281
peut-être de supposer que l'un de ses ancêtres était originaire de Palestine).
Menahem, quoique ayant vécu surtout dans le Nord de la France, a peut-
être habité quelque temps le Midi, car il cite des interprétations de pij'youtim
dues à Juda, le fils de Moïse Haddarschan, lequel était à Narbonne ou à
Toulouse. On comprendrait ainsi qu'il ait conversé avec un Arabe qui lui
aurait donné l'explication d'un mot d'après l'arabe (cf. Revue, XLVI1, p. 48
et 199]. Mais, quoique élève des maîtres qui affectionnaient l'exégèse midras-
chique, tout en faisant sa part, malgré lui, à cette méthode, il a eu le mérite
d'accorder sa préférence à l'exégèse naturelle, simple. Peut-être celui qui lui
en a donné le goût est-il un certain Azaria, qui serait ainsi l'ancêtre du
t312ÎD en France. Son activité s'est bornée à l'étude de la Bible, de là le nom
de N"ïp qui lui est attribué parfois. Son œuvre est un commentaire des
Prophètes et des Hagiographes, qui portait vraisemblablement le titre de
Û^l^inD. C'est lui-même qui l'a rédigé et non ses élèves. Qu'il Tait mis
par écrit, c'est ce que montrent les paroles de son neveu, qui déclare avoir
vu des interprétations de lui. De ce commentaire écrit il ne s'est conservé que
des extraits de la partie relative à Ezéchiel. Les interprétations citées de lui
sur d'autres livres des Prophètes et des Hagiographes (Juges Samuel, Rois,
Isaïe, Jérémie, douze petits Prophètes, Job, Ruth, Lamentations, Chroniques)
n'ont pas été reproduites intégralement. Si ses interprétations sont invoquées
par Raschi, son neveu Joseph Cara, Schemaya, élève de Raschi, et les
auteurs anonymes de plusieurs commentaires du xn e siècle, au siècle suivant
on n'a plus recours à lui ; son œuvre évidemment a été éclipsée par celle
de Raschi. Et c'est dommage, car son influence a dû être sensible sur ses
contemporains et la génération qui l'a suivi. Son système d'interprétation est
rationnel, sensé, encore que parfois il fasse preuve d'une certaine inexpé-
rience et d'une naïveté extrême, comme, par exemple, quand il sépare dans
lsaïe, ii, 22, b^b "ib^n de Ù^TN!! \)2. A côté de cela, il a des trouvailles
très heureuses; ainsi sans corriger nï"DN (Ezéch., -xxi, 20) en nfl3î2,
comme le font les critiques modernes, il interprète ce mot dans ce sens.
Comme de juste, il n'a pas pu s'abstraire entièrement de son éducation
première; de temps en temps il paie son tribut au "£)-n. C'est ainsi que les
bttîfa Û^Dbtt nUjbtt) de Salomon signifient pour lui, non 3.000 proverbes,
mais trois sciences (de £pN), à savoir les Proverbes, l'Ecclésiaste et le
Cantique des Cantiques. Ces sortes d'interprétation proviennent probablement
de Midrascbim qui se sont perdus. Mais il se sert surtout du Tarpoum; il
explique même parfois certains vocables hébreux par la langue du Targoum.
Il n'a pas mis à profit — et pour cause — les travaux des grammairiens et
exégètes juifs d'Espagne qui ont écrit en arabe, mais il paraît avoir connu
ceux qui se sont servi de l'hébreu, particulièrement Menahem b. Sarouk. —
Ce qui distingue sa manière, c'est, avec la sobriété, le souci de trouver la liaison
des versets (C'est ce souci qui allait caractériser l'exégèse de ses successeurs
immédiats). Il a peu de goût pour la grammaire pure, et se trompe, d'ailleurs,
plusieurs fois sur la racine des mots. Autre trait à noter : il fut le premier à
traduire en français certains termes de l'Écriture. Quelquefois même il se sert
de gloses allemandes. Enfin, non content d'interpréter les deux dernières
parties de la Bible (qu'il a probablement commentées entièrement), il a aussi
expliqué des passages des piyyoutim. — M. P. exprime, en terminant, le vœu
que d'autres témoignages de l'activité de ce précurseur viennent enrichir la
collection qu'il a réunie; nous souhaitons, nous, que notre savant confrère
enrichisse la bibliothèque judéo-française d'autres monographies et éditious
du même genre.
TOnn ?Nl73tt3 'H Samuel Hehasid fils de Calonymos, par Abraham
Epstein. Berditschew, impr. Scheftel, 1904; in-8° de 23 p. (Tirage à part
du Hagoren, 4 e aimée).
Notre excellent collaborateur M. Abraham Epstein, délaissant l'étude de
, la littérature juive du haut moyen âge, semble se vouer maintenant à l'his-
282 REVUE DES ETUDES IU1VES
toire du mouvement intellectuel chez les Juifs de Lorraine et de Champagne
au xii» liède, et c'est tout béné£ee pour ceux qui reconnaissent avec lui
L'importance de ee chapitre du passé du Judaïsme. Dans la monographie
présente. il retrace la biographie de Samuel llasid (le pieux), père du cé-
lèbre Juda llasui. Celait lt; (ils de Calonymos l'ancien descendant du
laineux Abin ou Aboun. 11 naquit vers 111b' à Spire. Dans cette ville, qui
avait été le berceau des Tosaiistes, il sut s'arracher a l'action du milieu;
dans son traité sur la * crainte de Dieu •, qui ligure en tête du S. Hasidim
(éd. des Mekize Ninlamim), il déclare qu'il ne suivra pas l'exemple des Tal-
mudistes, mais s'adonnera à ce que d'autres négligent. Ce qui ne l'empêcha
pas, d'ailleurs, de former des disciples dans la science talmudique. Mais c'est
a la mystique qu'il a réservé sa prédilection. 11 en avait reçu le goût et les
traditions de sou père, qui les avait communiqués a Eléazar, hazzan de
Spire. Seulement, il faut s'entendre sur le sens du mot mysticisme. Le sien
dillérait de celui des Espagnols, qui était un dérivé du néo-platonisme. 11
était assurément moins prétentieux, mais beaucoup plus naïf ; il était avant
tout moral. — On raconte de Samuel qu'il prit le bâton du pèlerin pour ac-
complir une œuvre ascétique. La légende le fait aller chez H. Tam, à qui il
ne révéla pas son nom. — M. Epstein dresse une liste des ouvrages qu'il a
composés et dont la plupart ne nous sont pas parvenus. Peut-être, il est vrai,
l'auteur de cette monographie a-t-il sacrifié sans le savoir au désir de re-
hausser le mérite de son héros. Ainsi Samuel aurait, d'après M. Epstein,
écrit un commentaire de la Mechilta. Or le seul texte qui étaie cette asser-
tion dit seulement que dans la Mechilta citée par son Yesod se trouve telle
ou telle opinion. Que si dans notre Mechilta manque cette opinion, en quoi
cela prouve-t-il que Samuel ait commenté la Mechilta? Nous ne croyons
pas mieux prouvée l'existence d'un commentaire de Samuel sur le rituel des
prières. Les explications qu'on lui attribue de certains passages du rituel
peuvent avoir été données verbalement ou en passant dans un de ses écrits.
L'œuvre importante de Samuel est le S. Hasidim, qui avec le S. Hayirea, le
S. /fateschouba, forme la préface du S. Bas idim dans l'éd. des Mekizè Nir-
damim. Le Schalsckellet Hakabbala. parle, d'ailleurs, d'un petit S. Hasidim
qui a pour auteur Samuel. — On cite encore de notre auteur des explica-
tions du Pentateuque, fondées principalement sur les f/uematriot et les notai i-
con, du Sifra et du Talmud Tamid. C'est lui qui a composé aussi le morceau
liturgique *p)2rî 2N D^wlïlD. Quant au Tin^n TIC, qu'on veut lui attri-
buer, M. Epstein croit pluiùt qu'il est l'œuvre de Samuel, hazzan d'Erfurt.
^"itt ttl-PD û* Q'mrOl ÛW52 min Commentaire critique de la Bible
publie sous la direction d'Abraham Canna. Les Psaumes, par II. -P. Cha-
jes; l ro partie, Ps. 1-72. Zitomir, A. Canna, 1903; gr. in-8° de 156 p.
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de xxi + 686 + xx -f 681 p.
On voit avec quelle rapidité les éditeurs s'acquittent de leur tâche ; il faut
louer cette diligence, tout en regrettant les sacrifices qu'elle suppose. C'est
ainsi, par exemple, que personnellement, je dois regretter de n'avoir pas
même reçu communication des épreuves de mon article intitulé France, qui
ne remplit pas moins de 24 pages. Aux fautes des typographes s'ajoutent
celles du traducteur, qui ne m'a pas toujours compris. On me permettra de
relever ici quelques-uns de ces lapsus. P. 445. Après avoir raconté les lé-
gendes relatives aux services rendus à Charlemagne lors de la prise de Nar-
bonne (voir cette Revue, plus haut, p. 197, où je rectifie ce chapitre), on me
fait dire : « Une histoire similaire de la reddition de Toulouse aux Sarra-
sins par les Juifs... » J'avais écrit : « Il faut mettre en regard de ces lé-
gendes celle qui... » — P. 448 et 451, lire Joseph Cara, et non Caro. —
P. 449, Philippe Auguste n'était pas le frère, mais le fils de Louis VII. —
1b. Au lieu de : « Immédiatement après son couronnement, le samedi 14 mars
1181, il ordonna que les Juifs fussent arrêtés dans leurs synagogues... »,
lire : le 14 mars 1181, il ordonna que les Juifs fussent arrêtés le samedi... »
P. 450. Contre sens bien amusant : j'avais dit : • C'est à qui achèvera
l'œuvre de Raschi. » La phrase est ainsi rendue: « Car qui pourrait espérer
achever l'œuvre de Raschi ? (for who could hope to compete (sic) with Ra-
shi's work?), P. 451. Les mots « un des Tossaûstes les plus instruits » se
REVUE DES ÉTUDES JUIVES
rapportent à Sir Léon de Paris, et non à Simson de Coucy. En général, on
n'a pas compris que j'avais rangé ces noms de rabbins d'après les localités
qu'ils habitèrent, pour montrer que l'activité intellectuelle n'était pas con-
centrée en quelques villes seulement. — 1b. Corriger Bender en Rendit et
Port Audemer eu Pontaudemer, et supprimer Moïse de Saumur, nommé
deux lois. — P. 452, lire Beuvenisli, au lieu de lienveuuti. — P. 45">. Après
Pierre le Vénérable manque uue phrase: Judei cum Christiano de iide chris-
tiana , supprimer le mot « but ». P. 456, au bas de la 1" colonne. Mon
texte portail : • Ce n'est pas impunément que les Juifs étaient dénoncés à la
malveillance par le port de la rouelle, par l'accusation de sortilèges (ordon-
nance sur la réformaiion des mœurs oe 1254), la croyance au meurtre rituel,
qui n'avait presque plus l'ait de victimes depuis longtemps en France, repa-
rut à Troyes... » Voici ce que devient ce passage : t Not only had the
ordinauce requiriug the wearing of the badge been enforced, but accusations
ol' sercery bai been made Ordonnance on the improvement of morals ot'
1254); and now the beliel' in ritual murder was to reappear... » — lb.,
col. 2. Au lieu de Crécy, lire Croisy. — P. 458, lire S Maixent, et, col. 2,
Rothenburg. — P. 459 a, lire Amude — et non Ammude. — P. 460 a, le
traducteur a corrigé Se 1er Haschelama en S. ha-Shelomoii ! — lb. Bet ha-
Xehirah est une faute pour B. ha-Bekirah. — P. 462 b, lire : Actes du Par-
lement de Paris, 5230 — et non V. 230; Hist. eccl.. 1. 92. — P. 463 a, lire
Kat'tor wa Vérah — et non u-Terah: March I. 1360; Outrelaue. — P. 464 a,
lire : Pièces inédites relatives — et non Procès inédites relatifs, et plus loin
Pièces justificatives au lieu de Procès justificative. — P. 465 b, Responsa of
Isaac b. Sheshet, n 0s 270-272 (et non pp.) — P. 466a, lire conceptions, au
lieu de conclusions, et 466 i , Bonjorn, au lieu de Bonlorm. — Je liens égale-
ment à dire que la carte des localités habitées par les Juifs n'est pas mon
œuvre. Je ne suis donc pas responsable des lacunes considérables qui la dé-
parent ni du repérage des noms de ville. L'Argeutière, qui est indiqué sur
la rive gauche du Rhùne, près des Alpes du Dauphiné, doit être placé sur
la rive droite, dans le département de l'Ardèche. — Pour gagner du temps,
les éditeurs ont dû également renoncer à la collaboration de beaucoup des
savants européens qu'ils avaient groupés autour d'eux ; aussi beaucoup d'ar-
ticles sont-ils composés maintenant dans leur bureau de rédaction. Toutefois,
comme on demande surtout à une Encyclopédie, non des travaux originaux,
mais un inventaire intelligent des notions courantes, il ne faut pas trop dé-
plorer ce changement de personnel, qui assurera la fin rapide de cette grande
entreprise.
Engklkemper W.). Saadja Gaon's religions-philosophische Lehre uber die
heilige Schrift. Aus dem Kitab al Amanat wal I'tiqadat ùbersetzt u.
erklârt. Munster, Aschcndorlï', 1903; in-8° de vin -f- 74 p. (Beitràge zur
(ieschichte der Philosophie des Miltelalters. Texte u. Untersuchungen
brsg. von C. Bauemker u. G. v. Ilertling. IV. Band, 4. Heft.)
Ermoni (V.). La Bible et l'orientalisme. III. La Bible et l'archéologie sy-
rienne. Paris, Bloud, 1903 ; in-16 de Ci p.
Eyragues (M.-B. d'). Les Psaumes traduits de l'hébreu. Paris, Lecoffre,
1904 ; in-1 2 de lxiv 421 p.
L'auteur de cette nouvelle traduction est une femme et une catholique; or
une catholique hébraisaute est un oiseau si rare par le temps actuel qu'a
ce seul litre ce volume mérite l'attention et la sympathie. Il les mérite aussi
par l'élégance et la pureté du style, par la fidélité générale de la traduction.
Les notes sont surtout explicatives et n'abordent guère les difficiles pro-
blèmes de critique; ceux-ci sont touchés dans les notices et dans 1 introduc-
tion. Inutile de dire que les solutions de la savante traductrice ne sont pas
toujours celles de l'exégèse affranchie, qu'elle est d'ailleurs loin d'ignorer.
BIBLIOGRAPHIE 289
Une seule citation à titre d'exemple : « Le monothéisme d'Israël n'est pas,
comme on l'a prétendu, le terme d'une longue évolution. Le dogme de
l'unité divine lui vient directement de ses premiers ancêtres. Le Dieu des
Psaumes et des prophètes est sans changement aucun le Dieu d'Abraham,
d'Isaac et de Jacob » (p. LU). A côté de ces opinions surannées, qui justi-
fient Vapprobatur de l'abbé Vigouroux et la préface chaleureuse du cardinal
Mathieu, il faut signaler la timide concession de la date post-davidique
de « certains » psaumes. Dans la deuxième partie de l'introduction s'exprime
un sentiment très vif et sincère des beautés de la poésie hébraïque. On
regrettera seulement que l'auteur, si familière avec Herder, n'ait pas jeté les
yeux sur l'admirable répertoire des métaphores des Psaumes dans la Litté-
rature des pauvres de Loeb. — T. R.
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L'auteur a eu pour but de montrer comment les noms propres des listes
généalogiques des Chroniques se diversifient et quelles relations existent
entre les noms de formes semblables. En premier lieu, les noms de personnes
produisent des noms de familles ou patronymiques en insérant un ou ou
un o (ce serait, selon M. Friedlaender, une sorte de pluriel brisé). Les
patronymiques prennent souvent une forme féminime â ou ôt. M. F. note, en
passant, que le préfixe mêm peut disparaître. La terminaison â peut devenir an.
La forme patronymique est parfois l'équivalent d'un nom précédé de bén
« fils i. Ensuite, les noms théophores sont très variables, les noms de la
divinité pouvant être substitués l'un à l'autre. Le nom divin est souvent
supprimé dans les listes de noms de famille authentiques, mais lorsqu'on
restitue le nom de l'ancêtre supposé de la famille, on lui donne la forme
pleine. On rétablit de la même manière le nom d'un ancêtre d'après le
patronymique en supprimant la terminaison. Parfois on modifie un nom en
l'abrégeant ou en l'allongeant afin d'éviter la confusion avec le personnage
connu portant ce nom. Des séries de noms sont reportées d'une famille sur
l'autre.
Dans les récits des Chroniques les noms propres exercent une grande
influence : Ephraïm est le fécond des fils de Jacob, Asa va consulter les
médecins, Josaphat organise la justice, etc. Le chroniqueur groupe dans les
généalogies les personnes dont les noms sont analogues de forme ou de sens ;
il groupe même des noms de façon à former une phrase. On connaît l'exemple
de I Chron., xxv, 4. Les noms synonymes sont mis l'un pour l'autre, p. e.
Hamoul pour Yerahmeél. Les noms de certains personnages s'expliquent
T. XL VIII, N° 96 19
HEVIK DB8 BTUDB8 JUIVKS
par ce qui est dit de leurs aieux ; ainsi, Netanel, prince d'Issachar, a été
nommé d'après l'explication que donne la Qenèse, \xx, 1 x . sur le nom d'Is-
sachar.
Telles sont les principales idées exposées dans cette brochure avec de
nombreux exemples. Tout n'y est pas également certain. Quand M. V. voit
da us El jiischib l'équivalent de Gamoùl, il semble croire que le verbe gantai
signilie récompenser ; or ce verbe n'a pris ce sens qu'au moyen âge. Mais
l'ensemble n'en est pas moins intéressant. Le travail de M. P. est utile
pour la critique du texte des Chroniques ; il montre le caractère des arbres
généalogiques partant de données réelles, mais développés à l'aide de procédés
artificiels. Au point de vue philologique il contribue à élucider !a formation
et la déformation des noms propres. — Mayer Lambert.
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IIkrford (R.-T.). Cbristianity in Talmud and Midrascb. Londres, Williams
et Norgate, 1903 ; in-8° de xvi + 449 p.
C'est la réunion, avec traduction et notes, des textes où il est question —
sûrement eu en apparence — du foudateur du christianisme et des minim.
Le travail est fait avec beaucoup de conscience et sans le parti pris qui dis-
tingue d'ordinaire les ouvrages chrétiens qui traitent de ces matières.
Herkenne (IL). Die Briefe zu Beginn des zweiten Makkabâerbucbes. Fri-
bourg-en-Brisgau, Ilerder, 1904 ; in-8° de vu + 103 P- (Bibliscbe Stu-
dien, hrsg. von O. Bardenbewer, VIII, 1 •
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Jacob (B.). Im Namen Gottes, Eine sprachliche u. religionsgeschichtliche
Untersuchung zum Alten u. Neuen Testament. Berlin, Calvary, 1903;
in-8° de vn+ 176 p.
L'auteur a cherché, dans cet ouvrage, à déterminer le rôle du nom divin
dans la littérature biblique et évangélique. Dans le premier chapitre M. J.
examine le sens du mot schém en général et en indique les différents
emplois. Dans le second il étudie le sens spécial de la locution 'n D1133,
laquelle ne signifie pas « au lieu et place de Dieu », mais « avec l'invocation
du nom divin». A cette occasion les opinions émises par différents écrivains
sur ce sujet sont exposées et critiquées. Un troisième chapitre est consacré
au mot ôvop,a dans le Nouveau Testament. Ce mot désigne: 1° un moyen
d'exorcisme, 2° la foi en Jésus, 3° la représentation de Jésus, 4° une
rubrique. Un quatrième et court chapitre s'occupe des apocryphes. Dans le
cinquième M. J. recherche l'origine de l'emploi du nom divin pour un effet
magique ; il passe en revue les différents peuples d'où il aurait pu venir et
s'arrête aux Egyptiens, qui ont toujours considéré le nom de leurs divinités
comme un talisman. Par les gnostiques la doctrine égyptienne s'est répandue
en Palestine, et c'est à eux que remonteraient les dénominations tardives
de la divinité telles que Û 113 In, HIT 33» *D m \'pï2ïl. Du christianisme le rôle
magique du nom divin a passé aux Mandéens et aux Musulmans. Ensuite
(ch. vj) M. J. énumère les expressions du Nouveau Testament où figure
le mot ôvo[aoc, puis celles de la Septante et en conclut que le langage de
l'Evangile s'est modelé sur la Septante, qui avait traduit littéralement les
expressions hébraïques, de sorte que l'expression grecque dans l'Evangile
ne correspond pas exactement à la pensée que l'on voulait exprimer. Dans
le chapitre vu, M. J. expose que le sens évangélique de la locution au nom
provient de la langue juridique latine, où de nomine signifie « au compte
de > . Dans un appendice (ch. vin), l'auteur examine à quelle époque on a
cessé de prononcer le tétragramme.
L'ouvrage de M. J. réunit tous les matériaux essentiels de la question qui
y est traitée ; et déjà, à ce point de vue, il mérite l'attention. Mais, en
en outre, il a le mérite de mieux préciser les différents sens du nom divin et
d'établir une ligne de démarcation entre la Bible et l'Evangile. Enfin,
l'interprétation qu'il donne de l'expression 'n D1132 dans la plupart des
passages bibliques paraît exacte ; p. e. prophétiser au nom de Dieu signifie
parler en mentionnant le nom de Dieu, et non pas parler à la place de Dieu.
Mais M. Jacob nous paraît s'être laissé entraîner un peu trop loin par ses
tendances apologétiques quand il nie que le nom de Dieu puisse être autre
chose que le mot Dieu. On ne voit pas pourquoi le nom divin jouerait un si
grand rôle dans la Bible s'il n'était que la simple désignation de la divinité
au lieu d'en être une sorte de représentant. On ne comprendrait pas non plus
que dans une foule de locutions le nom divin remplaçât la divinité elle-même
si le nom était un simple mot. Il est possible que les auteurs bibliques
n'aient plus vu dans le nom divin une hypostase, mais certainement les
expressions dont ils se servent montrent que, à l'origine, le nom a dû jouer
ce rôle. En particulier, l'expression « faire résider un nom » ne signifie pas
simplement donner son nom, car un nom ne réside pas, sinon comme rempla-
REVUE DES ÉTUDES JUIVES
çantdela divinité. L'expression assyrienne sakaa?i su»isu (p. 45) est différente,
car sakaan ne signifie pas • résider » en assyrien, eu bien il faudrait admettre
que le deutéronomiste aurait emprunté l'expression assyrienm: eo la délor.r-
nant de son sens, ce qui est peu vraisemblable. M. Giesebrecbt nous paraît
donc avoir raison quand il voit dans la pbrasc deutéronomiqae au moyen
terme entre la croyance à la résidence matérielle de Dieu et la notion du
Dieu universel.
Certaines explications de versets bibliques présentées par M. J. sont
déconcertantes : selon lui (p. 12), la locution ^y D'û) N"")p s'expliquerait par
Le fait que le complément d'un nom construit est considéré comme étant
au-dessus de ce nom. Dans « le palais du roi • le roi est au-dessus du
palais. C'est le contraire qui aurait été naturel, car, le nom construit étant le
premier, c'est lui qui devrait être considéré comme étant au-dessus du
second. M. G. paraît aussi avoir confondu bl? DO N"ip avec Û'J 5J> NHp.
Dans cette seconde expression hy signifie - d'après ». — L'explication de
NV»ï)b Wîbsl 'ïl DE) nN N'*3n JÔ par « tu ne transféreras pas le nom
de 1HVH sur une idole » (p. 20) est bien singulière ; qui peut avoir l'idée
de transférer le nom propre d'une divinité à une autre? Kn outre, NVO n'est
jamais employé dans la Bible pour désigner une idole. — M. G. croit que
la phrase : nNT rîïipb TÏ^Ntt \D tttt)N Nlp^ DNïb est une rénexion de
l'écrivain et non pas d'Adam, et signifie : On appelle la femme !T»DN, car le
mot ÏT»!)N vient de 'i)^N (p. 22). — L'ange dont Dieu parle à Moïse (Ex.,
xxxn, 20) est Josué, et la phrase «car mon nom est en lui » fait allusion à ce
que le tétragramme se trouve dans ytt)"l!"P (p. 23). C'est du pur Midrasch.
• L'homme qui n'écoutera pas les paroles qu'il prononcera avec mon
nom » (Deut., xvm, 19) veut dire : « Le prophète qui refusera de parler sur
l'ordre de Dieu • (p. 33). — ■ Par mon nom IHVH je ne me suis pas fait
cannaître à eux » (Ex., vi, 3) signifie: « Je n'ai pas donné aux patriarches
l'expérience de ce que signifie mon nom, c'est-à-dire tout puissant » (p. 17),
et c'est Artapan qui a induit la critique moderne en erreur en comprenant à
tort que Dieu n'avait pas révélé son véritable nom avant Moïse.
S'il est possible que ÏTTIDS soit la traduction de 8uva[j£iç et Û1p)2!l de
toîto; (p. 119), l'inverse serait aussi ou plus admissible; il nous semble, que
Ûlpftïl est l'abréviation de 'n T12D Û1p73. M. Jacob ne dit rien de
l'expression ttS^ttî, qui en est le synonyme.
Le livre porte comme épigraphe un verset où le mot DtD est mis en paral-
lélisme avec TDS. Il eût été intéressant de parler des équivalents de DU).
Malgré les taches et les lacunes que nous avons signalées, M. J. n'en
mérite pas moins nos remerciements pour avoir fourni une sorte de répertoire
des expressions renfermant le nom divin et pour avoir discuté avec plus de
précision qu'on ne l'avait fait jusqu'à présent les différents emplois de ce mot
dans la Bible et l'Evangile.
Les données sur lesquelles s'appuie M. Jacob, pour déterminer l'époque à
laquelle le tétragramme a cessé d'être prononcé, sont dignes d'attention.
M. J. observe que l'auteur des Chroniques devait déjà lire Adonai pour' ïf,
car il n'emploie jamais 'n "OTN- Pendant un certain temps on a continué à
écrire le tétragramme sans le prononcer. Dans les livres postérieurs de la
Bible on emploie ÛTtbN- La (urine Ninb dans Daniel pour NlîT serait
due aussi au désir de ne pas prouoncer le nom inetTable. Dans Esther le nom
môme de la divinité a été supprimé. Mais si l'on a évité la prononciation du
tétragramme, ce n'est pas par crainte que le nom fût profané par les Juifs,
mais par les païens, ce qui, en effet, est plus probable. — Mayer Lambert.
Jacoby (G.). Glosscn zu den neuesten Aufstellungen ùber die Composition
des Bûches Jeremja. (Cap. 1-20). Dissertation. Kœnigsberg, 1903 ; in-8°
de 87 p.
Jahrbuch der jiidisch-literarischen Gesellscbaft (Sitz : Frankfurt a. M.).
1903-56G4. Francfort, J. Kauiïmann, 1903 ; gr. in-8° de v -j- 326 p.
BIBLIOGRAPHIE 293
Table des matières':
A. Berliner : Rede gehalten im Rabbiner-Seminar am Gedenktage,
4. Tamraus 5661 (sur Rabbénou Tarn) ;
M. Weinberg : Die hebr. Druckereien in Sulzbach ;
M. Lerner : Jelamdenu Rabbenu :
IL Kottek : Der Kaiser Diokletian in Palâstina. Paneas ;
E. Biberfeld : Zur Méthodologie der halachischen Exégèse ;
J. Bondi : Rabbi Jochanan ;
I. Unna : Babylonien um das Eude der Tannaitenzeit ;
D. HolFmann : Zur talinudischen Lexikographie ;
L. Wreschner: Deininutiv-Bildungen im Talmud ;
S. Bamberger : Die neuesten Verôffentlichungen aus dem arabischen
Mischna-Kommentar des Maimonides ;
A. Sulzbach: Die diesjâhnge Lieierung des Vereins Mekize Nirdamim ;
H. Lipinsky : Uber einige luschriften in Sudrussland ;
S. H. Lieben : Zur Charakteristik des Verhâltnisses zwischen R. Jecheskel
Landau u. R. Jonathan Eibenschùtz.
Les notices talmudiques sont consacrées à la vulgarisation et à l'apologie
des idées d'Isaak Halévy, l'auteur des d^jTUÎNIÏl m "m.
Jahres-Bericht des jùd.-theolog. Seminars Fraenckel'scher Stiftung. Voran
geht : Ein Vortrag uber das Ritual des Pesach-Abends von J. Lewy.
Breslau, imp. Schatzky, 1904; in-8° de 22 + 14 p.
Jahres-Bericht des Rabbiner-Seminars zu Berlin fur 1902-1903. Mit einer
wissenschaftl. Beilage von D. Hoffmann : Die wichtigsten Instanzen
gegen die Graf-Wellhausensche Hypothèse. Heft I. Berlin, imp. Itzkowski,
[1904]; in-8° de 154 +42 p.
Jahresbericht (26.) der Landes-Rabbinerschule in Budapest fur das Schul-
jahr 1902-1903. Vorangeht : Aus dem Worterbuche Tanchum Jeru-
schalmi's. Nebst einem Anhange uber den sprachlichen Charakter des
Maimûni'schen Mischne-Tora von Wilhelm Bâcher. Budapest, 1903 ;
in-8o de 146 + 38 + 48 p.
Jampel(S-). Die Wiederherstellung Israels unter den Achâmeniden. Breslau,
Koebner, 1904 ; in-8° de vin + 171 (Tirage à part de Monatsschrift fur
Geschichte u. Wissenschaft des Judenthums).
Jedliczka. (J.). Der angebliche Turmbau zu Babel, die Erlebnisse der
Familie Abrahams und die Beschneidung. Leipzig, Seemann, 1903; in-8°
de 373 p.
Jephet ben Ali, des Karàers, Commentar zum Bûche Ruth, zum I. Maie. . .
ediert, mit Einleitung u. Amnerkungen versehen von Nahum Schorstein.
Berlin, M. Poppelauer, 1903; in-8° de xvm + 32 p.
Jeremias (A.). Das Alte Testament im Lichte des alten Orients. Mit 145
Abbildungen u. 2Karten. Leipzig, Hinrichs, 1904 ; in-8° de xiv + 383 p.
Joseph (M.). Judaism as creed and life. Londres, Macmillan, 1903; in-8°
de 542 p.
Jùdische Statistik hrsg. vom Verein fur jùd. Statistik, unter der Redaktion
von D r Alfred Nossig. Berlin, Jùdischer Verlag, 1903; gr. in-8° de 452 p.
JusuÉ (E.). Tablas de reduccion del computo hebraico al cristiano y vice-
versa precedidas de una explicacion en castellano yen latin compuestas
por procedimientos completamente nuevos- Madrid, impr. Aguado, 1904;
gr. in-4° de 306 p.
•2'Ji REVUE DKS i;Hi»KS IUIVES
Ki.nnkdy (J.). The noto-linc in Ihe hebrew bci iptures, ruinmonly called
Paseq br Pesiq. Edimbourg, Ûlatk, L903; in-8° do ix -f 129 p.
Etude très suggestive, où nous avons «té heureux de retrouver une des
théories chères à notre regretté maîlro Isidore Loeh Le paseq ou pesiq, cette
barre vertical-' qui accompagne certains mots de l'Ecriture, est en beaucoup
de cas une sorte de sic mis par les plus anciens scribes pour attester la fidé-
lité de leur copie, alors que h leçon leur paraissait suspecte ou diurne d'être
signalée. C'est parfois comme un premier essai de critique textuelle. L'au-
teur s'est efforcé de déterminer et de classer toutes les circonstances dans
lesquelles on a eu recours à ce signe. On pourra chicaner quelques détails,
mais, en somme. M. K. nous paraît avoir généralement raison. Si nous en
avons le loisir une autre l'ois, nous rendrons compte plus amplement de cet
opuscule des plus attrayants.
Ki.ausner (.].). Die messianischc Vorstellung des jùdiscben Volkes im
Zeitalter der Tannaiten kritisch untersucht u. im Rahmen der Zeitge-
schichte dargestellt. Dissertation. Ileidelberg, 1903; in-8" de 118 p.
Koberle (J.). Babylonische Kultur u. biblische Religion. Munich, Beck,
1903 ; iu-8° de m -f 54 p.
Kogh (S.). Italicnische Pfandleiher im nordlichen u. ostlichen Frankreieh.
Breslau, impr. Fleiscbmann, 1904; in-8° de 55 p.
Kônig (E.). Der Kampf um das Alte Testament. I. Ileft. Glaubwiirdig-
keitsspuren des Alten Testaments. Gross Lichterfeld, Runge, 1903; in-S"
de 54 p.
Kramer (J.). Das Problem des Wunders im Zusammenhang mit dem der
Providenz bei den jùdiscben Religionspliilosophen des Mittelalters von
Saadia bis Maimuni. Dissertation. Strasbourg, 1903 ; in-8° de 108 p.
Kuiper (K. ). Ad Ezechielem poelam Judaeurn cur-.r secundre. Padoue, Pros-
perini, 1904; iu-8° de 35 p. (Extrait de Rivista di Storia Antica, vin, 1).
Kuttner (B.). Jûdische Sagen u. Legenden. III. Bàndcheu. Francfort, J.
Kautl'mann, 1904 ; in-8° de 75 p.
Laur (E.). Die Prophetennamen des Alten Teslamentes. Ein Beitrag zur
Théologie des Alten Testamentes. Fribourg, Univers. Buchhandlung,
1903; in-8°de vi + 1G5 p.
Lehmann 'C.-F.). Babyloniens Kulturmission einst. u. jetzt. Leipzig, Die-
terich, 1903 ; in-8° de m -f 88 p.
Lévi (Israël . The Hebrew lext of the book of Ecclesiasticus ediled with
brief noies and a selected glossary. Leyde, Brill, 1904; in-8° de xm-f-85 p.
(Semitic Study séries, éd. by U. Gottheil and M. Jaslrow, n° III).
Texte complet des fragments jusqu'ici découverts de l'Ecclésiastique hé-
breu. On y a joiut de courtes notes et un vocabulaire des termes ou iormes
verbales propres à l'auteur. Tel quel, ce petit livre, destiné aux étudiants du
Nouveau Continent, fait quelque peu double emploi avec celui de M. Strack
Voir Revue, t. XLVI, p. 296 . Il aurait dû paraître avant celui-ci, le ma-
nuscrit ayant été remis aux directeurs de cette publication en septembre 1902.
l'eut-être ollnra-t-il, cependant, quelque intérêt en raison des nouvelles
lectures et notes qui distinguent cette édition manuelle.
Lévi (Israël). Histoire des Juifs de France. l ,e partie : Des origines au
x l siècle. Paris [Durlacher 1 , 1903 ; gr. in-8° de 24 p
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Lewis (H.). By the river Chebar, sorae applications of Ezekiel's visions.
Londres, Hodder, 1903; in-8° de 194 p.
Lincke (K.-F.-A.). Samaria u. seine Propheten. Mit einer Textbeilage :
Die Weisheitslehre des Phokylides, griechisch u. deutsch. Tubingue,
Mohr, 1903; in-8° de vin -|- 179 p.
Lods (A.). Les découvertes babyloniennes et l'Ancien Testament. Dole,
impr. Girardi et Audebert, 1903; in-8° de 35 p.
Lohmann (E.). Tharsis oder Ninive. Ein Beitragzum Verstândnis des Bûches
Jona. Freienwalde, Rùger, 1904; in-8° de 60 p.
Lôwy (A.). A critical examination of the so-called Moabite inscription in
the Louvre. Third issue revised and amended. Londres, 1903; in-8° de
33 p.
M. Albert Lôwy rompt une nouvelle lance contre l'authenticité de la
fameuse pierre de Méscha. Ses arguments principaux sont l'analogie
frappante qui règne souvent entre le style ou les expressions de l'inscription
et ceux de la Bible, par exemple ïN3^3 nfcnN ">3N1 = "W3D bÛH *3N*1ln ^31
Ps. gxviii, 7, analogie qui parfois va jusqu'à la parodie, par exemple 'pNI
}212 bj'3 DN = 1^735^3 nN ..032 31în ^331 (Nombres, xxxn, 37-8),
et encore ffl^S nN J3K1 — ÛTl^p HN 133 pl&n ^33"l [ib.) — là Méscha
s'attribue des fondations de villes que l'Ecriture assigne à certaines tribus ;
enfin, et ici M. L. a rencontré un écho dans l'opinion de F.-W. Schultz
(Encyclopédie d'Herzog), n'est-il pas singulier que le seul monument moabite
qui ait été retrouvé contienne justement le seul nom propre de roi moabite
qui figure dans ia Bible et que les noms propres qui se lisent dans Isaïe,
xv et xvi, se rencontrent justement dans cette inscription? Seulement
ce faux, que M. L. ne veut pas mettre au compte d'un fabricant de nos
ours, qui se serait avisé de le commettre et dans quel but? Celui qui a
fait choix d'une pierre de cette dimension et qui a fait graver avec tant
de soin ces trente- quatre lignes n'était pas un vulgaire charlatan ou un
mauvais plaisant.
Lublinski (S.). Die Entstehung des Judentums. Eine Skizze. Berlin, Jùd.
Verlage, 1903; in-8° de 71 p.
Maass (E.). Griechen und Semiten auf dem Isthmus von Korinth. Religions-
geschichtliche Untersuchungen. Berlin, G. Reimer, 1903; in-16 de ix
+ 135 p.
Maimuni's commentarius in Mischnam ad tractatum Sabbath (cap. xix-xxiv),
textum arabicum éd. L. Kohn. Berlin, Calvary, 1903; in-8° de 20 p.
Maimuni's (Mose ben) Mischna-Kommentar zum Traktat Kethuboth (I. u.
II). Arabischer Urtext, mit... Uebersetzung. des Jacob ibn Abbasi...
deutscher Uebersetzung... von S. Frankfurter. Berlin, Nathansen et
Lamm, 1903 ; in-8° de 40 -f 16 p.
Mandl (B.). Das jùdische Schulwesen in Ungarn unter Kaiser Josef II.
(1780-1790). Francfort, J. Kauffmann, 1903; in-8° de 49 p.
Mandl (S.). Das Wesen des Judentums dargeslellt in homiletischen Essais,
nebst einem Anhang : Die Lehre von Gott, Die Lehre vom Menschen.
Francfort, J. Kauffmann, 1904; in-8° de 99 p.
Marti (K.). Dodekapropheton erklàrt. I. Hâlfte. Tubingue, Mohr, 1903
in-8° de 240 p. (Hand-Commentàr zum Alten Testament).
REVUK DES ETUDES JUIVES
Mkinhold (j.). Studien zur israelitischen Religionsgesohichte. Bd I : Der
heilige Rest. Tcil I : Elias, Amos, Hosea, Jesaja. Bonn,Marcufl et Weber,
1903; in-8° de vin + 160 p.
Mkykr (S.)- Contra Del Hz se a. Die Babel- Hypothesen widerlegt. II. Ileft.
Francfort, J. Kaufl&nann, L903; In-8° de 48 p.
Miketta (K.). Der Pharao des Auszuges- Eine exegetische Studio zu Bxodus
1-15. Fribourg-en-Brisgau, Herder, 1903; gr. in-8° devin ~}~ 120 p. (Bi-
blische Studien, hrsg. von O. Bardenhewer. VIII. Haud. I. Ileftj.
Mittheilungen der Gesellscbaft zur Erforschung jûdischer Kunstdenkmaler.
I. /.week u. Ziel der Gesellschaft zur Erforscbung jùd. Kunstdenkmaler
zu Frani'kurta. M. — II. Ueber Bau u. Ausscbmùckung alter Synagogen.
— II1-IV. Ueber alte Kulturgegenstande in Synagoge u. llaus von Hein-
ricb Frauberger. 1900-1901-1903; gr. in-4° de 38 + 43 -f 104 p. avec
23 -j- 44 -f 151 illustrations.
C'est certainement la plus belle publication qui ait jamais été consacrée à
Pétude des monuments de l'art juif au moyen âge. M. H. Frauberger qui en
a pris la direction était le mieux qualifié pour une œuvre aussi délicate et il
faut convenir qu'il s'acquitte de sa tâche avec un rare bonheur. Nous ne
pouvons que recommander chaleureusement cette admirable entreprise, digne
de tous les éloges.
Moller (W.).Die Entwicklung der alltestamentlichen Gottesidee in vorexi-
liscber Zeit. Gùterslob, Bertelsmann, 1903; in-8° de 183 p.
Moris (H.). Le Sénat de Nice avant 1792, ses attributions judiciaires et po-
litiques- Nice, Malvano, 1902; in-8°.
Contient quelques renseignements sur le conservateur des Juifs (p. 55) et
sur la situation générale des Juifs (p. 71-74), surtout aux xvn e et
xvm e siècles. — P. Hildenfinger.
Mose ben Maimuni's Mischnab- Kommentar zum Traktat Ketbuboth.
(Abscbnitt III, IV u. V). Arabiscber Urtext mit verbesserter hebraischer
Uebersetzung des Jacob ibn Abbasi, Einleitung, deutscher Uebersetzung
...von Moritz Frankfurter. Berlin, Nathansen et Lamm, 1903; in-8° de
36 + 20 p.
Netter (D r Abraham). Les six jours de la création. Paris, 1903; in-8° de
18 p.
Niemirower (I.-J.). Sicbron Nabum. Festpredigten, Casualreden u. aus
synagogalen Vortrâgen entslandene Zeitungsartikel. Jassy [en commission
chez Poppelauer, BerlinJ, 1903 ; in-8° de 130 p.
Nikel (J.). Zur Verslândigung ëber Bibel u. Babel- Breslau, Goerlicb,
1903; in-8° de 104 p.
Perles (F.). Das Gebet im Judentum. Francfort, J. KautTmann, 1904
in-8° de 23 p.
Perrot (G.) et Chipiez (C). Histoire de l'art dans l'antiquité. Tome VIII.
La Grèce archaïque. (La Sculpture). Paris, Hachette, 1904; in-4° de xv
750 pages, avec 14 planches hors texte et 352 gravures.
La mort de Charles Chipiez, survenue le 10 novembre 19ul, a brisé « la
collaboration féconde d'un savant qui est un artiste et d'un artiste qui était
un savant », Voir Revue, VIII, p. 140. Le savant reste 6eul sur la brèche,
BIBLIOGRAPHIE 297
infatigable et puissant, avec cette sérénité et cette énergie dans le regard
qu'a si bien comprises M. Jean Patricot, auteur du portrait vivant, « dessiné
d'après nature », qui sert de frontispice au tome huitième. L'image suffit à
donner une impression de force, de droiture et de bonté même à ceux qui
n'ont pas eu, comme moi, la bonne fortune de connaître et d'admirer
l'homme. Ce tribut de respect pour le travailleur et pour l'oeuvre, je l'ai
apporté ici même, en 1884, à propos des tomes troisième et quatrième qui
rentraient plus que les autres dans le cadre de la Revue. Aujourd'hui, je
voudrais rappeler la série des étapes parcourues dans le vaste champ que
les deux auteurs, en leur conception hardie, s'étaient tracé d'avance et
dont le survivant, j'en ai la certitude, achèvera la conquête.
Rien de plus éloquent que l'énuméralion des tomes publiés successivement
pour arriver à la Grèce, après avoir passé par « les origines orientales de
l'art»»: 1(1882). Egypte; II (1884), Chaldée et Assyrie; III (1885),
Phénicie, Chypre; IV (1887), Judée, Sardaigne, Syrie, Cappadoce; V (1890),
Phrygie, Lydie et Carie, Lycie, Perse ; VI (1894), la Grèce primitive
(l'Art mycénien) ; Vil (1899), la Grèce de l'épopée, la Grèce archaïque (le
Temple) ; VIII (1904), la Grèce archaïque (la Sculpture).
Une telle encyclopédie, bâtie avec des matériaux de choix, présente un
ensemble architectural qui se dresse inébranlable sur sa base, alors même
que les découvertes ultérieures en ont quelque peu ébranlé, non pas les
assises, mais certains éléments de la construction. Je tiens seulement à dire
encore que l'illustration, répandue à profusion dans le texte, sans parler des
nombreuses planches hors texte, est un commentaire perpétuel des descrip-
tions qu'elle inspire et qu'elle justifie. On sent l'unité de direction qui a
présidé à l'une et à l'autre, sans que rien soit abandonné à la fantaisie et
à l'arbitraire. — Hartwig Derenbourg.
Pigk (H.). Talmudische Glossen zu Delitzsch's Assyrischem Handwôrterbuch.
Dissertation. Berlin, 1903; in-18 de 33 p.
Porges. Bibelkunde u. Babelfunde. Eine kritische Besprechung von Fr.
Delitzsch's Babe. u. Bibel. Leipzig, M. W. Kauffmann, 1903; in-8° de
108 p.
Poznanski (S.). Schechter's Saadyana. Francfort, J. Kauffmann, 1904;
in-8° de 23 p. (Tirage à part de Zeitschrift fur hebr. Bibliographie, 1903).
M. P. a eu la bonne idée de joindre à un copieux compte rendu des
Saadiana, de M. Schechter, un index alphabétique des noms de personnes
mentionnés dans ces documents divers. Cet index sera accueilli avec recon-
naissance par les travailleurs. Inutile d'ajouter que M. P. a accompagné ces
noms de notes précieuses qui complètent le travail de M. Schechter. M. P.
complète également et commente plusieurs listes de livres retrouvées par
M. Schechter dans .a gueniza du Caire.
Publications of the American jewish historical Society, n° 11. [Baltimore,
Lord Baltimore Press], 1903 ; in-8° de xm -J- 238 p.
Table des matières :
S. M. Stroock : Switzerland and American Jews;
Max J. Kohler : Phases in the history of religious liberty in America,
with spécial référence to the Jews (l'auteur s'abuse singulièrement sur l'in-
fluence exercée par l'exemple de l'Amérique sur l'émancipation des Juifs de
France ; ces exagérations ne manquent pas d'ingénuité) ;
Léon Huhner : The Jews of New England (other than Rhode Island)
prior to 1800 ;
1 C'est le titre même de la publication parallèle, suggestive et synthétique, de
M. Léon Heuzey (Paris, 1891-1892, in-4°), avec le sous-titre da : Recueil de mémoires
archéologiques et de monuments figurés.
REVUE DES BTUDBfi IUIVES
Alhort M. Friedenherg : The Jews and the Ainciican sunday laws ;
II. BlitSBof : The JeWfl Of Chicago ;
G. Herbert Coin- : Ne* m aller relating to Mordecai M. Neah;
Miss Eivira N. Sons : Note on Isaac Gomoz and Lewis Moses Gomez ;
Joseph Jacobs : Report ol' the Coiumittee ou collections ol the American
jewish biftorical Boeiety ;
N. Tavlor Phillips : Items relating to the history ol the Jews ol' New
York ;
Gr.-A. Kohut : The trial oi Francisco Maldonado de Silva.
Rapport moral et linancior sur le Séminaire israélile et le Talmud-Thora,
précédé d'une Histoire des Juifs de France (l r0 partie), par Israël Lévi.
Paris, impr. Lyon, 1903 ; in-8° de 85 p.
Reinagh (T.)- Jewish coins. Translated by Mary llill, with an appendix l>y
l'i.V. Hill. Londres, Lawrence et Rullcn, 1903; in-S° de xv + 77 p.
(avec planches).
Rieger (P.). Ilillel u. Jésus. Hambourg, Boysen, 1904; 11 p.
Rosenthal (L.-A.;. Bibel trotz Babel! Leipzig, Kaufmaim, 1903; in-8° de
vin + 32 p.
Rivista israelitica. Periodico bimestrale per la scienza e la vita del Giu-
daismo. Florence, impr. Galletti et Gassuto, 1904; in-8°.
C'est le premier numéro d'une Revue italienne dont les principaux colla-
borateurs sont MM. Berliner, Chajes, Colombo, rabbin de Livourne, Elbo-
gen, Lolli, rabbin de Padoue, Lasinio, professeur a l'Institut des éludes su-
périeures de Florence. Margulies. rabbin et directeur du collège rabbinique
de Florence, R. Ottolenghi, Aglietti. Nous souhaitons à ce nouveau confrère
de restaurer en Italie le goût des études scientifiques, qui l'ut si fécond au
temps de S. D. Luzzatto. Le premier fascicule de cette Revue contient les
articles suivants : S. -IL Margulies, L 1 « Ashgara » nella lelteratura tai-
mudica ; S. Colombo : « Echa », saggio di critica biblica ; H. -P. Chajes :
Note esegetiche (entre autres une singulière note sur Mathieu, vi, 3, « quand
tu fais l'aumône, que ta main gauche ne sache pas ce que fait la droite ». De
ces mots il faut, paraît-il, rapprocher la parole d'un docteur disant que, si
l'on doit repousser de la main gauche celui qui veut se convertir, il convient
de le rapprocher de la droite. « Il est divine d'intérêt, ajoute l'auteur, que
Sanhédrin, 107 b = Sota,k~b, cite justement celte sentence à propos de Jésus.
Peut-être les deux sources s'inspirent-elles d'une phrase populaire »). La
livraison renferme ercore « Una lettera di raccomandazione per un inviato
degli Ebrei Polacchi al Papa (1758) », publiée par U. Cassuto.
Rothschild (L.). Die Judengemeinden zu Mainz, Speyer u. Worms von
1349-1438. Berlin, Nathansen et Lamm, 1904; in-8° de vu + 118 p.
Uugenwald (S.-J.). Humor aus dem jùdischen Leben, in Versen wieder-
gegeben. Francfort, J. Kauflman, 1903; in-8° de vi +93 p.
Il est dommage que l'auteur ait eu l'étrange idée de mettre en vers ces
récits, anecdotes et bons mots pleins d'humour.
Saadia Al-fajjûmi's arabische Psalmenùbersetzuug u. Commcnlar (Psalm
73-89 , lirsg., ubersetzt u. mit Anmerkungen verseben von Siegfried Gal-
liner- Berlin, Poppelauer, 1903; in-8° de 85 -f- xxvn p.
Suadja Al-fayjùmi's arabische Psalmenùbersetzung u. Commentar (Psalm
107-121) lirsg., ùbcrsetzt u. mit Anmerkungen verseben von J.-Z. Lau-
terbacb. Berlin, Poppelauer, 1903; in-8° de 67 -f- xxv p.
BIBLIOGRAPHIE 299
Schapiro (D 1 ' D.). Obstétrique des anciens Hébreux d'après la Bible, les
Talmuds et les autres sources rabbiniquos. Paris, Champion, 1904; in-8°
de 162 p. (Bibliothèque historique de la France médicale, n° 12).
Schiparelli (G.)- L'astronomia nell' antico testamento. Milan, Hoepli, 1903 '
in-16 de vin + 196 p.
Schuster. Die Reformation u. der Talmud. Dresde, Pierson, 1903; in-8°
de 29 p. .
Steckelmacher (M.)- Das Princip der Ethik vom philosophisclien u. jû-
disch-lheolog. Standpunkte aus betrachtet. Mayence, Wirth, 1904; in-8°
de vi -f 256 p.
Stern (M.)- Andréas Osianders Schrift ùber die Blutbeschuldigung wieder-
aufgefunden u. im Neudruck hrsg. Berlin, Hausfreund, 1903; in-16 de
xx -f- 44 p.
Taenzeb (A.). Judentum u. Entwicklungslehre. Berlin, Calvary, 1903;
in-8° de 68 p.
Thirtle (J.-W.). The titles of the Psalms, Iheir nature and meaning ex-
plained. Londres, Edimbourg, Glasgow et New-York, H. Frowde, 1904;
in-8° de 386 p.
Tood (J.-C-). Politic and religion in ancient Israël. Londres, Macmillan,
1904; in-8°de352p.
Trénel (J.). L'Ancien Testament et la langue française du moyen âge
(vni e -xv° siècle). Etude sur le rôle de l'élément biblique dans l'histoire
de la langue, des origines à la fin du xv e siècle. Paris, Cerf, 1904 ; gr.
in-8° de vu + 671 p.
Cet excellent travail, qui a valu à son auteur le titre de docteur es lettres,
inaugure un ordre d'études curieuses. En raison de l'intérêt que présentent
ces recherches, nous avons prié notre ami M. J. Trénel d'exposer dans un
article, qui paraîtra prochainement, le système qu'il a suivi.
Trénel (J.). L'élément biblique dansTœuvre poétique d' Agrippa d'Aubigné.
Paris, Cerf, 1904; gr. in-8° de vi -f 124 p.
Urquhart [j.). Die Bûcher derBibel oder Wie man die Bibel lesen soll. I.
Band. Uebersetzt von E. Spliedt. Stuttgart, Kielmann, 1904; in-8° de vin
+ 176 p.
Vigne (M.). La Banque à Lyon du xv e au xviii 6 siècle. Lyon, A. Rey,
1903 ; in-8°.
Le eh. i, consacré à la hanque à Lyou avant le xv 8 siècle, traite de la
situation des Juifs dans cette ville depuis Agobard jusqu'à l'expulsion de
1394, de leur coudition comparée à celle des Lombards et des diverses opéra-
tions qu'ils pratiquaient (p. 29-52). — P. Hildenfinger.
Vôlter (D.). Aegypten u. die Bibel. Die Urgeschichte Israëls im Licht der
aegyptischeu Mythologie. Leyde, Brill, 1903; in-8° de 113 p.
Wachter. Wo liegt das Salomonische Goldland Ophir ? Stuttgart, Schwei-
zerbart, 1903; in-8° de 18 p.
Weber (O.). Théologie u. Assyriologie im Streite um Babel u. Bibel. Leipzig,
Hinrichs, 1904; in-8<> de 31 p.
REVUE DES ETUDES JUIVES
WBSTPHAL (A.). Jéhovah. Les étapes (le la révélation dans l'histoire du
peuple d'Israël, Montauban, chez l'auteur, 1908; in-s° de 194 p.
Westphal (G. . Die Voratellung von einer Wobnung Jahwes nach dcn
aUtestamentlichen Quellen. Dissertation. Marbourg, 1903;in-8° de (m p.
Year book of the central Conférence of American rabbis. 1903-5663. Balti-
more, Lord Baltimore Press, 1904; in-8° de 300 p.
Contient, entre autres: Assyriology and the Bible, par K. Kohler ; The
theological aspect oi' reformed Judaism, par M. L. Margohs; Life of Salomou
Munk, par G. Deutsch.
Yellin (D.) and Abrahams (L). Maimonides*. Philadelphie, Jowish Public.
Society of America, 1903; in-12 de vin + 239 p.
Zimmern (IL). Keilinschriflen u. Bibel nach ihrem religionsgeschichtlichen
Zusammenhaug. Berlin, Reuther et Reichard, 1903; in-8° de 54 p.
Zorell (F.). Zur Frage iiber Babel u. Bibel. Hamm, Brecr et Thiemann,
1903; in-8° de 36 p.
3. Périodiques.
The American journal of semitic langtiages ami litci-atures (Chi-
cago, trimestriel). = = Vol. XIX, 1903. = = N° 4, juillet = = P.
Haupt : Isaiah's parable of the vineyard. — A. Ember : Pronuncialion
of Hebrew among the Ruasian Jews. = = Vol. XX, n° 2, janvier 1904.
= =.W. R. Harper : The structure of Hosea. 4,1 — 7, 7. = = N° 3,
avril. = = P. Haupt: Moses' Song of triumph. — J.-A.-Bever : The
Goel in Ruth 4, 14, 15.
The Jewish quarterly Revicw (Londres). = = Vol. XV, 1903. = =
N° 60, juillet. == A. -IL Keane : Ea-Yahveh, Dyaus—ZEUS— Jupiter. —
S. Levy : Is there a jewish Literalure? — C- Taylor : The Wisdom of
Ben Sira [suite). — J.-II.-A. liait : Primitive exegesis as a factor in the
corruption of texts of Scripture illustrated from the versions of Ben Sira. —
G. Margoliouth : An early copy of the Samaritan-hebrew Pentateuch. —
A. -M. Hyamson : The lost tribes and the influence of the search for them
on the return of the Jews to England. — H. Ilirschfeld : The Arabie
portion of the Cairo genizah at Cambridge {suite, n cs 61 et 63 ; entre au-
tres, deux fragments autographes du Guide de Maïmonide). — A. S.
Yahuda : Ilapaxlegomena im Alten Testament. — E. N. Adler : Pro-
fessor Blau on the Bible as a book. == Vol. XVI. == N° 61, octobre.
= = A. Cowley : Hebrew and Aramaic papyri. — Laurie Magnus : A
conservative view of Judaism. — D. Philipson : The reform movement
in Judaism (suite, n° 63). — G. Margoliouth : A Florentine service-book
at the Brilish Muséum. — E. Schwarzi'eld : The Jews of Moldavia at the
beginning of the eighteenth century. — E. N. Adler : Auto da fé and
Jew. — A. Bùchler : Die Schauplâtzo des Bar-Kochbakrieges u. die auf
diesen bezogenen jûdischen Nachrichten. — M. Simon : Some poems of
Jehuda Halevi translated. = = N" 62, janvier 1904. = = C. G. Monte-
tiore : Rabbinic conceptions of repenlance. — S. A. Cook : North-Semitic
epigrapby. — W. Bâcher, A. Wolf, S. Levy : What is Jewish literature?
— IL S. Q. Ilenriques : The Jews and the English law [suite). — F.
Perles : Proben ans dem Nachlass von Joseph Perles. — L. Blau : Neue
BIBLIOGRAPHIE 301
masoreliscbe Studien. — M. Steinschneider : Allgemeine Einleitung in
die jùdische Literatur des Mittelalters. — Critical notices. = = N° 63,
avril. = == S. Schechter : Genizah Fragments (Long fragment d'un texte
gnomique dont M. Harkavy a publié ici même un extrait; Mechilta de
Simon b. Yohaï ; Mecbilta Debarim). — Marcus N. Adler : Tbe Itinerary
of Benjamin of Tudela. — A Cowley : Samaritana. — W. Bacber : Zur
Jùdiscb-Persiscben Litteratur. — F. G. Burkitt : Tbe Nasb papyrus,
a new pbotograpb. — E. N. Adler : A letter of Menasseh ben Israël. —
Critical notices.
Monatsschrift fur Geschichte nnd Wissenschaft des Judenthiims
(Berlin). = = 47 e année, 1903. == N 0s 5-6, mai-juin. == = S. Jampel :
Die Wiederberstellung Israels unter den Acbàmeniden {suite et fin, n 0s 9-
12). — J. Scheftelowitz : Zur Kritik des griecbiscben u. des massore-
tiscben Bucbes Estber {suite et fin, n es 7-8). — L. Treitel : Der Nomos,
insonderbeit Sabbat u. Feste, in pbiloniscber Beleucbtung, an der Hand
von Pbilos Scrift De Septenario (suite et fin,n os 7-12). — M. Gûdemann :
Das Judentbum im neutestamentlicben Zeitalter in cbristlicber Dar-
stellung (fin). — J. Escbelbacher : Die Vorlesungen Ad. Hamacks ùber
das Wesen des Cbristenthums (suite et fin, n 0s 9-12). — ■ Pb. Bloch :
Der Streit um den Moreh des Maimonides in der Gemeinde Posen um
die Mitte des 16. Jabrh. (suite et fin, n 0s 7-8) — M. Steinscbneider: Purim
u. Parodie (suite, 7-10). ===== N os 7-8, juillet-août. ===== Moritz Lôwy :
Die Paulinische Lebre vom Gesetz (suite, n 0s 9-12). — A. Epstein : Die
abaronidiscben Geonim Palâstina's u. Mescbullam b. Mosé aus Mainz. —
Feuchtwang : Mârtyrergrâber in Nikolsburg. = == N os 9-10, septembre-
octobre. = = J. Guttmann. : Ueber Abrabam bar Chijja's « Bucb der
Entbùllung » (fin, n os 11-12). ===== N os 11-12, novembre-de'cembre. = =
M. Braun : Wer war R. Mose Mariel? — (Avec ce fascicule la vieille Mo-
natsschrift prend fin. Désormais cette Revue sera l'organe de la « Société
pour l'avancement de la science du Judaïsme » et sera surtout consacre'e
à des articles de vulgarisation).
Revue biblique internationale (Paris, trimestrielle). = — 12 e année,
1903. = = N° 4, octobre. = = M. Hyvernat : Petite introduction à
l'étude de la Massore. — P. Vincent : Les ruines d'Amwas. — Du même:
Notes d'épigrapbie palestinienne; les ruines de Beit Cbaar; fouilles
diverses en Palestine. = = 13 e anne'e, 1904. = = N° 1, janvier. =====
P. Condamin : Les chapitres I et II du livre d'Isaïe. — M. Lagrange : La
religion des Perses (suite, n° 2). — Vincent : Les murs de Jérusalem
d'après Ne'hémie. — J. Guidi : Un fragment arabe d'onomastique biblique.
— Savignac : Notes arcbe'ologiques ; nouvelles trouvailles à Bersabée ;
fouilles anglaises (à Gézer) ; inscription romaine et sépulture au nord de
Jérusalem. = = N° 2, avril. = = A. Van Hoonacker : La prophétie rela-
tive à la naissance d'Immanuel. — X : Un papyrus bébreu pre'-massoré-
tique. — P. Lagrange : Deux commentaires des Psaumes. — M. Abel :
Ossuaires juifs (l'un avec les mots : îrUBN'l ^iT^bN.)
Zcîtschrift fur die alttestamentliche Wissenschaft (Giessen, semes-
triel). = = 23 e année, 1893. ===== N° 2. = = E. Liebmann : Der Text
zu Jesaia, 24-27 (suite, 1904, n° 1). — S. Eppenstein : Ein Fragment aus
dem Psalmen-Gommentar des Tanbum aus Jérusalem. — S. Krauss :
Die Légende des Kônigs Manasse. — E. Nestlé : Miscellen. — A. v. Gall :
Ein neuer hebraïscher Text der Zehn Geboteu. des- Schéma. — M. Lam-
iij REVUK DES ÉTUDES JUIVES
boit : Berichtigungèn zur kleinen u. grossen Coucordanz von Mandel-
kern. — II. \L\og\ i-liiisch : Ueber das BDgebliche Vorkommen des
biblischen Gottesnamen mn" 1 Jahve in altbubvlonischen Inschriften. —
Bibliographie. 84 e année, li)04. = N° 1. = = M. Lùhr : Threni III.
u. die jeremianisehe Autorschafl des; Huches der Klugelieder. — J. C
Matthes : Der Dekalog. — A. P. v. Gall : Parallclen zmn Alton Tes-
taient ans B. I.ittnianns Neuarabische Volkspoesie. — AV. Hacher :
Berichtigungèn zum Tanchum- Fragment. — F. v. (îall : Jeremias 43
12 u. das Zeihvort ïltt*. — E. Nestlé : Miscellen (1. Zur Kapitelein-
teilung in Joël; 2. .les. 11, 19; 3. Eine Abbildung des Kûniga Manasse
itn Stier ; 4. Die Synchronismen der Genesis in graphischer Darstellung ;
5. Ein Vorgiiuger Goethe's iïber don zweiten Dekalog; (>• Acbt Sohne
Japhets in Gcn. 10; 7. Nicht nachgewiesene Bibelzitate). — H. Fuohs :
Zu Ex. 20, 4. Deut. 5, 8. — Steiniger ; mbaa Ein Beiliag zur hebr. Gram-
inatik u. Lexikographie. — A. Zillessen : Miscellen. — Bibliographie.
Zeilschrift fur liebraeisclu* Hibliogrupliie (Francfort, bimestriel).
— = 7 e année, 1903. == N° 3, mai-juin. = = W. Bâcher : Zur
neuesten arabischen Litteralur der Juden [suite et fin, n 0b 4 et 5). —
Steinscbneider : Miscellen u. Notizen., 34. Abbreviaturen. = — N° 4,
juillet-août. = = 8. Poznanski : Schechter's Saadyana (suite et fin, n°* 5
et 6). — Steiuschneider : 35. Zur spanischen u. portugiesischen Lite-
ratur der Juden. — A. Epstein : Rachmon im Pugio lidei ; — Das Ge-
burtsjahr des Elia Loanz ; — Natan der Babylonier. — = N° 6 : nov.-
de'cembre. = = Sleinschneider : 36. Zum Nekrolog seit 1890. — S.
Scbechter : Miszelle (sur le ms. édité par M. Ilarkavy, dans notre Revue,
XLV, 298; M. Scbechter en possède un autre fragment ; il croit, et nous
sommes d'accord avec lui, que cet opuscule est au plus tôt de l'époque
des Gaonim\ — 8° année, 1904. = = N° 1, janvier-fe'vrier. = = L.
Blau : Zu Samuel Romanelli's literarischer Tâtigkeit. — S. Krauss :
Josua Segre u. sein polemiscbes Werk. — Steinschneider : 37. Albu-
mazar u. Abraham ibn Esra. 38. Hebraisten, Norrelius, Gampensis, Beda.
ADDITIONS ET RECTIFICATIONS
T. XLVII, p. 276, note 2. — M. Theodor Nœldeke a eu la bonté de me
proposer une meilleure manière de comprendre le verset. Qu'on lise "i£N
(ami*), au lieu de 170N (âmad), il signifiera : « Il dit ensuite : vous n'ac-
complissez pas le commandement du Prophète, ni femmes, ni hommes. »
— I, 41, lire blJ\ au lieu de b*7N3>. — II. Titre, lire "itnp, au lieu de
"Wnp. — II, 18, n*W»3, au lieu de RIWDa. — W. Hacher.
Ib.y p. 307, 1. 10. — Au lieu de ^HO" p , lire ^ p. — P. 309,
1. 1-2. Les deux vers ^mN T> 13} *3 ,<SSV bip *]DnD doivent venir après
^2N nttN '-) "nbn b*. — lb., 1. 3 Au lieu de ipn, 1. ipm. — lb., 1. 12.
Au lieu de IOTP, 1. ï:nn\ — P. 310, 1. 5. Au lieu de T^ITû p, 1. 'u p.
— Ib., dernière ligne. Les mots .,."l70"Hpn lUÎN doivent venir après R3
3^3 aiT^n m::b. — p. 311, 1. 8. Au lieu de «n£, L s ^"îp- ~ fr-, 1- 20.
Au lieu de Ti'&O, 1. nUS. — /. Goldblum.
Le gérant :
Israël Lévi.
TABLE DES MATIÈRES
REVUE.
ARTICLES DE FOND.
Adler (Elkan N.). Documents, sur les Marranes de Portugal et
d'Espagne sous Philippe IV 1
Bâcher (W.). Élégie d'uu poète judéo-persan contemporain de
la persécution de Schah-Abbas II 9i
Bernardy (Amy-A.). Les Juifs dans la république de San-Marin
du xiv B au xvn e siècle 241
Gauthier (Léon). Les Juifs dans les deux Bourgognes 208
Ginsburger ( VL). Les Juifs de Horbourg 1 06
Hildenfing-er (Paul). Documents relatifs aux Juifs d'Arles {suite
et fin) 48 et 265
Krauss (S.). Un atlas juif des statues de la Vierge Marie 82
Lévi (Israël). Le roi juif de Narbonne et le Philomène 197
Marmier (Général G.). Contributions à la géographie de la Pa-
lestine et des pays voisins (suite) 29 et 476
Poznanski (S.). Ephraïm b. Schemaria de Fostat et l'académie
palestinienne 1 45
Reinach (Théodore). Une inscription juive de Chypre 191
Schwab (Moïse). Un Mahzor illustré 230
NOTES ET MÉLANGES.
Buechler (Ad.). Du sens de 0"itt"»3 dans le Talmud babylonien. 4 32
Ginsburger (M). Encore un mot sur la famille Schweich 277
Kayserling (M.). Notes sur les Juifs d'Espagne. Les Juifs de
Barcelone 4 42
Lambert (Mayer). Notes exégétiques 4 30 et 273
Lévi (Israël). Nouvelle note sur la légende de l'ange et l'ermite. 275
BIBLIOGRAPHIE.
Lévi (Israël). Revue bibliographique, 2 e trimestre 4 903 et 4 er se-
mestre 4 904 279
Additions et rectifications 302
Table des matières 303
TABLE DHS MATIKKKS
ACTES ET CONFÉRENCES.
Assemblée générale du 24 janvier 1 904
Allocution de M. Sylvain Lévi, président l
Rapport de M. Schwab, trésorier iv
Rapport de M. Mayer Lambert, secrétaire, sur les pu-
blications de la Société pendant l'année 1901-1902... vi
Blocii (Maurice). Conférence sur la société juive en France
depuis la Révolution xvn
Procès-verbaux des séances du Conseil xi.vi
VERSAILLKS, IMPRIMERIES CERF, 59, RUE DUPLESSIS.
ASSEMBLÉE GÉNÉRALE
SÉANCE DU 24 JANVIER 1904.
Présidence de M. Svlvain Lévi, président.
M. le Président ouvre la séance en ces termes :
Mesdames et Messieurs,
Vous n'attendez pas de votre président un discours; la perspec-
tive de deux rapports et d'une conférence qui vont se succéder me
rappellerait d'elle-même à la discrétion, si j'étais tenté d'en sortir.
Mais la charge que vous m'avez confiée et qui va expirer aujour-
d'hui m'impose un devoir auquel je ne puis me dérober. Je dois en-
voyer un dernier adieu à deux de nos confrères que la mort a pris
au cours de cette année, le baron Arthur de Rothschild et le D r Ca-
mille Delvaille, de Bayonne. L'un et l'autre appartenaient à la
Société depuis sa fondation ; le baron Arthur de Rothschild, fidèle
aux traditions séculaires de son nom, s'était empressé d'apporter
une contribution généreuse à une œuvre qui le touchait deux fois à
titre égal, puisqu'elle intéressait le judaïsme et la science. Si je
rappelle qu'il était le frère du fondateur de la Société, le neveu de
son président d'honneur et l'oncle de notre vice-président actuel,
vous comprendrez que, dans le cercle étroit des Etudes juives, sa
perte nous ait frappés comme un deuil de famille.
Le D r Delvaille suivait de loin nos travaux ; c'est à la frontière
d'Espagne qu'il exerçait son activité infatigable et féconde dans
cette antique communauté de Bayonne qui occupe une place glo-
ACT. ET CÛNF. A
ACTES ET CONFIDENCES
rieuse dans les annales du judaïsme français. Je n'ai point ici à re-
tracer sa vie de labeur, d'étude, de bienfaisance, ni Les Bervices qu'il
a rendus au consistoire de Bayonne qu'il avait été appelé à prési-
der. .J empiéterais sur le domaine d'un de nos prochains conféren-
ciers si j'essayais de vous montrer, par l'image de cette belle
existence, quel rôle le Juif peut tenir dans la société moderne sans
renier son passé ni ses traditions.
Et pourtant, dans le domaine immense des Études juives, est- il
un problème plus pressant, plus considérable ? N'est-ce point là la
question suprême où viennent aboutir toutes nos recherches? Si
nous nous étions voués à exhumer le passé par un vain dilettan-
tisme, notre tâche mériterait l'indifférence indulgente qu'on accorde
à des jeux d'enfants. Nous avons une ambition plus haute et plus
noble ; quand nous fouillons les bibliothèques, quand nous déchif-
frons les obscurs grimoires, quand nous arrachons aux entrailles du
sol des lambeaux de manuscrits ou des fragments d'inscriptions,
nous prétendons faire œuvre réelle et positive et tirer de ces docu-
ments morts le secret de notre propre vie. Une idée nouvelle a
pénétré et fécondé la conscience humaine ; à voir tous les phéno-
mènes de l'univers régis par des lois rigoureuses, constantes, infail-
libles, l'homme a cessé de sa croire un miracle ; il écarte de ses
croyances les forces bienveillantes ou hostiles par caprice, qui lui
suffirent si longtemps pour s'expliquer sa destinée. Le présent n'est
plus une création spontanée, autonome, indépendante du passé ; il
prolonge le passé, il le continue, il le condense ; il n'est que le
passé même en voie de se transformer. Les familles nobles d'autre-
fois gardaient dans leurs archives le souvenir des hauts faits qui les
avaient illustrées comme une justification de leur fortune et de leur
rang. L'humanité d'aujourd'hui s'anoblit tout entière ; elle veut
avoir ses archives, et c'est des historiens qu'elle les attend, lidèles
et sincères.
Solidaires du monde entier, pouvons-nous, sans abus ou sans
étroitesse, nous réclamer du passé juif? Les Juifs ne sont point une
race, on nous l'a enseigné ici avec autorité, et j'y contredis moins
que personne. Parmi les ancêtres des Cahen, des Lévi et des noms
juifs les plus authentiques, combien sortirent de l'Egypte avec
ASSEMBLEE GENERALE DU 24 JANVIER 1904 111
Moïse? Irons-nous pourtant jusqu'à dire que le Juif est un être de
raison ? S'il n'est pas un type naturel, le Juif est un être histo-
rique. La conversion au judaïsme a depuis longtemps cessé d'être
avantageuse ; chacun de nous a derrière lui une longue série
d'aïeux qui ont connu le Ghetto, les persécutions, les humiliations,
les supplices ; qui ont, en des endroits divers, à des heures di-
verses, prié, pleuré, gémi, hurlé, courbé la tête, et qui, sages peut-
être en dépit d'eux, se sont consolés des biens matériels qui leur
échappaient par l'étude, l'étude bienfaisante et salutaire qui panse
les plaies saignantes, donne l'essor au rêve et découvre des paradis
éternellement calmes. Voilà les hommes qui nous ont faits; et si
nous prêtons l'oreille aux voix intimes de la conscience, si nous
épions les gestes que la volonté n'a pas commandés, si nous dé-
montons les ressorts délicats des pensées imprécises qui se jouent
dans notre cerveau, c'est eux que nous entendons, c'est eux que
nous surprenons : quand nous croyons vivre en eux par l'histoire,
c'est eux qui vivent en nous, c'est eux qui continuent leur histoire
par la nôtre. Vraiment, j'admire que certains aient pu croire s'être
émancipés d'une servitude si obsédante, comme s'il suffisait d'un
mot, d'une formule, d'un moment pour briser les chaînes d'acier
qui nous rivent au passé.
Héritiers du passé, en sommes-nous donc les prisonniers? Oui,
si notre ignorance ou notre lâcheté se refusent aux transformations
nécessaires, si nous voulons maintenir par la force d'inertie le bloc
compact des institutions et des usages que les vieux âges nous ont
transmis. Non, si nous voulons, si nous osons voir le monde où nous
sommes, qui s'ouvre à nous, qui nous invite à d'utiles échanges. La
Franco, qui a fait de nous des citoyens, ne nous demande pas plus
qu'aux Provençaux, aux Lorrains, aux Bretons d'oublier et de
renier notre passé ; elle nous demande seulement d'entretenir,
pour les mettre à son service, les qualités héréditaires qui sont
l'honneur et la marque du Juif, et surtout cet opiniâtre esprit mes-
sianique qui s'entête, au besoin contre ses intérêts présents, à vou-
loir le mieux, à le réclamer, à le poursuivre, et qui s'obstine, en
face des résignés et des satisfaits, à prédire le triomphe à venir de
la justice et de la fraternité universelles.
IV ACTES ET CONFKHENCES
M. Moïse Schwab, trésorier, rend compte comme suit do la
situation financière :
Le compte rendu financier pour l'année 1903 ne sera pas plus
long que celui des années précédentes. Vous pouvez redire, avec
une légère variante, heureuses les années qui n'ont pas d'histoire,
puisqu'elles se soldent par un notable excédent, comme vous l'in-
diquent les chiffres suivants :
Recettes.
En caisse au 1 er janvier 1903 1 .247 fr. 70 c.
Cotisations 7 . 090 »
Souscription du Ministère de l'Instruction publique. 375 »
xibonnements et ventes diverses par libraires 1 .531 »
Deux cotisations perpétuelles 900 »
Intérêt des valeurs et compte courant chez MM. de
Rothschild frères 2.494 35
Total 13.638 fr. 05c.
Dépenses.
Impression du n° 90 de la Revue. . 1 . 129 fr.
— — 91 .. 1.250
— - 92 - .. 1.045
— — 93 — .. 1.018
Honoraires pour le n° 90 618 fr. 40 \
»\ ™ 70 2.792 10
— 92 777 »(
— 93 658 »]
Appointements du secrétaire île la rédaction et du
secrétaire adjoint 2.400 »
Honoraires pour traduction des Œuvres de Josèphe 500 »
Frais d'affranchissements divers 167 05
Frais de bureau et de bibliothèque, étrennes 252 15
A reporter 10.551 fr. 30 c.
ASSEMBLEE GENERALE DU 24 JANVIER 1904
Report 10.551 fr. 30c.
Encaissements 107 25
Assemblée générale et quatre conférences 323 50
Magasinage et assurance . . . 100 »
Total ll.082fr.05c.
Le compte des recettes et dépenses est donc en balance favorable,
offrant un avoir en excédent de 2.557 francs, comme il n'y en a pas
eu depuis longtemps. Aussi pourrons-nous largement faire face aux
frais de publication d'un prochain volume des Œuvres de Josèphe,
publiées sous la direction de Théodore Reinach. Puissiez-vous être,
durant de longues années, aussi satisfaits.
M. Mayer Lambert, secrétaire, lit le rapport sur les publications
de la Société pendant l'année 1902-1903 (voir, plus loin, p. vi).
M. Julien Weill fait une conférence sur le Judaïsme alexandrin.
Il est procédé aux élections pour le renouvellement partiel du
Conseil. Sont élus :
MM. Abraham Cahen, Albert Cahen, Rubens Duval, Mayer
Lambert, Sylvain Lévi, Jules Oppert, Salomon Reinach, Théo-
dore Reinach et le baron Alphonse de Rothschild, membres
sortants.
Est élu président de la Société pour l'année 1904 : M. Edouard
DE GOLDSCHMIDT.
RAPPORT
SUR LES PUBLICATIONS DE LA SOCIÉTÉ
PENDANT L'ANNÉE 1901-1902
LU A L'ASSEMBLEE GÉNÉRALE DU 7 FEVRIER 1903
Par M. Mayer LA.MBERT, secrétaire.
Mesdames, Messieurs,
Tandis qu'en politique on salue comme un événement considé-
rable la conclusion de traités d'arbitrage entre la France et ses
voisins, la science a déjà établi depuis longtemps un pareil pacte
entre les travailleurs intellectuels du monde entier. Si les érudits
ne sont pas tous exempts de préjugés nationaux, ils n'en admettent
pas moins L'entente de tous les peuples sur le terrain de la libre re-
cherche, et, sans faire tort au patriotisme, ils contribuent à faire
régner dans le monde la tolérance et la concorde.
Ce caractère international de la science est encore plus marqué
dans une société comme la nôtre; car nos recherches concernent
l'histoire d'un peuple dont les membres ont été dispersés dans le
monde entier et qui, s'étant incorporé dans les nations, a joint ses
destinées aux leurs. Il n'est donc pas étonnant que nous recrutions
dans toutes les régions de la terre nos collaborateurs et nos lecteurs.
Mais il y a plus : quoique nos études portent sur un groupe religieux
spécial, nous faisons appel à tous les hommes de bonne volonté, à
RAPPORT SUR LES PUBLICATIONS DE LA SOCIETE VII
quelque confession qu'ils appartiennent ou n'appartiennent pas, et
nous montrons ainsi que les diverses croyances peuvent vivre en
bonne intelligence quand leurs adeptes poursuivent avec une sin-
cérité égale la connaissance de la vérité.
Porter la lumière dans tous les recoins du passé d'Israël et dis-
siper les erreurs que les siècles y ont accumulées, tel est le but de la
Société des Etudes Juives. Pour accomplir cette tâche et faire
pénétrer jusque dans la masse des notions exactes sur le rôle
que les Juifs ont joué dans l'humanité, notre Société ne s'était pas
contentée de créer une Revue, trop peu lue malheureusement par le
grand publjc, et de favoriser la publication d'ouvrages utiles et bien
faits ; elle avait encore sollicité le concours de conférenciers qui vous
ont entretenus des sujets les plus divers. Les conférences ont été
souvent très brillantes — la dernière en date, celle de M. Maurice
Bloch sur Eugène Manuel ' vous a tour à tour charmés et émus en
vous rappelant le poète distingué, l'homme de cœur et le bon Israélite
que nous avons perdu — , mais elles n'étaient, pour ainsi dire, que
des éclairs au milieu des épaisses ténèbres qui chez beaucoup de,
gens recouvrent la science juive. Sur l'initiative de son président,
M. Sylvain Lévi, et de son premier secrétaire, M. Lucien Lazard, le
Conseil de la Société a décidé que les conférences désormais feraient
suite l'une à l'autre, de manière à donner aux auditeurs, non plus
des enseignements, mais un enseignement. Pour reprendre ma com-
paraison, vous aurez pour vous diriger, non plus des lueurs intermit-
tentes, partant des coins opposés de l'horizon, mais un phare
donnant son éclat à intervalles réguliers.
Cette année vous avez déjà entendu MM. Bérard, Salomon Rei-
nach, Jean Réville, Théodore Reinach. Il serait malséant de louer
ici leur science et leur talent. Ce n'est pas eux que je complimen-
terai, c'est vous que je féliciterai d'avoir entendu les leçons données
par de tels maîtres. Vous savez maintenant par M. Bérard les ser-
vices que les Sémites ont rendus à la civilisation, longtemps avant
que les Grecs et les Latins fussent sortis de leurs forêts ou de leurs
1 Revue, t. XXVII, p. XXI et s.
Mil ACTES ET CONFÉRENCES
cavernes; M. Salomon Reinach vous a expliqué ce qu'il faut penser
d'une prétendue race juive; M. Réville vous a ditcomnient les pro-
phètes ont répandu la morale et transformé l'esprit religieux en
Israël. Enfin M. Théodore Reinach vous a appris comment des
courants divers qui se heurtaient au sein du judaïsme après le retour
de la captivité est sortie cette religion juive qui a conservé une petite
nation au milieu des plus puissants empires. La suite de l'histoire
d'Israël vous sera exposée dans la conférence de ce soir et les sui-
vantes, et vous aurez ainsi, dès cette année, une vue d'ensemble sur
les vicissitudes de ce peuple, les années suivantes cette histoire sera
reprise et détaillée. Ainsi la Société aura atteint son but, qui est non
seulement de produire des travaux originaux et spéciaux, mais aussi
d'en vulgariser les résultats et de vous en présenter la substance
sous sa forme la plus attrapante.
Mesdames et Messieurs,
Ne semble-t-il pas que cette nouvelle création de la Société rende
inutile le rôle de votre secrétaire? Est-il encore nécessaire de vous
parler par le menu des articles de la Revue, quand de vastes syn-
thèses vous en donnent un excellent résumé ? La question est posée.
Mais pour cette année il faut nous résigner, vous à écouter, et moi
à lire. Seulement je compte être plus bref que d'habitude et personne,
je pense, ne s'en plaindra.
Nous divisons d'ordinaire nos études en bibliques et postbibliques,
nous pouvons y ajouter cette fois une partie antébiblique: M. Louis
Lévy s'est occupé du totémisme chez les Hébreux primitifs l . Des
savants ont soutenu que les ancêtres des Israélites avaient par-
tagé les idées des sauvages de l'Océanie et croyaient descendre
d'animaux qu'ils adoraient ; d'où l'interdiction de manger de leur
chair et l'origine des noms d'animaux portés par des tribus sémi-
tiques. M. Lévy pense qu'il n'en est rien. Les animaux que l'on ne
mangeait pas n'étaient pas sacrés, puisqu'on pouvait les tuer, et on
peut expliquer que tel individu ait reçu un nom d'animal par le désir
1 T. XLV, p. 113.
RAPPORT SUR LES PUBLICATIONS DE LA SOCIÉTÉ IX
qu'avaient ses parents de voir leur fils en acquérir les qualités. La
force du lion, le flair du chien, l'agilité du cerf sont des dons que les
hommes regrettent souvent de ne pas posséder.
Passons aux temps bibliques. M. le général Marmier continue à
élucider la géographie de la Palestine et des pays voisins en déter-
minant le site exact de beaucoup de localités l . Pour ce qui concerne
la langue hébraïque je suis obligé de faire violence à ma modestie
en vous signalant mes articles grammaticaux et exégétiques *. Je
vous fais grâce de la grammaire, mais permettez-moi de vous dire
un mot sur une étude intitulée : les dates et les âges dans la Bible 3 .
Vous avez tous remarqué que nous disons en français : tous les
huit jours, au lieu de dire tous les sept jours, aujourd'hui en quinze
pour aujourd'hui en quatorze. C'est que le premier et le dernier jour
de la période sont comptés pour des entiers, même s'ils ne repré-
sentent qu'une fraction. Chez les Hébreux on comptait ainsi les jours,
les mois, les années : on était âgé de cent ans quand on était dans
sa centième année. Mais quand les auteurs bibliques additionnent
des périodes, ils négligent ce détail, de sorte que la chronologie
fondée sur leurs données est forcément inexacte. C'est une cons-
tatation douloureuse, mais qui, espérons-le, ne sera pas taxée
d'hérésie .
On sait que les plus anciens manuscrits hébreux de la Bible ne
remontent pas au delà du ix e siècle de l'ère vulgaire. On a décou-
vert récemment un fragment de papyrus contenant le décalogue et
le début du Schéma. M. Israël Lévi 4 a montré l'importance, au
point de vue paléographique, de ce document, qui remonte très pro-
bablement au 11 e siècle.
Avec M. Krauss nous revenons à la géographie. Notre collabo-
rateur, utilisant les sources grecques et latines, a étudié les divisions
de la Palestine 5 , telles qu'elles existaient lorsque le pays fut réduit
en province romaine après la prise de Jérusalem par Pompée.
1 T. XLV, p. 165 et suiv., et t. XL VI, p. 184 et suiv.
2 T. XLVI, p. 178.
3 T. XLV, p. 285.
4 T. XLVI, p. 212.
5 Ibid., p. 218.
ACTKS ET CONFKIŒNCKS
A cette époque les Juifs étaient depuis longtemps établis en
Egypte. On avait toutefois prétendu qu'ils n'étaient venus à
Alexandrie qu'au n° siècle avant l'ère vulgaire. M . Keinach l
prouve par un document décisif, une inscription grecque gravée sur
une plaque de marbre, qu'ils y étaient venus au moins un siècle
plus tôt.
Alexandrie, ville entièrement hellénique, passait jusqu'ici pour la
patrie du poète Ezéchiel, qui composa, vers l'époque où nous sommes
arrivés, des drames historiques où il imitait Euripide, mais en
prenant pour thème l'histoire biblique. M. Kuyper 2 reproduit les
fragments de sa tragédie sur Moïse, qui dénote plus de simplicité et
de sentiment que d'art poétique. Selon M. Kujper, Ezéchiel serait
plutôt un enfant de Samarie que d'Alexandrie. Mais cette ville peut
se consoler; elle a produit assez d'hommes illustres, comme vous le
montrera notre conférencier de ce soir.
C'est aussi sans doute en Palestine qu'est née cette imitation des
Proverbes et de l'Ecclésiastique, dont M. Harkavy a publié un
fragment 3 . Le texte est divisé en versets à la manière biblique,
mais renferme beaucoup d'expressions talmudiques. L'auteur a des
tendances monacales, il prêche le mépris de ce monde en faveur du
monde futur. 11 serait curieux qu'un pareil ouvrage eût été composé
dans la période talmudique.
Les Israélites en quittant la Palestine étaient allés aussi dans le
Nord et avaient fondé des colonies dans les principales villes de
Syrie. Deux siècles avant l'ère chrétienne ils formaient déjà une
grande communauté à Antioche, ville à laquelle M. Krauss consacre
une monographie détaillée 4 . Les Juifs d' Antioche furent maintes
fois en lutte avec les autres habitants et cruellement drcimés. Us
avaient fait cependant de nombreux prosélytes et préparèrent ainsi
le terrain au christianisme. C'est là, entre autres, que se forma
l'apôtre Paul. Les Juifs furent récompensés d'avoir frayé la voie à
1 T. XLV, p. 161.
* T. XLV1, p. 48 et 161,
3 T. XLV, p. 298.
4 Ibid., p. 27.
RAPPORT SUR LES PUBLICATIONS DE LA SOCIÉTÉ XI
la nouvelle religion par les invectives de Jean Chrysostome et par
toute une série de persécutions, qui ne prirent fin que lorsque les
Chrétiens eurent à leur tour à subir les attaques des Musulmans
qui s'emparèrent de la Syrie. La population juive, déjà très affaiblie
au temps des Croisades, ne s'est pas relevée. Elle a cependant
donné naissance à un juif converti dont le fils fut le célèbre poly-
graphe Bar Hébréus.
Auparavant, comme nous l'apprend M. Israël Lévi 1 , la région
d'Antioch'e avait produit l'auteur du rouleau d'Antiochus, récit ara-
méen, traduit ensuite en hébreu, de l'histoire des Macchabées. Cet
écrit, assez tardif, n'a d'ailleurs aucune originalité.
En Babylonie, les Juifs s'étaient multipliés depuis que Nabucho-
donosor les y avait transplantés. Mais ils restèrent longtemps sous
la dépendance religieuse de la Palestine. M. Epstein, reprenant son
ancienne polémique avec M. Isaac Halevy, dont nous avons déjà
parlé, montre que les autorisations des patriarches de la Palestine
étaient valables en Babylonie 2 .
La littérature de la période biblique est représentée tout d'abord
par le Talmud et les Midraschim. Le Talmud, comme vous le
savez, comprend la Halalcha, ou règles pratiques de la religion, et
la Haggada, ou récits édifiants et légendes de tout genre. Une de
ces légendes rapporte que le roi impie Manassé subit lé même
supplice que Phalaris, d'après l'histoire grecque, infligeait à ses
victimes. Il fut enfermé dans un animal d'airain, au-dessous duquel
on alluma du feu. S'étant repenti à temps de ses péchés il fut rejeté
au dehors. M. Bâcher 3 , confrontant les différentes versions de ce
récit, montre que le mot qui désigne le récipient dans lequel Manassé
devait rôtir indique une forme d'animal, mulet ou taureau, et non
pas une simple chaudière, comme on l'a prétendu.
La mort, selon l'usage talmudique, expie la faute. Néanmoins la
Mischna prescrit que les corps de ceux qui ont été exécutés doivent
être d'abord inhumés dans un lieu spécial, puis exhumés et placés
1 T. XLV, p. 172.
8 Ihid., p. 197.
3 Jbid., p. 291.
XII ACTES ET CONFÉRENCES
dans le tombeau de leur famille. M. Buchler ' étudie tout ce qui se
rapporte au traitement infligé aux cadavres des criminels, et est
ainsi amené à expliquer quelques termes concernant les lits sur
lesquels reposaient les riches et les pauvres et qui servaient au
transport funéraire. Ce sujet est un peu lugubre, mais la science est
la science.
La Uaggada et la Halakha juives formaient le fonds dans lequel
les premiers chrétiens ont puisé. M. Bergman* le démontre une
fois de plus en examinant les éléments juifs contenus dans les
Homélies et les Reconiiaissa/ices, ouvrages faussement attribués à
Clément d'Alexandrie, et qui s'adressent à des chrétiens non encore
complètement détachés du judaïsme.
C'est aussi aux Juifs que les Musulmans ont emprunté nombre de
leurs légendes, comme le fait voir M. Goldziher dans la suite de
ses études judéo-arabes 3 . Ces légendes servent à amplifier le
serment more judaico que les légistes mahométans voulaient impo-
ser aux Juifs. M. Goldziher nous apprend encore que certains
Arabes invoquaient le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, et que
cette prière passait pour particulièrement efficace. Il montre l'ori-
gine juive de la légende de Termite qui s'adressait à Dieu en disant:
mon Dieu, si tu avais un âne, je le ferais brouter avec le mien !
Un prophète ayant blâmé Termite pour cette naïveté, Dieu blâma
à son tour le prophète, en disant que le mérite dépend non de
l'intelligence, mais des bonnes intentions.
La période des Gueonim, chefs des écoles de la Babylonie, ne
fit d'abord que continuer l'œuvre des talmudistes. Il faut attendre
à la fin du x e siècle pour voir la science juive, avec Saadia,
s'épanouir dans d'autres domaines, la grammaire, l'exégèse, la
théologie. La Bible prend alors, en quelque sorte, sa revanche sur
son commentaire. La nécessité de lutter contre les Caraïtes y fut
pour beaucoup, et ceux-ci, en obligeant les Rabbanites à s'adonner
aux études bibliques, rendirent service au judaïsme, quoique leur
1 T. XLVI, p. 74.
1 Jbid., p. 89.
8 T. XLV, p. 1 et suiv.
RAPPORT SUR LES PUBLICATIONS DE LA SOCIÉTÉ Xîll
œuvre personnelle ait été à peu près stérile. Nous avons déjà parlé
du travail approfondi que M. Poznanski a consacré à Anan, le
fondateur du Caraïsme, et qu'il a fini cette année » .
A côté des détracteurs du Talmud, il y avait aussi des détrac-
teurs de la Bible. Mais ce qui est piquant, c'est de voir un écrivain
consigner toutes les contradictions, erreurs de chronologie, obscu-
rités, irrégularités de construction, etc. que présentent les livres
sacrés, non pour abaisser la Bible, mais pour rehausser la valeur
des talmudistes, en montrant qu'eux seuls pouvaient résoudre toutes
ces difficultés. C'est du moins ainsi que M. Seligsohn 2 , à la suite
de M. Porgès, comprend le but d'une critique de la Bible composée
à l'époque des Gueonim. Notre auteur orthodoxe devance l'exégèse
moderne la plus hardie. Il demande, par exemple, pourquoi il est dit
que Seth ressemblait à Adam , tandis qu'on ne le dit pas pour
Caïn et Abel. Ceux-ci ne ressemblaient-ils pas à leur père? — Dieu
promit à Abraham que sa postérité hériterait du territoire de dix
nations; une autre fois c'est six, une autre fois cinq, puis trois. —
Il est écrit que Jethro quitta Moïse, et ensuite on les retrouve
ensemble. — Le prophète Osée reproche à la maison de Jéroboam II
le crime de Yizréel, et dans le livre des Rois on dit que Jéhu avait
agi sur l'ordre de Dieu. Il est regrettable que nous ne connaissions
pas l'auteur de ce libelle, qui dit avoir écrit des ouvrages mer-
veilleux et bien connus en Israël.
Quittons les pays lointains pour venir près de Paris à Corbeil.
Au XIII e siècle R. Pèrèç y composa un recueil dérègles talmudiques
extraites des textes ou dégagées delà discussion des commentateurs.
Cet ouvrage paraissait perdu. M. Elbogen 3 l'a retrouvé en Italie.
Les travaux de ce genre étaient devenus nécessaires à une époque
où les malheurs des temps ne permettaient plus d'approfondir la
Guemara. Les temps de persécutions sont maintenant passés en
France, et il n'y a cependant pas beaucoup de gens qui se plongent
dans l'océan du Talmud! Un livre où les règles pratiques de la vie
1 T. XLV, p. £6 et 176.
4 T. XLVI, p. 99.
1 T. XLV, p. 99 et 204.
XIV ACTES ET CONFÉRENCE»
religieuse seraient exposées avec un petit historique rendrait service
non pas seulement aux Israélites, mais a tous ceux qui veulent
connaître la religion juive, et ne pas la chercher la où elle n'es! pat,
c'est-à-dire dani la théologie.
Pour savoir quelle idée les chrétiens se faisaient au moyen
des Juifs et des hérétiques, il faut lire l'article que M. Bernard
Monod a écrit sur Guibert de Nogent 1 , qui vivait au xi e siècle. Ce
moine, qui était un esprit critique, qui s'éleva contre le culte des
reliques fausses ou vraies, et qui avait de saines idées en exégèse,
déraisonne absolument quand il parle des ennemis de la foi : tous
les crimes commis par les chrétiens leur sont inspirés par les Juifs,
qui les entraînent dans la sorcellerie. 11 agit de même avec les
hérétiques : il accuse les Manichéens, c'est-à-dire les chrétiens
apostoliques, d'avoir des mœurs infâmes et de célébrer des messes
noires. Les hérétiques eurent beau se défendre d'avoir rien l'ait
contre la morale et la religion et triompher même dans l'épreuve de
l'eau, le peuple les massacra et notre Guibert approuve cette tuerie.
Telle était, la mentalité des hommes supérieurs au moyen Age. A-t-
elle tout à fait disparu ?
Si dans presque toute la France les Juifs furent persécutés, à
Marseille leur vie était des plus douces. M. Crémieux 2 a retracé
en détail l'histoire de la communauté marseillaise, qui, datant des
premiers Mérovingiens, a persisté jusqu'au moment où la réunion de
la Provence au domaine royal les soumit au sort des autres Juifs
français. Tout en étant séparés des chrétiens, les Juifs vivaient
avec eux sur un pied d'égalité et la protection des autorités leur
était entièrement acquise. On leur accordait même des facilités pour
observer leur culte : ils étaient dispensés de porter une lumière,
quand ils sortaient le vendredi soir; les statuts leur imposaient bien
un signe distinctif, mais il ne semble pas que les magistrats aient
tenu beaucoup à ce que cette règle fût observée. Encore en 1480,
une chrétienne ayant fait enlever une jeune fille et l'ayant fait
T. XLVI, p. 237.
1 Ibid., p. 1 et 246.
RAPPORT SUR LES PUBLICATIONS DE LA SOCIETE XV
baptiser, le conseil de la ville requit les magistrats de punir très
sévèrement la coupable et ses complices. Mais à cette époque on
commence à accuser les Juit's de faire l'usure, puis de propager la
peste. Les Juifs osèrent résister à leurs ennemis et en appeler au
Roi. Ils obtinrent quelques années de répit, mais à la fin du xv e siè-
cle, ils durent prendre le chemin de l'exil, on ne sait pas au juste à
quelle date. L'unité politique avait cru devoir entraîner l'unité reli-
gieuse et les Juifs.de Marseille furent sacrifiés.
Si, à Marseille, les Juifs en prenaient à leur aise avec la rouelle,
il n'en était pas de même ailleurs. En Allemagne, on voit par les
images représentant des Juifs que la rouelle faisait partie inté-
grante du costume. M. Hildenfinger l en reproduit quelques-unes
d'après l'ouvrage d'un professeur de droit. Pour faciliter l'étude des
Pandectes et des Digestes, ce professeur avait eu l'idée d'illustrer le
code par des dessins symboliques Les Juifs y figurent comme types
du tuteur suspect ou du fabricant de fausse monnaie, ou bien on les
voit circoncisant des chrétiens. Ils ont la rouelle nettement marquée
au bras.
La Revue présente encore d'autres illustrations. M. Schwab - a
fait reproduire les miniatures d'une Haggada datant du xvi e siècle.
Ces miniatures très artistiques, malgré leur naïveté, représentent
l'histoire des patriarches, les plaies d'Egypte, la cérémonie du Séder.
M. Schwab ne croit pas que l'artiste lui-même ait été israélite, parce
qu'il y a des personnages nu-tête et que notre mère Eve n'a pas de
costume du tout. On aurait donc fait appel au talent d'un chrétien
pour un livre de piété juive.
M. Schwab nous donne quelques autres curiosités ; un Credo tra-
duit en hébreu 3 et des vers hébreux extraits des mystères ou
drames religieux 4 . Le plus long poème consiste en une série de
noms propres choisis au hasard et n'ayant que la rime en fait de
raison.
1 T. XLV, p. 218.
* Ibid., p. 112.
3 Ibid., p. 296.
k Ibid., p. 143.
XVI ACTKS ET CONFÉRENCES
Pour l'histoire moderne des Juifs, je n'ai à signaler qu'un article
de M. Kayserling * sur les rabbins de Suisse, à Endingen et Len-
zenau. Notre collaborateur a lui-même clos la série de ces rabbins,
quand il partit pour Buda-l'esth, en 1860. Il n'a pas été remplacé.
M. Kayserling, comme vous le voyez, vous parle de fonctions qu'il
a exercées il y a un demi-siècle. Cela n'empêche pas la plume de
notre fidèle collaborateur d'être toujours jeune et alerte.
Le bilan de nos travaux ne serait pas complet si j'oubliais la
bibliographie, qui occupe une place importante dans notre Revue.
Les livres et brochures intéressant le judaïsme vont toujours en
croissant et multipliant. En dehors des comptes rendus spéciaux
rédigés par M. Bâcher 2 , Foznanski 3 Weill 4 et votre secrétaire 5 ,
M.Israël Lévi G a continué sa revue bibliographique, en s'adjoignant
cette fois non seulement M. Slouschz 7 , qui s'est occupé de la litté-
rature néo-hébraïque, mais encore M Julien Weill, notre confé-
rencier 8 . Nous leur devons à tous des remerciements pour la tâche
fastidieuse, mais indispensable qu'ils se sont partagée. Et comme
lorsque Ton termine la lecture d'un livre de la Loi à la svnag >gue,
nous leur dirons, à eux et à tous ceux qui contribuent au succès de
notre œuvre : Soyez forts et vaillants!
1 T. XLVI, p. 219.
' IbiiL, p. 154.
3 Ibid., p 310.
4 lbid. % p. 314.
5 T. XLV, p. 157 et t. XLVI, p. 152.
6 T. XLVI, p. 276.
7 T. XLV, p. 309.
8 Ibid., p. 133.
LA SOCIETE JUIVE EN FBANCE
DEPUIS LÀ RÉVOLUTION
CONFÉRENCE FAITE A LA SOCIÉTÉ DES ÉTUDES JUIVES
LE 13 MARS 1904
Par M. Maurice BLOCH.
Il y a quelque temps un universitaire fort instruit, non israélite^
me demandait : « Combien êtes-vous de Juifs en France ? Vous
devez légèrement dépasser le million 1 » — Je lui répondis que
Paris comprenait au plus 60,000 Juifs et qu'il y avait deux fois plus
de Juifs à Paris que dans tout le reste de la France. Jamais je ne
vis un homme plus étonné : « Ce n'est pas possible! Vous ne seriez
pas 100,000 Juifs en France ! »
Et de vrai, l'on peut se poser la question. La France ayant éman-
cipé les Juifs, ayant brisé toutes les barrières, comment se fait-il
qu'il ne se soit pas produit une forte immigration juive? Il semblait
qu'elle allait être envahie, inondée, cette terre de France qui s'ou-
vrait aux enfants de Moïse comme une nouvelle Terre Promise.
Le Premier Empire avec ses 130 départements n'a jamais dépassé
150,000 Juifs — s'il les a jamais atteints. La statistique officielle de
1849 donne 85,000 Juifs. La Jildische Statistih, qui vient de
paraître, donne pour la France 1 Juif sur 426 habitants.
Si l'on compare la Pologne avec 1 Juif sur 6 habitants,
la Russie avec 1 Juif sur 10,
l'Autriche avec 1 Juif sur 26,
la Hollande avec 1 Juif sur 53,
ACT. ET CONfr. fe
XVIII
ACTES ET CONFÉRENCES
l'Allemagne avec 1 Juif sur < v 2,
la Turquie avec 1 Juif sur 180,
la Suisse avec 1 .Juif sur 389,
il faut avouer que par rapport à la seule importance numérique
les Juifs français sont quantité négligeable.
Cette infériorité numérique des Juifs est plus facile à constater
qu'à expliquer. On pourrait en trouver des raisons complexes qui
m'entraîneraient trop loin aujourd'hui. Quoi qu'il en soit, les Juifs
entraient enfin dans la société -race a cette fameuse Révolution,
qui fut à la fois une révolution politique, sociale et religieuse.
Religieuse pour les Juifs, comme pour tout le monde. Pouvaient-
ils entrer dans la société nouvelle sans rompre avec des usages sécu-
laires, avec des traditions sacrées, qu'ils n'avaient pas voulu
enfreindre au prix des humiliations et des persécutions? Et c'est là
que les attendaient les adversaires. C'est sur la question religieuse
que très habilement ils avaient porté tous leurs efforts dans les débats
de la Constituante. L'abbé Maury disait: «Je ne connais dans le
monde aucun général qui voulût commander une armée de Juifs le
Sabbath, ils n'ont jamais donné une bataille ce jour!... Le mot
juif n'est pas le nom d'une secte, mais d'une nation qui a ses lois, qui
les a suivies et qui veut les suivre encore. » L'évêque de Nancy
disait: « 11 faut leur accorder la protection, la sûreté, la liberté;
mais doit-on admettre dans la famille une tribu qui lui est étran-
gère, une tribu qui, pour être fidèle à sa loi, doit interdire aux indi-
vidus qui la composent les armées, les arts mécaniques, les arti
libéraux, les emplois de magistrature et de municipalité, une tribu
qui, en obéissant à sa loi, a dans l'année 108 jours de non-valeur?,
Un troisième, moins fougueux, disait encore : « Peut-être les Juifs ne
voudraient pas des emplois civils et militaires que vous les déclare-
riez capables de posséder et sans doute alors votre décret serait une
générosité mal entendue. » Nombre de pétitions adressées à l'As-
semblée nationale apportaient les mêmes protestations.
La Constituante passa outre : « Ils ne jouiront pas des droits que
nous leur donnerons ! Notre devoir est de les donner tout de même.
Nous verrons bien ! »
C'était aux Juifs de répondre, et ils répondirent dans une circons-
LA SOCIÉTÉ JUIVE EN FRANCE DEPUIS LA REVOLUTION XIX
tance mémorable et à la face du monde. C'est quand Napoléon invita
les Juifs du Premier Empire à envoyer des délégués à Paris pour
proclamer si, oui ou non, leurs lois religieuses pouvaient se concilier
avec les lois civiles et politiques et s'ils voulaient entrer au même
titre que les autres dans la société qui s'était ouverte à eux.
Moment solennel pour ces fils de parias, pour ces fils de porteurs de
rouelle réunis à l'Hôtel de Ville, quand les commissaires impériaux
les reçurent dans la grande salle des délibérations, décorée et
pavoisée pour la circonstance, quand, après l'élection du président,
les tambours battirent aux champs, une garde d'honneur présenta
les armes, et que l'officier, se détachant du groupe, vint, l'épée à la
main, prendre les ordres du chef de l'Assemblée. Alors ces hommes
comprirent que quelque chose de grand allait se passer; ils com-
prirent qu'ils tenaient entre leurs mains leur sort, le sort des Juifs
de l'Empire, le sort des Juifs du monde entier. Ils comprirent qu'ils
devaient répondre à la générosité de la patrie d'adoption et à
l'attente du monde chrétien, qui suivait avec une curiosité extra-
ordinaire les débats de ce Parlement juif réuni à Paris, ce Parle-
ment juif qui, à l'aurore du xix e siècle, représentait « comme la
résurrection de la splendeur passée d'Israël l ».
Et des délibérations de ce nouveau Grand Sanhédrin sortit un
nouveau Talmud, qui devait être aussi sacré que l'ancien. Il se
résume dans cette déclaration qui est devenue la déclaration de foi
de l'Israélite français : « Le Grand Sanhédrin statue que tout
Israélite né et élevé en France et traité par les lois de cet Etat
comme citoyen, est obligé religieusement de le regarder comme sa
patrie, de le servir, de le défendre, d'obéir et de se conformer dans
toutes ses transactions aux dispositions du Code civil. Déclare en
outre le Grand Sanhédrin que tout Israélite appelé au service mili-
taire est dispensé par la loi pendant la durée de ce service de toutes
les observances religieuses qui ne peuvent se concilier avec lui. »
Les Juifs venaient de rompre sans esprit de retour avec un passé
de vingt siècles. En un clin d'œil et comme par enchantement, la
liberté avait fait en France ce que les cachots de l'Inquisition et les
tortures n'avaient pu faire en Espagne.
1 Graetz»
ACTES ET CONFÉRENCES
Mais, do même qu* Napoléon voulait la fusion de l'anciec
société et de la nouvelle et qu'il poursuivait cette fusion par les
mariages, de môme il voulait la fusion entre Juifs et Chrétiens - et
par les mariages. L'empereur allait si loin dans cette voie que sur
trois mariages il voulait deux mariages entre Juifs, un entre Juifs et
li retiens
Or que fut-il advenu dès lors du judaïsme français si Napoléon,
qui se constituait volontiers l'agent matrimonial des grands officier*
de sa cour, eût marié les Juifs manu militari, comme il faisait de
ses généraux et colonels?
J'ai entendu dire par de bons esprits que les Juifs de 89 avaient
manqué le coche. Eh quoi 1 Us n'avaient pas compris que les temps
du Messie étaient venus avec la Révolution française! Les temps
du Messie étaient venus avec cette nouvelle société qui, à la
vieille Trinité de l'Eglise, substituait cette autre Trinité dont les
noms se lisaient sur toutes les murailles : « Liberté 1 Égalité ! Fra-
ternitél »
Cette Trinité est plus vieille que celle de l'Eglise ; c'est celle même
de Moïse. C'était le moment de retourner au mosaïsme pur, alors
que d'autres parlaient de retourner au christianisme primitif. Et
dans cette France qui rompait avec Rome, qui fermait à la fois les
églises, les temples, les synagogues, est-C3 que l'on n'était pas bien
près de s'entendre pour proclamer l'Éternel Un ? Et quelles eussent
été les destinées du Judaïsme français, du Judaïsme tout entier, si la
Révolution, qui appelait les peuples à la liberté universelle, les eût
encore appelés à la religion universelle? C'était aux Juifs à marquer
le pas.
Si vraiment les Juifs ont manqué le coche, la France elle-même
l'a manqué. C'a été le regret de Quinet et de bien des penseurs.
Avec le Concordat, le sacre de l'Empereur, chacun reprit son
étiquette confessionnelle. Oh ! ce ne fut plus cette société religieuse
fermée d'où le Juif était forcément exclu. Ce fut une grande société
civile et politique, ou trois sociétés religieuses se fondaient, avant
les mêmes lois, jouissant des mêmes droits et laissant à chaque
membre le soin de s'y faire la place que lui donneraient son activité,
son intelligence et son dévouement.
LA SOCIÉTÉ JUIVE EN FRANCE DEPUIS LA RÉVOLUTION XXI
Grande conquête des temps modernes, l'Eglise se réconciliait
avec la Synagogue pour vivre de la vie commune dans une patrie
commune 1
Ce ne fut pas la Synagogue qui montra le moins de sagesse. Dans
toutes ses créations, elle s'inspira de l'esprit de l'époque et sur
toutes choses elle imprima un caractère essentiellement laïque. Et
ceci facilitera singulièrement les rapports avec les pouvoirs pu-
blics 1 . Nulle ingérence du dehors, nulle hiérarchie ecclésiastique
dont le sommet est hors du territoire national. Le sommet ! Quelques
citoyens français formant le Consistoire central. Rabbins et grands
rabbins sont nommés par des Consistoires laïques; ces laïques sont
élus à leur tour par d'autres laïques. Il est même curieux de voir
avec quel soin jaloux, de 1800 a 1830, on subordonne l'élément reli-
gieux à l'élément civil. C'est qu'il ne faut pas comparer nos rabbins
d'autrefois aux rabbins d'aujourd'hui. Ceux d'aujourd'hui sont tout
d'abord des citoyens français. Plusieurs sont de tins lettrés, qui re-
présentent le judaïsme avec autorité. Mais' pouvaient-ils repré-
senter le judaïsme français, ces rabbins d'autrefois qui ne savaient
que le Talmud, qui ne parlaient pas le français, qu'on faisait venir
de la Pologne, de la Galicie, de Francfort? — 11 fallait faire cesser
un pareil état de choses. Une école rabbinique est créée à Metz.
Article IV du règlement :
« Pour être admis à l'école rabbinique il faut 1° être Français. »
Arrêté du Consistoire de Paris 17 décembre 1831 : «Aucun ser-
mon ne pourra être dorénavant prononcé dans le temple qu'en
langue nationale. »
En 1859, l'école de Metz est transférée à Paris et devient le Sé-
minaire israélite. Les études y seront plus fortes, plus variées, et
l'esprit plus large de la capitale remplacera l'esprit local d'une com-
munauté de province.
Toutefois ne laissons pas d'adresser un hommage de reconnais-
sance à ces modestes serviteurs de l'école de Metz, qui formèrent nos
premiers pasteurs prêchant dans la langue nationale et qui mon-
1 « Les déclarations cTabus contre les ministres du culte israélite sont pour
ainsi dire introuvables. » Baugey, De la condition légale du culte israélite en France
et en Algérie.
XX 11 ACTES KT GONFÉRENCBl
t raient avec fierté l.-urs jeunes élevai étudiant, à oôtédu Taimud,
la tangue el la littérature profanes. C'est avec un orgueil naïf que
plus d'un ancien élève de Metz joignait a son titre du grand rabbin
cette mention, alors éblouissante dans la nouveauté : « Bachelier
es lettres. » — 11 y a quelque cinquante ans la place de Grand
Rabbin de Paris fut vacante. On parla do différents candidats :
Chacun avait sa brigue et de puissants suffrages.
L'un d'un sang fameux vantait les avantages.
L'autre faisait observer qu'il était bachelier. — Le grand rabbin
Isidor fut nommé. Celui-ci était mieux que bachelier. 11 était Fran-
çais par toutes les libres de son être. Un jour, en Allemagne, il fut
prié de prendre la parole dans un banquet après une série de dis-
cours en allemand. Le grand rabbin Isidor se leva et déclara qu'il
ferait son toast en français : « Je vous parle français, car la langue
française est une langue sainte; car la première elle a fait entendre
en faveur de nous Israélites les mots de liberté, d'égalité, et les a
proclamés solennellement au milieu de toutes les nations de la
terre. »
Celui qui s'exprimait ainsi tint haut ce jour le drapeau du ju-
daïsme français et le drapeau de la France.
Je reviens au Grand Sanhédrin. Entre autres ordonnances
édictées par lui, je crois intéressant de vous signaler la suivante :
« Le Grand Sanhédrin, en conséquence du pouvoir dont il est
revêtu :
« Ordonne à tous les Israélites, qui jouissent maintenant des droits
civils et politiques, de rechercher et d'adopter les moyens les plus
propre» à inspirer à la jeunesse l'amour du travail et à la diriger
vers l'exercice des arts et métiers, ainsi que des professions libé-
rales, attendu que ce louable exercice est conforme à notre sainte
religion, favorable aux bonnes mœurs, essentiellement utile à la
patrie, qui ne saurait, voir dans des hommes désœuvrés et sans
état que de dangereux citoyens. »
Appeler les hommes au travail, déclarer dangereux citoyens les
désœuvrés, honneur au Grand Sanhédrin qui entrait ainsi dans les
idées modernes, idées modernes bien anciennes cependant, car il a
LA SOCIÉTÉ JUIVE EN FRANCE DEPUIS LA RÉVOLUTION XXIll
été dit depuis bien longtemps : « Tu travailleras pendant six jours
et tu te reposeras le septième. » Mais si ce septième jour n'est pas
le même pour la société religieuse dont on fait partie et pour la
société civile dont on fait partie également? Sur ce point le Grand
Sanhédrin a gardé le silence de Conrart, soit qu'il ne prévît pas les
difficultés résultant d'un ordre nouveau de choses, soit que toute
solution future lui parût suffisamment indiquée par l'esprit même de
ses décisions libérales.
Mais remarquez, je vous prie, la date du Grand Sanhédrin : 1806.
Depuis quinze ans la France combattait sur les champs de bataille
de l'Europe; depuis quinze ans les Israélites, enrôlés volontaires,
appelés par la levée en masse, faisaient leur devoir sous les dra-
peaux. En déliant les militaires des observances religieuses, le Grand
Sanhédrin régularisait un état de choses existant. Mais où Yoyait-il
des préfets juifs, des juges, des universitaires, tous soldats à leur
poste? Nul alors ne pouvait prévoirie magnifique développement
de cette société juive, qui allait entrer dans une voie nouvelle, qui
allait s'y précipiter, disent quelques-uns, si bien qu'il aurait fallu un
Grand Sanhédrin en permanence pour décider chaque jour de nou-
veaux cas de conscience.
Et ce n'est pas la partie la moins intéressante de l'histoire des
Israélites français que cette lutte qui va éclater, les uns voulant
compléter l'œuvre du Grand Sanhédrin, réclamant pour chacun le
droit d'élargir à son gré la route déjà frayée; les autres disant que
la question ne serait pas posée, qu'ils n'iraient pas plus loin que le
Grand Sanhédrin, et même que celui-ci était allé assez loin.
Dès 1817 paraît un journal dont le titre était fort heureusement
trouvé. C'est V Israélite Français, qui parle des réformes nécessaires.
En 1836 un journal dont le nom indique les tendances, la Régénéra-
tion, pousse le cri de guerre : « En avant ! »
Cette lutte va produire toute une littérature (articles de journaux
et brochures) qui à elle seule mérite toute une conférence. Ni dans
Rabelais, ni dans Paul-Louis Courier il n'y a plus de verve, plus
d'entrain, plus d'esprit mordant, plus de bon sens impitoyable. Et
des deux côtés, si bien qu'en lisant les uns, on dit : « Ils ont
raison », et qu'en lisant les autres, on se demande : « Ont- ils tort? »
XXIV ACTES ET CONFÉRENCES
Et ces articles de journaux, et ces pamphlets sont plus d'une fois
reproduits et commentés par la presse non israélite.
Alors — il y a plus d'un demi-siècle — certains demandaient avec
insistance de reporter le samedi au dimanche, de prier en français et
non plus en hébreu ; de réduire la fête de Paque à doux jours, dont
le premier resterait fixé au mois de Nissan, mais avec suppression
des pains azymes. Et ici l'argument ne manque pas d'originalité. —
« Voici le pain de misère qu'ont mangé nos ancêtres ! » — Du pain
de misère à 1 fr.20 le kilo, quand le pain blanc coûte fr. 30! Mais
au prix où est le pain de misère, nos ancêtres auraient pu manger
de la brioche 1
Le deuxième jour de Pàque devait être reporté au 21 septembre,
jour anniversaire d'une autre sortie d'Egypte. C'est le 21 septembre
1791 que l'Assemblée Nationale Constituante avait proclamé l'éman-
cipation complète des Juifs ! Et ce jour, au lieu de parler de Rabbi
Eliézer et de Rabbi Tarfon, on parlerait de Mirabeau et de Grégoire.
— Quoi qu'on en pense, ridée ne manque pas de grandeur.
D'autre part, n'était-ce pas descendre à des enfantillages, quand,
sous prétexte d'entrer plus intimement dans la société française, on
remplaçait le schohet par le sacrificateur, le mohel par le pèrilomiste?
On se serait cru au temps où Voiture prenait la défense de la con-
jonction car. Mohel et Schohet trouvèrent un défenseur qu'on ne
soupçonnerait pas, Crémieux, qui disait avec finesse : « Laissez donc
ces mots ; à force d'être employés, ils entreront dans la langue. »
Les adversaires répondaient à ces arguments et à d'autres, parfois
plus vifs, par de vives ripostes. Voici une rétiexion qui mérite qu'on
s'y arrête. « Vous dites que les lois alimentaires ne sont plus d'usage.
Mais n'est-ce pas l'obligation de boire du vin cascher et la difficulté
de se procurer ce vin qui nous ont empêchés de devenir des alcoo-
liques? Voulez-vous renoncer à cette forte vertu atavique? Récla-
mez-vous le droit à l'ivresse?» — Une comparaison qui est de l'époque
peignait assez bien la situation : « Supposez des hommes qui circulent
dans une enceinte longtemps fermée ; il faut renouveler l'atmosphère
et pour cela établir la communication avec l'air extérieur. On ouvre
les fenêtres et les portes. L'air pur et vivifiant est entré. Mais faut-
il briser ces portes et ces fenêtres quand il suffit de les ouvrir ? Et
LA SOCIÉTÉ JUIVE EN FRANGE DEPUIS LA RÉVOLUTION XXV
faut-il surtout démolir la maison? » — Et déjà sous Louis-Philippe
on répétait ces mots répétés encore aujourd'hui : « Nos grands-pères
observaient samedis et jours de fête. Nos pères observaient le Kip-
pour. Les enfants n'observent plus rien du tout. »
L'indifférence, voilà où aboutissait en France ce judaïsme que l'on
disait attaché opiniâtrement à ses pratiques. Et cela il y a plus d'un
demi- siècle !
Ecoutez ce qu'a dit Henri Heine en 1840 : « Les Juifs en France
sont émancipés depuis trop longtemps déjà pour que les liens de race
ne se soient pas beaucoup relâchés; ils se sont presque entièrement
perdus ou, pour mieux dire, absorbés dans la nationalité française.
Ces Juifs sont des Français tout comme les autres, et ils ont donc
aussi des mouvements d'enthousiasme, qui durent vingt- quatre
heures, et quand le soleil est bien chaud, même trois jours! Encore
ne peut on dire cela que des meilleurs. Beaucoup d'entre eux pra-
tiquent encore leur vieux culte cérémonial, le culte extérieur; ils
l'exercent tout mécaniquement, par ancienne habitude et sans savoir
pourquoi. Quant à une croyance intime, il n'en est resté aucune
trace, car dans la synagogue aussi bien que dans l'église chrétienne,
le spirituel corrosif de la critique voltairienne a exercé son influence
dissolvante.
« Il faut que je fasse ici une remarque qui est peut-être la plus
amère de toutes. Parmi les Juifs baptisés, il y en a beaucoup qui,
par une lâche hypocrisie, disent encore plus de mal d'Israël que ses
ennemis par droit de naissance. De la même manière, certains écri-
vains ont soin, pour ne pas rappeler leur origine, de parler des
Juifs très défavorablement. C'est une chose connue et tristement
ridicule. »
Ceci a été écrit il y a soixante-quatre ans ! — Et aujourd'hui?
Henri Heine ajouterait au moins un post-scriptum pour constater
comme un réveil de l'esprit juif. Nous sommes témoins d'un curieux
mouvement, d'un mouvement triple qui se fait dans le judaïsme
français.
Tout d'abord l'Israélite français est moins indifférent à l'histoire
juive, à la littérature juive. La grande question juive, toujours d'ac-
tualité et qui plonge dans le passé, l'a rendu curieux de ce passé.
XXVI ACTES HT CONFÉRENCES
Des efforts sont tentés pour faire cesser le divorce qui a duré trop
longtemps entre les études sacrées et les études profanes. Q y a à
Paris une modeste croie annexée au Séminaire israélite et qui s'ap-
pelle le Talmud-Torah. De là sortent tous les ans des jeunes gens,
qui, sans devenir rabbins, sont Juifs par le cœur, Juifs par l'esprit,
Juifs par la forte nourriture intellectuelle puisée à la moelle du
judaïsme. Il y a là un mouvement intéressant qui pourrait devenir
fécond. — Là se recruteront les meilleurs collaborateurs pour la
Revue des Éludes Juives, pour cette Société des Etude* du ires qui a
prouvé que le Juif est capable de plus de trois jours d'enthousiasme!
Depuis vingt-cinq ans elle continue ses laborieuses recherches.
Depuis vingt-cinq ans elle accomplit l'œuvre de science et de vérité,
et par l'impulsion qu'elle a donnée aux études juives, elle a contribué
elle aussi au réveil de l'esprit juif.
La presse israélite elle-même a plus de lecteurs, et dans la presse
je comprends encore ces comptes-rendus annuels de la bienfaisance
où se manifeste la vitalité du judaïsme français. S'il meurt dans les
pratiques, il revit dans la science et dans la philanthropie. — Voilà
ce que tout d'abord aurait constaté Henri Heine.
Science et Judaïsme, n'est-ce pas encore le but que se propose
cette Université juive populaire — dont je viens de recevoir le compte
rendu, d'ailleurs fort intéressant? J'y étais l'autre jour, à cette Uni-
versité de la rue de Jarente, et, après une conférence en français
écoutée avec beaucoup d'attention, j'ai vu des jeunes gens, des
jeunes femmes prendre en main et commenter avec vivacité des
journaux hébraïques, des journaux écrits dans cette vieille langue,
qui aujourd'hui se réveille et se montre assez souple pour exprimer
toutes les idées modernes. La Sorbonne vient d'autoriser l'ouverture
d'un cours libre sur cette littérature hébraïque moderne. J'ai connu
un jeune bachelier, qui, pour aller plus vite du grec et du latin au
français en lisant Homère et Virgile, se servait de traductions hé-
braïques.
Voilà un second mouvement connexe à celui dont je viens de
parler, causé par L'immigration russe et roumaine. Voila un nou-
vel élément introduit dans le judaïsme français. Qu'en adviendra t-
il? C'est une nouvelle alliance franco-russe, sur laquelle on peut
LA SOCIETE JUIVE EN FRANCE DEPUIS LA REVOLUTION XXVU
fonder de belles espérances, s'il ne survient pas de complications de
la part des Japonais.
Enfin —j'ai dit que le mouvement était triple — on parle de l'ou-
verture d'un nouveau Temple appelé Temple libéral. Des dames très
actives sont à la tête du mouvement l . Des souscriptions sont de-
mandées pour organiser le nouveau culte. Il y aurait un office le di-
manche. J'en sais qui en rient; j'en sais qui s'en affligent; d'autre s
attendent avec une curiosité bienveillante — - et ce ne sont peut-être
pas les moins intelligents Cette impatience même, ce besoin de faire
quelque chose prouve la vivacité du sentiment juif. Et comme disait
l'un des réformateurs : « Mieux vaut aller à la synagogue le di-
manche que de ne pas y aller du tout. »
D'ailleurs, la crise qui travaille le judaïsme ne lui est pas particu-
lière. Elle est de l'époque et la question est double : d'une part, les
vieilles pratiques et les exigences matérielles ; de l'autre, la science
et la religion. Plus d'un philosophe entrevoit une religion nou-
velle. L'un d'eux lui a même déjà donné un nom, à cette nouvelle
croyance : une cristallisation d idées juives ! La scission qui est sur
le point de se produire dans le judaïsme marquerait- elle le point de
départ ?
Une cristallisation d'idées juives, ce mot est d'un penseur non
israélite qui se rencontre avec un penseur israélite, J. Darmesteter.
Celui-ci a écrit : « Le Judaïsme, seul de toutes les religions, n'a
jamais et ne peut jamais entrer en lutte ni avec la science, ni avec
le progrès social. Ce ne sont pas des forces hostiles qu'il accepte ou
qu'il subit par tolérance ou par politique. Ce sont de vieilles voix
amies qu'il reconnaît et salue avec joie, car il les a, bien des siècles
déjà, entendu retentir dans les axiomes de sa raison libre et dans le
cri de son cœur souffrant 2 . »
Et Darmesteter ajoutait : « C'est pour cela que, dans tous les
pays qui se sont lancés dans la voie nouvelle, les Juifs ont pris leur
part, et non médiocre, plus vite que ne le font des affranchis de la
1 L'une d'elles vient de publier un joli petit volume pour familiariser la jeu-
nesse avec la littérature juive : A travers les moissons, par Marguerite Brandon-
Salvador.
1 Coup d'œil sur l'histoire du peuple juif.
XXVIII àCTKS il CONFË liENCES
veille, à toutes les grandes œuvres <l<> la civilisation, dans le triple
champ de la science, de L'art et de l'action. »
Et c'est Là où nous allons, maintenant trouver les Juifs.
Le romancier Komperl raconte dans Bes Nouvelles que, L'empe-
reur Ferdinand avant émancipé les Juifs, un vieil habitant du
ghetto de Prague, pris d'enthousiasme, se dit qu'il était de son
devoir (l'aller remercier L'Empereur en son nom et au nom de ses
coreligionnaires. Il attelle sa carriole, y fait monter sa femme et
ses fils et se met en route. A peine est-il hors du ghetto qu'il est
accueilli par des huées et des sarcasmes. Plus il avance, plus il
constate avec tristesse que l'esprit des concitoyens n'a pas beau-
coup changé à l'égard des Juifs. Le voilà enfin sur la grande route.
Il voit des champs en friche et il se souvient qua l'Empereur a dit
que l'agriculture manque de bras et que chacun doit se mettre au
travail. Et le vieux Juif a une idée : Inutile d'aller à Vienne ! Le
voilà le moyen de remercier l'Empereur I Se mettre au travail,
comme il le demande ! Et aussitôt le vieux Juif retourne chez lui,
vend sa maison, achète un champ et le cultive.
Ainsi devaient faire les Juifs en France. Ils ne perdirent pas
leur temps à remercier l'Empereur. Il fallait non des paroles, mais
des actes. Certes, l'on ne pouvait pas demander à la première gé-
nération de 89 de se transformer du jour au lendemain. 11 fallait le
temps de dépouiller le vieil homme. Et pourtant, bien avant le
Grand Sanhédrin, les soldats juifs faisaient leur devoir. Dans la
Grande Armée, il y avait des Juifs par centaines. Dans le Grand
Sanhédrin, il y avait deux anciens militaires. — Et depuis?. . . Je
ne vais pas vous refaire une conférence sur les vertus militaires
des Juifs *. Je rappellerai seulement que ia France a élevé des
monuments pour signaler à la reconnaissance éternelle du pays les
noms de ses enfants juifs tombés sur le champ de bataille. Napo-
léon I er demandait au Grand Sanhédrin si les Juifs sauraient dé-
fendre la France comme ils défendraient Jérusalem ! Et un gé-
néral français, faisant à la jeunesse un discours sur le patriotisme,
ne trouvait rien de mieux que de lui citer comme exemple un des
1 Voir Quatre conférences sur les Juifs, les Vertus militaires, par M. Blocli.
LA SOCIÉTÉ JUIVE EN FRANCE DEPUIS LA RÉVOLUTION XXIX
fils de ceux que la France avait émancipés. C'est tout dire 1 .
Le patriotisme des Juifs ! Il y a peut-être quelque chose encore
de plus convaincant. Après le traité de Francfort, des centaines de
Juifs quittèrent Metz, Strasbourg, Colmar. —Devant l'aigle noire
à deux casques qui décorait les monuments, ils ont dit, comme le
vieux sergent de Béranger :
C'est un drapeau que je ne connais pas.
En 1873, la Société des Gens de lettres décida d'imprimer et de
vendre un livre spécialement composé par elle au profit des Alsa-
ciens-Lorrains. Il y a là des envois de G. Sand, V. Hugo, Erck-
mann-Chatrian, Th. Gautier, Legouvé. La dernière page a été
écrite par un Israélite alsacien ; c'est la plus touchante peut-être
du recueil. Ce sont quelques vers inspirés au poète Ratisbonne,
par cette peinture de Henner, cette Alsacienne en deuil.
Ton fiance, sans doute, est parti pour la guerre,
Tu l'attends, anxieuse, et, depuis bien longtemps,
— Je m'appelle l'Alsace orpheline, et j'attends
Non pas mou fiancé, mais la France, ma mère!
Voilà l'état d'âme du Juif alsacien, du Juif français.
Et c'est par l'Ecole qu'il s'est formé. Des écoles, ce fut le cri de
tous les Juifs émancipés qui voulaient se régnérer ! Des écoles,
ce fut le cri de cette Alsace juive, qui pour ses petits vagabonds,
fils de fripiers et de marchands de bestiaux, ouvrait des écoles
primaires, ouvrait des écoles professionnelles et trouvait dans son
cœur les plus heureuses inspirations pédagogiques 2 !
Napoléon demandait au Grand Sanhédrin si les Juifs se tourne-
raient vers les carrières libérales, vers les professions manuelles.
Le Grand Sanhédrin répondait par des paroles. La génération sui-
vante répondit par des actes.
1 II s'agit du jeune Richard Bloch, élève de mathématiques spéciales et déjà
décoré de la médaille militaire, cité par le général Saget à la distribution des prix
du lycée Saint-Louis (l872).
1 École de travail de Strasbourg ouverte en 1825. — École de travail de
Mulhouse ouverte quelques années plus tard. — Société d'encouragement pour
les arts et métiers créée à Metz en 1823. Voir Quatre conférences sur les Juifs^
l'Œuvre scolaire.
XXX ACTKS ET CONFIDENCES
Dès 1825 l'on constatait do toutes parts les heureux change-
ments survenus chez les Juifs. On remarquait que nombre d'entre
eux s'étaient portés vers ces carrières libérales, vers ces profes-
sions manuelles pour lesquelles on leur supposait de l'indiffé> ace
ou de l'éloignement. Dans son résumé de 1 histoire des Juifs mo-
dernes, publié en 1828, Léon Halévy pouvait déjà citer nombre de
coreligionnaires recommandables par leurs talents et leurs lumières,
et à Paris et en province, et hautement appréciés par leurs conci-
toyens.
La grande actrice Rachel eut un jour une idée curieuse : elle
voulut donner un grand diner où il n'y aurait que des Juifs de
renom. Elle voulait inviter l'ancien ministre de la Justice, son vieil
ami Crémieux ; le ministre Fould ; le fondateur de cette maison de
banque, alors dans toute sa gloire, James de Rothschild ; l'acadé-
micien A. Franck; l'éditeur Michel Lévy; un autre Michel Lévy à
la veille de partir pour la Crimée comme inspecteur général des
services médicaux de l'armée ; l'auteur de la Juive, Fromenthal Ha-
lévy, et son frère Léon ; le journaliste Millaud. A ces convives elle
voulait adjoindre quelques étrangers de marque, venus en France
pour y trouver une patrie d'adoption: Meyerbeer, Henri Heine.
J'ignore pourquoi ce dîner n'eut pas lieu, et je le regrette. L'auteur
des Salons parisiens, M me Ancelot, eût ajouté à son livre une page
au moins curieuse : Un dîner chez Rachel '.
Et cette société juive nous reporte à un demi-siècle en arrière !
Et depuis?... Elle a été écrite en partie, l'histoire de cette société
juive contemporaine, elle a été écrite dans des pages d'une sobre
éloquence, d'une sincère émotion, où le panégyriste a su garder
l'impartialité de l'historien. Ouvrez, je vous prie, ce livre de M. le
grand rabbin 2Jadoc Kahn : Souvenirs et regrets.
Voici l'armée avec le colonel Moch, le colonel Salvador, le com-
mandant Franchetti, le commandant Bernard, le docteur Widal, mé-
decin-inspecteur général, commandeur de la Légion d'honneur, fils
Rachel connoissait-eUe ce passage de Balzac ? « Les Juifs ont accaparé l'or;
ils écrivent Robert le DiabUf ils jouent Phèdre; ils chantent Guillaume Tell; Ûfl
commandent des tableaux ; ils élèvent des palais ; ils écrivent Rtisebiidtr el d'ad-
mirables poésies. »
LA SOCIETE JUIVE EN FRANCE DEPUIS LA RÉVOLUTION XXXI
de l'Alsace juive. Voici l'Académie des sciences morales avec
Ad. Franck, les Inscriptions et Belles- Lettres avec Derenbourg;
l'Académie de Médecine avec Mathieu Hirtz, une des lumières de la
Faculté de Strasbourg, enfant lui aussi de l'Alsace juive. Voici la
peinture avec Benjamin Ulmann, l'auteur du tableau si connu Le
Libérateur du Territoire. Voici la politique avec Kœnigswarter,
Javal, Crémieux. Voici le Journal des Débats avec Ratisbonne, le
Journal officiel avec Henry Aron. Voici encore la science, la science
nationale par excellence, où jamais nationaliste n'atteignit la hauteur
de ce Juif appelé A. Darmesteter. Voici l'enseignement secondaire,
voici l'enseignement primaire, inspecteurs, professeurs, instituteurs ;
voici le Conservatoire des Arts et Métiers ; partout des serviteurs
utiles au pars, formant le cœur et l'esprit de la jeunesse française.
Et les serviteurs de l'humanité souffrante dont quelques-uns furent
des apôtres ! Et les grands bienfaiteurs, fondateurs des grandes
œuvres philanthropiques dont le nom est sur bien des lèvres, disons
mieux-, dans bien des cœurs !
Et combien ne sont pas nommés ! Et combien sont morts depuis
l'impression de ce livre ! Et quel beau livre encore nous donnera
l'auteur quand il élèvera un souvenir aux filles d'Israël : M me Coralie-
Cahen, chevalier delà Légion d'honneur ; M me Furtado-Heine, offi-
cier de la Légion d'honneur ; M mc Jules Béer, dont Maxime Du
Camp a fait un si bel éloge dans son Paris Bienfaisant. Et combien
d'autres !
« Vous n'êtes pas 100.000, me disait mon universitaire et vous
faites du bruit pour 10.000.000. » Le Juif déconcerte la statistique.
Il y a un Juif sur 426 habitants. A suivre la proportion, il n'y aurait
pas un seul Israélite à l'Institut. Il y en a 11, plus 2 membres
libres, plus un correspondant *.
Prenez les cours du Collège de France : grammaire comparée,
philologie et archéologie assyrienne, langue et littérature sanscrites;
1 Plus les étrangers, associés et correspondants, qui forment un groupe inté-
ressant et de haute valeur.
Je viens de recevoir une lettre de faire part annonçant la mort du général de
division Sée. Sur la liste des personnes mentionnées dans la lettre de deuil je
trouve deux membres de l'Académie de médecine.
XXXII ICTES il » OxNFÉRENCES
philosophie grecque el latine, mécanique analytique et mécanique
céleste 5 cours, — 5 Juifs? - Non 6; au dernier, un titulaire et
un suppléant.
Je ne vais pas faire le tour des Facultés, de l'École des Hautes
Études et d'autres établissements scientifiques, universitaires, artis-
tiques, et citer des noms que tout le monde connaît.
Je dirai ceci : autrefois pour détruire l'esprit juif on détruisait
quelques bibles. Aujourd'hui, quel autodafé ! Te ne seraient [dus
quelques livres saints qu'il faudrait brûler ! C'est l'œuvre intellec-
tuelle de la France qu'il faudrait mutiler. Une charrette pour le
Journal des Savants) une autre pour le Journal Asiatique, é\ pour la
Revue archéologique, et la Revue des Eludes grecques, et la Revue cri-
tiqm, et la Revue de linguistique ; la Bibliothèque de l'Ecole des
Chartes, le J/oge/i Age, la Romani a \V Année sociologique, la Revue
internationale de sociologie, les Annales de l'Ecole libre des sciences
politiques; la Revue pédagogique, la Revue de V Instruction publique,
la Revue numismatique-, le Mouvement scientifique, les Annales de
l'Observatoire de Paris, les Annales de l'Observatoire mu micipal, les
Annales de physique el de chimie; la Revue dliggïene, la Revue de
physiologie, la Revue de pathologie, la Revue d'ophtalmologie, la Renie
de largngologie, la Revue de stomatologie, la Gazette de gynécologie,
etc., etc.
J'en passe, j'en passe. Et la Revue de Paris, et la Grande Revue,
et la Revue des Deux-Mondes, et la plus belle de toutes les Revues,
la Revue philanthropique !
Et les journaux quotidiens ! , et les livres ! Il y a à Paris une im-
portante bibliothèque avec les seuls livres écrits sur les Juifs. Quelle
bibliothèque si l'on y ajoutait tous les livres écrits par les Juifs, les
Juifs français seulement ! Quel catalogue !
Il fut un temps où les chrétiens couraient à la synagogue, attirés
' La Presse française compte de brillants écrivains hraéliles. — Des journaux
fort goûtés du public ont clé fondés ou organisés par «les Juifs. Ceux-ci par leUrs
imprimeries ont encore rendu de grands services au journal, n'eussc-je. à nommer
que L'importante maison du regretté Schiller nom toujours vivant et hautement
estimé dans la Presse. — Parmi les rédacteurs rappelons le souvenir de quelques-
uns qui ne sont plus : Aron, Azévédo, blum, Cohen, Dalsème, Lovy, Millaud.
Mortier, Ratisbonne, Weill, etc.
LA SOCIÉTÉ JUIVE EN FRANCE DEPUIS LA RÉVOLUTION XXXIII
par la beauté des offices et les charmes de la musique. Défense leur
fut faite d'assister à ces spectacles. D'autres les ont remplacés. Et
c'est encore la synagogue, quand, le vendredi soir, l'Opéra donne le
Prophète, ou le lundi suivant l'Africaine; quand l'Opéra-Comique
donne le Juif Polonais ; le Français, Les Ouvriers ; la Porte-Saint-
Martin, Les Deux Orphelines; le Gymnase, Le Détour; le Vaude-
ville, Antoinette Saurier; le Théâtre Antoine, Y Indiscret.
Et j'oublie la Renaissance, les Folies Dramatiques, l'Athénée et
tous les théâtres de genre ! Et les interprètes 1 Encore la syna-
gogue ! Mais on l'emporte dans ses malles, la synagogue, avec le
Théâtre de Campagne, où je relève les noms de Dreyfus, de Millaud,
de Berr, de Cahen.
Il fut un temps où, pour détruire tout monument juif, on détruisait
les vsynagogues Eh bien, qu'on les renverse les monuments juifs! Ira-
t-on abattre l'observatoire Bischoffsheim de Nice? Ira-t-on fermer
le dispensaire Furtado-Heine? L'Institut Pasteur supprimera-t-il le
laboratoire de chimie biologique qui porte à son fronton : « Fon-
dation baronne de Hirsch? » N'ouvrira-t-on plus dans les quartiers
pauvres les vingt laiteries philanthropiques de Henri de Rothschild?
Et que dire encore de l'Ecole agricole Kœnigswarter, de l'orphelinat
agricole Jules Béer, de l'Ecole professionnelle d'assistance aux ma-
lades (fondation Alphen Salvador), de l'hospitalité de Ballan (fon-
dation Salvador-Brandon) ? Je pourrais rappeler bien d'autres
œuvres intéressantes où vit le souvenir juif : la Poupounière, les
Crèches parisiennes, les écoles Lemonnier et ces autres écoles dont
la création a été comme une Déclaration des Droits de la femme, les
lycées de filles ? Est-ce que cette création ne sort pas tout entière de
la loi Camille Sée ?
Rien ne prouve mieux combien la Société juive est entrée dans la
Société française, combien ils avaient raison ceux qui disaient :
« Proclamez-les des citoyens français, ils le deviendront. »
Et la voilà la France juive !
Mais la France juive s'étend plus loin que les Pyrénées et la Mé-
diterranée. Prenez la carte de géographie dressée par Y Alliance
israèlite. Voici des points noirs et rouges sur les côtes de Turquie et
d'Asie Mineure ; là sont les écoles de Y Alliance, ces écoles dont
ACT. ET GONP. G
XXXIV ACTKS ET CONFÉRENCES
l'autre jour un homme politique faisait . au Sénat, le plus grand él
Voici Coiistantinople avec L2 écoles, A.pdrinople, Smjrne, Damas.
d'où j'ai vu des devoirs français avec bien moins de fautes d'ortho-
graphique dans bien des copies d'élèves reçus au certificat d'études.
Suivons toujours la carte : Voici la Perso, où je vois des écoles de
X Alliance : 1,061 garçons, 540 filles, dans les écoles de Téhéran,
Ispahan, llamadan. Voici la Côte d'Afrique, ce Maroc si convoité,
où la langue de Racine et de Corneille est enseignée à Tanger
(528 élèves), Tétuan (541 élèves), Fez, Mogador, Marrakesch. Voici
Tripoli, voici la Tunisie avec ses 35,000 Juifs Dans la seule école de
Tunis, savez-vous combien d'enfants écrivent et parlent notre langue
nationale? Près de 1,"700. Le nombre total des élèves de Y Alliance
Israélite est en ce moment de 33,000.
Oui, 33,000 enfants dans ces écoles où des instituteurs et des ins-
titutrices d'Orient, instruits à Paris, vont faire pénétrer dans les
jeunes cerveaux les idées françaises !
Et je ne dis rien de l'Algérie avec ses 55,000 Juifs, français et
arabes à la fois, et par cela même appelés à jouer un rôle principal
dans les relations entre la France européenne et la jeune France
africaine !
Lorsque les Français vinrent prendre possession de la terre
d'Afrique en 1830, ils trouvèrent, dans ce pays inconnu alors pour
eux et hostile, des amis, des interprètes, des guides qui accouraient
pour saluer le drapeau tricolore comme on salue un vieil ami.
C'étaient les Juifs algériens. Et ils méritèrent que la France fît pour
eux ce qu'elle avait fait pour leurs coreligionnaires de 1789.
Supposez ces hommes de la Constituante qui demandaient Térnau-
cipation des Juifs et qui se portaient leurs garants devant la postérité,
supposez-les revenant au monde. Quelle impression ne leur eût pas
donnée un spectacle comme celui de l'Exposition de 1900, la France
invitant les peuples de la terre à venir contempler les merveilles de
son travail et de son industrie, et les travailteurs juifs rivalisant de
zèle avec tous les autres dans ce vaste atelier international !
Il n'est peut-être pas une classe sur les 121 classes d'exposants
où ils n'auraient constaté la participation de ceux dont ils voulaient,
cent ans auparavant, assurer le concours à la France. Métallurgie,
LA SOCIÉTÉ JUIVE EN FRANCE DEPUIS LA RÉVOLUTION XXXV
industrie du bâtiment, industrie des vêtements, industrie chimique,
agriculture, procédés généraux de la mécanique, œuvres d'art, par-
tout ils les auraient trouvés parmi les lauréats les descendants de
ceux dont l'Alsacien Rewbell disait : « Ce sont des usuriers inca-
pables de faire autre chose. »
Mais surtout ces hommes de la Constituante, qui ne parlaient que
de fraternité, se seraient arrêtés aux classes 101 à 112, classes d'une
importance capitale dans le monde moderne, les classes d'assistance
publique et d'économie sociale. Et ils auraient constaté que par ses
sociétés de bienfaisance et de mutualité, par ses institutions philan-
thropiques, par ses écoies (asiles, orphelinats, refuges, écoles pro-
fessionnelles) le judaïsme français a trouvé les solutions les plus
heureuses des grands problèmes sociaux de nos jours *.
Et celui-là se serait applaudi d'avoir été prophète, qui disait :
a Vous acquerrez de nouveaux sujets aussi utiles par leur activité,
leur intelligence, leurs trésors et leurs travaux que soumis à une
constitution et à des lois auxquelles ils seront attachés par les liens
de la reconnaissance. »
Mais, en même temps, qu'auraient dit ces hommes de la Consti-
tuante si on leur avait mis sous les yeux certains journaux de nos
jours, certaines brochures. ..? Ils auraient éprouvé une profonde
surprise. . .? Non, ils auraient dit : « Mais nous les connaissons, ces
journaux. Mais c'est le Patriote français que vous nous donnez, c'est
le Rôdeur français, c'est le Journal de la Cour et de la Ville ! Voilà
bien le numéro où l'on dit que nous venons de nommer comme Pré-
sident de l'Assemblée le rabbin Grégoire ! Et le numéro où l'on dit
qu'un syndicat s'est formé pour acheter les consciences de la Cons-
tituante. Et le numéro où l'on déplore que Louis XVI renonce à son
titre de Roi très chrétien pour prendre celui de Roi des Juifs 1 Et cet
autre numéro où l'on persuade aux masses que les Juifs pouvant
1 Tel a été l'avis du Jury d'Exposition, surtout pour ce qui concerne les insti-
tutions israélites qui sont à la fois des œuvres philanthropiques et des œuvres
scolaires : École professionnelle Bischoffsheim (Hors Concours) ; Refuge de Neuilly
(Grand Prix) ; Orphelinat Rothschild (Médaille d'or) ; École de Travail (2 mé-
dailles d'argent) ; Société et École horlieole du Plessis- Piquet (médaille de bronze
et 2 prix), etc., etc.
XXXVI ACTES ET CONFÉRENCES
aspirer à tous les emplois ne vont pas manquer de devenir évoques
et arche véques ! J »
Mais ces hommes de la Constituante, en lisant nos journaux, crie-
raient au plagiat 1U diraient : « Nous en avons vu d'autres! »
Et c'est là ce que le Juif semble avoir oublié. L'antisémitisme a
surpris nombre de gens; on ne Ta même pas compris, et il y a des
faits que Ton ne comprend pas si on les prend isolément.
J'ai entendu parler souvent de ce professeur israélite chargé d'un
cours de philosophie en province, il y a quelque cinquante ans, et qui
dut renoncer à sa carrière à la suite d'une croisade menée par
l'évèque de Luçon, qui disait que cette nomination était un outrage
et un scandale. On ne manqua pas de crier à l'antisémitisme.
Permettez-moi de rappeler quelques faits de cette époque : Kn
1842, l'archevêque de Toulouse dénonce dans un mandement les
doctrines antichrétiennes d'un professeur de la Faculté de Montpel-
lier, M. Gatien d'Arnoult. Les plaintes faites contre l'enseignement
de M. Ferrari à Strasbourg, de M. Bersot à Lyon, obligent le ministre
a suspendre ces deux cours. L'Univers, dans une lettre à Villemain,
dénonce dix-huit professeurs dont Michelet, Quinet, Jouffroy, Am-
père, Lerminier, Jules Simon, Chevalier. En 1843, l'archevêque de
Lyon menaçait de retirer les aumôniers des lycées si l'on y donnait
un enseignement contraire à la doctrine catholique, et les évêques de
Chiliens, de Langres et de Perpignan s'associaient à cette démarche.
L'évèque de Belley détournait les familles d'envoyer les élèves dans
les collèges de pestilence.
Etait-ce là de l'antisémitisme 1
Et l'évèque de Luçon ne livrait-il pas le même combat que tous les
autres en parlant des dangereuses leçons données par un homme
attaché à la secte juive !
Et tout cela ne visait-il pas au même but, enlever à l'Université le
monopole de l'enseignement, préparer la loi Falloux'.' Naïfs seraient
ceux qui croiraient qu'il s'agissait tout simplement d'empêcher un
professeur israélite de gagner son pain. Et naïfs encore ceux qui
croient que la polémique actuelle, journaux, brochures, romans, tout
1 Voir Léo:» Kahn, Les Juifs de Paris pendant ta Révolution.
LA SOCIÉTÉ JUIVE EN FRANCE DEPUIS LA RÉVOLUTION XXXVII
cet immense effort vise 85,000 Juifs établis au milieu de 36,000,000
de Français chrétiens.
Vraiment les Juifs seraient trop fiers de voir contre eux seuls un
tel déploiement de forces ! Non, la lutte est ailleurs. C'est la vieille
lutte de la Révolution et de la Contre-Révolution ! — Mais c'est par le
Juif qu'on a commencé. — C'est par lui qu'il fallait commencer. Car
le Juif est marqué du sceau de la Révolution; car la Révolution, en.
proclamant que tous les hommes sont égaux, a renversé le dogme
qui fait du Juif l'éternel maudit à travers les nations. — « Et la
question juive, comme l'a dit un homme politique, devient une
question nationale, une question de vie et de mort pour la France.
Ce ne seraient plus les Juifs seuls en tant que Juifs qui auraient à
souffrir, mais la France et la civilisation. »
Et la question économique? Et la ploutocratie juive? Vous parlez
de la science juive. Eh bien ! et cette autre science juive, faire for-
tune?
« Faire fortune est une si belle phrase et qui dit une si bonne
' chose, qu'elle est d'un usage universel ; on la reconnaît dans toutes
les langues; elle plaît aux étrangers et aux barbares; elle règne à
la cour et à la ville ; elle a percé les cloîtres et franchi les murs
des abbayes de l'un et de l'autre sexe; il n'y a point de lieux sacrés
où elle n'ait pénétré; point de désert ni de solitude où elle soit in*
connue. »
Cette réflexion a été inspirée à La Bruyère par le spectacle que
lui donnaient ses contemporains, sans doute cette ploucratie juive
qui avait ses grandes et ses petites entrées à Versailles. Tout le
monde sait que le Grand Roi faisait volontiers monter dans ses car-
rosses les Kahn et les Lévy !
Mais ne sortons pas de notre époque. Et puisqu'il y a une question
économique, je vais vous la présenter en vous citant tour à tour
l'opinion d'un homme de lettres, l'opinion d'un homme de science,
l'opinion d'un homme politique.
L'homme de lettres est M. Edmond About. Il a écrit sur la ques-
tion un dialogue amusant : Le Juif et le Moine. L'article est de
1864.
Le Juif est un riche banquier :
XXXVIII ACTES ET CONFÉRENCES
.1,. Jmr di' rilciii, U baron, plongé dam un fauteuil confortable,
croise ses jambes. Le Père Brisquet, debout, près $$ la /»»■(<■, tourne
QUWQvec un embarras visible.
Lk Baron. — Vous avez quelque chose à me demander?
L« PÈRB. — Rien peu de chose, eu égard aux immenses richesses
que le Ciel vous a départie,», Monsieur le baron, mais beaucoup si
l'on considère la pénurie des infortunes qui \ons implorent.
Lk Baron [ouvrait un tiroir et prenant quelques louis . — Que
ne disiez-vous plus tôt ! Vous quôte$ pout les pauvreg ?
U Pkuk (sans arancor lamain). — Pour mon ordre, Monsieur
le baron, qui a fait vœu de pauvreté.
Le Bahon [reprenani dê l ' or ilans * on iiroir )' — c ' cst différent.
S'il y a vœu de pauvreté, je sais que ça coûte plus cher. Tenez, mon
n, je double la somme.
Le Père. -— Monsieur le baron daignera m'excu>er. Je ne viens
pas solliciter une aumône vulgaire. L'ordre auquel j'appartiens,
quoique indigne, possède plus d'un milliard en Europe. . .
Lk Baron {virement et tendnnl la main). — Alors, mon cher,
vous, êtes plus riche que moi. La charité, s'il vous plaît !
Lk Pèhk {avec une humilité croissante). — Hélas! ces biens ter-
restres ne nous appartiennent pas, et si considérables qu'ils pa-
raissent à première vue, ils sont fort au-dessous des besoins de
l'Eglise. C'est pourquoi nous cherchons à les accroître par tous les
moyens honorables et permis. Nous avons donc espéré que Mon-
sieur le baron ne refuserait pas de nous associer à l'emprunt qu'il
émet en ce moment dans des conditions si avantageuses.
Le Baron. — Allons donc! Du diable si je savais où vous vou-
liez en venir ! Vous demandez de l'emprunt au pair ?
Le Pkrk. — On nous a dit que cet emprunt émis à 60 ferait sous
peu de jours T0 francs pour le moins.
Lk Baron. — Mais, j'y compte !
Le PÈRE. — Mes supérieurs m'ont ordonné en conséquence d'en
prendre, s'il se pouvait, pour six cent mille francs.
Lk Baron. — Tls no sont pas trop botes, vos supérieurs. Je corn-
prend> pourquoi vous avez refusé mes vingt louis tout à l'heure.
C'esl un cadeau de cent milli francs que vous voulez, pas vrai:'
LA SOCIETE JUIVE EN FRANCE DEPUIS LA REVOLUTION XXXIX
Le Père. — Nous le préférerions sans nul doute.
Le Baron. — A propos! Vous savez ce que c'est que mon nouvel
emprunt ?
Le Père. — Nous en avons une idée confuse.
Le Baron. — C'est un emprunt musulman, ni plus ni moins !
Le Père. — Le titre n'a qu'une importance secondaire.
Le Baron. — Mais songez-y ! La fin la plus prochaine de notre
petite opération sera d'affermir un prince mécréant sur son trône.
Le Père. — Qu'importe si la fin dernière doit être d'ajouter
cent mille francs à notre humble trésor !
Le Bapon. — Au moyen âge, mon cher, les Juifs et les moines
vivaient également hors de la société, les moines par choix, les
Juifs par force. Seulement vous la dominiez, et elle nous écrasait.
Malgré l'opinion qui vous plaçait trop haut et nous trop bas, nous
étions régulièrement pillés les uns comme les autres. Lorsqu'un roi
manquait d'argent, la seule question était de savoir si l'on dépouil-
lerait les Juifs ou les moines. Il n'y a pas de sécurité hors de la
loi commune. Nous l'avons compris avant vous, et nous nous en
sommes bien trouvés. Le Juif a fait des efforts héroïques pour
rentrer dans le sein de la société française, tandis que le moine
s'escrime à en sortir. Nous avons obtenu d'être citoyens, nous
sommes heureux de cette conquête, et nous nous efforçons de nous
en montrer dignes. Nous rivalisons d'activité, de dévouement et de
courage avec ceux dont les pères étaient citoyens avant nous. C'est
pourquoi nos personnes et" nos biens sont aujourd'hui plus en sûreté
que les vôtres. Personne ne serait assez fort pour demander l'ex-
pulsion des Juifs, tandis que les Chrétiens pétitionnent aujourd'hui
pour obtenir la vôtre. Aucun prince n'attenterait sans crime aux
millions que j'ai accumulés par mon travail, conformément à la loi
commune. Si vous voulez obtenir la même sécurité, méritez-la. Vous
aurez l'argent que je vous ai promis, mais si vous tenez aie garder
longtemps, devenez citoyen, et commencez par devenir homme.
Voici ce que dit l'homme politique ! : « Dans le commerce, dans
1 La question juive, par Gustave Rouanet, Revue socialiste de janvier 1899.
XL ACTES ET CONFERENCES
l'industrie et la iinance, les Juifs acquièrent une importance pro-
portionnellement plus considérable que celle qu'ils ont acquise en
Angleterre et en Amérique. Cette circonstance provient évidem-
ment non seulement de la supériorité de leurs aptitudes spéciales
et de la solidarité qu'ils pratiquent entre eux, mais aussi de la dé-
cadence visible, survenue dans les facultés économiques de nos
autres classes dirigeantes. Si les Juifs ne se développent pas au
détriment des Anglais et des Américains, qui ne leur portent aucune
envie, c'est que, sans doute, ceux-ci sont aussi bien doués qu'eux.
Mais alors, loin de crier contre les Juifs, il faudrait se réjouir de
posséder chez nous une catégorie de capitalistes entreprenants. »
« La situation économique de la France empire, son commerce
décroît, son inlluence dans le monde baisse, sa population diminue,
et, sur notre propre sol, les capitalistes étrangers mettent en œuvre
et exploitent des richesses que nos nationaux n'ont pas su créer.
Veut-on un exemple de l'apathie fatiguée des capitalistes français ?
Les capitalistes anglais sont déjà maîtres, à Paris, du quartier de
l'Opéra ; supprimez le Juif, l'Anglais le remplacera dans les autres
quartiers de Paris. »
On peut rapprocher ces réflexions si intéressantes de ce passage
éloquent dû à la plume d'un académicien ! : « Le mal est en nous-
mêmes, dans notre sang, jusque dans la moelle de nos os. Les Juifs
seraient jusqu'au dernier bannis de la terre, Israël aurait disparu
de la face de l'Europe que la France n'en serait guère plus saine ni
l'Europe mieux portante. La première chose pour guérir est de con-
naître sa maladie. Or l'antisémitisme nous fait illusion ; il nous
aveugle sur nous-mêmes en s'efforçant de nous faire croire qu'au
lieu d'être en nous, la cause du mal est hors de nous. — Pas d'er-
reur plus dangereuse ! »
Et partant de là, le D r Herzl s'écrie : « Vous le voyez bien !
L'antisémitisme est éternel. Tous les peuples sont antisémites.
Unissez-vous donc et vous qui êtes opprimés, et vous qui, ne l'étant
pas aujourd'hui, le serez sûrement demain. »
1 Anatole Leroy -Beau lieu, Israël chez Us nations.
LA SOCIÉTÉ JUIVE EN FRANGE DEPUIS LA [{ÉVOLUTION XL1
C'a été un spectacle fort curieux assurément que celui de ces
Congrès sionistes où l'on discutait la question de créer un Etat
juif, où l'on organisait des comités pour examiner les moyens de
ramener les enfants d'Israël dans le pays des ancêtres, dans le
pays «où coulent le lait et le miel ». Une immense espérance a tra*
versé l'Orient ; des millions de malheureux ont repris courage dans
l'attente de jours meilleurs. — Il paraît même, comme le déclare
le rabbin Rabinovici, que bien des Juifs qui vivaient dans l'inac-
tion se sont remis au travail avec ardeur et ont cessé leurs querelles
intestines. De cela il faut se féliciter.
Je n'ai pas à me prononcer ici sur ce qui adviendra des espé-
rances et ce qui adviendra des déceptions.
Je constate que les Israélites de l'Occident ont accueilli avec tié-
deur cet appel d'un internationalisme juif, qui semblait justifier les
accusations de ceux qui prétendent que le Juif est juif avant d'être
français, anglais, allemand.
Pour les Israélites français, ce qu'ils pensent du Sionisme se ré-
sume dans ce mot d'un homme d'esprit : « Que feriez-vous au cas
du retour des Juifs en Palestine ? — Moi, je me ferais nommer am-
bassadeur à Paris, » — J'ai idée qu'il y aurait beaucoup d'attachés
d'ambassad\
Mesdames, Messieurs, dans quinze jours on célèbre la fête de
Pâque. Des millions de Juifs diront avec une émotion profonde ;
« L'année prochaine à Jérusalem ! »
Et nous aussi nous le dirons, et tous le diront, qui souhaitent le
triomphe du sionisme, mais d'un sionisme plus large, plus ouvert,
qui réunira non pas les seuls Juifs, mais tous les peuples de la terre.
Inutile pour cela d'aller créer un Etat sous le soleil de 1 Equateur !
Inutile de bâtir une ville sur les monts de Judée!
La nouvelle Jérusalem sera partout où la Déclaration des Droits
de l'homme sera une vérité. La nouvelle Jérusalem sera partout où
triomphera l'idée française de la Révolution. La nouvelle Jérusalem
sera là où seront les principes de 89.
Et devant cette Jérusalem nouvelle, les peuples pourront dire
une fois de plus : « Gesta dei per Francos ! »
XLU actes i-:t confkhknces
APPENDICE.
La poésie patriotique tient une grande place dans la littérature juive
moderne. On connaît les poésies patriotiques de Manuel. Moyse Alcan,
Moïse Lyon ont également écrit de belles pièces de vers pour chanter
no^ grandes victoires. Je rappellerai notamment la poésie de Moyse
Alcan sur Sébastopol. On doit également des pages éloquentes à
Alexandre Weill.
Les victoires de Napoléon 1 er ont inspiré un grand nombre d'hymnes
hébraïques. Il y en a qui, pour la grandeur de l'idée, l'éclat de l'image,
font songer à certaines odes de Victor Hugo.
Voici un extrait d'une ode du Grand Rabbin Abraham de Cologna :
« Par où commencerait-on à célébrer les actions de l'homme qui,
dans le temple de mémoire, a gravé tant de merveilles? Qui pourrait
raconter ses victoires, ses prodiges? Ou plutôt, qui pourrait fixer le
nombre des étoiles du firmament, et qui, sans être ébloui, pourrait
regarder l'astre du jour?
11 parut, dès l'aurore de sa carrière, triomphateur aux collines de
Montenotte: il fit connaître à l'antique Egypte la force de son bras;
Ulm et Marengo furent témoins de ses triomphes et de ses combats
opiniâtres; Auslcrlitz a retenti de ses prodiges nouveaux. »
La traduction française ne donne qu'une faible idée de l'original.
En voiei une autre de Jacob Mayer de Bergheim (Alsace) : « Des
portes de l'Orient au coucher du soleil la gloire de Napoléon se répand
avec éclat ; il commande avec équité ; la justice marche devant lui. 11
apporte à sa patrie la gloire, la paix et le règne des lois ; les monts
sourcilleux des Alpes et des Apennins chantent ses exploits; la France,
l'Italie, l'Espagne proclament ses victoires ; l'Allemagne et la Russie
retentissent du bruit de ses triomphes. »
La poésie récitée en français et en hébreu à la synagogue à l'occasion
de la paix d'Amiens est due à la plume d'Elic Halévy, le père du com-
positeur Ilalévy.
L'assemblée convoquée par Napoléon comprenait déjà des hommes de
grande valeur: Nous nommerons d'abord Abraham Furtado, de Bor-
LA SOCIÉTÉ JUIVE EN FRANCE DEPUIS LA RÉVOLUTION XLUI
deaux, qui fut l'ami de Vorgniaud, de Gensonné, de Guadet. A son
retour de l'île d'Elbe, Napoléon le nomma maire de Bordeaux ;
Louis XVIII le désigna pour les fonctions d'adjoint.
Furtado a écrit sur la législation et sur la politique quelques œuvres
remarquables. Une rue de Bordeaux porte le nom de Furtado.
A citer encore Isaac Berr et son fils Michel. Isaac Berr fut admis, à la
lête d'une délégation de juifs d'Alsace et de Lorraine, à la barre de la
Constituante et il prononça un éloquent discours en faveur des Juifs.
Sa lettre à Grégoire contieut des choses fort intéressantes. C'est lui qui
disait à ses coreligionnaires: « Avant la Révolution vous étiez soumis à
des taxes arbitraires et vous viviez dans l'opprobre. Imposez-vous ces
taxes aujourd'hui pour entretenir des écoles, des asiles, et donner à la
France des hommes, des citoyens ! »
Son fils Michel Berr s'occupa très activement de toutes les questions
juives. On lui doit un éloquent mémoire en faveur îles Juifs de tous les
pays : « Appel à la justice des nations et des rois. »
Michel Berr a publié nombre d'articles sur les sujets les plus divers ;
il collabora à différentes Revues scientifiques et littéraires. Il rappelait
volontiers dans ses travaux ses titres dont rénumération est au moins
une indication de ce que devenait dès les premiers temps un de ces
Juifs émancipés : « Michel Berr, membre résident de la Société royale
des antiquaires de France, de la Société philotechnique de Paris,
correspondant de la Société royale de Goettingue et de plusieurs autres
Académies, l'un des collaborateurs de la Revue encyclopédique, du
Bulletin universel des Sciences et de la Collection Française des chefs-d'œuvre
des théâtres étrangers, ancien professeur de littérature allemande à
l'Athénée royal de Paris, etc. »
A l'Athénée royal, Berr fut le collègue et l'ami de La Harpe, de
Cuvier, de Benjamin Constant,
Dans cette sqcie'té juive de la Restauration je relève les noms de
Terquem, ancien élève de l'Ecole polytechnique, ancien professeur de
ma thématiques transcendantes au lycée de Mayence, bibliothécaire du
comité du dépôt central de l'artillerie ; Salvador, auteur de la Loi de
Mtikîi ouvrage refondu et développé sous un nouveau titre : Histoire des
l nstitutions de Moïse et du peuple hébreu, dont on peut trouver le compte
rendu dans le Journal des Débats et dans le Journal des Savants ; Rodrigue
père ; Olynde Rodrigue, connu par des travaux très distingués d'éco-
nomie politique, un des fondateurs du journal Saint-Simonien, le
Producteur; Sarchi, docteur endroit; Alphonse Cerf Berr, ancien capi-
XLIV ACTES ET CONFERENCES
taine d'artillerie, directeur du Gymnase ; Worms de Romilly, qui a
traduit avec succès les œuvres lyriques d'Horace ; Maas, ancien élève
de l'école normale; le docteur Cahen ; Baruch Woill, qui fonda l'une dos
plus belles fabriques de porcelaine, chevalier de la Légion d'houneur ;
C rémieux déjà célèbre « dans le jeune barreau » ; Bedarrides, etc., etc.
N'oublions pas l'écrivain à qui nous empruntons ces souvenirs, Le'on
Ilalovy, déjà connu dans les lettres, qui au lycée Charlcmagne avait
remporté en rhétorique le premier prix de version grecque avec une
traduction eu vers. On retrouve plus tard le nom de Léon Hdlévy, cite
avec éloge dans les Lundis de Sainte-Beuve, parmi les candidats à
l'Académie française, dont il discute les titres et les' chances de succès.
« Un homme s'est dit : Pourquoi s'adresser toujours à l'Etat ? Est-il
donc impossible de marcher sans les lisières officielles? Je veux essayer,
moi, et douner à la science française ce qui lui manque.» Cet homme
a su réunir en un faisceau toutes les forces actuelles pour les faire con-
courir à son œuvre. Son entreprise, loin d'avorter, a réussi d'une manière
grandiose. Emporté par son idée à ne rien ménager, M. BischofTsheim
a doté finalement l'astronomie française de ce qu'elle désirait en vain
depvisun siècle Actuellement l'Observatoire de Nice comprend
quinze pavillons ou corps de bâtiment, isolés les uns des autres, ayant
chacun sa destination spéciale.
On trouve d'abord, sur la crête de la montagne, en allant du Nord au
Sud, le grand équatorial. la grande méridienne, la petite méridienne,
l'équatorial coudé, le petit équatorial, le pavillon do spectroscopie, le
pavillon de physique ; puis, à un niveau inférieur, sur les flancs de la
montagne: au Nord, le pavillon magnétique installé sur les indications
doM. Mascart ; à l'Ouest, trois grands corps de bâtiment, dont deux
maisons d'habitation pour le directeur et une partie des astronomes, la
bibliothèque avec ses six mille deux cents volumes et ses trente jour-
naux ou recueils périodiques ; à l'Est, les ateliers et la salle des machines ;
an Sud, une nouvelle maison d'habitation; plus au Sud, l'écurie et la
remise; en face de ces dernières, la maison du jardinier; enfin, plus
loin, dans la môme direction, à l'entrée de la propriété, la maison du
concierge.
Parmi ces bâtiments, celui du grand équatorial est le plus important.
Tout compris, il a coûté à lui seul plus d'uu million de francs.
C'est une immense construction carrée, en pierres de taille de la
Turbie, largo de 26 mètres, haute de 10 mètres, à l'aspect monumental,
à l'architecture sobre, surmontée de la fameuse coupole Eiffel.
{Comptes rendus de V Académie des Sciences.)
LA SOCIÉTÉ JUIVE EN FRANCE DEPUIS LA RÉVOLUTION XLV
Je crois que le mot charité, avec le sens précis que nous lui donnons
aujourd'hui, n'existe pas dans la langue hébraïque, car je ne le de'couvre
pas une seule fois dans l'Ancien Testament; en revanche, il est répe'té
soixante-quinze fois dans les Actes et les Epîtres. En faut-il conclure
que les anciens Juifs ne connurent et n'exercèrent pas la charité' avant
la dispersion qui suivit le sac de Jérusalem par Titus? Non certes, mais
pour l'exprimer ils se servaient du mot Zédaka, qui signifie à la fois
justice et bienfaisance; car pour eux la charité n'était point facultative,
elle était imposée comme un devoir aussi rigoureux que la justice ; s'y
soustraire, c'e'tait manquer à la loi
La Communauté Israélite de Paris, tout en étant maternelle pour les
siens, porte secours, autant qu'elle le peut, au groupe social au milieu
duquel elle a posé sa tente
Elle accueille sans parti pris, avec libéralisme et libéralité, toute
infortune qui l'implore ; les municipalités le savent, et les congrégations,
et les œuvres laïques, et les individus qui de la mendicité se sont fait
un métier lucratif Nul peuple n'a été plus cruellement traité que
celui qui se proclame le peuple de Dieu. Pendant dix-huit siècles
l'humanité s'est acharnée contre lui ; il a subi toutes les avanies, toutes
les humiliations, toutes les toitures S'il est si généreux, si la bien-
faisance est sa vertu maîtresse, c'est qu'il n'a point oublié le temps des
persécutions, et s'il a pitié de ceux qui souffrent, c'est qu'il se souvient
de ce qu'il a souffert.
'Maxime Du Camp, Paris bienfaisant.)
PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES DU CONSEIL
SÉANCE DU 29 AVRIL 1903.
Présidence de M. Sylvain LÉvr, président,
M. le Président propose la création de conférences, ayant lieu
avec une périodicité régulière et destinées à répandre dans le grand
public la connaissance de l'histoire et de la littérature juives.
Après un échange d'observations, le Conseil adopte le principe de
cette proposition et décide de nommer une commission pour l'étude
du programme de ces conférences. Sont désignés pour faire partie
de cette commission : MM. Sylvain Lévi, Maurice Bioch, Paul Gru-
nebaum, Mayer Lambert, Lucien Lazard, Israël Lévi, Salomon et
Théodore Reinach.
Il est procédé à l'élection d'un deuxième vice-président ; est
nommé M. le D r Henri de Rothschild.
Le Conseil s'entretient de la question de l'Index général des cin-
quante premiers tomes de la Revue. Il est décidé que le travail déjà
commencé sera poursuivi et que la publication en sera faite après
l'apparition du t. L, en deux fascicules qui remplaceront les numéros
de la Revue d'avril-juin et juillet-septembre 1905.
M. Israël Lévi fait une communication sur un papyrus récem-
ment découvert et contenant le Décalogue et le commencement du
Schéma.
SÉANCE DU 24 JUIN 1903.
Présidence de M. Sylvain Lévi, président.
M. le Président rend compte des travaux de la commission des
conférences. Il énumère les sujets des conférences qui ont été arrêtés
PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES DU CONSEIL XLVll
pour la première année et les noms de3 conférenciers. Il indique
aussi le choix de l'heure et du local adoptés, enfin les conditions
dans lesquelles le public serait invité.
M. H. Derenbourg présente quelques observations sur l'heure et
le local.
Sur la demande du Ministre de l'Instruction publique, il est dé-
cidé que la Société prendra part à l'exposition de Saint-Louis.
M. Lucien Lazard fait une communication sur un passage anti-
sémitique d'un cahier pour les Etats généraux du xvi° siècle.
SEANCE DU 29 OCTOBRE 1903.
Présidence de M. Sylvain Lévi, président.
M. Israël Lévi rend compte des recherches faites par M. le Pré-
sident et lui pour trouver une salle destinée aux conférences. Le
Conseil arrête son choix sur la salle de la Société des Gens de lettres,
cité Rougemont. Les conférences auront lieu à 4 heures 1/2 ; la pre-
mière est fixée au dimanche 22 novembre.
SEANCE DU 30 NOVEMBRE 1903.
Présidence de M. Sylvain Lévi, président.
Le Conseil décide de retarder d'une semaine les conférences à
partir du 24 janvier.
L'assemblée générale est fixée au 24 janvier et précédera la con-
férence qui aura lieu ce jour-là. Le Conseil proposera aux suffrages
de l'assemblée, pour la présidence de la Société, M. Edouard de
Goldschmidt.
M. le Trésorier expose le projet de budget pour l'année 1904.
XLV1II ACTES ET CONFÉRENCES
SÉàNCE DU 24 FÉVRIER 1904.
Présidence de M. Edouard de Goldschmidt, président,
M. le Président remercie le Conseil de l'honneur qu'il lui a fait en
le désignant aux suffrages de rassemblée générale.
11 est procédé au renouvellement du Bureau. Sont élus : Vice-
présidents : MM. Henri DE ROTHSCHILD, Lucien Lazard ; Secré-
taires : MM. Mayer Lambert, Paul Grunebaum ; Trésorier :
M. Moïse Schwab.
Le Comité de Publication est maintenu en fonctions.
M. Théodore Reinach propose de mettre à l'ordre du jour de la
prochaine séance la question de l'admission au Comité de Publication
de personnes étrangères au Conseil. La proposition est adoptée.
Le Conseil s'entretient des conférences de l'hiver 1904-1905.
M. Israël Lévi demande s'il est nécessaire de louer de nouveau le
local de la cité Rougemont ; il expose, en outre, les raisons qui
rendent nécessaire, pour l'adoption du programme des conférences,
l'assurance préalable du concours des conférenciers disposés à le
remplir.
Sur sa proposition, on décide de mettre à l'ordre du jour l'exa-
men de ces diverses questions et d'envoyer, avant la séance, aux
membres du Conseil un questionnaire sur le plan des conférences à
adopter et sur les noms des conférenciers disposés éventuellement à
s'en charger.
M. Lazard voudrait que toutes les conférences de 1903-1904
fussent réunies en un volume. Il est répondu qu'il faudrait pour cela
l'assentiment des conférenciers ; or plusieurs ont déclaré ne pas
avoir le loisir de mettre par écrit les paroles qu'ils ont prononcées.
Les Secrétaires,
Mayer Lambert et Paul Grunebaum.
Le gérant,
Israël Lévi.
VKRSAILLIÎ8, IMPRIMERIES CKRP, 59, RUE DUPLESS18.
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